Les fantômes de Tushen Raï au Sucre

Clubbing | Premier opus en solo pour Tushen Raï, habitué du Sucre et co-directeur du label Hard Fist : où l'on croise sonorités ancestrales et globalisées avec l'acid-house de Chicago afin de produire quelques bombes pour dancefloor.

Sébastien Broquet | Mardi 30 novembre 2021

Photo : © Nicolas Richard


À l'écoute du premier EP de Tushen Raï, l'on pense, inévitablement, au My Life in the Bush of Ghosts de la paire Brian Eno & David Byrne, paru en 1981, révolutionnant l'art d'enregistrer et de composer, préfigurant l'explosion du sampling alors principalement l'œuvre des artistes hip-hop de New York ou de quelques expérimentateurs underground tel Christian Marclay, platiniste hors-normes marqué par le nihilisme punk. Eno & Byrne, eux, propulsent alors la sono mondiale balbutiante dans une nouvelle ère, inspirée du "quatrième monde" de leur ami et collaborateur Jon Hassel mêlant technologie et musiques du monde, mais sans faire appel à des musiciens, tout simplement en enregistrant voix et instruments à la radio sur les grandes ondes, ou sur d'autres disques déjà publiés (y compris des récits coraniques d'un muezzin algérien, valant aux rééditions futures une censure du titre concerné, Qu'ran, l'Islamic Council of Great Britain ayant porté plainte), rajoutant ensuite leur sauce proto-Talking Heads pour faire groover l'ensemble.

YouTube plutôt que grandes ondes

En 2021, la radio, c'est démodé : Tushen Raï a appliqué ce même principe, mais en piochant voix et sons sur YouTube, tels ces chants indonésiens, ou parfois sur disques comme les aînés, explorant les collections de field recordings (Ocora, Arion ou Sublime Frequencies proposent des ressources quasi inépuisables) pour nourrir ce Drums Circles qui sort tout juste sur le label parisien Cracki Records. L'on pense aussi beaucoup à Acid Arab, ces samples venus du monde entier se collant sur une acid-house (la basse de Bordel des Ärts !) sonnant très Chicago ou Andrew Weatherall, rappelant la structure des compositions des talentueux parisiens.

Cette première échappée sans son acolyte Cornelius Doctor (bon, presque) est une franche réussite pour Tushen Raï, qui fêtera la sortie de ce disque ce vendredi dans sa seconde maison qu'est Le Sucre, le club où il est co-programmateur en plus de ses fonctions de co-direction artistique au sein du label Hard Fist. Rien de tel que de rentrer à la maison après un long voyage sonore !

Tushen Raï + Paula Tapes + Cracki sound-system
Au Sucre le vendredi 10 décembre à 23h



Le Sucre 49-50 quai Rambaud Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Gigi, l'espiègle petite sœur

Bar | La Madone, bar de la rue des Capucins, accueille une petite sœur là-haut sur le plateau : ambiance guinguette !

Adrien Simon | Mercredi 14 octobre 2020

Gigi, l'espiègle petite sœur

Les pentes connaissaient La Madone, débordant bruyamment sur la place de la scientologie. Ses tenanciers, Romain Tamayo et Guillaume Monet, les fondateurs du label Hard Fist étendent leurs affaires sur le boulevard. Épaulés par Isa Favotte (ex Lavoir Public), ici cuisinière. Ce Gigi tape dans l’œil comme sa grande sœur — préférant le rose princesse au bleu roi (façade bonbon et bar en marbre). Et soigne son extérieur, avec sa terrasse au cul des camions, les chansons des gens du marché en bande-son, lampions de guinguette, serviettes vichy et auvent à braies vertes. Le coin plus calme est en bas d’une volée de 7 marches — le nom du bar dont il prend la place, institution pour premiers baisers, premières pintes, premier chichon aussi disait la police. À la carte les pressions de la Brasserie Georges (dont la Gigi à 2, 8

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Hard Fist, nouveau départ

Clubbing | Cornelius Doctor et Tushen Raï sortent le quatrième EP de leur label Hard Fist : à déguster au Sucre lors du Club Méditerranéen avant une release party secrète la semaine prochaine.

Sébastien Broquet | Mardi 2 octobre 2018

Hard Fist, nouveau départ

Commençons par démêler les fils : non, Hard Fist, ce n'est pas Art Feast. Mais oui, il s'agit d'une continuation de ce label monté par Romain Tamayo en 2013 autour de l'esthétique house music et mis en sommeil l'an dernier après sept vinyles parus. La house, c'est ce qui a rapproché Guillaume (ex-Klaaar, devenu Cornelius Doctor) et Romain, qui ont donc lancé ce nouveau projet ensemble courant 2017 : Hard Fist. Vite rejoints par Baptiste Pinsard, alias Tushen Raï. « On avait besoin d'exprimer d'autres idées, un nouvel univers, plus barré » explique Guillaume, attablé à la terrasse de La Madone. « L'aspect graphique est très important, on a choisi dès le début de travailler avec Sheree Domingo, une illustratrice de Berlin, pour nos pochettes. La connexion a été immédiate dès le premier disque. » Important, pour le crew Hard Fist, qui au fil de ses quatre premiers EPs révèle ainsi une vision aussi bien musicale que graphique, et porteuse de sens dans son propos. « On fait une musique globale, aux influences mondiales, tribales. Le troisième EP était plus influencé pa

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Christophe Moulin : « Le brassage, c'est aussi mixer food, bières et musiques »

Ninkasi | Pour ses vingt ans, le Ninkasi s'est offert un lifting : rendez-vous le 16 octobre pour un lieu multiple repensé autour d'une programmation toujours plus éclectique où se croiseront jusqu'en décembre Arrested Development, The Stranglers ou encore Tété. On en parle avec Christophe Moulin, le programmateur.

