La Nage du hanneton

Nadja Pobel | Jeudi 10 septembre 2009

Photo : ©Richard Haughton


Le vent souffle sur les grandes tentures rafistolées qui entourent la scène. Les murs d'une cabane de métal brinquebalante s'écrasent dans un vacarme assourdissant, un son gronde à nos oreilles ; la menace est à venir. Mais à qui est confronté James Thierrée ? Lui-même. Seul en scène pour la première fois, il se démène face à son double caché dans une encablure de «porte» ou dans un miroir qui le colle de trop près. Face à cette hostilité imaginée, le comédien-musicien-acrobate-metteur en scène-magicien (il n'y a pas de mention inutile) marmonne à défaut de parler et se met en marche. Au sens propre. Il tente d'activer ses jambes parfois désobéissantes, cherche à contrôler leur rythme quand elle s'emballent dans un mouvement saccadé rappelant les films muets de son grand-père, Charlie Chaplin. Il essaye de s'imposer à lui-même, de se faire respecter, lui Raoul, roi sans lambris doré. Plus encore qu'aérien, James Thierrée se fait aquatique. Il croise des créatures marines stupéfiantes, fidèle au bestiaire fantasmagorique propre à ses précédentes créations élaborées avec sa Compagnie du Hanneton. Même la carcasse d'oiseau semble être un poisson des abysses passé au microscope. Constamment en action, Thierrée joue aussi à nous cacher les ficelles de sa prestidigitation, dans un orgueil teinté de drôlerie. Et comme un ultime pied de nez, c'est avec une veste de cirque qu'il vient saluer une salle debout. Cet homme-là est un homme de spectacle. Un vrai.

Nadja Pobel

Raoul
À la Maison de la Danse jusqu'au 19 septembre.

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Summer Session : la flamme de danser

Le Transbordeur | Il n'y aura qu'une salle lors de cette Summer Session du Petit Bulletin – et d'ailleurs ce n'est pas une salle puisque c'est en plein air – mais quand (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 30 juin 2021

Summer Session : la flamme de danser

Il n'y aura qu'une salle lors de cette Summer Session du Petit Bulletin – et d'ailleurs ce n'est pas une salle puisque c'est en plein air – mais quand même trois ambiances bien distinctes. En ce 3 juillet, on retrouvera le folk ombrageux de Raoul Vignal qui se fera une joie discrète de venir poser un voile argenté sur le ciel d'été qu'on imagine déjà brûlant du côté du parvis du Transbordeur, généralement assez prompt à monter en température dès lors que les premiers rayons de soleil apparaissent. Mais aussi la transe électronisante et orientaliste de Taxi Kebab, croisement de chaâbi (le chant de Lea Jiqqir est en darija, l'arabe dialectal du Maroc, et c'est propice à l'envoûtement) et d'un genre d'électro-new wave qui en jetant des motifs glacés sur le sable – ou le béton – brûlant, provoque des poussées de sueur. Oriental, Murman Tsuladze l'est tout autant mais le trio est à chercher quelque part entre la mer Noire et la Caspienne (Georgie

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Raoul Vignal : « la guitare est mon piano à moi »

Summer Session | En vedette américaine (mais lyonnaise), la Summer Session du Petit Bulletin accueillera le 3 juillet au Transbordeur Raoul Vignal, qui a publié son troisième album Years in Marble, en mai dernier. Le songwriter et as du fingerpicking revient sur ce disque mais aussi son parcours, sa vision du folk et son cousinage avec Nick Drake.

