La carte et le territoire

SCENES | Que font un écrivain français (Duras) et un Président de la République française (Mitterrand) quand ils se rencontrent ? Ils parlent de leur pays, de ses reliefs, de son histoire. Ils nous parlent de nous. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 27 octobre 2011

Photo : Patrice Béghain - Mitterrand sous l'image d'Helmut Kohl © Thierry Chassepoux


François Mitterrand l'a toujours dit : il aime la France «physiquement». Il en connait les campagnes (la Charente, l'église d'Aulnay) et les villes (Paris, où il aime toujours revenir). Dans les entretiens de 1986, dont est tiré le spectacle, il réaffirme son attrait pour la géographie : «ce sont les cartes coloriées de mon enfance qui ont déterminé ma vision du monde» confie-t-il. Lui qui fut ministre de la France d'Outre-Mer, «c'est-à-dire, en fait, ministre de l'Afrique», évoque les couleurs ocre-jaune de l'Égypte et les odeurs de la forêt des Landes dont il ne peut se passer. On découvre aussi le Mitterrand humaniste ne craignant pas les vagues d'immigration que Duras aborde pragmatiquement. Et il rappelle cette réalité : la France est un pays de droite qui parfois (quatre fois en 200 ans) se prend de passion pour la gauche. Il ne faut donc pas chercher dans ce spectacle de polémique sur la vie du Président. L'affaire Bousquet, celle du sang contaminé, de l'Oratoire ou encore sa francisque n'étaient d'ailleurs pas toutes sorties de terre. Outre la géographie du monde, Mitterrand et Duras remuent leur histoire commune et leur amitié née pendant l'Occupation quand, en 1944, Jacques Morland (nom de guerre de Mitterrand) évite à l'écrivain d'être embarquée par les nazis alors que son époux Robert Antelme est déporté. C'est encore Mitterrand qui retrouvera Antelme mort-vivant dans un camp de Dachau et le fera rapatrier en France.

Le monopole du cœur

Ces années-là qui constituent la deuxième partie du spectacle sont les plus incarnées sur scène. Le dialogue commence vraiment et les mots se chevauchent car les comédiens laissent de côté le livre sur lequel ils s'appuyaient jusqu'alors. Et quels comédiens ! Marief Guittier, fidèle de Michel Raskine depuis plus de vingt ans et le novice Patrice Béghain, homme de politiques culturelles, ex-DRAC et ancien adjoint à la culture de Gérard Collomb à Lyon. Ce duo inégal sur le papier l'emporte haut la main sur la scène en bi-frontal et sous la direction bienveillante de Gilles Pastor : ils ne cherchent pas à imiter leurs célèbres personnages. Béghain EST littéralement Mitterrand presque malgré lui, un mimétisme naturel d'homme de pouvoir peut-être qui pousse à croire que ce sera l'unique rôle de sa vie. Cette histoire française s'accompagne d'images de l'INA des obsèques de Mitterrand et Duras en 1996. Les larmes des grands ce monde ont alors encore le goût amer de l'enfance en fuite.

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Lyon : trois anciens adjoints à la Culture réagissent à la baisse de la subvention de l'Opéra

Patrice Béghain, Georges Képénékian et Loïc Graber | Les trois prédécesseurs de Nathalie Perrin-Gilbert, adjointe à la Culture, se prononcent sur l'annonce qui secoue le monde culturel lyonnais depuis quelques heures : la baisse de 500 000€ de la subvention municipale à l'Opéra de Lyon, somme réaffectée à d'autres projets et lieux culturels tels que la CinéFabrique. Magnéto.