Sébastien Broquet | Mardi 19 septembre 2017

Christophe Moulin : « Le brassage, c'est aussi mixer food, bières et musiques »

Quel retour feriez-vous de votre première année de programmateur du Ninkasi ? Christophe Moulin : Il y a un an, nous avons commencé les travaux, dont nous ne récoltons pas encore les fruits. C'était une année de transition, mais aussi de complication pour le public, pour les artistes - les backstages étant en travaux. On s'en excuse encore ! C'était une année d'expérimentation, sans pouvoir aller au bout du geste. Ça va vraiment démarrer le 16 octobre : là on va commencer à dérouler la machine telle qu'on l'a réfléchie il y a deux ans. Je garde de très bons souvenirs comme The Game, ou encore la Ninkasi Urban Week où l'on a pu investir l'espace urbain, notre travail sur le Mur7 avec Birdy Kids. C'est ma touche personnelle, cette porosité entre la salle et le quartier. J'ai du mal à rester en place ! C'est normal que les habitants n'entrent pas obligatoirement dans une salle de concerts qui reste un cube fermé. Mais le concert doit sortir à l'extérieur, lui.

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Rachid Taha : "Sincèrement, on vous a prévenu"

Festival 6e Continent | Rockeur adepte des sons électroniques dès la première heure, moderniste enregistrant des albums consacrés au répertoire chaabi ou raï, bringueur parfois limite ou phénomène de scène dingue d’Elvis, chroniqueur avisé de notre époque, Rachid Taha est un caméléon, une utopie et un manifeste à lui tout seul.

Sébastien Broquet | Mercredi 1 juin 2016

Rachid Taha :

Au début des années 80, quand vous avez commencé avec Carte de Séjour, vous écoutiez les Talking Heads, produits par Brian Eno, ou The Clash. Aujourd'hui, ce même Brian Eno, ou Mick Jones, vous appellent pour travailler avec vous : comment le ressentez-vous ? Je le ressens d'une manière tout à fait normale, sans être prétentieux, mais quand j'ai commencé à Lyon avec Carte de Séjour, j'étais sûr que j'allais les rencontrer, que je travaillerais avec eux un jour ou l'autre. C'est arrivé. Et l'histoire continue : j'avais très envie de bosser avec Damon Albarn. Et nous allons tourner ensemble au mois de juillet. Tous ces gens avec qui je rêvais de travailler, je les ai eu : c'est super. Brian Eno, comment s'est passé la rencontre ? Il m'a appelé. Il travaillait justement avec Damon Albarn et il voulait faire une voix avec moi, pour un album à l'occasion des Jeux Olympiques en Grèce, en 2004. Moi j'étais fan et ça faisait longtemps que je voulais le rencontrer. Comme avec Robert Plant, aussi.

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Les nuits fauves d'Acid Arab

MUSIQUES | Leur nom claque comme un slogan. Leur musique est abrasive comme… de l’acide, oui. Acid Arab incarne ce pays tel qu’on l’aime : multiple et singulier, fureteur et se foutant des conventions pour inventer - en l’occurrence un nouveau son. Hervé Carvalho, co-fondateur du groupe avec Guido Cesarsky, nous explique ça par téléphone avant leur venue au Petit Salon.

Sébastien Broquet | Mercredi 10 février 2016

Les nuits fauves d'Acid Arab

Acid Arab aurait pu naître dans un autre endroit que le quartier métissé et populaire où vous vivez à Paris ? Hervé Carvalho : Ça aurait pu naître ailleurs. Guido vit là-bas, dans le 10ème arrondissement de Paris. Mais Acid Arab, ce n'est pas la musique d’un quartier, c’est la musique de France, telle que nous voyons ce pays. Ce n’est pas juste une histoire de métissage, c’est la France actuelle - même si des gens refusent de la voir ainsi. Guido c’est beaucoup intéressé à ce quartier, il a bossé avec les patrons d’un bar kabyle, Les 9 Billards. Je viens d'une zone de brassage culturel, le Sud de la France : je suis fils d'immigrés portugais et j'ai grandi avec des Pieds-noirs, des Arabes, des mecs de l'Est... Comme tout le monde, j'ai écouté du raï commercial dans les années 90. Le projet débute dans un festival en Tunisie, Pop in Djerba : comment s’est passé cette "révélation" ayant mené à la création d'Acid Arab ? On est parti mixer avec Guido sur ce festival à Djerba, grâce à notre soirée Chez Moune : on jouait acid et disco, mais sur cette date on a préparé un set pour l’occasion, avec des morceaux du Maghr

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Promenons-nous dans les bois

MUSIQUES | «La pluie a tout emporté, les canards, les oignons, / La pluie a tout emporté, nos guenilles, nos haillons.» fredonnait Thomas Fersen. L'an passé, elle a même (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 26 juin 2014

Promenons-nous dans les bois

«La pluie a tout emporté, les canards, les oignons, / La pluie a tout emporté, nos guenilles, nos haillons.» fredonnait Thomas Fersen. L'an passé, elle a même emporté Woodstower, interrompant prématurément le highly anticipated concert de Eels. Refroidis par ce vilain coup du sort (et sans doute un peu à court d'un autre genre de liquide), ses organisateurs ont décidé de se retirer de la course à la tête d'affiche pour mieux se recentrer sur la spécificité de leur festival : ses atours de fête foraine éphémère – passés les 23 et 24 août, la nature du Grand Parc de Miribel-Jonage reprendra ses droits. D'un sound-system sous-marin à un espace rétrogaming en passant par un DJ set 100% slows, Woodstower fourmillera donc plus que jamais de rendez-vous décalés. La programmation musicale fera quant à elle dans le hip hop aux sourcils froncés via le concasseur (et quar

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