Stéphane Duchêne | Mercredi 30 juin 2021

Raoul Vignal : « la guitare est mon piano à moi »

Comment décrirais-tu ta musique et ton attachement au folk ? Raoul Vignal : C'est clairement un genre que je rattache au passé. Ce que j'écoute comme folk, ce sont des choses d'il y a plusieurs décennies, les artistes qui m'ont permis d'entrer dans la composition et dans le jeu de guitare. Et peut-être que dans ma manière de l'interpréter, c'est mis au goût du jour avec les technologies actuelles, ce qui donne ce côté intemporel. Mais je ne cherche pas à ramener le genre dans le troisième millénaire, c'est plus une façon d'habiller ma guitare folk. Comment s'est faite ta rencontre avec la musique pop dans ta jeunesse et qu'est-ce qui t'a justement dirigé vers le folk en particulier au moment de développer ton projet solo ? C'est surtout passé par mon apprentissage de la guitare. J'ai commencé quand j'étais ado et ça m'a très rapidement gonflé, j'ai arrêté parce que la méthode d'apprentissage ne m'allait pas du tout. Être devant une partoche, apprendre les notes une à une, je ne voyais pas où était la musiq

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Raoul Vignal : de marbre et de douceur

Folk | Prince du finger-picking et des accords alternatifs – les lecteurs de Guitar Mag ou de La Gazette du Mediator comprendront –, le Lyonnais Raoul Vignal (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 11 juin 2021

Raoul Vignal : de marbre et de douceur

Prince du finger-picking et des accords alternatifs – les lecteurs de Guitar Mag ou de La Gazette du Mediator comprendront –, le Lyonnais Raoul Vignal n'en finit plus de livrer des albums impeccables qui après l'avoir installé comme ni plus ni moins que le Nick Drake français réussisent au fil du temps et des sorties à l'éloigner durablement de cette simple comparaison, certes flatteuse, mais à force sans doute un peu embarrassante. Car le chanteur-guitariste mérite, malgré le cousinage de son jeu et de sa voix avec ceux du barde de Tanworth-in-Arden, d'être jugé à l'aune de son propre talent et en toute indépendance. Plus que jamais son tout récent Years in Marble, troisième long format, devraient y inciter, où Vignal continue de s'imposer en orfèvre de la mélodie et de l'arrangement létal qui ne paie pourtant pas de mine. Une authentique leçon de folk, pastorale autant qu'urbaine, mélancolique autant que lumineuse et qui fait foisonner l'intime. Une merveille de plus à son actif.

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Benoît Poelvoorde : « Sempé observe le détail et le rend énorme »

Raoul Taburin | En incarnant le personnage dessiné par son idole Sempé, Benoît Poelvoorde se laisse aller à son penchant pour la tendresse. Et force sa nature en effectuant une performance physique : du sport…

Vincent Raymond | Jeudi 18 avril 2019

Benoît Poelvoorde : « Sempé observe le détail et le rend énorme »

Pensez-vous que Raoul Taburin soit un conte philosophique ? Benoît Poelvoorde : En tout cas, c’est une histoire très humaniste. Il faudrait poser la question à Sempé — moi-même j’avais envie — mais il ne répondra jamais. Pour moi, faire du vélo, c’est l’image de l’apprentissage ; faire du vélo en retirant les petites roulettes, c’est entrer dans la vie. Une fois que tu commences à pédaler, c’est exponentiel, tu vas bouger et te dire : « comment ai-je pu avoir si peur ? ». D’ailleurs, on pourrait réfléchir : est-ce que mettre les roulettes n’encombre pas ? À force d’être tombé trois ou quatre fois, on se dit qu’on va faire du vélo uniquement pour le plaisir de ne plus tomber. Et une fois qu’on commence à pédaler, on se dit : « c’était aussi con que ça ? ». C’est un peu comme rentrer dans l’eau froide. Alors, est-ce qu’on a fait un film philosophique ? Sempé en tout cas a fait un ouvrage philosophique. On peut le prendre comme toutes les choses très simples et universelles, de manière philosophique : il est plus compliqué qu’il n’y paraît, mais en même temps on peut

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Le supplice du deux-roues : "Raoul Taburin"

Comédie | De Pierre Godot (Fr, 1h30) avec Benoît Poelvoorde, Édouard Baer, Suzanne Clément…

Vincent Raymond | Mercredi 17 avril 2019

Le supplice du deux-roues :

