Bonne compagnie

SCENES | Il est des compagnies qui accompagnent. Celle de l’Unijambiste, pilotée par David Gauchard, séduit tour à tour les rédacteurs du Petit Bulletin depuis des années. Après avoir travaillé Shakespeare en musique, c’est avec un texte contemporain et poignant ("Des couteaux dans les poules" de David Harrower) que la troupe revient à Villefranche. On l’a encore suivie. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 7 mars 2013

À l'écouter parler, David Gauchard semble être un artisan du théâtre. Il aime tant sa discipline que jamais il ne cesse de l'améliorer, sans pour autant l'enfermer dans sa spécificité. Depuis quatorze ans et sa première création, il insuffle ainsi musique et vidéo à des textes qu'il défend haut et fort. Mais pas question de les dissoudre derrière des apparats jeunistes.

En 2002, lorsqu'il monte Hamlet avec du hip hop et se retrouve catalogué comme faiseur de «Shakespeare sexy», sa volonté est déjà de prendre un chemin de traverse. Il veut monter Des couteaux dans des poules de David Harrower (vu à Lyon avec le splendide et dérangeant Blackbird), qu'il découvre par hasard dans une librairie près du Théâtre de l'Odéon. Il cherche alors une même trame que celle de Mademoiselle Julie - un triangle amoureux et tragique à la campagne. Son enthousiasme ne séduit pas facilement les diffuseurs ; Harrower n'est pas aussi vendeur que le maître du théâtre élisabéthain. Qu'importe, David Gauchard monte la pièce et la joue deux à trois fois par saison depuis six ans désormais.

Opiniâtreté

Entre temps, il signe un Richard III mémorable avec le guitariste Olivier Mellano puis Le Songe d'une nuit d'été. Sans jamais renier ce travail, lui et son équipe de comédiens fidèles reviennent toujours à Harrower, comme un aimant. Âpre et intemporel, le texte est à la fois métaphysique - une jeune femme s'affirme en maîtrisant peu à peu le langage, «comme dans La Leçon de piano», dixit David Gauchard - et narratif - elle se laisse séduire par le meunier au détriment de son mari laboureur, plongé dans la noirceur d'un no man's land. Point de botte de paille ou d'herbe pour jouer le réalisme mais une luminosité qui se déploie peu à peu sur le plateau, au rythme des compositions du DJ Robert le Magnifique, et une danse finale sonnant comme l'ultime appropriation de la jeune femme par elle-même.

Une belle promesse faite par une équipe soudée dont on retrouvera des membres en concert (L.O.S. le beatboxer du Songe d'une nuit d'été vendredi à midi et Robert Le Magnifique vendredi soir) avant que David Gauchard ne propose pour sa troisième et dernière année de résidence à Villefranche la création de Ekaterina Evanovna, texte d'un disciple contemporain et méconnu de Tchekhov, Leonid Andreiev.

Des couteaux dans les poules
au Théâtre de Villefranche mercredi 13 et jeudi 14 mars


Des couteaux dans les poules

De David Harrower, ms David Gauchard, mus Robert Le Magnifique, cie l'Unijambiste, 1h10. Dans la campagne écossaise une jeune femme analphabète va prendre conscience d'elle-même et du monde qui l'entoure
Théâtre de Villefranche Place des Arts Villefranche-sur-Saône
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Inuk : David Gauchard brise la glace

Théâtre | Après avoir beaucoup travaillé Shakespeare, David Gauchard, le metteur en scène de la compagnie L'unijambiste s’adresse pour la première fois aux petits et aux grands. Et part au pays des Inuits pour un spectacle sensoriel d’une qualité rare.

Nadja Pobel | Mardi 5 avril 2016

Inuk : David Gauchard brise la glace

C’est comment la vie dans les glaciers ? Ça craque. Cette sensation autant que ce bruit irriguent la nouvelle création de David Gauchard (cie L’unijambiste), conçue après un voyage de deux semaines sur la banquise — à Kangiqsujuaq, la porte d’entrée du Nunavik, la terre des Inuits du Québec. Oui, ça craque et ça part en lambeaux à mesure que la planète se réchauffe. Il était impensable et impossible pour le metteur en scène de ne pas évoquer le dérèglement climatique actuel, non par démagogie (inexistante ici) mais par simple conscience. Sans didactisme, le texte relatif à cette question n’apparaît que dans les cartels des surtitres à destination des adultes, les enfants restant les yeux rivés au plateau sur lequel les pas des Inuits craquent lorsqu’ils bougent sur cette fausse glace en débris, laissant s’échapper un son d’une justesse absolue. Gauchard a également su instaurer les sensations de froid et d’hostilité dans lesquelles évoluent ses personnages semblant lutter de toutes leurs forces contre des vents contraires. Fondre devant l’inconnu Sans suivre de trame narrative précise, les séquences s’enchaînent comme autant d’instants

