Laurent Brethome mène Scapin à bon port

SCENES | On l’avait laissé ce printemps avec un épatant travail avec les élèves du Conservatoire de Lyon ("Massacre à Paris"), revoici Laurent Brethome qui rend aux "Fourberies de Scapin" leur noirceur, nous entraînant dans les bas-fonds portuaires armé d’une solide équipe de comédiens. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 7 octobre 2014

Photo : @Philippe-Bertheau


Mille fois joué, vu, lu, Molière est inaltérable. Sa langue et son sens de l'intrigue subjuguent encore, en particulier dans cette comédie entre fils de bonne famille. Laurent Brethome, qui n'en est pas à sa première adaptation d'un classique (Bérénice, On purge bébé), a su en saisir la noirceur sans pour autant condamner – bien au contraire – la farce. Nous voici donc au cœur des docks (à l'origine, l'action se déroule à Naples), entre des cubes métalliques, un brouillard comme émanant d'une mer proche qu'on imagine sans peine. Un décor aux abords duquel Calais et ses camps de migrants ne dépareilleraient pas. Octave voudrait épouser Hyacinthe, mais est promis par son père à une autre. Léandre, lui aussi est empêché par son paternel de se marier à la soi-disant gitane Zerbinette. Au milieu Scapin œuvre pour la paix des ménages en maniant la batte de baseball.

Surgit de leurs dialogues non pas une pantalonnade, mais bien le côté obscur de ces pères tout puissants, fussent-ils habillés comme les bandits modernes de la finance (Argante) ou, plus négligemment, comme des dandys ratés (Géronte), leur avarice et leurs petits arrangements avec la justice, corruptible, résonnant pertinemment avec l'actualité contemporaine.

Rire noir

Jamais cependant la comédie n'est placée sous l'étouffoir, en témoigne la réceptivité du public du théâtre municipal de Bourg-en-Bresse, où la pièce fut créée la semaine dernière. En sachant doser ressorts comiques – notamment par l'introduction de gimmicks (des mots répétés comme une boucle musicale par exemple) – et réalisme – Scapin mangeant des graines de tournesol en début de pièce ou Léandre en parfait camé – Brethome soulage ses personnages du poids de l'histoire du théâtre. Entre deux actes, il est même impossible de deviner que nous sommes chez Molière : les transitions n'en sont pas vraiment, plutôt de soudains orages (musique live, gyrophares), pleinement interprétés par des comédiens qui savent aussi occuper l'espace quand ils n'ont pas de texte à dire, le peuplant de fantômes.

Seul hic : dans cette pièce très masculine, les femmes ne trouvent jamais pas vraiment leur place et  sont de surcroît très mal fagotées. Cette réunion sur scène de l'excellente compagnie du Menteur volontaire de Brethome et de La Meute, collectif dont nous n'avons de cesse vous vanter les mérites ces derniers temps, n'en demeure pas moins riche en étincelles. Et met en orbite, dans le crépusculaire rôle-titre, Jérémy Lopez, pensionnaire de la Comédie française formé, s'il vous plaît, à l'ENSATT et au Conservatoire de Lyon.

Les Fourberies de Scapin
Au Théâtre de la Croix-Rousse, du mardi 7 au samedi 11 octobre
Puis au Théâtre de Villefranche et au Toboggan de Décines


Les Fourberies de Scapin

De Molière, ms Laurent Brethome, 1h45. Octave et Géronte se marient, profitant de l'absence de leurs pères ; ils demandent à Scapin, valet de l'un d'eux, de faire triompher leur nouvelle union
Théâtre de la Croix-Rousse Place Joannès Ambre Lyon 4e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Les Fourberies de Scapin

De Molière, ms Laurent Brethome, 1h45. Octave et Géronte se marient, profitant de l'absence de leurs pères ; ils demandent à Scapin, valet de l'un d'eux, de faire triompher leur nouvelle union
Théâtre de Villefranche Place des Arts Villefranche-sur-Saône
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Les Fourberies de Scapin

De Molière, ms Laurent Brethome, 1h45. Octave et Géronte se marient, profitant de l'absence de leurs pères ; ils demandent à Scapin, valet de l'un d'eux, de faire triompher leur nouvelle union
Théâtre de la Croix-Rousse Place Joannès Ambre Lyon 4e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Dom Juan, bloqué dans l’ascenseur social

Théâtre | Mais qui est-il, ce Dom Juan ? Le colérique et survitaminé Nicolas Bouchaud chez Sivadier ? Le rationaliste de Vilar, le jouisseur en proie au doute (...)