Vincent Raymond | Vendredi 5 mars 2021

Lyon : trois anciens adjoints à la Culture réagissent à la baisse de la subvention de l'Opéra

Patrice Béghain, adjoint à la Culture (2001-2008) de Gérard Collomb : Je n’ai jamais eu l’habitude de juger publiquement les décisions de mes prédécesseurs ou de mes successeurs, que ce fût quand j’étais DRAC ou adjoint. Georges Képénékian, adjoint à la Culture (2008-2017) de Gérard Collomb : Nathalie Perrin-Gilbert dit que ce n’est pas une punition. Mais c’est quand même une punition chez elle : elle a eu une telle hargne pendant toutes ces années au sujet du rapport que l’on avait fait sur les frais de Serge Dorny, malgré la mise au point que j’avais essayé de gérer — en reconnaissant qu’il y avait bien eu des anomalies, j’ai travaillé avec Serge Dorny. Mais elle a quelque chose de vengeur. Loïc Graber, adjoint à la Culture de Georges Képénékian (2017-2018) et Gérard Collomb (2018-2020) : Il y a des problèmes de forme et de fond dans cette annonce. Le premier problème, de forme, c’est la précipitation : la Ville, membre de droit de l’Opéra, ne dit rien en décembre lorsque le budget est voté ; et quelques jours avant le conseil

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Blanche-Neige, #SheToo

Théâtre | Garder la noirceur initiale du conte, y injecter les tragédies modernes, déconstruire le genre... Une pièce à thèse ? Non ! Avec Blanche-Neige, son premier spectacle jeune public, Michel Raskine excelle à réunir tout les éléments foutraques dans ce qui fut un des temps forts d'Avignon l'été dernier.

Nadja Pobel | Mardi 14 janvier 2020

Blanche-Neige, #SheToo

« Spectacle pour adulte à partir de 8 ans » préférait-il dire cet été dans la Cité des Papes. Ainsi Michel Raskine se détachait de l'étiquette "jeune public" dans laquelle il était programmé. C'est une manière détournée d'affirmer que se trouvent dans cette création des nœuds sociétaux qui embrassent les considérations de chacun. Ainsi Blanche-Neige est-elle interprétée par un homme grimé (Tibor Ockenfels) et le Prince — d'habitude escamoté — par Magali Bonat (qui remplace pour cette série de représentations une Marief Guittier momentanément blessée). Il est question de libération de la femme d'un joug masculin d'arrière-garde. De son mariage malheureux, elle s’échappe avec ce mot totem de l'époque « j'étouffe » et envoie valdinguer « la morale judéo-chrétienne » d'un mari qu'elle vouvoie mais à qui elle n'est pas fidèle, lorgnant du côté de Monsieur Seguin tout en regrettant de ne pas avoir accepté les avances de Peau d'âne. Travaillant fréquemment avec des aut

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La Douleur

Avant-Première | Récit dont Marguerite Duras avait oublié jusqu’à l’existence — la mémoire sait être sélective pour s’épargner certaines souffrances — La Douleur raconte un épisode (...)

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

La Douleur

Récit dont Marguerite Duras avait oublié jusqu’à l’existence — la mémoire sait être sélective pour s’épargner certaines souffrances — La Douleur raconte un épisode particulier de sa vie : l’attente du retour de son mari déporté. Emmanuel Finkiel en a tiré une adaptation naturellement sèche où Mélanie Thierry retrouve, dans la voix-off de la récitante, le phrasé durassien si particulier d’Emmanuel Riva. La comédienne et le réalisateur seront présents pour la double avant-première prévue mardi 16 janvier à 20h à l’Astoria et au Comœdia. Nulle absence n’est donc ici à redouter. La Douleur À l’UGC Astoria et au Comœdia le mardi 16 janvier à 20h

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Michel Raskine divise son "Quartett" par deux

SCENES | Et soudain surgit Winnie. Tout au long des 90 minutes de Quartett, mis en scène par Michel Raskine d'après Les Liaisons dangereuses, Marief (...)