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Laurent Brethome donne le ton de la saison jeune public

SCENES | Des spectacles à venir, "Riquet" (délesté de sa houppe) est sans conteste le plus émouvant et le plus abouti. Retour sur ce travail de Laurent Brethome qui passera par le Toboggan et tour d’horizon des propositions jeune public de la saison. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 9 septembre 2015

Laurent Brethome donne le ton de la saison jeune public

C’est quoi être différent ? Comment faire avec ce qui manque ? La beauté pour cette fille laide mais intelligente, la jugeote pour sa ravissante sœur, que leur père fatigué de porter la couronne veut marier à un prince repoussant ? De toutes ces aspérités handicapantes, il émane une humanité qu’Antoine Herniotte a su magnifiquement retranscrire dans son adaptation de Riquet et que Laurent Brethome a transposé sur le plateau en éléments très concrets. Les robes de princesse sont en papier froissé, le château se dessine en direct, les baguettes magiques sont des brosses à WC... À cette apparente économie de moyens correspond une débauche de créativité et, surtout, un goût pour une forme artisanale de théâtre qui ramène à des émotions très enfantines. Invité à ouvrir rien moins que le In d’Avignon cet été, Brethome a une nouvelle fois livré un spectacle très organique (la peinture dans Les Souffrances de Job, l'eau dans

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Faites entrer l'accusée

SCENES | Adoptant à bras le corps le chaotique "Ekaterina Ivanovna" du Russe Leonid Andreïev, David Gauchard signe un spectacle d'une sidérante âpreté. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 12 novembre 2014

Faites entrer l'accusée

Dans Des couteaux dans les poules, Vincent Mourlon interprétait, avec une intensité si redoutable qu'on se demande encore s'il était dans le sur-mesure ou dans la composition, un médiocre laboureur dont la femme s'éveille au langage et au désir au contact d'un meunier lettré. Dans Ekaterina Ivanovna, il campe un peintre hâbleur aux mœurs marginales qu'éclabousse l'effondrement du couple d'un ami député accusant avec une violence meurtrière sa femme d'adultère. Et sa prestation fait sourdre un doute similaire... Car tel est le théâtre de David Gauchard, le metteur en scène derrière ces distributions, depuis la fin de sa trilogie shakespearienne qui le vit rajeunir des tragédies du barde d'Avon avec une malice confinant à l'insolence : si viscéral qu'il en devient plus vrai que nature. Mise à nu Une conséquence directe de sa décision de réinterroger son art est de le confronter à des auteurs plus contemporains : hier David Harrower, aujourd'hui Leonid Andreïev, sulfureux et pourtant méconnu dramaturge russe dont il adapte ici l'un des textes les plus féroces, rendant à ses comédie

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Faites entrer l'accusée

SCENES | L'an passé, au Théâtre de Villefranche, Vincent Mourlon interprétait, avec une intensité si redoutable qu'on se demande encore s'il était dans le sur-mesure ou (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 17 janvier 2014

Faites entrer l'accusée

L'an passé, au Théâtre de Villefranche, Vincent Mourlon interprétait, avec une intensité si redoutable qu'on se demande encore s'il était dans le sur-mesure ou dans la composition, un médiocre laboureur dont la femme s'éveille au langage au contact d'un meunier lettré. Les 28 et 29 janvier, il y campera un peintre éclaboussé par l'effondrement du couple d'un député qui accuse, à tort et avec une violence mortelle, son épouse d'adultère. Et on est sûr que le même doute poindra. Tel est le théâtre de David Gauchard, le metteur en scène derrière ces distributions, depuis la fin de sa trilogie shakespearienne, qui le vit rajeunir des tragédies du barde d'Avon avec une malice confinant à l'insolence : si viscéral qu'il en devient plus vrai que nature.  Une conséquence de sa décision de confronter son art à des a

