Un soupçon de magie

Benjamin Mialot | Mardi 18 mars 2014

Photo : Florent Foursac


La magie, comme l'ostéopathie, est affaire de doigté. François Martinez menait une vie confortable grâce à la seconde, il a tout plaqué pour assouvir sa passion de la première, non sans se faire rétamer par sa femme sur le terrain de l'escamotage – tandis qu'il s'entraînait à faire disparaître des foulards, elle s'évanouissait avec son fils.

C'est en tout cas ce qu'il raconte sous la plume de l'ubiquiste Jocelyn Flipo dans Copperfield, Harry Potter et Moi, one-man-show vaguement autobiographique où les tours de passe-passe sont autant linguistiques que manuels. Comme chez Éric Antoine ? Plus ou moins, mais sans la coupe "nid de chenilles processionnaires" caractéristique du géant du Val d'Oise. Et sans son assurance. Martinez est en effet encore jeune dans le métier, et cela se sent : bien qu'assez inédit dans le genre (certains appellent ça "l'humorillusionisme" et Maître Capello en fait des triple lutz dans son cercueil) de par sa construction narrative et techniquement bluffant – ingestion de lames de rasoir, mentalisme, recollage d'un canard déchiré, il sait à peu près tout faire –, son spectacle manque pour l'heure de punch, d'équilibre et de naturel, mais aussi de justesse, le for intérieur de chic type de Martinez semblant mal s'accommoder des vannes les plus borderline.

Au détour d'une émouvante paire de sketchs où la forme et le fond s'imbriquent parfaitement, d'un côté une déclaration d'amour à base de balles en mousse, de l'autre une comptine qu'illustre une variante des "trois cordes", on voit cependant très bien vers quoi il se dirige. Rendez-vous ici quand il y sera.

Benjamin Mialot

François Martinez
Au Boui-Boui, jusqu'au samedi 29 mars


François Martinez

"Copperfield, Harry Potter et moi"
Le Boui Boui 7 rue Mourguet Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Rentrée café-théâtre 2016 : sur de bonnes bases

SCENES | «Succès ! Prolongations !» qu'ils disent sur les affiches dans le métro parisien. Même discours du côté du Boui Boui, où Aurélien Portehaut et Chrys (...)

Benjamin Mialot | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée café-théâtre 2016 : sur de bonnes bases

«Succès ! Prolongations !» qu'ils disent sur les affiches dans le métro parisien. Même discours du côté du Boui Boui, où Aurélien Portehaut et Chrys Tel reprendront dès le 9 janvier Milady en sous-sol, leur relecture au vitriol de La Belle au bois dormant (sur un texte de Jacques Chambon, dont la comédie avec ballon rond Carton rouge reprend au Complexe du Rire le 20), et du côté du Rideau Rouge où, à partir de la même date, Jocelyn Flipo peaufinera encore un peu sa dernière comédie sous-culturelle Le Mariage de mon super pote. Tandis que le second ouvre sa programmation à l'effeuillage burlesque (dès la fin du mois), la cave du premier verra aussi les débuts du nouveau one-man-show phallo-centré de David Pagliaroli (9 janvier encore) et le retour de la boîte à sons humaine Jibé (dès le 23). Le non moins cartoonesque Max Bird sera lui à Gerson du 27 au 30. Nombre de valeurs sûres le suivront : Aymeric Lompret (10 au 13 février), l'énorme Greg Romano (17 au

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La rentrée café-théâtre 2015/2016

SCENES | Deux festivals, de nouvelles pièces d'auteurs chéris, le retour d'un illustre représentant de la trop lointaine école anglo-saxonne... La saison café-théâtre démarre plutôt fort.

