Un fauteuil d'orchestre pour deux

SCENES | "Voici venir les hommes en orange, défenseurs de la francophonie. Voici venir les hommes en orange, ils vous aideront à vous souvenir" (sur l'air de Men in Black). Voici venir, en fait, Oskar & Viktor, improbable duo qui d'un même élan baise les pieds et tire les cheveux de la chanson dite française. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Lundi 8 avril 2013

Photo : Isabelle Fournier


Le petit brun a la coiffure amidonnée et à la mine marmoréenne s'appelle Oskar Aoko. Le grand chauve à l'irrésistible diastème et à la gestuelle impulsive s'appelle lui Viktor Lekrépu. Mais leurs interprètes auraient très bien pu conserver leurs noms civils tant ces personnages, moitiés d'un «demi quatuor accord'vocaléon toujours de mèche et rebelle» d'apparence aussi naze que condescendant, ressemblent à des auto-portraits caricaturaux.

Le premier, François Thollet, accordéoniste à la voix d'une sidérante pureté, est le meneur de Bleu, trio folk-rock francophone qui, de digressions instrumentales à la mode Constellation en proses sereines à la Dominique A, s'est fait une place aux Inouïs du Printemps de Bourges l'an passé. Le second, Cédric Marchal, dans le spectacle vivant depuis une vingtaine de piges, s'est fait connaître en tant que comédien élastique chez Nino d'Introna - il tenait le rôle titre du poétique et bouleversant Yaël Tautavel et a sauvé presque à lui seul le plus convenu Everest en février dernier – et via ses propres mises en scène, vignettes pluridisciplinaires où la malice le dispute à la fantaisie.

Ils connaissent la chanson

Crée en 1998 et doté d'une suite en 2011, Oskar & Viktor, hybride de tour de chant et de "two-men-show", est l'une d'elles. Son postulat (plantés par les Chœurs de l'Armée Rouge, le Philharmonique de Berlin et le Ballet du Bolchoï, deux musiciens ajustent tant bien que mal leur répertoire) et sa fin (une version déambulatoire de l'émouvante Complainte de la butte), suffisent à s'en assurer. Entre les deux, le duo aligne les relectures de standards plus ou moins honteux de la variété d'hier et d'avant-hier, du Que je t'aime de Johnny Hallyday au Marcia Baila des Rita Mitsouko en passant par du Joe Dassin, du Charles Aznavour ou du Dalida.

Sauf qu'à la différence d'un cover band lambda, il ne se contente pas de le faire avec déférence et application. Il le fait avec un sens de la dérision et de l'apostrophe tenant plus du stand up à l'anglaise que de la connivence de baloche – il n'est toutefois pas interdit de chanter à l'unisson, au contraire et, surtout, avec un vrai génie transitionnel, chaque extrait étant relié au précédent par une consonance mélodique ou verbal. Tour à tour absurde et attendrissant, le spectacle s'apprécie de fait comme une longue chanson en laisse. Ou comme une madeleine de Proust trempée dans de la soude caustique : non seulement il régale, mais en plus on ne l'oublie pas de sitôt.

Oskar & Viktor – Opus 1
A Thou Bout de Chant, vendredi 12 avril

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«Le spectacle vivant l'est parce que vous êtes là pour le lui rappeler». C'est par ce bon mot que Cédric Marchal conclue les représentations d'Oskar & Viktor, le pittoresque duo de juke-boxes de chair et de sang qu'il compose avec François Thollet depuis bientôt quinze ans. C'est sur elle que semble avoir été construit Et pourquoi pas la Lune ?, un seul-en-scène et demi – le marionnettiste Aïtor Sanz Juanes lui "donne la réplique" – qui voit cet artiste à tout faire embrasser d'un geste plein de fantaisie et de virtuosité les obsessions qui le travaillent depuis le début des années 90. A l'époque, Cédric Marchal, né à Strasbourg et aujourd'hui installé à Lyon, est un jeune produit du conservatoire de Chambéry, au sein duquel il trompait l'ennui que lui inspirait l'enseignement. De sa scolarité, il garde toutefois deux souvenirs : celui de ses premiers pas sur une scène, à l'âge de onze ans, dans une adaptation de L'Enfant sauvage de Truffaut ; et celui d'un prof d'arts plastiques autodidacte, qui lui tint un jour ce discours : «tant que tu n'as pas essayé, personne n'a le droit de te dire que tu n'es pas capable». Bonjour chez vous

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On avait laissé l'impassible Oskar Aoko et l'agité Viktor Lekrépu, cet étonnant duo qui, au seul moyen d'un accordéon et d'une paire de voix complémentaires (limpide comme celle d'un barde pour celui avec des cheveux, auguste telle celle d'un chanteur de charme pour celui qui n'en a plus), transforme les standards de Johnny Hallyday en poèmes courtois du XVIIIe siècle et met au jour les racines jamaïcaines et tyroliennes de ceux d'Hugues Aufray, dans l'embarras. On le retrouve dans le même état, encore une fois contraint d'improviser un tour de chant dans l'attente du tourbus des Chœurs de l'Armée Rouge, du Philharmonique de Berlin et du Ballet du Bolchoï.  Pour autant, ce n'est pas sur le Je n'ai pas changé de Julio Iglesias que s'ouvre ce deuxième opus, mais sur une relecture façon cri de ralliement soviétique du Rouge de Jean-Jacques Goldman. Signe que Cédric Marchal et François Thollet, le metteur en scène et le musicien qui se cachent sous les chemises bariolées de ces faux ratés, n'ont rien perdu de leur loufoque

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