En dépit de ses efforts, et depuis son enfance, Raoul Taburin n’est jamais parvenu à se tenir sur un vélo. L’ironie du sort fait que tous le prennent pour un crack de la bicyclette et qu’il est devenu le champion des réparateurs. L’arrivée d’un photographe dans son village va changer son destin… Cette libre adaptation de l’album illustré de Sempé ressemble à une rencontre entre L’Homme qui tua Liberty Valance (1962) — pour sa fameuse morale (« Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende ») condamnant certains imposteurs malgré eux à supporter leur gloire indue — avec le réalisme magique, rendant anodin le surgissement d’éléments surnaturels. Ici, la bicyclette verte de Raoul paraît douée d’une vie propre, et le feu du ciel frapper ceux à qui il s’ouvre de ses secrets. Cela pourrait aussi bien être des hallucinations ou des coïncidences ; à chacun de déterminer son seuil de tolérance à la poésie. Mettre en mouvement un coànte narrant l’impossibilité pour un personnage de défier la gravité sur son vélo tient de la g

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Oui, Transfer

Indie Rock | Pour sa troisième édition, le festival Transfer, qui prend désormais ses aises sur trois jours, continue de creuser le sens du mot "exigence" et l'intrépidité esthétique de la production indé. S'affirmant comme un événement de plus en plus enthousiasmant d'édition en édition. Sélection forcément subjective, mais pas que, des incontournables de l'événement.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 mars 2019

Oui, Transfer

Jacco Gardner Avec Cabinet of Curiosities (2013), Jacco Gardner en avait éveillé pas mal, de curiosités. Un intérêt et un talent confirmés ensuite sur Hypnophobia (2015) qui avait achevé de placer le jeune homme sur le trône du psychédélisme rétro néerlandais – un concept en soi. Sur ce trône, Jacco aurait pû écraser quelques lauriers de son royal séant. Oh nee ! C'était mal le connaître. Car c'est en apesanteur et dans une veine rétro-futuriste – où le terme futuriste résonnerait plus fort – que nous est réapparu le koning de la pop prétendument vintage avec Somnium. Et en mode exclusivement instrumental – ce qui dans le domaine de la pop, fut-elle indé, équivaut à une forme de suicide dont les trompe-la-mort comme Gardner se rient allègrement. Un voyage fascinant dont il nous fait revivre la magie en concert avec un live en quadriphon

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Auto-psy d’un couple : "L'Amour flou"

Ex tape | de et avec Romane Bohringer & Philippe Rebbot (Fr, 1h37) avec également Rose et Raoul Rebbot-Bohringer…

Vincent Raymond | Lundi 8 octobre 2018

Auto-psy d’un couple :

Il se sont aimés, ont eu beaucoup enfants (enfin… deux), et puis le quotidien a passé l’amour à la machine. Alors, avant de se détester trop, Romane et Philippe envisagent une séparation de corps mais pas de logis : un appartement chacun, réuni par la chambre des enfants. Une utopie ? L’histoire quasi vraie d’une famille attachante, racontée presque en direct par les intéressés, dans leur ton brouillon d’adulescents artistes, inventant un modèle “désamoureux“ hors normes. Ce qui pourrait ressembler à une soirée diapos prend tout de suite un peu de relief quand les protagonistes sont connus, et que la majorité de leurs parents et amis le sont aussi. Alors, si L’Amour flou tient de la succession de sketches plutôt gentils et tendres, sans auto-complaisance ; il est parfois indiscret, mais pas impudique. Fidèle, sans doute, à ce que dégagent ces deux parents bobos (bourgeois-bohème) et foufous (fouillis-foutraque). Toutefois, on relève (en la regrettant) une faute de goût dans ce film somme toute sympathique : la participation dans son propre rôle de

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Raoul Vignal se dévoile au Groom

Folk | En 2017, un album titré The Silver Veil a levé le voile sur le grand talent d'un jeune folkeux lyonnais nommé Raoul Vignal, parti marcher, au gré de chansons traversantes, sur les traces de Nick Drake et de ses héritiers en mélancolie minimaliste. Après de nombreuses premières parties, le voici en tête d'affiche au Groom.