Nadja Pobel | Mardi 12 janvier 2016

Michel Raskine divise son

Et soudain surgit Winnie. Tout au long des 90 minutes de Quartett, mis en scène par Michel Raskine d'après Les Liaisons dangereuses, Marief Guittier sera juchée et engoncée dans un talus de terre. Immobile, comme l’héroïne de Oh les beaux jours, la voilà qui elle aussi monologue. Elle sait parfaitement le faire, de surcroît avec les mots intemporels d’Heiner Müller évoquant «le gaspillage de jouissance qu’entraîne la fidélité d’un mari», ses propos féministes assurant que «l’homme n’est que l’instrument de la jouissance des femmes». Bien sûr, l'alchimie prend. Thomas Rortais est beaucoup plus jeune que Valmont ? Qu’importe. Les liens physiques n’en ont que faire, la torture du désir aussi. D'autant que les deux comédiens ont déjà parfaitement rodé leur duo dans Le Triomphe de l’amour et Au cœur des ténèbres en septembre dernier. Le décor, lu

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L’enfance nue de Thomas Bernhard

SCENES | Ce sont de petits bijoux que Christiane Ghanassia a traduits et adaptés : de courts récits autobiographiques de Thomas Bernhard publiés entre 1975 et 1982. (...)

Nadja Pobel | Mardi 27 octobre 2015

L’enfance nue de Thomas Bernhard

Ce sont de petits bijoux que Christiane Ghanassia a traduits et adaptés : de courts récits autobiographiques de Thomas Bernhard publiés entre 1975 et 1982. Où il est question de la douloureuse enfance du futur écrivain : l’internat, la guerre, la maladie, la mort aussi, de celui qui l’a élevé et dont il était très proche, son grand père. L'ensemble donne bien sûr des clés pour comprendre la misanthropie qui parcourt l’œuvre de l’Autrichien. Mais aussi son goût pour les situations soliloquées. Dans sa nouvelle création, Gilles Pastor, qui avait signé l’an dernier un très intelligent Affabulazione, égrène ainsi cinq monologues portés par un maitre du genre, Jean-Marc Avocat, dont la voix à la fois caverneuse et douce s'accorde parfaitement avec ces écrits dépourvus de cynisme mais pas de gravité. Le travail sur la vidéo, dont Pastor est un habitué, est fort à propos également, avec de grandes vues sur les Alpes qui accentuent notamment ce sentiment de solitude dont il est question dans la deuxième partie, consacrée à l’internat.

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Marief Guittier illumine "Au cœur des ténèbres"

SCENES | Chez ceux qui ne l’ont jamais vue comme chez ceux qui la connaissent déjà bien, son talent hors norme et sans cesse renouvelé provoque le même étonnement. Marief Guittier le confirme à l'Elysée sous la houlette de son éternel acolyte Michel Raskine : elle est une très grande comédienne.

Nadja Pobel | Mardi 15 septembre 2015

Marief Guittier illumine

C’est un petit bout de femme, pourrait-on dire vulgairement. Elle est en vérité bien plus. Quand le prologue se termine, elle apparaît, toute mince, là où on ne l’attend pas : hissée en haut de gradins, assise, au premier plan d’une peinture d’océan un peu kitsch, scénographie resserrée dans laquelle elle trouve sa place avec évidence. Petites lunettes rondes, bonnet lui ôtant tout cheveu, cardigan noir sur chemise blanche, pantalon : elle est cet homme, héros de Conrad, Charles Marlow. Elle est cet homme plus que bien des acteurs masculins ne pourraient l’être. Marief Guittier a déjà été Max Gericke et Rousseau, elle sait que tout est possible au théâtre. Avec sa voix grave, son souffle travaillé et, surtout, sa capacité à faire passer dans sa prononciation un mélange d’ironie, de passion et de surprise, elle sait démultiplier mieux que quiconque les nuances des états d’âme de son personnage. Et donne à ce jeune officier de marine marchande britannique qui remonte le cours d'un fleuve au cœur de l'Afrique noire une fraîcheur absolue. Mi

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L'Apocalypse selon Raskine

SCENES | À quoi ça tient, le projet d’une mise en scène de théâtre ? Au visionnage d’un documentaire parfois, comme celui vu par Michel Raskine au dernier (...)