Nadja Pobel | Mardi 4 février 2020

Dom Juan, bloqué dans l’ascenseur social

Mais qui est-il, ce Dom Juan ? Le colérique et survitaminé Nicolas Bouchaud chez Sivadier ? Le rationaliste de Vilar, le jouisseur en proie au doute de Lassalle... ou encore l'agnostique qu’Olivier Maurin a récemment présenté au TNP ? Pour Laurent Brethome et Philippe Sire, directeurs des conservatoires de La Roche-sur-Yon et de Lyon, il est un déclassé social, vivant sans le sou comme un étudiant dépendant des alloc', malgré un paternel blindé, rêvant de paillettes et de son quart d’heure de célébrité. Alors, il ne va cesser de s’imaginer plus beau et grand qu’il n’est ; comme le révèlera le quatrième acte, dans un container de fortune qui lui sert de logement au sein duquel il se cogne à tous les angles. Au premier abord, ce n’est pas cela qu’incarne Laurent Brethome, mais un Dom Juan volontairement agaçant, p’tit gars qui roule les mécaniques dans un décor presque vernis sur lequel rien n’adhère ; il dragouil

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Margot aux Célestins

Théâtre | Elle « avance vers nous depuis sa nuit » et Laurent Brethome lui rend la lumière. Margot, adapté de Marlowe, est la pièce avec laquelle le metteur en scène synthétise tout ce qu'il a approché jusque-là : un goût assumé du spectacle au profit d'un texte coriace.

Nadja Pobel | Lundi 22 janvier 2018

Margot aux Célestins

On pourrait lui en faire le reproche mais, à bien réfléchir, il n'y a rien là d'incohérent. Dans le Margot de Laurent Brethome, il y a un peu de l'air du temps théâtral : une pincée de Thomas Jolly (pour une esthétique noire-rouge-blanche et les breloques pas forcément nécessaires en accompagnement de costumes très justes : contemporains et a-temporels), du Julien Gosselin (personnages déclamatoires micro en main – en très courtes séquences il faut le reconnaître), parfois même du Joël Pommerat (ah, la séduisante scène de fiesta post couronnement d'Henri III qui rappelle les images de Ma Chambre froide ! ). Mais il y a, in fine, entièrement Laurent Brethome. En mettant en scène, dans une version délicatement décalée de Dorothée Zumstein, Le Massacre à Paris de Christopher Marlowe qui avait ouvert le TNP villeurbannais en 1972 sous la direction de Chéreau et dans les décors du grand Peduzzi, le Vendéen n'est jamais poseur et d'une fidélité épatante à ce qu'il fut : les corps

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Dans les pas de Margot

Théâtre | C'est sa pièce totale. Seize comédiens pour environ soixante rôles. Laurent Brethome a créé Margot en novembre, après l'avoir déjà esquissé en 2014 avec les (...)

Nadja Pobel | Mardi 9 janvier 2018

Dans les pas de Margot

C'est sa pièce totale. Seize comédiens pour environ soixante rôles. Laurent Brethome a créé Margot en novembre, après l'avoir déjà esquissé en 2014 avec les élèves du Conservatoire de Lyon. Sans moyen, il revisitait déjà la pièce de Marlowe de façon forte et efficace, une montagne de chaussures exprimant la nuit de la Saint-Barthélémy. Là, en 2h35, et avec notamment la dernière des pépites du Cons', Savannah Rol, il donne la pleine mesure de son savoir-faire. Pièce emblématique du TNP (c'est avec l’adaptation de Chéreau que le théâtre ouvrait ainsi ses portes à Villeurbanne en 1972), Margot sera cette fois-ci aux Célestins, du 17 au 23 janvier.