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Les moments forts de la saison théâtre 2013/2014

SCENES | Sélection réalisée par Nadja Pobel, Benjamin Mialot et Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Mardi 10 septembre 2013

Les moments forts de la saison théâtre 2013/2014

Regards Née avec une malformation au visage, Séverine Fontaine a dû composer avec pendant toute son enfance. La jeune femme devenue comédienne a décidé de se nourrir de cette expérience pour livrer ce solo présenté comme «un manifeste pour la différence». Dans une scénographie convoquant une série de lampes, elle joue habilement avec le regard du spectateur. Un spectacle sincère et fort.Au Centre Albert Camus, Bron, du 1er au 4 octobre Le Président C’est grinçant et marquant comme… du Thomas Bernhard. Michel Raskine a su adapter cet immense dramaturge autrichien avec le

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Amis du peuple

SCENES | La rentrée théâtrale 2013 démarre sous des auspices dont aucun curieux (amateur ou – et surtout - réfractaire) n’osait rêver : Robert Lepage puis Thomas Ostermeier sont parmi nous en janvier. S’ensuivront de bons restes d’Avignon, des argentins bluffants et des retrouvailles. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 4 janvier 2013

Amis du peuple

Joël Pommerat n'est pas le seul incontournable de la planète théâtre ; pour trouver aussi talentueux et singulier, il faut pousser les frontières. Coup de chance, les Célestins et le TNP ont convié dans leurs salles le Canadien Robert Lepage et l’Allemand Thomas Ostermeier. Le premier vient avec une pièce créée en mai dernier à Madrid,  Jeux de cartes : Pique, début d’une tétralogie explorant les rapports entre le monde occidental et le monde arabe. Puisque la pièce ne peut se jouer que dans un lieu circulaire, elle le sera au Studio 24 à Villeurbanne (voir portrait de Robert Lepage en page 12). Ostermeier arrive lui avec un spectacle phare du dernier festival d’Avignon : Un ennemi du peuple, où il dynamite une fois de plus l’œuvre d’Ibsen, déjà infiniment moderne pour son époque. Ça suinte, ça gicle, ça crie, ça vit avec une force scénique qui n’a d’égale que sa maîtrise. Autre pépite du festival qui déboule sur "nos" planches bientôt : Plage ultime (Renaissance, mars) d’après Crash de J.C. Ballard, surprenante pièce de la jeune Séverine Chavrier qui prend son temps et nous renvoie à notre va

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Jouer à Shakespeare

SCENES | David Gauchard termine sa trilogie shakespearienne sur une note résolument optimiste. Avec "Le Songe d’une nuit d’été", il convoque à nouveau la vidéo et une bande son (pop) pour dynamiser ce texte complexe et loufoque. Musique, maestro ! Nadja Pobel (avec Aurélien Martinez)

Nadja Pobel | Vendredi 27 janvier 2012

Jouer à Shakespeare

Il y a eu Hamlet / Thème et variations pour questionner l’héritage et l’importance des choix. Puis un Richard III sombre (et génialement incarné par le granitique Vincent Gourion) pour restituer une réflexion politique sur le pouvoir. Déjà deux claques saluées à chaque fois dans nos colonnes. Non content de faire du théâtre, David Gauchard et sa compagnie L'Unijambiste y adjoignaient de la vidéo et de la musique à haute dose. Le trio hip-hop Abstrackt Keal Agram, Robert le Magnifique et Psykick Lyrikah pour Hamlet auxquels se rajoutait Olivier Mellano (guitariste de Dominique A ou Miossec entre autres) sur Richard III. Plus de live avec Le Songe mais une bande son à tomber par terre (et d’ailleurs éditée) avec sur scène le beatboxer Laurent Duprat et toujours Robert le Magnifique, Thomas Poli et Laetitia Shériff aux commandes. La méthode (qu

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Richard III outrenoir

SCENES | THÉÂTRE / Au milieu des deux cent sept mises en scène d’un texte de Shakespeare visibles chaque année, celle de David Gauchard détonne, avec son "Richard III" urbain, musical et hypotonique. Aurélien Martinez

