À ses pieds

Dorotée Aznar | Lundi 23 novembre 2009

Critique / Philoctète est un vieil homme, abandonné par les Grecs sur une île déserte à cause d'une plaie abominable et fétide au pied. Un homme plein de rancœur et en proie à une souffrance infinie mais qui a en sa possession l'arc d'Héraclès et ses flèches, le rendant invincible. L'oracle a parlé. Ceux qui l'ont trahi, il y a dix ans, ont aujourd'hui besoin de ses armes qui prendre Troie. Ulysse doit ainsi trouver un moyen pour persuader Philoctète de coopérer, dut-il employer la ruse et plonger Néoptolème, le jeune fils d'Achille, dans la honte. Dans cette «variation» à partir du texte de Sophocle, Jean-Pierre Siméon a gardé intacte l'intrigue (jusqu'au final homoérotique et kitsch à souhait). Dans ce long poème, Laurent Terzieff est Philoctète. Laurent Terzieff ne joue pas, il irradie. Inspiré, haletant, murmurant, vieil entêté ou enfant rebelle, il donne une leçon de jeu magistrale. Le metteur en scène, Christian Schiaretti, choisit de donner la pièce rideau fermé. Un imposant mur métallique s'entrouvre à de rares reprises et laisse deviner la caverne où le vieil homme se terre comme un animal. Des déplacements réduits au minimum, un costume moderne et unique pour tous les comédiens, quelques épées et boucliers pour tout artifice ; rarement Christian Schiaretti avait fait le choix d'une mise en scène aussi minimaliste, exposant autant ses acteurs. Des acteurs qui peuvent paraître un peu «petits» à côté du géant Terzieff, même si aucun ne démérite, de Johan Leysen dans le rôle d'Ulysse à David Mambouch dans celui de Neoptolème. Une chose est certaine : après avoir vu Laurent Terzieff sur scène, difficile d'imaginer que quelqu'un d'autre puisse, un jour, reprendre le rôle de Philoctète en lui arrivant ne serait-ce qu'à la cheville… Dorotée AznarPhiloctète
Au théâtre national populaire de Villeurbanne jusqu'au 23 décembre.

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L’Acteur

SCENES | Entretien / Laurent Terzieff est à l’affiche du Théâtre National Populaire de Villeurbanne. Il apparaît sous les traits de Philoctète, vieil homme blessé et abandonné par les siens sur une île, dans une mise en scène de Christian Schiaretti. Rencontre avec un acteur magistral. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Samedi 21 novembre 2009

L’Acteur

Petit Bulletin : Cette pièce de Jean-Pierre Siméon a, semble-t-il, été écrite pour vous….Laurent Terzieff : Oui, enfin pas exactement. C’est très mauvais signe quand un auteur dit écrire pour moi ou penser à moi quand il écrit. Souvent, les gens ont de moi une vision fantasmatique ! En fait, Jean-Pierre m’a fait un petit chantage affectif amical. Cette pièce lui a été commandée par Christian Schiaretti et il m’a dit qu’en l’écrivant, il avait pensé à moi. Jean-Pierre est un ami depuis quinze ans, et c’est surtout un très grand poète. Mais j’ai également accepté de jouer dans cette pièce car Schiaretti est, selon moi, un metteur en scène formidable. Tout était donc réuni pour que j’accepte. Vous connaissiez personnellement Christian Schiaretti ? Non, je le connaissais par son travail que je suis depuis une dizaine d’années. J’ai été ébloui à chaque fois par ce qu’il faisait. Son ‘Opéra de quat'sous’ extraordinaire, ‘Père’ de Strindberg rarement aussi bien monté en France, ‘Par-dessus bord’ ou encore l’apothéose de ‘Coriolan’ C’est la première fois que Christian Schiaretti propose une mise en scène aussi épurée, laissant autant de «place» à un acteur

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