Île et lui

Nadja Pobel | Lundi 4 février 2013

Photo : © Emmanuelle murbach


Avant qu'il ne présente la semaine prochaine le très acrobatique et in fine émouvant Tu tiens sur tous les fronts, sur un texte de Christophe Tarkos avec Hervé Pierre de la Comédie Française et Pascal Duquenne du Huitième jour, Roland Auzet, directeur du Théâtre de la Renaissance, fait un grand écart comme il les aime (et sait les faire) avec Aucun homme n'est une île, fable de Fabrice Melquiot confrontant un personnage de synthèse, Oscar, à un jeune adolescent bien réel, Jacques, incarné par le grand comédien Julien Romelard. Au plateau, c'est un déluge d'artifices technologiques qui s'abat sans que jamais l'humanité des personnages ne passe à la trappe.

La pièce s'ouvre majestueusement sur d'immenses yeux se dessinant sur une toile en avant-scène. Oscar se réveille. Commence alors un dialogue d'autant plus animé que lui et Jacques s'entichent d'une même fille, laquelle traverse virtuellement la scène dans une robe rouge éclaboussant un univers sombre et bleuté. Jacques est seul sur son île, ou plutôt son no man's land (ça peut être sa maison, une cour d'école...), enfermé dans son espace mental.

Oscar existe-il autrement que dans sa tête ? Ne symbolise-t-il pas le réel coincé dans une matrice ? S'appuyant sur le graphisme et le principe des jeux vidéo que tous les enfants ont aujourd'hui entre les mains (qui manipule qui ? Qui tient tient les manettes ?), Melquiot interroge pertinemment un fait très actuel, la place de l'individu et du réel dans un monde de plus en plus dématérialisé, en empruntant pourtant son titre au poète anglais du XVIIe siècle John Donne.

Nadja Pobel

Aucun homme n'est une île
au centre culturel Théo Argence, vendredi 8 février


Aucun homme n'est une île

De Fabrice Melquiot, ms Roland Auzet, dès 8 ans. Questionnement de la réalité virtuelle et la notion d'avatar
Théâtre Théo Argence Place Ferdinand Buisson Saint-Priest
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Irène Jacob, la voix sereine

Portrait | Le visage de trois quart de profil en gros plan, devant Jean-Louis Trintignant. Rouge. Le film de Kieślowski, avec La Double vie de Véronique, va révéler la comédienne Irène Jacob dans les années 90. Depuis, elle tourne dans le monde entier, chante et sera La Voix humaine de Cocteau en novembre.

Nadja Pobel | Mardi 6 novembre 2018

Irène Jacob, la voix sereine

D'elle, il nous parvient des flashs apaisants : son visage (qui n'a guère changé depuis les films du cinéaste polonais mythique) et sa voix qui décline les questions de Cosmopolitan en susurrant à l'oreille de Vincent Delerm « avez-vous déjà fait souffrir votre partenaire ? » ou nous informe que « c'est une période difficile pour les natives du deuxième décan ». Elle est aussi « une fille Deutsche Grammophon » sur l'album Kensington square. Et Jean-Luc Le Ténia lui a même consacré une chanson à son nom. Iconique. Osons le mot qu'elle ne peut s'attribuer. Il y a de cela chez Irène Jacob, mais une icône accessible que l'on voudrait toutefois ne pas trop chahuter pour respecter ce travail mené depuis plus de vingt avec exigence et humilité. Tracer sa voix (humaine) D'emblée, elle rencontre des hommes de cinéma reconnus pour leur rigueur. C'est Louis Malle qui met le pied à l'étrier de cette fille de physicien et psychologue, la quatrième fille, après trois g

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Dans la solitude de la Part-Dieu

SCENES | A priori, rien de mieux pour aborder le lien marchand et le désir qui structurent "Dans la solitude des champs de coton" que de le jouer dans un centre commercial. Pourtant, même avec deux grandes comédiennes, la mise en scène de Roland Auzet se dissout dans cet espace sans fin. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 19 mai 2015

Dans la solitude de la Part-Dieu

Un dealer, un client. Vendre, acheter. Ou, à tout le moins, désirer le faire. Car la pièce que Bernard-Marie Koltès a écrite en 1985, quatre ans avant son décès (suivront encore Roberto Zucco ou Le Retour au désert) est un prélude à l’action : ce qui se dit durant 1h15 a trait à la réflexion qui préfigure le geste de céder. Pourquoi et comment s’établit ce lien entre l’un et l’autre, qu’est-ce que ce désir dit de nous ? Quand bien même l’objet de la transaction ne serait pas une drogue, il y a bien une dépendance – voire une nécessité vitale de consommer. Bienvenue, en conséquence, dans ce temple moderne de la pulsion d'achat qu’est le centre commercial de la Part-Dieu, où se cognent aux vitres des enseignes, comme ils se cognent à eux-mêmes, des protagonistes en plein doute. Roland Auzet, qui n’a pas peur de se confronter à des textes âpres, fussent-ils pour les enfants (cf. Aucun homme n’est une île récemment), a choisi de confier ces rôles, jusque-là toujours masculins, à des comédiennes. Un choix qui, sans renverser le propos, a le mérite de prouv