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

L'Apocalypse selon Raskine

À quoi ça tient, le projet d’une mise en scène de théâtre ? Au visionnage d’un documentaire parfois, comme celui vu par Michel Raskine au dernier festival Lumière, Hearts of Darkness, tourné sur le plateau d’Apocalyse Now. Ce documentaire lui remet en mémoire le récit de Joseph Conrad auquel il empreinte son titre, Au cœur des ténèbres. Alors que Quartett est déjà sur les rails, il décide de monter ce texte avec son éternelle Marief Guittier, dans une salle qu’il fréquente souvent et «que nous envie d’autres villes de province», le Théâtre de l'Élysée. Du 10 au 25 septembre, c’est de fait la petite salle de la Guill’ qui créera l’événement de cette rentrée théâtrale. Le texte, qui tient en une heure, est avant tout un monologue de Guittier dans la peau de Charles Marlow, le narrateur qui remonte le fleuve Congo durant la colonisation. Autour de l’actrice rôde l'éblouissant Thomas Rortais, déjà impeccablement dirigé par Raskine dans Le Triomphe de l’amour. Quoi d’autre ? Un prologue vraisemblablement de haut vol, «des fragments de décor, des bougies, Britten et Jim Morrison» compl

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La saison 2015/2016 du Théâtre de la Croix-Rousse

ACTUS | Ludique et politique est le visuel de la nouvelle plaquette (une croix faite de craies fragilisées) du Théâtre de la Croix-Rousse. Ludique et politique (et du coup franchement excitante) sera sa saison 2015/2016. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 31 mai 2015

La saison 2015/2016 du Théâtre de la Croix-Rousse

Des Fourberies de Scapin décapées au karcher par Laurent Brethome, le crépusculaire Mon traître d'Emmanuel Meirieu, David Bobée et son Lucrèce Borgia à (trop) grand spectacle... L'entame de la saison 2014/2015 du Théâtre de la Croix-Rousse fut l'une des plus fulgurantes qu'on ait connue depuis l'arrivée à sa direction de Jean Lacornerie. La rentrée 2015/2016 est bien partie pour soutenir la comparaison, ne serait-ce que parce qu'elle s'ouvrira sur la reprise du Bigre de Pierre Guillois, comédie muette «à voir et à revoir» (du 29 septembre au 3 octobre) selon la formule consacrée car aussi hilarante qu'ingénieuse. Suivront : une prometteuse transposition des conseils pour accéder à un trône et le conserver de Machiavel dans l'univers férocement contemporain du stage de formation par Laurent Guttmann (Le Prince, du 6 au 16 octobre) ; le retour, sous bannière Nimis Groupe, d'une partie des singuliers Belges du Raoul collectif (Le Signal du promeneur) avec Ceux que j'ai rencontrés ne

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Gilles Pastor en terrain conquis

SCENES | Sur un plateau de jeu impeccable, le metteur en scène Gilles Pastor transforme ses acteurs (et ses footballeurs !) en figurines animées au service d'un texte complexe et passionnant de Pasolini : "Affabulazione". Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 11 novembre 2014

Gilles Pastor en terrain conquis

Il y a les spectacles qui prennent le temps de se mettre en place et ceux qui, dès leur entame, existent pleinement. Avec Affabulazione, Gilles Pastor a indiscutablement choisi la deuxième option. Sur une musique de clavecin en stéréo, il crée d’emblée une dissonance. Et chacun des comédiens de venir du fond de la salle, puis traverser le plateau, dos aux spectateurs. Et rejoindre les coulisses. Ce mini prologue donne le ton : celui d’un spectacle net, d’une élégance peu commune et déjà délicatement grinçant. Placé sous le haut patronage de Sophocle, avec la voix de Jeanne Moreau pour faire résonner son spectre, Affabulazione raconte dans une langue superbe, quoique complexe, comment un père, riche industriel milanais des années 70, est perturbé par un rêve dans lequel il a pensé tuer son fils. «Comme si dans mon sommeil il avait plu» dit-il. De cet Œdipe inversé allié à une foi soudaine découle une réflexion sur le sens de la paternité et de la jeunesse disparue qui, loin de rester à l'état de théorie insaisissable, s’incarne sur le plateau. Comme dans Théorème, l’équilibre familial s’en trouve chamboulé. Par terre

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Le Triomphe de Raskine

SCENES | Constamment jubilatoire, drôle, tendu et vif, "Le Triomphe de l'amour" signe les retrouvailles de Michel Raskine avec la si brillante écriture de Marivaux. Une très grande mise en scène, comme il en a déjà tant derrière lui. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 4 février 2014

