Le point sur Rambert

Nadja Pobel | Jeudi 28 mars 2013

Cinquante ans et presque autant de spectacles montés, une quinzaine de textes publiés : Pascal Rambert est depuis longtemps un auteur et metteur en scène incontournable dans le paysage du théâtre contemporain français. Ce Niçois d'origine est un précoce qui n'a pas froid aux yeux. À 17 ans, encore lycéen, il monte Marivaux, puis à 20 le Léonce et Léna de Büchner au Théâtre de la Bastille. Excusez du peu. Globe-trotter, il est persuadé que les expériences à l'étranger enrichissent. Amoureux du Japon («le pays du soin, écrit-il dans Genevilliers roman 0708. Les gens prennent soin de toute chose. Chaque matin est une épiphanie pour l'œil»), il s'y rend régulièrement et collabore, entre autres, avec son conscrit, Oriza Hirata.

En 2007, celui qui dit n'avoir jamais candidaté à rien reçoit un appel de Renaud Donnedieu de Vabres, alors ministre de la Culture. «Vous venez d'être nommé directeur du Théâtre de Gennevilliers. À l'unanimité». Là-bas de l'autre côté du périph', il est bien conscient que c'est "loin" et "sinistre" dans la tête des gens. La décentralisation ne leur dit plus grand-chose. Pourtant l'offre est trop belle pour la refuser et l'outil théâtral sublime. Il succéde ainsi à l'un de ses maîtres, celui à travers qui, outre Antoine Vitez, il dit s'être découvert communiste : Bernard Sobel.

Invité à de nombreuses reprises à Avignon, Rambert y a créé Clôture de l'amour en 2010, texte pour lequel il  a été récompensé par un Prix du Syndicat de la critique au titre de "Meilleure création d'une pièce en langue française" et le Grand Prix de Littérature dramatique en 2012. Cet été, il sera de retour dans la Cité des Papes pour un soir.

Nadja Pobel


Clôture de l'amour

De Pascal Rambert, 2h. Deux monologues à couteaux tirés où il est question de la séparation des deux personnages
Célestins, théâtre de Lyon 4 rue Charles Dullin Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Vers une nouvelle ère ?

Théâtre | Quelques pointures avignonnaises continueront leur tournée en cette deuxième partie de saison et surtout la jeune scène locale (ou pas) revient avec de nouvelles propositions. Coup d’œil très exhaustif de ce qui vous attend.

Nadja Pobel | Mardi 7 janvier 2020

Vers une nouvelle ère ?

Après Noël, voici que le Conte du même nom débarque sur les planches. Parce que le film d’Arnaud Desplechin est une splendeur de finesse, de gravité et d’espièglerie, la pièce qu’en a faite Julie Deliquet est plus qu’une promesse — d’autant qu’elle avait signé une trilogie générationnelle (Derniers remords avant l'oubli / La Noce / Nous sommes seuls maintenant) avec Brecht, Lagarce et un travail collectif de sa compagnie In Vitro. Son adaptation actuellement au festival d’automne à Paris sera au Radiant en février, avec le jeune Thomas Rortais (formé au Conservatoire de Lyon) déjà vu chez Michel Raskine (dont le parfait Blanche-Neige est à la Croix-Rousse en janvier). Une autre Julie sera aux Célestins, Duclos, directrice du CDN de Reims avec son Pelléas et Mélisande (mars) moins bien accueilli à Avignon cet été que son adaptation convaincante de La Maman et la Putain. Peu apprécié aussi dans la Cour d’honneur en juillet dernier, mais qui pourtant se bonifie au fil des heures : Architecture de Pascal Rambert et sa flopée de stars (Emmanuelle Béart, Audrey B

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Pascal Rambert se noie dans les bons sentiments avec "Actrice"

Théâtre | L'auteur et metteur en scène Pascal Rambert signe un nouveau spectacle ampoulé où, à trop clamer son amour pour son art, il se noie dans les bons sentiments et de vrais/faux règlements de comptes.

Nadja Pobel | Mardi 27 février 2018

Pascal Rambert se noie dans les bons sentiments avec

C'est ce qui s'appelle un beau spectacle. 2h15. Un décor touffu composé de gerbes de fleurs en vases par dizaines, un lit d'hôpital vagabond et quelques bancs. Une quinzaine de comédiens et comédiennes, dont deux principales qui n'ont plus à démontrer leur talent (Marina Hands et Audrey Bonnet). Et un texte avec de grandes phrases bien cousues, sur le chagrin notamment (« dans les larmes d'Eugénia, nous voyons notre pays » / « les larmes sont des chiens qui nous mordent en silence »...). Pascal Rambert, quinqua multi couronné et traduit, livre une "pièce russe", imaginée pour la troupe du théâtre d'art de Moscou. Si elle ne s'est toujours pas montée là-bas, la voici ici, créée aux Bouffes du Nord en décembre. Une "actrice" va mourir au fait de sa gloire. Pendant qu'au dehors, nous dit-on, patientent des fans inquiets, autour de son lit funeste défilent ses vieux parents, sa sœur de retour d'exil, ses enfants dont elle s'est peu occupée et ses acolytes de travail. À chaque fois, Pascal Rambert décline des sentences sur la liberté que confère l'art et sa déperdition annoncée puisque « les salles so