Stéphane Duchêne | Mercredi 17 janvier 2018

Raoul Vignal se dévoile au Groom

Il n'est jamais très avisé d'évoquer la météo dans une chronique musicale. Ni jamais, d'ailleurs, tant le sujet est une preuve à charge de l'épuisement de tout autre – pour la faire courte, c'est un peu paresseux. Mais c'est un fait : s'il ne l'a sans doute pas fait exprès, en titrant son album The Silver Veil, pour rendre hommage à ce linceul gris qui recouvre souvent Berlin, où il a passé une partie de ces dernières années et enregistré ce disque, le Lyonnais Raoul Vignal, l'une des belles révélations de 2017, l'a sans doute condamné à devenir la bande-son de cet hiver qui nous prive de lumière derrière des rideaux de pluie ou le molleton de nuages figé comme un tombeau de marbre gris que même la tempête ne parvient pas à balayer. Pour preuve les titres des morceaux de The Silver Veil : Hazy Days, pour ouvrir ce doux bal, puis Under the same sky, Whispers, The Silver Veil, Shadows sont autant de références à un monde en demi-teinte, en clair-obscur. Mais cette bande-son, bien douce et cotonneuse, enveloppe et réchauffe dès les premiers arpèges de l'album, dès le premier contact avec cette voix q

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Graine de coco : "Le Jeune Karl Marx" de Raoul Peck

Biopic | de Raoul Peck (All-Fr-Bel, 1h58) avec August Diehl, Stefan Konarske, Vicky Krieps, Olivier Gourmet…

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

Graine de coco :

1844. Chassé d’Allemagne pour ses écrits jugés subversifs, le jeune Karl Marx s'expatrie à Paris avec son épouse Jenny. Au même moment à Londres, le jeune Engels s’insurge contre son père industriel et exploiteur. La rencontre entre Marx et Engels va accoucher d’une nouvelle doctrine… Raoul Peck se ferait-il une spécialité de dresser les portraits des grandes figures politico-morales progressistes ? Après son très récent documentaire consacré à James Baldwin (I am not your Negro) et surtout son Lumumba (2000) qui ressuscitaient des visages méconnus du grand public, le cinéaste haïtien braque ici sa caméra sur le totem rouge par excellence. Ce biopic polyglotte à hauteur “d'honnête d’homme”, en cela certainement fidèle au contexte de l’époque, ne sacralise pas le philosophe en le renvoyant régulièrement à ses contingences physiques (sexe, faim…) et matérielles — ce qui est, somme toute, d’une grande logique concernant le théoricien du matérialisme. Karl est un corps massif, qui use de sa présence pour asseoir ses idées. Si son am

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Quirky : l'étrange festival au Bal des Fringants

Quirky Festival | Insolite, biscornue, étrange, voici comment l'on pourrait qualifier la programmation de l'édition printanière d'un Quirky Festival, si riche de révélations et de talents, mêmes confirmés, à découvrir, qu'elle méritait bien une petite sélection suggestive et subjective.

Stéphane Duchêne | Mardi 2 mai 2017

Quirky : l'étrange festival au Bal des Fringants

Raoul Vignal Derrière ce patronyme peu glamour se cache l'une des révélations lyonnaises de ces derniers mois : un artiste folk aux doigts de fées dont l'art du picking et le goût pour la mélancolie évoquent de loin en loin un Nick Drake à moustache. Loin d'être un débutant, Raoul a déjà à son actif trois EP, une BO de film et une petite réputation berlinoise consécutive à un séjour de deux ans dans la capitale allemande. Mais c'est bien son premier album, The Silver Veil (Talitres) qui voit sa côte exploser. Enregistré à Berlin, le disque dont le titre évoque pour le coup le ciel posé comme un drap sur la capitale allemande, lève paradoxalement ce même voile sur un talent au potentiel immense qui fait le lien entre diverses écoles : celle de l'American primitive de John Fahey et Robbie Basho, celle du revival folk contemporain (José Gonzalez, Kings of Convenience) et celle, donc, unique de Nick Drake, décédé à l'âge où Vignal sort son premier album. Comme un signe d'héritage. Raoul Vignal

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"Pierrot le Fou" : Puisqu’il vous dit qu’il s’appelle Ferdinand !