Le Triomphe de Raskine

Sartre, Manfred Karge, Duras, Dea Loher, Marie Dilasser, Strindberg, Lagarce, Bernhard, Pinget, Shakespeare, Marivaux… Le moins que l’on puisse dire est que Michel Raskine, depuis ses débuts de metteur en scène en 1984 avec l’inoubliable et maintes fois repris Max Gericke, s’est confronté à des registres tellement différents qu’il parait compliqué d’y déceler un fil rouge. Toutefois, si on se doute bien qu’il ne s’acharne pas à établir une continuité dans son travail, il n’en demeure pas moins que dès les premières minutes du Triomphe de l’amour, nous nous sentons autant chez lui que chez Marivaux par un savant décalage : les personnages sont costumés mais se trimballent avec un sac plastique Lidl ; le décor est massif, juste mélange de références antiques et modernistes, mais à jardin trône une table en formica avec bières, cagettes et vieille téloche qui sera le lieu de détente de l’un des comédiens à l’entracte. Chez Raskine, le spectacle ne s’arrête jamais vraiment, la vie et la comédie se mélangent, le factice et le réel ne font qu’un. Il en était notamment ainsi en 2009 avec Le Jeu de l’amour et du hasard, qu'il laissait en suspen

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Poursuivre, dit-elle

CONNAITRE | Pour son 3e opus, la revue "Initiales" replonge dans l'univers cinématographique et littéraire de Marguerite Duras. Et invite dans ses pages nombre d'artistes et d'écrivains qui s'en inspirent. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 19 janvier 2014

Poursuivre, dit-elle

«Il y a une bêtise de Duras qui traverse son génie propre» écrit Thomas Clerc à propos de l'homophobie de Marguerite Duras. On ne retracera pas ici le trajet connu de cette écrivain et cinéaste qui en a toujours un peu trop fait, jusqu'à en exaspérer certains ou à interviewer Michel Platini en sachant à peine ce qu'était un ballon de foot. Car ce qui importe, au fond, c'est que l'auteur du "je", de l'oralité, du corps et des pulsions, du désir féminin, a créé des failles géniales, dont les répliques sismiques se ressentent encore aujourd'hui. Il suffit pour s'en convaincre de rouvrir Le Ravissement de Lol V. Stein. Ou bien d'effectuer la petite expérience suivante : si vous êtes, comme nous, accablés par l'apathie des dernières productions de vos cinéastes favoris, visionnez le DVD de Détruire, dit-elle (1969) de Marguerite Duras. Ca tranche, ça intrigue, ça interroge pour le moins. Sur l'écran comme sur le papier, Duras fait bouger les lignes.  Un pas de côté Elle provoque et inspire j

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Tribune libre

SCENES | Idée saugrenue mais intrigante, la rencontre en 1987 entre Marguerite Duras et Michel Platini avait donné lieu à une interview parue dans "Libération". C’est désormais une pièce de théâtre dont l’excès de formalisme ne gâche pas le plaisir de parler intelligemment de foot sur une scène. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 18 octobre 2012

Tribune libre

Pensait-elle qu’elle serait un des personnages de théâtre récurrents des pièces contemporaines (Marguerite et François par Gilles Pastor, La Musica deuxième par les Nöjd…), elle qui obtint le Goncourt avec L’Amant l’année même où elle interviewa Michel Platini ? Marguerite Duras, éternellement engoncée dans son col roulé blanc, forcément moins caricaturale qu’elle se caricaturait elle-même, est plus vraie que nature sous les traits d’Anne de Boissy (vue et revue dans l'inaltérable Lambeaux). Elle fait face à un héros du sport français pour une improbable rencontre avec ce jeune loup de 32 ans, maillot de la Juve sur le dos, qui vit sa "ménopause" d’athlète selon les mots du chroniqueur cycliste Antoine Blondin pour nommer la retraite sportive. Plus difficilement incarné par Stéphane Naigeon (dont l’âge est trop en décalage avec celui de son personnage), Platini n’en est pas moins impressionnant dans sa vision du jeu, simple et juste ; il a cette faus

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Racé !