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Les Célestins et les Ateliers avancent casqués

SCENES | Adieu fauteuils de velours rouge, poulailler et parterre, bienvenue au centre commercial de la Part-Dieu ! Les Célestins s’y délocalisent du 13 au 23 (...)

Nadja Pobel | Mardi 12 mai 2015

Les Célestins et les Ateliers avancent casqués

Adieu fauteuils de velours rouge, poulailler et parterre, bienvenue au centre commercial de la Part-Dieu ! Les Célestins s’y délocalisent du 13 au 23 mai prochain, le temps pour Roland Auzet d’y mettre en scène Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès où, pour une fois, les rôles du dealer et de son client seront tenus par des femmes. Et quelles femmes ! C’est entre Anne Alvaro et Audrey Bonnet (impériale dans le très réussi Clôture de l’amour comme dans le très raté Répétition, tous deux de Pascal Rambert) que se développera un désir devenant commerce. A l’heure où chaque rideau de magasin est tombé, ce temple de la consommation ne peut que se révéler idéal. Chaque spectateur sera par ailleurs muni d’un casque sans fil pour écouter, comme une bande son, les errances des comédiennes en déambulation. Casque toujours avec les créations de Karim Bel Kacem aux Ateliers (jusqu’au 16 mai). Ces «pièces de chambres» sont à écouter muni de cet engin et à regarder par une vitre sans tain derrière laquelle les acteurs jouent en espace clos. Ce dispositif sensoriel s’adaptera aux petits

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Roland Auzet quittera la Renaissance à la fin de la saison

SCENES | Roland Auzet, directeur du théâtre de La Renaissance à Oullins, a décidé de ne pas solliciter de deuxième mandat à ses tutelles. Le créateur arrivera en juin à échéance (...)

Nadja Pobel | Lundi 21 octobre 2013

Roland Auzet quittera la Renaissance à la fin de la saison

Roland Auzet, directeur du théâtre de La Renaissance à Oullins, a décidé de ne pas solliciter de deuxième mandat à ses tutelles. Le créateur arrivera en juin à échéance de ses trois ans passés à la tête de ce théâtre et retournera en compagnie pour ne se consacrer qu'à son travail d'artiste de théâtre mêlant de manière forte les arts visuels et la musique contemporaine. Le nom de son successeur sera connu à la fin de l'hiver.

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Livraison à domicile

SCENES | Les prochaines créations des directeurs-artistes des grandes maisons. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 6 septembre 2013

Livraison à domicile

TNP Christian Schiaretti monte Le Roi Lear de Shakespeare (du 10 janvier au 15 février) à la demande de (et avec) l’acteur rocailleux et monumental Serge Merlin. Le comédien avait déjà interprété ce rôle sous la direction de Matthias Langhoff avec une grosse machinerie dont il souhaite se débarrasser ici. Ca tombe bien, Schiaretti n’a pas son pareil pour mettre en avant le texte, ici traduit par Yves Bonnefoy. Célestins Déjà joué 44 fois cet été dans la cour du château de Madame de Sévigné à Grignan, Chatte sur un toit brûlant, mis en scène par Claudia Stavisky, ouvrira durant un mois (du 19 septembre au 20 octobre) la saison des Célestins. Théâtre de la Croix-Rousse Bells are ringing, c’est la création dont Jean Lacornerie rêve depuis longtemps. Triomphe à Broadway dès sa création en 1956 avant d’être porté à l’écran par Vincente Minelli, ce spectacle n’a jamais encore été joué en France. Ce

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La Renaissance se confirme

SCENES | Le théâtre oullinois attend avec impatience l’arrivée du métro B à sa porte. Ce sera chose faite le 11 décembre. En attendant, Roland Auzet, son directeur-artiste, a conçu sa deuxième saison avec de très nombreuses collaborations pour proposer pas moins de 42 spectacles ! Décryptage des mois à venir dans ce qui s’impose comme LE lieu consacré aux liens entre entre musique et théâtre dans la petite couronne lyonnaise. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 15 avril 2013