Benjamin Mialot | Mardi 8 septembre 2015

La rentrée café-théâtre 2015/2016

En temps normal, il est presque inconvenant de parler d'une "rentrée" en matière de café-théâtre, les lieux homonymes ne connaissant de pauses que celles qui précèdent les punchlines de leurs invités. Cette saison 2015/2016 n'a cependant rien d'habituel ; pour preuve, elle s'ouvrira, passée la traditionnelle Semaine de l'humour (10€ dans les lieux participants, du 16 au 27 septembre) sur deux festivals. À gauche l'arlésienne Juste pour Lyon, émanation à crinière du célèbre raout canadien Juste pour rire qui, du 28 septembre au 7 octobre, investira en off la plupart des salles de musculation des zygomatiques de la ville. La programmation officielle sera elle délocalisée au casino Le Lyon Vert et verra se succéder les solitaires-en-scène les plus prometteurs du moment : la soundbank humaine Jibé (qui commence à faire son trou chez nos cousins d'Amérique), le chic type survitaminé Vérino (pour une édition spéciale de son inglorious comedy club, en présence notamment du couple star de Bref), la team Jocelyn Flipo (Alex Ramirès, Yann Guillarme, Gérémy Crédeville.

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Au café-théâtre cet été

SCENES | Question : avoir le sens de l'humour est-il toujours un facteur de longévité lorsqu'on le met à l'épreuve dans le cadre asphyxiant d'un café-théâtre (...)

Benjamin Mialot | Mardi 7 juillet 2015

Au café-théâtre cet été

Question : avoir le sens de l'humour est-il toujours un facteur de longévité lorsqu'on le met à l'épreuve dans le cadre asphyxiant d'un café-théâtre empestant la canicule ? Vous avez tout l'été pour vous forger une opinion, à vos risques et périls, surtout si vous le faites à la Comédie-Odéon, où Jocelyn Flipo reprend Couic, un huis clos en trompe-l’œil aussi divertissant qu'anxiogène. Non, en vrai, la plupart des lieux sont équipés d'une climatisation, à l'instar de l'Espace Gerson, qui en fait l'un des principaux arguments en faveur du retour entre ses murs de Victor Rossi, alors que ses grinçantes chroniques de l'absurdité du monde se suffisent à elles-mêmes – et prépareront le terrain pour Camille et Aurel, qui réhabilitent avec une énergie communicative la forme trop délaissée du duo burlesque. Du côté des Tontons Flingueurs aussi, on prend le même et on recommence, à savoir le one-man-show follement chic et intimiste de Jefferey Jordan, tandis qu'on pourra (re)découvrir au Complexe du Rire le faux bellâtre et vrai performer Gérémy Crédeville et la décomplexée Naho. Pour des nouvelles têtes, à moins de vouloir essuyer

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Zack & Stan ne font pas illusion

SCENES | L'accès anticipé. C'est un modèle en vogue dans le secteur du jeu vidéo : vous pré-achetez un titre en chantier et contribuez à son amélioration, en espérant (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 1 juillet 2015

Zack & Stan ne font pas illusion

L'accès anticipé. C'est un modèle en vogue dans le secteur du jeu vidéo : vous pré-achetez un titre en chantier et contribuez à son amélioration, en espérant qu'il arrivera au terme de son développement et tiendra ses promesses. Le café-théâtre repose sur le même principe ultra-libéral (et, osons le dire, ultra-paresseux) du «ça va se roder avec le temps». Et du temps, il va en falloir dans le cas de Zack & Stan, deux frangins illusionnistes qui, avec l'appui de l'omniprésent Jocelyn Flipo, ont décidé de jouer la carte de l'humour. Car même avec la meilleure volonté du monde (et ces deux-là en ont, c'est certain), on ne s'improvise pas comédien du jour au lendemain. En l'état (i.e. après trois semaines de représentations au Rideau Rouge), le semblant de rivalité qui sert de fil conducteur à leurs tours paraît de fait bien superflu, dans son écriture comme dans son interprétation – et souffre de la comparaison avec les recherches plastiques de la compagnie 32 Novembre ou les préoccupations narratives de François Martine

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Sale Mentor, la nouvelle hybridation de Jocelyn Flipo

SCENES | Après la romance gay, le musical à caractère pornographique et le thriller, Jocelyn Flipo s'essaye avec Sale Mentor à une nouvelle hybridation entre comédie et cinéma de genre. Et ne déçoit pas, à quelques déséquilibres de rodage près. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 10 mars 2015