SCENES | Le pouvoir pour quoi faire ? Pour son retour aux Nuits de Fourvière, et en pleine période électorale (pas seulement en France !), Michel Raskine a l’audace de choisir la pièce cinglante de Thomas Bernhard, Le Président. À la hauteur de ce texte incandescent, il signe une mise en scène qui a du chien ! Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 26 septembre 2013

Racé !

Ça fait sens. Au bout de l’heure quarante de ce spectacle, il est évident qu’il arrive au bon moment (période électorale avec des enjeux plus importants encore en Grèce et en Égypte que dans l’Hexagone), au bon endroit (un chapiteau de cirque) et qu’il est entre les mains de la bonne personne, Michel Raskine. Il avait déjà brillamment mis en scène Thomas Bernhard en 2000, replié dans un coin de la scène du Point du jour avec Au but. Paru en 1975, Le Président fait polémique dès sa création car il fut joué à Stuttgart où se déroulait alors le premier procès de la Fraction Armée Rouge, ces anarchistes emmenés par Andreas Baader et Ulrike Meinhof. Or Le Président, c’est précisément le récit de ce clivage entre un pouvoir autocrate et vain qui s’amenuise face à l’adversité - en l’occurrence des anarchistes. Fiction ou réalité ? Peu importe. Thomas Bernhard s’est toujours délecté de ces parallèles et ne cesse d’incriminer son pays et les puissants. Ici, un couple présidentiel vient de réchapper à un attentat. Un colonel et leur chien ont succombé. Pour la Présidente, c’est un drame absolu que d’avoir perdu son animal, son mari a droit à bien moins d’égards. Dans la deuxième

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Apportez-nous du théâtre !

SCENES | «Vous souvenez-vous du temps qu’il faisait [quand vous l’avez rencontrez] ? - Il faisait beau». Tout ne serait donc question que de météo dans les (...)

Nadja Pobel | Vendredi 6 janvier 2012

Apportez-nous du théâtre !

«Vous souvenez-vous du temps qu’il faisait [quand vous l’avez rencontrez] ? - Il faisait beau». Tout ne serait donc question que de météo dans les sentiments comme nous le disent en ce moment et à leur manière (brillante) Jeff Nichols dans Take shelter et Anne Wiazemsky dans Une année studieuse (sa rencontre infiniment lumineuse avec Jean-Luc Godard). Gilles Pastor, dont nous avions beaucoup aimé récemment le travail sur les échanges entre Duras et Mitterrand (Marguerite et François), revient avec une création aux Subsistances (du 10 au 14 janvier) et ce drôle de titre : Odette, apportez-moi mes morts ! Il y est question d’amour via le monologue de quatre veuves interprétées par le grand comédien Jean-Philippe Salério. Gilles Pastor dit que ces textes sont autobiographiques, l’un des époux disparus dont il est question est son père. Il y a donc sa mère mais aussi ses tantes. Outre leurs voix et leurs mots, il restitue leurs visages à travers la vidéo qu’il utilise régulièrement dans ses spectacle

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Accords perdus

SCENES | Théâtre / Si jeunes soient les membres de la compagnie jeune Nöjd («heureux» en suédois), ils s'emparent avec crédibilité de "La Musica deuxième" de Marguerite (...)

Nadja Pobel | Jeudi 3 mars 2011

Accords perdus

Théâtre / Si jeunes soient les membres de la compagnie jeune Nöjd («heureux» en suédois), ils s'emparent avec crédibilité de "La Musica deuxième" de Marguerite Duras. Un homme et une femme reviennent dans l'hôtel d'Évreux où ils se sont fait follement aimés avant de laisser mourir leur amour dans la maison qu'ils ont achetée pour «faire comme tout le monde». Ils ne se sont plus vus depuis quatre ans. Ils viennent ici acter leur divorce et se ré-apprivoisent comme des animaux blessés. Leurs gestes sont heurtés, parfois brusques, voire incongrus, mais toujours justes. Pas besoin d'avoir des rides au coin des yeux pour faire croire à la profondeur de l'amour passé. Les personnages ne s'épargnent pas, se relatant leurs infidélités dans une langue raide, rugueuse, sans atermoiements et sans haine. Ils ne cessent de se désirer, sondant l'épaisseur de leur douleur. Dans un vouvoiement constant, il lui dit : «je suis venu voir voir comment vous étiez sans moi, comment c'était possible, ce scandale, comment nous étions l'un sans l'autre». Nöjd fait du public un acteur de son travail comme récemment dans "Yvonne princesse de Bourgogne" (repris à Villefranche-sur-Saône le 29 mars) : les spect