ECRANS | La récente disparition du chef-opérateur Raoul Coutard, deux ans après celle du vénérable compositeur Antoine Duhamel, poursuit l’inexorable dépeuplement de (...)

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

La récente disparition du chef-opérateur Raoul Coutard, deux ans après celle du vénérable compositeur Antoine Duhamel, poursuit l’inexorable dépeuplement de l’affiche de Pierrot le Fou. Un paradoxe pour ce film dont l’une des incommensurables particularités est d’arracher au néant primitif pour son générique de début les noms de sa distribution, lettre après lettre et dans l’ordre alphabétique. Fantaisiste, bohème, contestataire et désinvolte, comme seuls peuvent se le permettre les fils de famille, Godard s’offre ici sa dernière récréation digeste, son ultime moment d’enfance véritable et de poésie colorée. Son regard est encore celui d’un bébé admiratif des dinosaures (ici, Sam Fuller), d’un homme amoureux de son actrice et ex-épouse (ici, Anna Karina). L’appel de la politique se fait plus pressant, mais l’heure n’est pas encore à la dialectique maoïste : il manifeste une ironie distante (OAS est maquillé en OASIS), succombe aux charmes de l’aventure comme à la tentation de la comédie musicale : trois ans avant Mai-68, et deux avant La Chinoise, JLG se défend de s’i

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La parole est à l'adversaire

Théâtre de la Croix-Rousse | Fidèle à lui-même, le Raoul collectif questionne les grands maux de l'époque (propriété, consommation, politique) mais reste à la surface de ses sujets dans un décor trop strict. Avant une envolée finale enfin belle et absurde.

Nadja Pobel | Mardi 11 octobre 2016

La parole est à l'adversaire

Ne pas s’attendre à un spectacle formaté, linéaire et récitatif : le Raoul collectif souhaitait même ne pas parler dans cette création. Résultat, ils ne font que ça. Muets, bavards... ils n'ont pas le goût des choses simples mais une idée fixe : comprendre comment il est possible de grandir en ce monde mis sous cloche du capitalisme, du libéralisme assassin. Avec Le Signal du promeneur, les cinq membres issus du Conservatoire de Liège proposaient en 2009 une série de portraits de figures en marge (le faux médecin et vrai meurtrier Jean-Claude Romand, le navigateur Mike Horn, le héros d'Into the wild...) ayant dérapé, recrachant à la société ce qui la rend indigeste (la compétition, la destruction de la nature). Ici, le même quintet s'est donné rendez-vous pour la 347e et d

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La saison théâtre 2016/2017 : Chroniques d'un mal annoncé

Quand le théâtre se penche sur notre époque | Des raisons d'espérer ? Il n'en reste pas beaucoup. La saison qui vient de s'écouler fut noire en France comme ailleurs. C'est à partir de ce terreau sombre, celui du Mal, que les artistes nous éclaireront le temps d'un spectacle. Voici les meilleurs à venir. De quoi ne pas (trop) se décourager. Et même de rire.