Sale Mentor, la nouvelle hybridation de Jocelyn Flipo

Ça commence comme Couic, la précédente pièce de Jocelyn Flipo. Dans une cave. Celle de Jean-Jacques Serzac, écrivain hypocondriaque qui, comme dans la chanson de Marcel & son orchestre, se retrouve le mental en vrac au premier petit couac. Un mal de tête ? Sans doute une rupture d'anévrisme. Un point de côté ? C'est une tumeur qui lui comprime le poumon. Une poussée de stress ? La crise cardiaque n'est pas loin. Pour ne pas courir de risques infectieux supplémentaires, il a choisi de vivre reclus, dans une panic room crasseuse et totalement déconnectée du monde où il tente tant bien que mal d'entretenir sa légende. Car Jean-Jacques (Yann Guillarme, dans un des numéros moliéresques dont il a le secret) est l'auteur des aventures de Tom Morgan, qui sont à la littérature érotique ce que sont, de l'autre côté du quatrième mur, celles d'Harry Potter au roman pour ado. Seulement Jean-Jacques a de l'arthrite, il lui faut un nègre. Ce sera Léo, un jeune éphèbe qui connaît par cœur la saga (Léo Tasserit, comme échappé d'une aventure super-héroïque en milieu lycéen, mettons le trop méconnu Kaboom de Jeph Loeb et Jeff Matsuda).

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Pas juste pour rire

SCENES | L'année café-théâtre 2014 s'est terminée sur une création hors-normes comiques de Dominic Palandri (New York Paradis). Amusant hasard : 2015 débutera sur une (...)

Benjamin Mialot | Mardi 6 janvier 2015

Pas juste pour rire

L'année café-théâtre 2014 s'est terminée sur une création hors-normes comiques de Dominic Palandri (New York Paradis). Amusant hasard : 2015 débutera sur une tentative similaire de son complice Jacques Chambon, Les Sentinelles (20 février au Karavan), une intrigante «tragédie burlesque sur l’incapacité des hommes à se reconnaître dans l’autre». Autre auteur et metteur en scène pas-que-drôle, Jocelyn Flipo présentera lui Sale mentor (à

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Rires enregistrés

SCENES | Moins féconde que la précédente, la saison café-théâtre 2014/2015 n'en demeure pas moins réjouissante, entre reprises de spectacles qui gagnent à être connus et défilé de têtes qui le sont déjà. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 9 septembre 2014

Rires enregistrés

En cette rentrée, les cafés-théâtres lyonnais ont des airs de champs en jachère : à leur programme figurent  nombre de reprises d'une saison 2013/2014 exceptionnellement riche en créations. Côté one-man-show, on retrouvera ainsi avec plaisir Jefferey Jordan (aux Tontons Flingueurs, jusqu'au 2 octobre), Karim Duval (même endroit, en octobre), François Martinez (idem), Yann Guillarme (au Boui Boui, en janvier et février), Alex Ramirès (au Boui Boui également, jusqu'au 30 décembre), Gérémy Crédeville (au Complexe du Rire, en novembre et décembre) ou encore

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Le club des plus ou moins cinq

SCENES | Il y a, dans La Course en tête, le documentaire expérimental que consacra en 1974 Joël Santoni à Eddy Merckx (et qui fut projeté début mars en ouverture des (...)

Benjamin Mialot | Mardi 27 mai 2014

Le club des plus ou moins cinq

Il y a, dans La Course en tête, le documentaire expérimental que consacra en 1974 Joël Santoni à Eddy Merckx (et qui fut projeté début mars en ouverture des rencontres Sport, cinéma et littérature de l'Institut Lumière), ces images bercées de cantilènes funèbres, invraisemblables et bouleversantes, de coureurs livides et épuisés qui chutent et ne se relèvent pas, ou alors pour s'effondrer en pleurs dans les bras de spectateurs. Une immersion dans le Off du Festival d'Avignon provoque le même genre de malaise mêlé d'admiration, notamment vis-à-vis des méthodes de promotion dont usent les protagonistes de cette foire d'empoigne où le comédien est un homme-sandwich comme les autres. Celle du magnat en devenir Jocelyn Flipo est pour le moins futée : il a cette année décidé de mettre ses poulains en scène dans un même spectacle, à la fois pot-pourri de leurs très bons one-man-shows respectifs – le décomplexé et néanmoins introspectif Alex Ramirès est un grand garçon (retitré Alex Ramirès fait sa crise), les hén