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Bis repetita

SCENES | Dans une extension du grandiose "Clôture de l'amour", l'auteur et metteur en scène Pascal Rambert disserte sur les rapports humains et le théâtre. Mais ses quatre stars, pourtant au meilleur de leur forme, ne parviennent à empêcher ce spectacle, pertinent autant qu’abscons, de patiner dans la prétention. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 27 janvier 2015

Bis repetita

Elle attaque, elle mord. Audrey balance ses sentences brute de décoffrage contre Denis, qui a regardé un peu trop tendrement Emmanuelle. Presque terroriste, la déflagration dure pas moins de 45 minutes. Scandant sa colère d'adverbes («oui parfaitement, très clairement»), elle demande si l'on peut «décrire ce qui a eu lieu.» Puis extrapole : «est-ce qu'on peut décrire le monde ? Est-ce que le langage est la description du monde ?». Car s'entremêlent ici, dans un gymnase dédié à une répétition de théâtre, le travail sur une pièce (sur la vie de Staline) et les rapports intimes des quatres personnes, amis, amants ou ex, qui la montent. Avec Clôture de l'amour, où déjà Aurdey Bonnet et Stanislas Nordey s'entredéchiraient,  Pascal Rambert avait produit un chef-d'oeuvre. Il reprend avec Répétition le même dispositif d'un théâtre où le dialogue est une addition de longs monologues et où les personnages fictionnels se confon

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Dix incontournables pour 2014/2015

SCENES | Outre les spectacles cités dans notre gros plan et les panoramas lisibles par ailleurs, voici une dizaine de spectacles qui attisent notre curiosité ou réveillent de bons souvenirs. Bien plus, en tout cas, que les deux mastodontes avignonnais un peu fades qui passeront par là, au TNP, "Orlando" d'Olivier Py et "Le Prince de Hombourg" de Giorgio Barberio Corsetti.

Nadja Pobel | Mardi 9 septembre 2014

Dix incontournables pour 2014/2015

Phèdre Avec Les Serments indiscrets l’an dernier, Christophe Rauck présentait une version très personnelle, entre suavité et force, de la pièce méconnue de Marivaux. Il s’attaque maintenant au classique de Racine que tous les grands comédiens ont un jour joué dans leur vie, à commencer par Dominique Blanc sous la houlette de Patrice Chéreau. Dans ce casting-ci, on retrouvera la mythique Nada Strancar (dans le rôle de Oenone, nourrice de Phèdre), au milieu d'un décor agrègeant une nouvelle fois les apparats de l’époque Louis XIV à un univers moins propret, aux murs à nu voire lézardés. Rauck se garde de ripoliner les œuvres majeures pour mieux les révéler. Faisons-lui à nouveau confiance. Nadja Pobel Du 8 au 17 octobre aux Célestins  

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SCENES | Dans un face-à-face étourdissant et éreintant, un couple se déchire avec la violence d’un combat de tranchées : c’est une "Clôture de l’amour", du nom d'une pièce atypique signée Pascal Rambert, prolixe metteur en scène et auteur contemporain. Critique, rencontre avec Stanislas Nordey, partenaire d’Audrey Bonnet au plateau, et tentative de rémission des blessures causées par ce Scud tiré des Célestins. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 29 mars 2013

Vestiges de l’amour

Comment ça va avec la douleur ? Jusqu’à quel point peut-on plier sous les coups de boutoir de celui ou celle qu’on a aimé ? Combien de temps peut-on supporter d’être anéanti ? Si après ces quelques interrogations, Clôture de l’amour ne vous inspire ni rire ni sympathie, c’est normal : cette pièce n’est pas légère, encore moins aimable. Elle est âpre. Elle est aussi et surtout un coup de poing ahurissant dans le théâtre contemporain qu’il est urgent de recevoir. Créé à Avignon en 2011, ce spectacle ne cesse depuis de tourner et de déverser sur les scènes de France et de Navarre une guerre. Celle des sentiments qui foutent le camp et dévastent tout sur leur passage. Sur un plateau nimbé d'une lumière blanche tombée de néons, nous voilà dans un lieu neutre, une salle de répétition. Car les deux protagonistes sont comédiens apprend-on. D’ailleurs Stanislas Nordey joue Stan et Audrey Bonnet joue Audrey. Pascal Rambert, l’auteur et metteur en scène, a souhaité gardé les prénoms des comédiens, avec leur autorisation pour, selon lui, qu'ils soient plus à l'écoute l'un de

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