Une autre paire de manches

SCENES | Un nouvel instrumentarium, un nouveau répertoire, de nouvelles chemises, mais toujours cette extravagance communicative et ce souci du revivre ensemble : Oskar & Viktor, les Superdupont de la chanson française, sont de retour. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 18 février 2014

On avait laissé l'impassible Oskar Aoko et l'agité Viktor Lekrépu, cet étonnant duo qui, au seul moyen d'un accordéon et d'une paire de voix complémentaires (limpide comme celle d'un barde pour celui avec des cheveux, auguste telle celle d'un chanteur de charme pour celui qui n'en a plus), transforme les standards de Johnny Hallyday en poèmes courtois du XVIIIe siècle et met au jour les racines jamaïcaines et tyroliennes de ceux d'Hugues Aufray, dans l'embarras. On le retrouve dans le même état, encore une fois contraint d'improviser un tour de chant dans l'attente du tourbus des Chœurs de l'Armée Rouge, du Philharmonique de Berlin et du Ballet du Bolchoï.
 

Pour autant, ce n'est pas sur le Je n'ai pas changé de Julio Iglesias que s'ouvre ce deuxième opus, mais sur une relecture façon cri de ralliement soviétique du Rouge de Jean-Jacques Goldman. Signe que Cédric Marchal et François Thollet, le metteur en scène et le musicien qui se cachent sous les chemises bariolées de ces faux ratés, n'ont rien perdu de leur loufoquerie. Signe, surtout, que c'est l'esprit conquérant qu'ils se sont attelés à l'écriture de ce nouveau récital rocambolesque.
 

Flûte alors


Vu la longévité de leur première «
hontologie très sélective de la chanson française» (elle tourne depuis 1998 !), ils auraient pourtant pu se contenter d'en renouveler le répertoire - lequel inclue désormais, entre autres classiques instantanés (et parfois instantanément démodés), le truculent Tout est au duc deCharles Trénet, le bouleversant Avec les anges de Colette Renard et quelques digressions anglophones. A la place, nos Greil Marcus de baloche - comme chez l'auteur de Lipstick Traces, il est question chez eux de rendre visibles, ou plutôt audibles, les liens secrets qui unissent telle et telle œuvre a priori sans mesure commune - ont préféré repoussé leur art, aussi bien dans ses retranchements les plus burlesques que vers ses confins les plus sensibles. 

Dans le premier cas, cela donne, avec le concours de Thomas Guerry (moitié de la compagnie de danse Arcosm), une surréaliste reprise à la flûte à bec et à la percussion corporelle du Billie Jean de Michael Jackson. Dans le second, un sidérant mash-up de berceuses sur fond de loops de ukulélé, que finissent par engloutir le refrain cauchemardesque du Sweet Dreams de Eurythmics et un brouillard de distorsion. Et entre les deux, une chanson en laisse composée à partir de plus de quatre-vingt tubes, qui soulève une fâcheuse question : leur sera-t-il possible de rendre plus vibrant «hommage collatéral» à la musique populaire que cette prouesse autant musicale que mémorielle ? Réponse, on l'espère, dans moins d'une quinzaine d'années.

Oskar & Viktor – Opus 2
A l'Auditorium de Villefranche, samedi 22 février


Oskar et Viktor Opus 2


Auditorium de Villefranche 96 rue de la Sous-Préfecture Villefranche-sur-Saône
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Ciao Ré-génération

SCENES | Initié par Nino D’Introna lorsqu’il fut nommé à la tête du TNG, le festival Ré-génération vivra sa neuvième et dernière édition du 10 au 16 janvier. Avec lui s'évanouit (...)

Nadja Pobel | Mardi 6 janvier 2015

Ciao Ré-génération

Initié par Nino D’Introna lorsqu’il fut nommé à la tête du TNG, le festival Ré-génération vivra sa neuvième et dernière édition du 10 au 16 janvier. Avec lui s'évanouit une belle idée : celle de réunir, au moment où l’actualité culturelle redémarre tout juste, des spectacles jeune public produits par nos voisins européens (et québécois), à l'instar du Maduixa Teatro de Valencia, de retour avec Dot, où se croisent danse, vidéo et arts plastiques. La France ne sera pas en reste avec les circassiens de l’école de Ménival, les Zonzons pour une version guignolesque de Cyrano (créée en 1904 !) ou le très attendu Garçonne d'Elsa Imbert, fable sur l’identité et le genre dans laquelle la huitième fille d’un couple accepte de se faire appeler Simon pour contenter son père. Enfin, Nino d’Introna profitera de ce chant du cygne pour faire découvrir les "siens", notamment les Merendoni, deux vieux frères marionnettistes qui livre

Continuer à lire

Dix incontournables pour 2014/2015

SCENES | Outre les spectacles cités dans notre gros plan et les panoramas lisibles par ailleurs, voici une dizaine de spectacles qui attisent notre curiosité ou réveillent de bons souvenirs. Bien plus, en tout cas, que les deux mastodontes avignonnais un peu fades qui passeront par là, au TNP, "Orlando" d'Olivier Py et "Le Prince de Hombourg" de Giorgio Barberio Corsetti.