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A couteaux tirés

SCENES | A peine auréolé du succès de Trash, son spectacle AAA dans le milieu du XXX, Jocelyn Flipo retrouve le haut de l'affiche avec Couic, comédie noire confrontant un tueur en série débutant à sa première victime. Attention, ça va faire mal. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 8 avril 2014

A couteaux tirés

L'an passé, dans les recoins les plus interlopes du programme de Quais du Polar, figurait une pièce écrite et mise en scène par Christophe Chabert, notre irréductible critique cinéma – nous ne vous en avions jusqu'à présent dit mot par pur zèle déontologique. Intitulée Effraction, elle racontait sous la forme d'un huis clos aussi tendu que grinçant le cas de conscience de deux hommes de main découvrant au cours d'une banale collecte de dette une jeune femme prisonnière d'une cage, déblayant au passage un chemin de traverse théâtral assez inédit.   Cette saison, à la même période mais sans le soutien du fameux festival (dommage), c'est au tour du prolifique Jocelyn Flipo (promis, après, on ne vous parle plus de lui jusqu'à l'été) de s'aventurer dans ces eaux troubles sur lesquelles planent l'ombre de Bertrand Blier – en particulier celui de Buffet froid – avecCouic. Un registre où on l'attendait encore moins que celui, bariolé et hyper-sexué, qu'il explore dansTrash, mais où ses dialogues au cordeau et sa mise en scène cinégénique font à nouveau mouche. Tueur niais

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Le rêveur Duval

SCENES | «Gnangnan». C’est en ce terme que nous qualifiâmes le spectacle de Karim Duval à sa découverte l’an passé. L’heure est venue de faire notre mea culpa : bosseur comme pas deux, le seul humoriste sino-franco-marocain du monde est depuis devenu un formidable conteur à double tranchant. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 1 avril 2014

Le rêveur Duval

«Ma mère est chinoise, mon père est japonais. Et moi je suis mal foutu». Le spectacle de Karim Duval démarre peu ou prou sur le même ton que cette blague d’écolier. Encore un de ces stand-uppers communautaires tels que le Jamel Comedy Club en usine à la douzaine chaque semaine ? C'est ce que l'on se demande pendant cinq minutes. Pas plus. Le temps de se rendre compte que chez cet ex-ingénieur à l'arbre généalogique plus ramifié qu'un Dragonnier de Socotra la question des origines, bien qu'abordée dans le respect de la plupart des canons du genre - imitation d'accents, répertoriage de particularismes, sous-texte réconciliateur - ne se résout pas via un humour de repli (mal) camouflé en autocritique, mais avec un sens du récit, une rigueur d'écriture et un souci d'équilibre entre spontanéité et mordant tels qu'ils paraissent inscrits dans son ADN.  La guitare qui le démange Ils le sont peut-être en partie. Car Karim Duval est né au Maroc d'une mère sino-tahitienne et d'un père franco-berbère. Une publicité Benetton à lui tout seul, comme il l'affirme en préambule de Melting Pot', le one-man-show en question. Là

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Trash ? Yeah yeah !

SCENES | Un casting cinq étoiles et une mise en scène pluridisciplinaire au service de la quête amoureuse d'une superstar du porno : Jocelyn Flipo signe avec "Trash" sa comédie romantique la plus ambitieuse et la plus aboutie. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 1 avril 2014

Trash ? Yeah yeah !

Comme tout metteur en scène dont le talent est proportionnel à l'obsession avec laquelle il réinterroge œuvre après œuvre les thèmes qui lui sont chers, Jocelyn Flipo a son comédien fétiche. En l'occurrence Alex Ramirès, pour lequel il a imaginé, après le rêveur avenant de Dans ta bulle et le minet qui se découvre un don pour la peinture de Loving Out, un troisième rôle à la mesure de son élasticité et de son hypersensibilité : celui d'un pornographe amateur bien décidé à faire vaciller l'empire d'un magnat du cinéma pour adultes, personnage que le Serial lover devenu «grand garçon» interprète avec un aplomb écrasant. Ce qui, compte tenu du prestige et de l'harmonie du reste du casting, d'un Yann Guillarme irrésistible de bagou en producteur passif-agressif obnubilé par la rentabilité de ses films – au point d'ignorer le manque d'affection que cachent les provocations de sa fille, interprétée par la prometteuse Delphine Leputh – à une Ségolène Stock confondante de vraisemblance en hardeuse en bout de course, n'est pas peu dire. Il n'y a pas de rapport sexuel Ce n'est toutefois pas l'amour que Flipo porte à ses comédiens qui est au cœur de