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Les prédateurs de la nuit : "La Belle et la Meute"

ECRANS | de Kaouther Ben Hania (Tu-Fr-Sue-No-Lib-Qa-Sui, 1h40) avec Mariam Al Ferjani, Ghanem Zrelli, Noomane Hamda…

Vincent Raymond | Mardi 17 octobre 2017

Les prédateurs de la nuit :

Étudiante à Tunis, Mariam participe à une soirée de bienfaisance durant laquelle elle rencontre Youssef. Leur idylle naissante est dramatiquement interrompue par une patrouille de police et Mariam violée par ces prétendus “représentants de l’ordre”. Son enfer ne fait que débuter… Révélée par le documenteur incisif Le Challat de Tunis (2015), Kaouther Ben Hania poursuit dans la même veine tranchante, dénonçant encore et toujours le sort réservé aux femmes en Tunisie — un Printemps arabe, pas plus qu’un Prix Nobel de la Paix ne suffisent hélas à balayer des années de machisme ni de patriarcat. La cinéaste use ici d’une forme de narration radicale, mais appropriée : de longs plans-séquences montrent la victime en proie à une cascade de violences psychologiques, ajoutant à son traumatisme. Chacun figure l’une des insoutenables étapes de son interminable calvaire intime, aggravé par des mentalités étriquées et une barbarie administrative (à l’hôpital, au commissariat) rappelant par instants l’excellent I am not Madame Bovary de Feng Xiaogan

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La Belle et la Meute

Avant-Première | Le souffle du Printemps arabe n’a pas débarrassé les Tunisiens des oppressions, ni purgé certaines mentalités de ses réflexes archaïques. Réalisatrice du (...)

Vincent Raymond | Mardi 3 octobre 2017

La Belle et la Meute

Le souffle du Printemps arabe n’a pas débarrassé les Tunisiens des oppressions, ni purgé certaines mentalités de ses réflexes archaïques. Réalisatrice du documenteur Challat de Tunis (2013), Kaouter Ben Hania signe avec La Belle et la Meute une glaçante fiction montrant le sort peu enviable d’une jeune femme violée par des policiers. Un film en quasi temps réel, à découvrir en avant-première. La Belle et la Meute Au Lumière Terreaux ​le lundi 9 octobre à 20h30

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Les films de la rentrée : comme une faim de 2017

14 pépites pour appétits cinéphiles | Bien sûr, on en oublie. Mais il y a fort à parier que ces quatorze films constituent des pierres de touche de la fin 2017. En attendant (entre autres), Joachim Trier, Depardon et Kathryn Bigelow, bon appétit !  

Vincent Raymond | Mercredi 30 août 2017

Les films de la rentrée : comme une faim de 2017

Mother! de Darren Aronofsky Initialement programmée pour novembre, la sortie du nouveau Aronofsky a été avancée pour cause de sélection vénitienne et c’est, à bien des égards, une excellente nouvelle. Déjà victorieux sur la Lagune avec The Wrestler en 2008, l’auteur de Requiem for a dream et de Black Swan convoque ici du lourd — Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Michelle - toujours active - Pfeiffer, Ed Harris — pour ce qui s’annonce comme un bon vieux thriller des familles, mâtiné de fantastique dérangeant. La double affiche préventive, offrande de style sulpicien revisité grand-guignol, tient de la promesse merveilleuse ; il faudra cependant patienter jusqu’à la clôture d’une très alléchante Mostra — le festival qui, désormais, donne avec Toronto le tempo des Oscar — pour savoir si ce mystérieux flacon recèle l’ivresse escomptée. Le 13 septembre

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La Famille royale : les loups de Wall Street

Théâtre des Célestins | Il y a parfois des événements qui tiennent leurs promesses. La création de La Famille royale par La Meute est de ceux-ci. Un auteur vivant (!) et américain, les bas-fonds d'une société moisie — la nôtre —, du rock en live... sous les décombres, le metteur en scène Thierry Jolivet trouve même une once de lumière : celle du théâtre.

Nadja Pobel | Mardi 10 janvier 2017

La Famille royale : les loups de Wall Street

« Qui connaît la plus belle mort ? Le soldat qui tombe pour sa patrie ? Ou la mouche dans mon verre de whisky ? » Voix paisible, micro en main prononcé par une sorte de MC décati, c'est avec ces mots que commencent quatre heures d'une plongée dans les bas-fonds de San Francisco, l'envers d'une american way of life si fantasmée, si peu avérée. Et s'il manque à la distribution un métissage culturel (quoique cette remarque ne soit peut-être qu'un délit de faciès inversé et très en vogue dans le théâtre actuel... David Bobée, suivez mon regard) et au plateau un supplément de poussière (difficile de restituer le crad'), le reste est là. Viscéralement là. Tyler Brady, détective privé, renonce à suivre un énième mari infidèle, car à quoi sert de payer pour souffrir plus encore, dit-il à l'épouse inquiète et demandeuse. Non ! Il va répondre à la commande de son frère, un homme d'affaire sans limite, John Brady. Objectif : débusquer la Reine des putes pour ouvrir un bordel virtuel. Mais Tyler va s'enfoncer corps et âme dans les rues sombres et puantes, aimer cette Majestée retrouvée et tenter de pans