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En route pour l’Élysée

SCENES | Théâtre / Quand Gilles Pastor veut parler de politique, il invite Marguerite Duras et François Mitterrand à l’Élysée. Un dialogue inattendu à découvrir du 31 mai au 8 juin. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Samedi 22 mai 2010

En route pour l’Élysée

La dernière fois qu’on avait vu Gilles Pastor, il avait des images de Salvador de Bahia plein la tête et transportait la Tempête de Shakespeare au Brésil. On le retrouve les pieds bien ancrés sur le sol français, à quelques jours de présenter Marguerite & François au Théâtre de l’Élysée, un spectacle construit d'après les entretiens entre Marguerite Duras et François Mitterrand. «En 2007, quand je suis rentré en France, Sarkozy était élu. Au Brésil son élection a été vécue comme un drame et j’avais envie de faire un spectacle politique», raconte Gilles Pastor. Finalement, ce ne sera pas à Sarkozy mais à Mitterrand que s’intéressera le metteur en scène suite à une «rencontre» avec des textes datant de 1985 et 1986, des entretiens entre un futur président et une intellectuelle : Mitterrand et Duras. Des entretiens orchestrés, destinés à être publiés dont le caractère théâtral interpelle Pastor qui décide de faire entendre ce débat d’idées destiné à la postérité. Lettres et politique Pour se glisser dans les costumes de ces deux intellectuels, Gilles Pastor a fait appel à une comédienne et à un ancien élu. Ce sont en effet l’

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Raskine-Guittier, la fidélité

SCENES | Comédienne / Marief Guittier et Michel Raskine, une fidélité par vingt fois renouvelée. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 15 mars 2010

Raskine-Guittier, la fidélité

Depuis sa première mise en scène en 1984 (Max Gericke ou pareille au même de Manfred Karge), Michel Raskine a crée 26 autres spectacles. Le point commun entre ces créations ? La présence de la comédienne Marief Guittier dans vingt d’entre eux, du premier au dernier en date.

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La Douleur

SCENES | C'est les vacances, les salles de théâtre attendent patiemment le retour des écoliers pour mettre fin à leur trêve de programmation. Mais parmi les téméraires (...)

Nadja Pobel | Mercredi 1 avril 2009

La Douleur

C'est les vacances, les salles de théâtre attendent patiemment le retour des écoliers pour mettre fin à leur trêve de programmation. Mais parmi les téméraires qui s'aventureront au théâtre cette semaine, ils auront peut-être la chance — pour ceux qui ont déjà leurs places car c'est complet, de voir Dominique Blanc, sous la direction de Patrice Chéreau, incarner jusqu'à l'os La Douleur de Marguerite Duras (à la Croix-Rousse, les 9 et 10 avril), un texte déniché par son éditeur POL alors qu'elle ne se souvenait même pas l'avoir écrit. Elle attendait le retour de son homme déporté. Elle l'a vu revenir sous forme de fantôme ayant côtoyé l'indicible. Et pourtant elle le dit magistralement.