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Il suffira d'un signe

SCENES | Avec ses prises de parole d'une insanité à faire passer le dératiseur obèse qui tenta d'assassiner Björk avant de filmer son suicide pour un parangon de (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 3 janvier 2014

Il suffira d'un signe

Avec ses prises de parole d'une insanité à faire passer le dératiseur obèse qui tenta d'assassiner Björk avant de filmer son suicide pour un parangon de mesure, Dieudonné a réussi son coup : ici comme ailleurs, on ne parle plus que de la possible interdiction de sa venue à l'Amphi 3000 (le 13 juin). Pas un mot, en revanche, sur la reprise de la survoltée mise à nu d'Alex Ramirès au Complexe du Rire en mai. Ni sur les autres étoiles montantes de la galaxie Jocelyn Flipo (qui mettra en scène la romance porno Trash en mars à la Comédie-Odéon et

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Alex Ramirès, un grand garçon dans le vent

SCENES | Révélé par un premier one-man-show prodigieusement schizophrène dans lequel il racontait son dépucelage sur un texte de Jocelyn Flipo, Alex Ramirès revient avec Alex Ramirès est un grand garçon, "spectacle de la maturité" aussi jubilatoire qu'émouvant dont la construction ne doit (presque) rien à personne. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 12 décembre 2013

Alex Ramirès, un grand garçon dans le vent

La, si, do, mi, fa, sol, fa, mi, do, si. Toute la personnalité d'Alex Ramirès est contenue dans ces dix notes, qui composent (en la majeur) la mélodie douce-amère du Kids de MGMT, et au son desquelles il salue le public au terme de son nouveau one-man-show, Alex Ramirès est un grand garçon. Un lucide et décoiffant autoportrait du comédien en "fuyard en avant" dont la genèse remonte justement à l'enfance. Nous sommes en 1998 à Roussillon, en Isère. Alex n'a que 9 ans, mais assez d'énergie et de volubilité pour que sa mère juge opportun de l'inscrire au cours d'improvisation théâtrale du centre social du coin. Il va y faire sa première rencontre déterminante : celle du conteur Olivier Ponsot, avec lequel il va apprendre à matérialiser une histoire en deux temps trois mouvements. Au sens propre, l'endroit disposant pour seul matériel de deux paravents, qui font office de coulisses. Galvanisé à l'idée de pouvoir être, au gré de ce qui le traverse le jour, qui il veut le soir à l'instar, d'une certaine façon, des super-héros masqués dont il goûte alors les exploits, il suivra cet atelier toute une décennie. Dix ans pendants lesquels ce tchatcheur né, qui con

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Et les sentiments bordel ?

SCENES | Un critique a (trop) souvent tendance à se comporter comme un explorateur : quand il foule une contrée nouvelle, il veut être le premier à en dessiner les (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 14 février 2013

Et les sentiments bordel ?

Un critique a (trop) souvent tendance à se comporter comme un explorateur : quand il foule une contrée nouvelle, il veut être le premier à en dessiner les contours, quitte à voir des courants, des mouvements et des scènes là où ne poussent que les fruits du hasard. Nous ne sommes pas exempt de ce défaut. Aussi, en découvrant Jocelyn Flipo et son romantisme, assez inédit dans le milieu très unidimensionnel de l'humour, nous sommes-nous empressés de nous demander s'il était le seul à faire vibrer d'un même élan fibres comiques et cordes sensibles. Mais plutôt que de lui prêter des affinités conjecturales, nous lui avons directement posé la question : «Je n'appartiens pas à une confrérie d'auteurs, mais j'ai effectivement l'impression que les gens travaillent de plus en plus à transmettre des émotions aux spectateurs, qui eux-mêmes sont de plus en plus demandeurs. On est en période de crise, on est forcément plus réceptif à tout ce qui met en avant l'humanité des gens. On a besoin de sentir que l'autre est meilleur que ce l'on croit». Sur Lyon, deux noms lui semblent valider cette théorie : celui de Jacques Chambon, le Merlin de Kaamelott, pour Plein phare