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Beaucoup de promesses sur les scènes

Théâtre & danse | Quelques grands noms du panthéon théâtral et de nombreux trentenaires au talent cru : voilà de quoi remplir la deuxième moitié de saison qui, espérons-le, sera plus nourrissante que la première.

Nadja Pobel | Mardi 3 janvier 2017

Beaucoup de promesses sur les scènes

Étrange début de saison où les seules vraies émotions ont émané du solo de Vincent Dedienne, de deux des trois Fugues par le Ballet de l'Opéra, de la petite forme Udo de La Cordonnerie, du best of des Subs ou de La Cuisine d'Elvis à la Comédie de Saint-Étienne ; justement, son directeur Arnaud Meunier viendra bientôt avec son spectacle pour enfants Truckstop au TNG puis Je crois en un seul Dieu aux Célestins, où il retrouvera Stefano Massini après Chapitres de la chute. La Meute est de retour L'attaque en trombe de 2017, confiée à La Meute, devrait faire mentir cet automne morose : avec La Famille royale dès le 4 janvier au Toboggan (dont la directrice Sandrine Mini est poussée vers la sortie par sa municipalité) déjà, et dans la foulée aux Célestins qui ont l'intelligence de leur faire de nouveau confiance. Après Belgrade, la jeune troupe adapte le roman sulfureux et vigoureusement

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Avec "Riquet", Laurent Brethome a tout d'un grand

SCENES | Tendre et cruel, fourmillant d’inventions, le "Riquet" version Laurent Brethome est un conte pour petits et grands bouleversant de sincérité et de foi en la force naïve et sublime de l’art théâtral. Après avoir ouvert le In d’Avignon, le voici au Toboggan. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 27 octobre 2015

Avec

Il était une fois… rien du tout, en fait. Déjà chez Charles Perrault, rien ne se passait comme prévu. La fable enfantine avait du plomb dans l’aile, même si elle était empreinte d’un amour courtois et phallocrate, fatalement phallocrate. Le prince moche avait le choix d’épouser une princesse laide et intelligente ou sa sœur, belle et bête. Laurent Brethome, alors gosse vendéen suractif, en lutte contre tout et d’abord lui-même et ses tics nerveux (des "mouvements" comme disent alors joliment les médecins), y avait trouvé un miroir de son monde, pas bien sous tous rapports et dans lequel l’enfance, puisqu'elle déraille, n'a rien de sanctuarisé. Devenu trentenaire et adoubé par la critique, les programmateurs et les spectateurs (un prix Impatience du public pour Les Souffrances de Job, une longue tournée des Fourberies de Scapin qui passera d’ailleurs par Saint-Priest en décembre), Brethome n’a pas oublié sa rencontre avec cette histoire-là et a confié à son complice Antoine Herniotte le soin d’une réécriture qui s’avère piquante, drôle, directe, crue et empreinte d’une constante tendresse. Car quoi ? Quelle est donc l’histoire dans l

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Les reprises de 2015/2016

SCENES | Si vous les avez raté, un rattrapage s’impose. D'abord Bigre! (Croix-Rousse, 29 septembre au 3 octobre), hilarante comédie sans (...)