La Renaissance se confirme

Une fois n’est pas coutume, voici une saison théâtrale qui commence… en juin ! Le Théâtre de la Renaissance se délocalisera sur la colline de Fourvière pendant les Nuits avec FoRest de Jérôme Thomas, accompagné d’un impromptu le 10 juin entre ce circassien et Roland Auzet, son acolyte dans Deux hommes jonglaient dans leur tête, une pièce qui ne cesse de tourner depuis sa création en 2008. Pour parfaire ce dialogue entre le festival et le théâtre, l’ensemble autrichien de musique baroque Franui mettra en notes une des Vies minuscules de Pierre Michon, lue par le génial André Wilms. Partenaires particuliers Tout au long de la saison, le Théâtre de la Renaissance va donc s’associer à d’autres manifestations culturelles du territoire comme la Biennale d’Art contemporain, en accueillant une installation musicale de Michel Aubry sur le site du Bac à Traille. Le festival international de théâtre des Célestins, Sens interdits, fera lui halte pour la première fois à Oullins avec le retour du Chœur de femmes de 48 polonaises pour une trilogie les 26

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L’union fait la force

SCENES | C’est peu dire que l’expérience tentée par Roland Auzet paraissait minée d’avance : adapter l’exigeant et parfois opaque poète Christophe Tarkos avec un (...)

Nadja Pobel | Vendredi 8 février 2013

L’union fait la force

C’est peu dire que l’expérience tentée par Roland Auzet paraissait minée d’avance : adapter l’exigeant et parfois opaque poète Christophe Tarkos avec un acteur sociétaire de la Comédie-Française, Hervé Pierre, et Pascal Duquenne, comédien révélé au grand public par un tonitruant prix d’interprétation obtenu conjointement avec Daniel Auteuil au Festival de Cannes en 1996 pour Le Huitième jour de Jaco Van Dormael. Pourtant, sur scène, ce dialogue entre un homme qui absorbe toute la parole et un autre qui s’exprime avec son corps, de la peinture et de la musique, prend peu à peu, avec une langueur donnant le temps d’apprécier et de disséquer les connivences qui naissent au fil du spectacle et finissent par fondre ces deux hommes en une seule entité. Quand leurs mains se rejoignent, l’émotion est palpable, comme si ce geste était une première fois. À quoi tient une telle sensation ? Probablement à l’immense sincérité avec laquelle est construit ce spectacle dépourvu de la moindre once d’esbroufe. Mais l’honnêteté sans le talent ne serait rien, en l'occurrence celui de Roland Auzet, qui à force d'intuition et

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Au sommet de l’enfance

SCENES | Une fois n’est pas coutume, le Théâtre Nouvelle Génération déroule le tapis rouge aux jeunes spectateurs pour cette nouvelle saison avec notamment le retour de l’auteur Stéphane Jaubertie. Partout ailleurs, les autres salles se démènent pour cultiver les petits. Tour d’horizon – non exhaustif ! - des propositions. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 7 septembre 2012

Au sommet de l’enfance

Stéphane Jaubertie est de retour et c’est une excellente nouvelle ! Le metteur en scène et directeur du Théâtre Nouvelle Génération, Nino d’Introna, lui a passé commande. Livraison annoncée en février avec Everest. Les deux hommes avaient précédemment collaboré pour ce qui reste comme les spectacles les plus marquants de l’Italien depuis son arrivée à Lyon en 2004 : Yael Tautavel ou l’enfance de l’art et Jojo au bord du monde. L’auteur, qui s'est toujours livré à une analyse de la vie de l’enfant, observant comment il grandit avec une acuité et une drôlerie mêlées, continue sa quête en passant par le conte. Ici, dans une famille qui ne se parle pas, le père est soudain réduit à l’état de miniature au cours d’une balade en forêt et c’est au fils de le porter sur son épaule. Le père ne retrouvera sa taille normale qu’en se mettant à lire. La culture pour grandir, au sens propre et figuré. Pour adapter ce texte, Nino d’Introna convie les comédiens de Yael Tautavel : Cédric Marchal et Angélique Heller ainsi que Patrick Najean au son. D’autres grandes pointur

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"Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny"

ARTS | De Fabrice Melquiot, on connaît souvent les textes pour enfants. Changement d’ambiance avec "La Nuit des brutes", pièce présentée dans la petite salle du (...)

Dorotée Aznar | Lundi 18 octobre 2010

De Fabrice Melquiot, on connaît souvent les textes pour enfants. Changement d’ambiance avec "La Nuit des brutes", pièce présentée dans la petite salle du Théâtre Les Célestins jusqu’au vendredi 22 octobre, née de la rencontre entre Melquiot, qui rêvait de se frotter au théâtre musical et du compositeur Roland Auzet. Une pièce qui explore le thème du masochisme en suivant deux femmes qui, victimes de violence domestiques, partent la nuit à la rencontre des brutes à aimer.

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