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Ça bulle pour lui

SCENES | Jocelyn Flipo a beau avoir une carrure de rugbyman, il n'y connaît rien en plaquages. Du moins ceux qui coupent l'élan. Ceux qui écrasent le cœur, en revanche, n'ont aucun secret pour ce quadra lyonnais qui, en l'espace de cinq ans, s'est imposé comme le golden boy du café-théâtre local. Son emploi du temps s'en ressent : avec trois projets à l'affiche et le double en cours de réalisation, le suivre ne va pas être une mince affaire. Il va pourtant bien falloir. De très près qui plus est. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 14 février 2013

Ça bulle pour lui

«Je suis quelqu'un qui travaille dans l'ombre. J'aime faire briller les autres». Ce sont, à quelques balbutiements près, les premiers mots qu'a prononcés Jocelyn Flipo lorsque nous lui avons fait part de notre volonté de lui consacrer la Une de ce numéro. Des mots d'excuse à peine déguisés, ceux d'un homme gêné à l'idée de tirer à lui une couverture dont ces «autres» lui paraissent plus dignes. Cet embarras ne l'a cependant pas empêché de se démener pour nous fournir un portrait photo digne d'une publicité Lacoste – ce doit être la première fois qu'un artiste organise un shooting rien que pour nous. L'anecdote peut sembler anodine. Elle en dit pourtant long sur la personnalité de ce jeune auteur et metteur en scène lyonnais, dont le travail injecte de la nuance au communément très criard milieu du café-théâtre. Un pro de l'impro La carrière de Jocelyn Flipo débute il y a cinq ans lorsque, en parallèle d'une vie salariale le voyant assumer successivement des postes d'éducateur sportif, de conseiller juridique et de responsable RH, il chope le virus de l'improvisation après s'être amusé de la prestation d'un ami : «Ce qui est génial

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Loving Out is all you need

SCENES | Le fleurissement d'affiches promouvant la prochaine date lyonnaise des Lascars Gays nous le rappelle depuis quelques jours encore plus sûrement que (...)

Benjamin Mialot | Dimanche 13 janvier 2013

Loving Out is all you need

Le fleurissement d'affiches promouvant la prochaine date lyonnaise des Lascars Gays nous le rappelle depuis quelques jours encore plus sûrement que les happenings des manifestants contre le mariage pour tous : lorsque l'homosexualité s'invite dans une mise en scène à vocation humoristique, elle le fait presque systématiquement avec balourdise et/ou paresse. Loving Out, la dernière création de Jocelyn Flipo et son complice Léon Vitale, qui avec Dans ta bulle nous avaient fait prendre conscience que le café-théâtre pouvait remuer les tripes autant que le diaphragme, est une très heureuse exception à cette règle. Principalement parce que l'homosexualité n'y est qu'un thème secondaire. Le vrai sujet de la pièce, c'est l'amour, en l'occurrence celui que se découvre Romain, galeriste hétéro dans la trentaine, tardivement dépucelé et depuis célibataire, pour Léo, adonis d'à peine vingt ans qui n'aime rien tant que faire la bringue en toge avec ses colocs. Un synopsis qui ne paye pas de mine dont les metteurs en scène tirent, par le truchement d'astucieux emprunts au cinéma, juste ce qu'il faut

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Les pitres et jeunes acteurs

SCENES | Les demi-saisons café-théâtrales se suivent et ne se ressemblent pas : là où le premier semestre de l'année 2012 se résumait à des prolongations et des big names, (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 4 janvier 2013

Les pitres et jeunes acteurs

Les demi-saisons café-théâtrales se suivent et ne se ressemblent pas : là où le premier semestre de l'année 2012 se résumait à des prolongations et des big names, celui qui débute ces jours fait la part belle aux concepts inédits et aux futurs grands. Au Comédie-Odéon par exemple, deux rendez-vous réguliers peuvent valoir le détour. D'un côté La Revue de presse, sorte de Petit rapporteur

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Un drôle de réveillon

SCENES | La nouvelle, datée du 29 novembre, est tombée comme un couperet : cette année, France 3 ne diffusera pas son traditionnel bêtisier. Il flotte depuis comme une odeur de fin de règne. Sauf chez ceux qui savent que, pour achever un cycle calendaire sur une bonne marrade, c’est au café-théâtre que ça se passe. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Samedi 15 décembre 2012