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Les reprises de 2015/2016

Si vous les avez raté, un rattrapage s’impose. D'abord Bigre! (Croix-Rousse, 29 septembre au 3 octobre), hilarante comédie sans paroles sur l’ultra moderne solitude. Au même endroit Jean Lacornerie reprend ce qui est (avec Roméo et Juliette) sa comédie musicale la plus aboutie, Mesdames de la Halle (11 au 28 décembre). De son côté, au milieu d’une saison presque entièrement dédiée au langage, le TNP fait place aux délicats balbutiements de En courant, dormez par Olivier Maurin (6 au 15 avril), alors que la Renaissance reprend la foutraque Visite de la vieille dame (23 au 2

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Laurent Brethome donne le ton de la saison jeune public

SCENES | Des spectacles à venir, "Riquet" (délesté de sa houppe) est sans conteste le plus émouvant et le plus abouti. Retour sur ce travail de Laurent Brethome qui passera par le Toboggan et tour d’horizon des propositions jeune public de la saison. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 9 septembre 2015

Laurent Brethome donne le ton de la saison jeune public

C’est quoi être différent ? Comment faire avec ce qui manque ? La beauté pour cette fille laide mais intelligente, la jugeote pour sa ravissante sœur, que leur père fatigué de porter la couronne veut marier à un prince repoussant ? De toutes ces aspérités handicapantes, il émane une humanité qu’Antoine Herniotte a su magnifiquement retranscrire dans son adaptation de Riquet et que Laurent Brethome a transposé sur le plateau en éléments très concrets. Les robes de princesse sont en papier froissé, le château se dessine en direct, les baguettes magiques sont des brosses à WC... À cette apparente économie de moyens correspond une débauche de créativité et, surtout, un goût pour une forme artisanale de théâtre qui ramène à des émotions très enfantines. Invité à ouvrir rien moins que le In d’Avignon cet été, Brethome a une nouvelle fois livré un spectacle très organique (la peinture dans Les Souffrances de Job, l'eau dans

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Le Conservatoire, tanière de la Meute

SCENES | Si La Meute existe, c'est grâce au Conservatoire régional de Lyon, où les membres du collectif se sont trouvés. Le responsable et initiateur de cette formation, Philippe Sire, revient pour nous sur ce projet pédagogique peu commun.

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

Le Conservatoire, tanière de la Meute

Auréolée de son prix du public au festival du théâtre émergent Impatience en 2014, voici donc La Meute lâchée sous les lambris dorés des Célestins (qui, nous murmure-t-on, n’en sont qu’au début de leur histoire avec elle). Avant cela elle a, à l'instar du collectif Bis – aujourd’hui intégré au théâtre permanent de Gwenael Morin – ou des comédiens Thomas Rortais, Antoine Besson et Charly Marty, fait ses armes au Conservatoire "à rayonnement régional" de Lyon selon un parcours bien particulier : le cycle d’orientation professionnelle. Situé à mi-chemin entre la pratique amateur et l’enseignement supérieur, ce COP a été initié il y a neuf ans par Philippe Sire après qu'il ait fait le constat que l’agglomération lyonnaise, et à plus forte raison la région Rhône-Alpes, recelait un fort potentiel de jeunes désireux de se former afin d’intégrer des écoles telles que l’ENSATT ou la Comédie de Saint-Étienne. Surtout, Philippe Sire a imaginé un projet pédagogique suffisamment complet pour que les élèves échouant à ces concours puissent devenir professionnels malgré tout, accordant une place importante à la dramaturgie et au fait de savoir «pourquoi on fait du théâtre, à que

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Thierry Jolivet a faim de théâtre

SCENES | Avant d'être le metteur en scène de "Belgrade" et quelques autres pièces du collectif de La Meute, Thierry Jolivet, pas acquis au départ à la cause théâtrale, s'est formé à l'acteur. Portrait.

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

Thierry Jolivet a faim de théâtre

Thierry Jolivet voulait faire des films. Il a d’ailleurs suivi des études de lettres et de cinéma. Des désirs d'une jeunesse pas si lointaine (il est né en 1987) dont il ne s'est pas tant éloigné en devenant metteur en scène de théâtre. Parce qu’il ne «connaissait rien à l’acteur», il s’est confronté et collé lui-même au plateau en frappant à la porte du Conservatoire de Lyon. C’est là que se forme La Meute, collectif qui réfute ce terme employé à tout-va dans le théâtre contemporain, bien qu'il dise parfaitement l'envie de ses membres de travailler ensemble. Thierry Jolivet n’est ainsi pas le seul à diriger leurs spectacles, les rôles tournent. Quand il pilote (Les Foudroyés, Le grand Inquisiteur, Les Carnets du sous-sol, Italienne, Belgrade depuis 2010), il ne joue pas. Mais il fait le comédien dans leurs autres productions. Et exclusivement chez Laurent Brethome (qui enseigne l'art dramatique au dit Conservatoire), notamment dans sa version décapante et délocalisée dans des docks des Fourberies de Scapin