Nadja Pobel | Mardi 9 septembre 2014

Dix incontournables pour 2014/2015

Phèdre Avec Les Serments indiscrets l’an dernier, Christophe Rauck présentait une version très personnelle, entre suavité et force, de la pièce méconnue de Marivaux. Il s’attaque maintenant au classique de Racine que tous les grands comédiens ont un jour joué dans leur vie, à commencer par Dominique Blanc sous la houlette de Patrice Chéreau. Dans ce casting-ci, on retrouvera la mythique Nada Strancar (dans le rôle de Oenone, nourrice de Phèdre), au milieu d'un décor agrègeant une nouvelle fois les apparats de l’époque Louis XIV à un univers moins propret, aux murs à nu voire lézardés. Rauck se garde de ripoliner les œuvres majeures pour mieux les révéler. Faisons-lui à nouveau confiance. Nadja Pobel Du 8 au 17 octobre aux Célestins  

Continuer à lire

Mots et merveilles

SCENES | A travers le portrait croisé d'un maître de cérémonie aussi candide que zinzin, le metteur en scène et comédien Cédric Marchal signe avec Et pourquoi pas la Lune ? l'un des spectacles les plus réussis de la saison. Et synthétise deux décennies d'une carrière sous le signe de l'émerveillement collectif. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 20 mai 2014

Mots et merveilles

«Le spectacle vivant l'est parce que vous êtes là pour le lui rappeler». C'est par ce bon mot que Cédric Marchal conclue les représentations d'Oskar & Viktor, le pittoresque duo de juke-boxes de chair et de sang qu'il compose avec François Thollet depuis bientôt quinze ans. C'est sur elle que semble avoir été construit Et pourquoi pas la Lune ?, un seul-en-scène et demi – le marionnettiste Aïtor Sanz Juanes lui "donne la réplique" – qui voit cet artiste à tout faire embrasser d'un geste plein de fantaisie et de virtuosité les obsessions qui le travaillent depuis le début des années 90. A l'époque, Cédric Marchal, né à Strasbourg et aujourd'hui installé à Lyon, est un jeune produit du conservatoire de Chambéry, au sein duquel il trompait l'ennui que lui inspirait l'enseignement. De sa scolarité, il garde toutefois deux souvenirs : celui de ses premiers pas sur une scène, à l'âge de onze ans, dans une adaptation de L'Enfant sauvage de Truffaut ; et celui d'un prof d'arts plastiques autodidacte, qui lui tint un jour ce discours : «tant que tu n'as pas essayé, personne n'a le droit de te dire que tu n'es pas capable». Bonjour chez vous

Continuer à lire

Un fauteuil d'orchestre pour deux

SCENES | "Voici venir les hommes en orange, défenseurs de la francophonie. Voici venir les hommes en orange, ils vous aideront à vous souvenir" (sur l'air de Men in Black). Voici venir, en fait, Oskar & Viktor, improbable duo qui d'un même élan baise les pieds et tire les cheveux de la chanson dite française. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Lundi 8 avril 2013

Un fauteuil d'orchestre pour deux

Le petit brun a la coiffure amidonnée et à la mine marmoréenne s'appelle Oskar Aoko. Le grand chauve à l'irrésistible diastème et à la gestuelle impulsive s'appelle lui Viktor Lekrépu. Mais leurs interprètes auraient très bien pu conserver leurs noms civils tant ces personnages, moitiés d'un «demi quatuor accord'vocaléon toujours de mèche et rebelle» d'apparence aussi naze que condescendant, ressemblent à des auto-portraits caricaturaux. Le premier, François Thollet, accordéoniste à la voix d'une sidérante pureté, est le meneur de Bleu, trio folk-rock francophone qui, de digressions instrumentales à la mode Constellation en proses sereines à la Dominique A, s'est fait une place aux Inouïs du Printemps de Bourges l'an passé. Le second, Cédric Marchal, dans le spectacle vivant depuis une vingtaine de piges, s'est fait connaître en tant que comédien élastique chez Nino d'Introna - il tenait le rôle titre du poétique et bouleversant Yaël Tautavel et a sauvé presque à lui seul le plus convenu Everest en février dernier – et via ses propres mis

Continuer à lire

Moyenne montagne

SCENES | Nino d’Introna et l’auteur Stéphane Jaubertie, déjà complices sur les brillants Jojo au bord du monde et (surtout) Yaël Tautavel, devaient se retrouver au (...)

Nadja Pobel | Vendredi 8 février 2013

Moyenne montagne

Nino d’Introna et l’auteur Stéphane Jaubertie, déjà complices sur les brillants Jojo au bord du monde et (surtout) Yaël Tautavel, devaient se retrouver au sommet de l’Everest, à 8848 mètres d’altitude, pour sceller leurs retrouvailles artistiques. Le résultat, qui porte précisément le nom du plus haut pic du monde, n’atteint malheureusement pas ces hauteurs fulgurantes. Pourtant, toutes les conditions semblaient réunies, à commencer par un comédien central épatant : Cédric Marchal, déjà vu dans Yaël, qui occupe tout l’espace. Il incarne un enfant qui vient de manger par inadvertance son père devenu aussi petit qu’une cerise. Une fois recraché, celui-ci aspire à grandir en dévorant les principaux ouvrages de la littérature car, dit-il, «la réalité est dans les livres». Le même sort sera ensuite réservé à la mère, entre temps partie avec le voisin antiquaire. En explorant de façon surréaliste voire dadaïste l’enfance livrée à elle-même, la déresponsabilis

Continuer à lire