Dorotée Aznar | Lundi 25 janvier 2010

Richard III outrenoir

Après la claque "Hamlet, thème & variations" (présenté il y a deux ans à la Renaissance), on attendait non sans impatience la relecture par la compagnie L’unijambiste d’un autre monument shakespearien qu’est "Richard III". Quelle ne fut pas notre surprise : alors qu’on pensait logiquement que David Gauchard allait réutiliser les recettes qui lui avaient si bien réussi la fois précédente (à savoir mixer habilement la verve et la narration shakespeariennes aux sons très contemporains de l’électro et du hip-hop), on se retrouve face à une version on ne peut plus fidèle à l’œuvre originelle – là où dans "Hamlet" il se permettait de tout passer au shaker. Bien sûr, le metteur en scène conserve son univers artistique, mais il le met pleinement au service du texte retravaillé pour le plateau par le traducteur André Markowicz. Son "Richard III" devient alors un spectacle froid et tendu, qui hypnotise ceux qui acceptent de se laisser guider dans ce monde de folie. Et je dis wii Si David Gauchard conserve son équipe d’"Hamlet" (le rappeur Arm, plume et voix de Psykick Lyrikah, l’inclassable R

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To mix or not to mix

SCENES | Théâtre / Boosté par le plébiscite suscité par la bande originale de la pièce, clé de voûte essentielle du projet, le metteur en scène David Gauchard emmène donc son Hamlet Thème & Variations en tournée... François Cau

| Mercredi 26 octobre 2005

To mix or not to mix

Hamlet version hip hop ? Après tout pourquoi pas : du Roméo queer refoulé de Baz Luhrmann au Richard III crypto-fasciste de Richard Loncraine, le 7e art a tellement dévoyé le pauvre Shakespeare à la sauce post-moderne qu'on n'est plus vraiment à ça près. En même temps, l'intitulé est clair : Thème & Variations, un jeu annoncé sur le texte et surtout la substance sonore, axe majeur de la création. En homme avisé, David Gauchard s'est entouré d'un casting de rêve. Prenant pour base la nouvelle traduction du texte, signée André Markowicz, le metteur en scène s'est adjoint les services d'un trio létal pour sa bande-son : Tepr, My Dog is Gay (le duo d'Abstrackt Keal Agram) et le non moins grandiose Robert Le Magnifique. Des compositions plus que concluantes, à même de survivre à la création de façon autonome, et vaillamment soutenues par les flows des comédiens (parmi lesquels on retrouve ledit Robert, mais aussi Arm, MC de Psykick Lyrikah, et par ailleurs auteur de l'excellent texte final, Hier). Ajoutez à cela une contribution plastique de la marionnettiste huppée Emilie Valantin et vous obtenez un projet presque trop prometteur. To mix ! Mea Culpa

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Le grand débarquement

SCENES | Made in GB / Beaucoup plus rares dans nos salles de théâtre que leurs homologues allemands, les auteurs contemporains britanniques débarquent en nombre (...)

| Mercredi 12 septembre 2007

Le grand débarquement

Made in GB / Beaucoup plus rares dans nos salles de théâtre que leurs homologues allemands, les auteurs contemporains britanniques débarquent en nombre cette saison. Avec Edward Bond en éclaireur, désormais bien connu du public français. Deux de ses trois pièces qu'Alain Françon avait créées en 2006 à Avignon, Si ce n'est toi et Chaise seront reprises au Toboggan de Décines, programmées par le TNP (du 1er au 4 avril). De la même génération, mais beaucoup moins traduite et jouée chez nous, Caryl Churchill est pourtant familière du Royal Court Theatre de Londres où ses pièces sont régulièrement saluées. Catherine Hargreaves, grande défricheuse de textes anglophones, mettra en scène Un grand nombre, où un père, peu satisfait de l'éducation qu'il a prodiguée à son fils, l'abandonne et s'en voit proposer un second, identique. Si l'on se fie à la belle mise en lecture qu'elle avait proposée aux Européennes l'an passé (Machinal de Sophie Treadwell), la jeune metteur en scène devrait s'emparer avec brio du ton a priori comique et surréaliste de cette pièce, en mars aux Ateliers. Aux Ateliers également, mais en ouverture de saison cette fois (octobre), séance de rattrapage pour ceux qui rat

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