Hedda la japonaise

Nadja Pobel | Jeudi 2 juillet 2009

Théâtre / Pourquoi donc convoquer Ibsen pour une création japonisante ? Le metteur en scène Benjamin Forel souhaitait travailler sur «l'atrophie de l'humain», lorsque les désirs sont étouffés et que le corps se crispe ; Hedda Gabler était une des matières à la réflexion de la troupe. In fine, la pièce d'Ibsen s'est imposée. Elle est donc transposée dans l'univers oriental dans lequel Benjamin Forel voulait initialement ancrer son travail. Les influences de Sarkis Tcheumlekdjian, dont Forel a été plusieurs fois l'assistant, sont visibles. L'emmaillotage des personnages dans de multiples couches de vêtements, des éléments oniriques comme une pluie de confettis, un travail sur le mouvement de grandes nappes de tissus étaient déjà dans Macondo par exemple. Mais Forel a choisi d'adopter plus précisément encore les codes saccadés du Japon. Cet hommage au théâtre Nô est extrêmement travaillé - avec percussions en live - quitte à ce que parfois cette infinité de gestes nuise au rythme. Comme le visage de ses acolytes, celui d'Hedda est grimé, mais parvient à se distinguer entre tous par l'attitude sombre et impassible de la comédienne Anne-Sophie Galinier. Les personnages froids masquent leurs sentiments sous leurs costumes de marionnettes humaines à l'image de celles créées par Ariane Mnouchkine dans Tambours sur la digue. Hedda, et son mari qu'elle méprise, ne sont que des pantins pris dans la nasse d'une société qui érige le succès social en talisman. Transporter Hedda Gabler au Japon est un étrange pari osé. Il est réussi par l'entêtement et le travail de cette troupe. Nadja PobelLa Fille du Général
À la friche RVI, jusqu'au 12 juillet.

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