Monumenta

SCENES | Il est des mises en scène plus novatrices que celle du jeune metteur en scène Benjamin Lazar, qui s’évertue à faire jouer des textes classiques à l’ancienne. Reste qu'avec "Pantagruel", il le fait extrêmement bien. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 11 avril 2013

Photo : Nathaniel Baruch


De Benjamin Lazar, on avait entendu dire qu'il éclairait ses plateaux à la bougie, comme sur son Pyrame et Thisbé, passé par le TNP l'an dernier. Ce peu d'information disait déjà l'exigence du metteur en scène vis-à-vis de son public, de la concentration requise pour pénétrer ses univers. Avec Pantagruel, il ne déroge pas à son esthétique, même si les bougies ont été troquées contre un projecteur portatif.

Le plateau est nu et il fait nuit. Apparait un homme massif, comme sorti d'une caverne, un gros paletot sur le dos. Une peau d'animal ? Non, un manteau de cordes et paille tissées qui produit un effet de robustesse mêlée de rusticité. Il est Gargantua, vient d'avoir un enfant, minuscule pour l'instant, Pantagruel, et de perdre sa femme en couche. Avec sa grosse voix, il réveillerait un mort, ses larmes et ses pleurs sont exagérés comme dans un cartoon. Pourtant s'installe déjà une langue, laissée en l'état et finalement beaucoup plus simple à ingurgiter à l'oral qu'à l'écrit.

Appétit monstre

Incroyable comédien, Olivier Martin-Salvan porte les personnages de Rabelais avec un savoir-faire qui n'est pas donné au premier velu. Non seulement il est capable de régurgiter ces mots du Moyen-Âge sans les obscurcir mais il sait aussi s'en amuser et trouver un peu de légèreté gestuelle, sautant parfois comme un cabri dans un dédale d'objets tour à tour détournés, comme dans la truculente Jeanne de Delteil (avec Juliette Rizoud).

À ses côtés, des Simon and Garfunkel des temps baroques font plus que l'accompagner au luth et au cornet à bouquin (un instrument à vent du XVIe siècle) : ils contribuent à lui donner chair, prolongeant ses cris ou devançant son récit à la fois instinctif et éclairé, populaire et érudit. Dans un final inattendu et fantasmagorique, de drôles de bêtes font leur apparition et finissent par enchanter ce spectacle brut, abrupt et, in fine, impressionnant.

Pantagruel
Au TNP jusqu'au samedi 20 avril


Pantagruel

De François Rabelais, ms Benjamin Lazar, 1h30
Théâtre National Populaire 8 place Lazare-Goujon Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Olivier Martin-Salvan, l'itinérant

Portrait | Chanteur, acteur et parfois même danseur, Olivier Martin-Salvan est avant tout un exceptionnel passeur de théâtre, capable de redonner du sens aux termes pantagruélique et ubuesque. Rencontre, à quelques jours de sa venue dans le Beaujolais, loin des ors dorés des salles de spectacles.

Nadja Pobel | Mardi 9 mai 2017

Olivier Martin-Salvan, l'itinérant

« Boucler la boucle. » Olivier Martin-Salvan aime bien cette expression qui, s'il n'était pas si jeune (35 ans cette année), pourrait passer pour une satisfaction de fin de carrière, du vieux sage qui se retourne sur son parcours avec une once de fierté. Mais non : cette locution, répétée par ce comédien, a plutôt à voir avec sa fidélité ; aux gens avec qui il travaille, mais surtout à lui-même. Une fidélité à l'éclectisme et plus encore à la découverte, au bousculement. Né dans l'Yonne, il découvre le théâtre dans une kermesse d'école à Avalon, et même s'il croise plus tard des metteurs en scène aussi importants que peu enclins à la déconne (Valère Novarina, Benjamin Lazar), Martin-Salvan conserve une approche ludique des spectacles auxquels il participe. Le voilà qui part faire des stages d'été dès ses 11 ans, avec la compagnie de l'Arc-en-Ciel implantée juste à côté de Lyon, à Chasselay, au château de Machy. À cette troupe tournée vers la religion (ses créations chaque mois de juin dans le cadre de leur festival en témoignent), Olivier Martin-Salvan dit beaucoup devoir : « il y a une vrai utopie chez

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Les spectacles du jeune metteur en scène Benjamin Lazar sont vraiment très chics. Prenons par exemple Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé», présenté actuellement au Théâtre national populaire : on assiste à une représentation sans décor, éclairée uniquement à la bougie et pendant laquelle les acteurs pratiquent «la déclamation et la gestuelle baroques». Qu’est-ce à dire ? C’est très simple, prenons une phrase comme : «le roi s’en lave les mains». Chez Benjamin Lazar, cette phrase se prononcera «le rrroué s’en lave les minces» et s’accompagnera d’une "chorégraphie" desdits membres. Ce théâtre qui se regarde faire du théâtre en se trouvant tellement malin pourrait faire rire. Sauf que cela dure 1h45 et qu’il ne faut pas compter sur l’intrigue pour rester éveillé (tout est dans le titre : Pyrame et Thisbé s’aiment mais, c’est tragique, ils meurent à la fin). Alors on s’interroge. Sous couvert de respect et d’amour du texte, ce théâtre glaçant et figé qui ne parle volontairement à personne ne prendrait-il pas un peu les spectateurs de haut ? Voilà qui ne serait pas très chic.Dorotée Aznar  

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