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La Douleur à Blanc

SCENES | Dominique Blanc, comédienne, retrouve avec "La Douleur", un texte longtemps oublié par son auteur-même Marguerite Duras, les planches et Patrice Chéreau avant d'être l'héroïne au cinéma de "L'Autre" en février. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 23 décembre 2008

La Douleur à Blanc

«Les hasards de la vie» dit-elle. La rencontre avec celui qui est un fil rouge de sa carrière est un hasard. Dominique Blanc était en classe libre au cours Florent, où Patrice Chéreau était professeur. Depuis, ils se sont trouvés, perdus de vue, retrouvés, mais jamais séparés. Trois pièces de théâtre et deux films plus tard, les voici réunis par La Douleur. «C’est moi qui suis revenue vers lui, on a décidé d’une lecture à deux, cherché des textes puis il a trouvé celui-là pour lequel j’ai eu un coup de foudre immédiat». Ce ne devait être l’histoire que d’une ou deux lectures données l’année dernière, c’est désormais un spectacle qu’elle va emmener partout avec un bonheur non dissimulé. Chéreau n’est plus à ses côtés sur scène, La Douleur est devenu un monologue, une première pour lui comme metteur en scène, une première pour elle comme comédienne ; «il faut être très rigoureux, je me sens en liberté surveillée, c’est à la fois inquiétant et merveilleux» confesse-t-elle. Pour ce saut dans l'inconnu, elle ne cherche pas la facilité, se confrontant à un texte qui n’a rien de théâtral et qui a même longtemps été gommé de la mémoire de son

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«Je les enferme dans ma caméra»

CONNAITRE | Entretien / Gilles Pastor présente sa Conversation avec la Léa pendant le week-end Ça Tchatche ! Propos recueillis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Mardi 1 avril 2008

«Je les enferme dans ma caméra»

Petit Bulletin : Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste cette création, s’agit-il uniquement d’une projection vidéo ? Gilles Pastor : Il s’agit d’une vidéo mise en scène. C’est entre l’installation et le spectacle ; on pourrait parler d’un spectacle qui mêle vidéo, acteur-technicien et machine à fumée. Concrètement, la Conversation avec la Léa est un plan-séquence de 25 minutes, les images n’ont pas été montées du tout. Qui est la Léa ?La Léa est une fermière qui vend des tomes. Depuis quinze ans, elle est sourde, son langage s’est altéré et cela rend son commerce compliqué. En fait, ce plan raconte la difficulté de s’exprimer, pour elle et pour moi, c’est une sorte d’autoportrait sur la difficulté de s’exprimer. Comment avez-vous rencontré cette femme ?La Léa vit dans le village de mon enfance. Mes tantes vont acheter des fromages chez elle, je les ai accompagnées. Puis j’y suis retourné, seul. Au départ, il ne s’agissait pas d’un projet artistique, je voulais capturer un moment. Plutôt que d’enfermer les moments dans ma mémoire, je les enferme dans ma caméra, c’est un peu névrotique. Il y a de

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«Un coup de jeune»

MUSIQUES | Entretien / À treize mois des prochaines élections municipales, Patrice Béghain, adjoint à la Culture de la Ville de Lyon dresse un premier bilan des actions culturelles menées... et de ce qui reste à faire. Propos recueilllis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Mercredi 31 janvier 2007

«Un coup de jeune»

2001-2007 : Quelles sont, selon-vous, les actions culturelles menées à bien sous le mandat Collomb ? Patrice Béghain : Ce qui caractérisait la vie culturelle lyonnaise en 2001, c'était une vie qui tournait quasi exclusivement autour des institutions culturelles, dans tous les domaines. Les institutions culturelles sont certes le lieu de la permanence et de la liberté, elles peuvent inscrire leur action dans la durée et jouissent d'une grande autonomie artistique, mais cela ne suffit pas. L'une de nos grandes réussites est d'avoir mené deux mouvements de concert : nous avons conforté le rôle des institutions que nous avons amenées à s'ouvrir d'avantage sur la ville et nous avons donné notre soutien à des initiatives hors institutions : compagnies de théâtre, danse, groupes de musique... Il fallait créer une scène artistique autonome dans cette ville. Entre 2001 et 2007, le budget culturel de la ville de Lyon a augmenté de 10 millions d'euros : il est passé de 28 millions à 38 millions (en crédit d'intervention). Les crédits destinés aux petits lieux, aux petites compagnies ont été multipliés par deux. Il faut ajouter à cela tous les coûts de fonctionnement et de personnels qui repr

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