Nadja Pobel | Mardi 6 septembre 2016

La saison théâtre 2016/2017 : Chroniques d'un mal annoncé

Ce pourrait être l'événement (encore) de cette année : Acceso, porté par Roberto Farias, un inconnu au bataillon, est une pièce dont on ne se remet pas qui sera de nouveau à Lyon (aux Célestins, petite salle, du 8 au 19 novembre). On l'avait vu il y a un an ; le spectacle était programmé dans le si vivifiant festival Sens Interdits. Une heure durant, le comédien est seul sur une scène réduite au minimum et il circule, cherche à dire ce qu'a été, gamin, sa vie sous Pinochet : élevé par des prêtres qui le violaient mais lui donnaient, eux, de l'amour quand sa nation l'abandonnait. Le danger rôde dans la salle, accompagnant ce personnage qui maintenant ne craint plus rien. Farias épouse son rôle d'une manière absolument troublante, profondément déstabilisante. Pablo Larrain, cinéaste remarquable et remarqué (Ours d'argent pour

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Thierrée, l'infiltré

Théâtre des Célestins | Renouant avec l'évanescence de ses premiers spectacles après le très mécanique Tabac rouge, James Thierrée arrive en préambule du festival UtoPistes avec sa nouvelle création La Grenouille avait raison dans un théâtre des Célestins plus éclectique et attractif que jamais, comme en témoigne par ailleurs la venue du prodige polonais Grzegorz Jarzyna.

Nadja Pobel | Mardi 17 mai 2016

Thierrée, l'infiltré

À Genève, au Carouge où le mois dernier il a donné naissance à son sixième spectacle, La Grenouille avait raison, James Thierrée a retenu le souffle 1h20 durant des petits comme des grands. Personne ne caftait devant cette création qui rappelle à bien des égards, et ne serait-ce que par le titre, ses précédentes œuvres : La Symphonie du hanneton (l'harmonie est ici importante) ou La Veillée des abysses (nous sommes sous terre). Exit la démonstration de force dénuée d'émotion qu'était Tabac rouge. Retour aux fondamentaux. Et à l'animalité. James Thierrée a un talent assez unique pour faire naître des créatures rampantes, "nageantes" ou volantes. Toutes renvoient ce sentiment aussi dérangeant qu'intimidant et fascinant d'envahir l'espace, le nôtre — quand bien même cela se déroule sur scène. Il se joue là, plus encore qu'avec les personnages humanisés, une sorte d'intrusion et de dérèglement du monde. Quelque chose qui grince. Ici, apparaît aux trois quarts de la pièce une bestiole de grande taille avançant sur le sol et dont la carapace est faite d'assiettes métalliques qui juste auparavant étaient l'objet d'une séquence foutraque et

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Chocolat

ECRANS | Avec quatre réalisations en dix ans — dont trois depuis juin 2011 — on va finir par oublier que Roschdy Zem a commencé comme comédien. Il aurait intérêt à ralentir la cadence : son parcours de cinéaste ressemble à une course forcenée vers une forme de reconnaissance faisant défaut à l’acteur…

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Chocolat

Rien de tel, pour un réalisateur désireux de s’assurer un consensus tranquille, qu’un bon vieux film-dossier des familles ou la biographie d’une victime de l’Histoire. Qu’importe le résultat artistique : il sera toujours considéré comme une entreprise morale nécessaire visant à rétablir une injustice et réduit à sa (bonne) intention de départ, si naïve qu’elle soit — on l’a vu il y a peu avec le documentaire mou du genou Demain de Cyril Dion & Mélanie Laurent, encensé pour les vérités premières qu’il énonce, malgré sa médiocrité formelle et sa construction scolaire. Chocolat est de ces hyper téléfilms néo-qualité française qui embaument la reconstitution académique et s’appuient sur une distribution comptant le ban et l’arrière-ban du cinéma, figée dans un jeu "concerné", dans l’attente de séquences tire-larmes. La bande originale de Gabriel Yared, étonnamment proche des mélodies de Georges Delerue — mais ce doit être un hasard, Yared étant plutôt connu pour ses “hommages” à John Williams — incitant fortement à l’usage du mouchoir. Un

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Les soirées du 2 au 8 décembre

MUSIQUES | 04. 12 Coconuts Boom Party C'est bien beau toutes ces soirées techno/house/next big thing avec des basses. Mais quand même, ça manque d'occasions moins (...)

