La Célestine étoilée

SCENES | Théâtre / Sur un plateau nu, dans un dispositif bi-frontal, Christian Schiaretti exhume au TNP "La Célestine", un classique de la littérature espagnole du XVIIe siècle méconnu en France. Une tragi-comédie fleuve et convaincante. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 14 janvier 2011

En plongeant dans le siècle d'or espagnol (période florissante de la culture entre la fin de la Reconquista en 1492 et la fin de la guerre de Trente Ans en 1648), Christian Schiaretti a trouvé une pépite. Outre les incontournables "Don Juan" (à venir) et "Don Quichotte" (créé en décembre dernier), figure au programme du TNP "La Célestine". Ce texte de Fernando de Rojas, rédigé comme un roman dialogué, et publié en 1499, annonce ce XVIIe siècle foisonnant de créations artistiques. Il préfigure une série d'ouvrages qui malmèneront le catholicisme et le pouvoir. Chez Rojas, «les maîtres d'aujourd'hui [sont] comme les sangsues qui sucent le sang», les femmes d'éternelles insatisfaites et la seule religion des personnages est celle qu'ils s'inventent. Calixte, jeune amoureux survolté, se définit comme «mélibéen» en lieu et place de chrétien. Il aime follement Mélibée, mais ne sait comment lui dire. L'intrigue se noue alors autour de la Célestine, vieille prostituée reconvertie en sorcière mais surtout manipulatrice, motivée par l'appétit de l'argent qui lui permettrait de porter autre chose que des guenilles trop grandes pour elle. Elle se présente donc à Mélibée comme «vendeuse de sublimé». La langue de Rojas traduite par Florence Delay, qui débute sur le mode de la comédie farcesque avant d'évoluer vers le tragique et le désenchantement, se déguste.Scène ouverte
Christian Schiaretti s'en fait le messager. Comme dans nombreuses de ses créations précédentes, il ne s'encombre pas d'éléments de décor superflus mais laisse le plateau grand ouvert à ses comédiens (dispositif en bi-frontal) sur lesquels repose grandement son travail. Tout est dit, les apartés bien sûr, mais aussi les annonces des actes dans la 2e partie, les indications de contexte et même ce que les comédiens se susurrent. La troupe de comédiens, et notamment une Hélène Vincent (Célestine) furibarde, s'approprient cette langue qui oscille entre crudité et raffinement. C'est encore aux comédiens que revient de nous faire croire qu'un mur les sépare lorsqu'ils se rapprochent sans se voir, à eux encore de feindre qu'ils tombent du haut d'un toit alors que sous nos yeux s'opère une roulade à l'horizontale. Les procédés de mise en scène peuvent sembler roublards voire un brin faciles, mais ça marche ! L'illusion fonctionne à plein. Seul bémol : quelques coupes dans le texte auraient permis au spectateur de garder une concentration totale tout au long de ces 3h40 et d'ainsi mesurer la force et la noirceur du monologue final.

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