Un drôle de réveillon

On les aime bien, tous ces gens qui font tourner les cafés-théâtres du coin. Ne serait-ce que parce que leur travail contribue à améliorer les fonctions cognitives de ceux qui en bénéficient – pour nous qui passons la majeure partie de notre temps à nous écouter réfléchir, ce n’est pas négligeable. Mais s’ils pouvaient remettre leur agenda à zéro plus en douceur, ça nous arrangerait. Non parce que faire le tri dans une quarantaine de propositions artistiques, voilà un travail herculéen… Ca va que c’est peut-être la dernière fois que nous nous en acquittons, et qu’il nous donne l’occasion de vous redire tout le bien que l’on pense de Dans ta bulle, une pièce aussi drôle qu’émouvante et servie par trois acteurs parfaits, dont Léon Vitale, qui incarne tous les seconds rôles masculins de cette histoire – librement inspirée des BD de Domas – d’un garçon optimiste pensant que le sourire est une arme de séduction massive. Pour le meilleur et pour le rire Ce numéro se concluant par un portrait d’Alexandre Astier, poursuivons par une révérence aux

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La vie est bulle

SCENES | Drôle, émouvant, remarquablement interprété, ambitieux, Dans ta bulle, librement inspiré des BD du Marseillais Domas, confirme que Jocelyn Flipo est un metteur en scène passionnant. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 2 février 2012

La vie est bulle

Il y a longtemps, en Amérique, un romancier nommé Raymond Carver racontait, sous forme de nouvelles, des histoires a priori anecdotiques mais qui, mises bout à bout, parlaient de leur époque, des gens qui en formaient l’ordinaire, et savait les rendre extraordinaires et universelles. Aujourd’hui, en France, Domas, un dessinateur marseillais croque à son tour les anecdotes d’une vie et nous parle, sans identification forcée ou sociologie encombrante, de nous. Il s’est forgé un alter-ego, Max. Il vit en colocation avec Pierrot, lunaire et largué, ne pense qu’à faire le premier pas vers les autres et rêve de tomber amoureux. Domas découpe sa vie en planches, équivalents dessinés de la nouvelle, et les transforme en comédie humaine vibrante d’émotions où les petits riens se font grandes questions. De la planche aux planches Prolonger sur scène un tel matériau était ambitieux, surtout quand on a jusque-là fait ses armes dans le one-man-show comique et l’improvisation. Jocelyn Flipo, qui s’affirme ici comme un metteur en scène important, a donc bousculé les lignes, dans tous les sens du terme. D’abord en donnant à Max une incarnation fidèle : c’est

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Série Sexy à Suivre

SCENES | L’heureux propriétaire d’un sex-shop, par ailleurs mari aimant et attentionné, a eu le malheur de partir en fumée avec son établissement après un terrible (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 25 novembre 2011

Série Sexy à Suivre

L’heureux propriétaire d’un sex-shop, par ailleurs mari aimant et attentionné, a eu le malheur de partir en fumée avec son établissement après un terrible incendie. C’est son frère aîné, plutôt coincé, et sa femme, plutôt pincée, qui doivent reprendre le lieu après travaux, tout en essayant de calmer les ardeurs pubères de leur grand ado. Pour cela, ils décident de l’envoyer dans le lycée catho de l’autre côté de la rue, tenu par un directeur rigide et manifestement névrosé. Ledit directeur refuse par ailleurs d’accorder une augmentation à une de ses enseignantes, ce qui conduit la pauvre à aller postuler comme strip-teaseuse dans le fameux sex-shop, où un geek survolté et impuissant fabrique en douce une machine énigmatique… Ce ne sont que quelques fils de S, la nouvelle série semi improvisée de La Scène Déménage, qui s’installe le premier mardi de chaque mois en bas du Complexe du rire. Manifestement inspiré par Six feet under, Jocelyn Flipo trouve ici un nouveau terrain de jeu après une saison de Plasma et trois saisons de Désordre(s), à travers lesquelles il avait forgé ce concept novateur. Chaque comédien incarne un personnage unique dont il conna

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