Benjamin Mialot | Mardi 1 décembre 2015

Les soirées du 2 au 8 décembre

04. 12 Coconuts Boom Party C'est bien beau toutes ces soirées techno/house/next big thing avec des basses. Mais quand même, ça manque d'occasions moins coûteuses et codifiées de se ridiculiser sur un dancefloor. De boums quoi, comme celle que Le Pétrin de la Colère, béni soit son nom, organise au Sonic. Au programme : de beaux jeunes gens en patins à roulettes, des pousseurs de disques qui ont le rythme binaire dans la peau (dont les faux retraités du crew radio Tous en Tong) et Escobar, duo garage aussi stylé et dangereux que la version télévisuelle de son homonyme colombien.

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Murgia et Celestini ravivent la lutte des classes

SCENES | Nous n’avons pas encore vu intégralement Discours à la nation, mais il nous apparaît nécessaire de se précipiter le voir au Théâtre de la Croix-Rousse du 8 (...)

Nadja Pobel | Mardi 7 avril 2015

Murgia et Celestini ravivent la lutte des classes

Nous n’avons pas encore vu intégralement Discours à la nation, mais il nous apparaît nécessaire de se précipiter le voir au Théâtre de la Croix-Rousse du 8 au 11 avril pour trois raisons. D'abord, son auteur (et metteur en scène), Ascanio Celestini, est un des plus passionnants du moment. Né en 1972, cet Italien est le chef de fil actuel du théâtre-récit initié par Dario Fo, cette façon de raconter le monde avec peu de décor et de faire du propos l’enjeu majeur d'une pièce via des acteurs transformés en porte-paroles. En l’occurrence c’est David Murgia, co-fondateur du Raoul collectif (responsable du très inventif et fort en thème Signal du promeneur) et figure récurrente du jeune cinéma belge (Bullhead) qui s’y colle. Il incarne ici des puissants qui se succèdent derrière un pupitre fait de cageots pour railler les «prolétaires de tous pays». Ce qu’interrogent en chœur Celestini et Murgia, c'est tout simplement la lutte des classes, dont tous deux soutiennent l'existence, le langage et son utilisation, sa manipulation surtout, devenant ici le nerf de ce qui est en vérité une guerre. «

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La Nostra Vita

ECRANS | De Daniele Luchetti (Italie, 1h33) avec Elio Germano, Raoul Bova…

Christophe Chabert | Jeudi 31 mars 2011

La Nostra Vita

Claudio, ouvrier dans le bâtiment, doit se remettre de la mort de sa femme, s’occuper de ses enfants et camoufler une négligence professionnelle ayant entraîné un accident mortel. Luchetti nous demande, dès le premier tiers de "La Nostra Vita", de compatir à la dégringolade de son héros. Mais Claudio est avant tout un imbécile, macho et égoïste, raciste et irresponsable. Ce n’est pas un jugement moral mais un fait indéniable, que le cinéaste passe pourtant la majeure partie de son film à ignorer. Sous couvert de comédie, il ferme les yeux sur des plaisanteries douteuses («Tu as déjà vu un noir construire un toit à sa cabane ?»), et au prétexte du mélodrame, il se met au diapason du mauvais goût de son personnage. Sa démission de metteur en scène (le film est hideux visuellement, proche d’un téléfilm de la RAI) ne fait que renforcer l’odeur nauséabonde qui se dégage jusqu’au bout de cette "Nostra Vita" aux relents berlusconiens. Christophe Chabert

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Liberté

ECRANS | De Tony Gatlif (Fr, 1h51) avec Marc Lavoine, Marie-Josée Croze, James Thierrée…

Christophe Chabert | Mardi 16 février 2010

Liberté

Étrange concours de circonstances : à quelques semaines d’intervalle sortent sur les écrans des films qui, frontalement ou de biais, évoquent les camps de la mort. Avant l’insupportable "La Rafle" et le chiantissime "L’Arbre et la forêt", en même temps que le Scorsese, voici Tony Gatlif filmant la déportation des tziganes par la France de Vichy. Un sujet idéal pour le cinéaste, qui n’a cessé d’évoquer la mémoire des Roms dans ses films précédents. Trop, sans doute… Car on ne retrouve que par instants la liberté qui faisait le prix des meilleurs Gatlif. Si la mise en scène évite la complaisance et affirme même une assez belle tenue formelle, c’est bien le scénario, déconcertant de linéarité, qui plombe le film. Le maire humaniste joué par Marc Lavoine ou l’institutrice résistante incarnée par Marie-Josée Croze, personnages certifiés conformes à la réalité, ressemblent à l’écran à de purs stéréotypes de fiction. Gatlif se rattrape quand il filme la communauté tzigane, apportant un humour bienvenu et une vie qui passe autant par la musique — une scène dit en cinq minutes tout ce que Joann Sfar essaie maladroitement de résumer dans son Gainsbourg — que par la prestation éblouissante

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Gentleman Jim

ECRANS | RAOUL WALSH Collection Fnac

Christophe Chabert | Dimanche 7 septembre 2008

Gentleman Jim

Sans crier gare, la FNAC est donc devenue éditrice de DVD, avec cette collection comprenant une vingtaine de titres pour la plupart inédits. Loin de faire les fonds de tiroir, elle a exhumé du catalogue des studios occupés à sortir leurs hits en Blu-Ray des films parfois exceptionnels (Le Ciel peut attendre de Lubitsch, L’Homme à la peau de serpent de Lumet, Madame Bovary version Minnelli…). Pas de boni, des jaquettes grises assez moches, un prix modeste (13€) : c’est du hard discount, même si les copies sont plus que correctes. S’il ne fallait en choisir qu’un parmi tous, ce serait ce Gentleman Jim, chef-d’œuvre de Raoul Walsh qui donne ses premières lettres de noblesse à un genre qui va en connaître beaucoup : le film de boxe. James Corbett, fils d’Irlandais pauvres, s’incruste dans la haute société de San Francisco pour y démontrer ses talents de cogneur et surtout l’efficacité de son jeu de jambes ; son itinéraire est à l’écran une merveille de fluidité narrative, excellemment dialogué, filmé et incarné par un Errol Flynn majestueux. La mise en scène des combats est pour l’époque (1942) particulièrement inventive — il faudra attendre Raging Bull pour voir mieux ! Mais plus durs

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Le Retour de Peter Pan

SCENES | Il a séduit les spectateurs avec ses deux premiers spectacles La Symphonie du hanneton et La Veillée des abysses, dans lesquels il présentait son univers onirique et enfantin. James Thiérrée débarque à Lyon avec sa nouvelle création, Au revoir Parapluie. Entretien. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Mercredi 18 avril 2007

Le Retour de Peter Pan

Au revoir Parapluie, votre dernière création, est inspirée du mythe d'Orphée. Allez-vous raconter une histoire ?James Thiérrée : Je suis plus dans la divagation que dans la narration. Je pars d'un cadre et puis je prends beaucoup de libertés. Au revoir Parapluie ce n'est pas l'histoire d'Orphée, mais un voyage. Bien sûr il y a des liens : le personnage principal va aller chercher la femme qu'il aime, mais le but n'est pas de raconter une histoire. Ce spectacle est en continuité avec les deux précédents, j'y développe un langage et un univers très personnels, assez abstraits. Je me méfie beaucoup des spectacles purement visuels qui tentent de trouver une caution avec une narration plus ou moins bancale. Les arts du cirque sont largement représentés dans vos spectacles, quelle place accordez-vous à la danse ?Dans cette nouvelle création, j'ai donné une place beaucoup plus importante à la danse. Comme je ne suis spécialiste en rien, je suis attiré par toutes les formes artistiques et j'ai estimé que j'avais le droit de tout faire... Pour moi, la danse n'est pas classique ou contemporaine, c'est

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