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Belgrade, entre chiens et loups

SCENES | Depuis la présentation, voilà deux ans, d'une maquette de "Belgrade" d’après Angelica Liddell, nous n’avons plus que le nom de La Meute en bouche. Son théâtre viscéral et férocement contemporain arrive enfin dans une grande salle, celle des Célestins. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

Belgrade, entre chiens et loups

Le 15 mars 2013, le Théâtre des Ateliers offre son plateau à un jeune collectif venu montrer son travail en cours aux professionnels de la profession. Il s’appelle La Meute. Ensemble, ses membres ont jusque là monté de brillantes mais parfois trop touffues adaptations de Dostoïevski, où l’incandescence du maître russe les guide, notamment dans le fascinant Les Carnets du sous-sol, mais aussi le plus nébuleux Le Grand Inquisiteur. En sortant de la représentation de Belgrade, il est indéniable qu’un moment fort a eu lieu. De ceux qui laissent sonnés et interdits. Á cette époque-là, Vincent Macaigne a déjà déposé un beau cadavre dans le cloître des Carmes à Avignon, Julien Gosselin (metteur en scène des Particules élémentaires) est encore inconnu au bataillon, sauf dans ce Nord qui l’a formé, et les collectifs ont eux le vente en

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Deuxième départ

SCENES | Après un premier tiers de saison assez calme, l’activité théâtrale s’intensifie nettement cette rentrée. Entre stars de la scène locale et internationale, créations maison et découvertes à foison, revue de détails. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 6 janvier 2015

Deuxième départ

Une Biennale de la danse enchaînée avec les vacances de la Toussaint auront bien grévé la dynamique théâtrale de ce début de saison, sauf à la Croix-Rousse qui a, en apnée, aligné Laurent Brethome, Emmanuel Meirieu, David Bobée et Pierre Guillois. Le rythme n'y faiblira pas en 2015 avec notamment les très attendus Elle brûle (mars) du duo féminin Mariette Navarro / Caroline Guiela Nguyen et Discours à la nation (avril), manifeste d'Ascanio Celestini dont s’est emparé David Murgia du Raoul Collectif. Claudia Stavisky se confrontera elle à nouveau à un texte britannique après le très réussi Blackbird, en montant pour la première fois en France En roue libre (j

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Des paroles et des actes

SCENES | Ils sont jeunes, misent sur l’acteur et adaptent des textes peu théâtraux. Ils font pourtant bel et bien du théâtre, avec un engagement total, signant des spectacles remuants et intelligents. Balade dans une saison marquée du sceau de cette génération éprise de narration. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 9 septembre 2014

Des paroles et des actes

Raconter. Parfois de manière saccadée ou par le prisme de plusieurs personnages. Mais dire le monde avec force et rage. Voilà l'intention qui semble traverser la saison théâtrale 2014/2015, portée par une génération qui ne tutoie pas encore les quadragénaires, quand elle n'a tout simplement pas encore franchi la barre des trente ans. Première pièce emblématique de ce constat : Les Particules élémentaires (aux Célestins en février). Houellebecq lui-même n’a pas quarante ans quand il écrit son deuxième roman, hybride à deux têtes où, à travers les vies de deux frères, l'une hippie, l'autre trop calibrée, se dessinent le désenchantement, l’annihilation du bonheur et l’avènement du clonage scientifique. Véritable gifle, sans concession avec son époque mais parcourue par un souffle romanesque évident, ce livre n’avait jamais été porté à la scène en France alors que nos voisins européens (et notamment les Allemands) s’en sont depuis longtemps délectés. Il a fallu attendre que Julien Gosselin sorte de l'école du Théâtre du Nord, à Lille, et que dès sa deuxième mise en scène, il prenne à bras le corps ce bouquin paru alors qu'il n’avait que onze ans. Av

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Classe sup’

SCENES | Pétaradante, précise et inventive, la nouvelle promotion du Conservatoire présente le très casse-gueule et ambitieux "Massacre à Paris", mis en scène par un Laurent Brethome plus convaincant que jamais. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 12 mars 2014

Classe sup’

Au commencement était le COP-spé, acronyme barbare désignant le Cycle d’Orientation Professionnelle spécialisée du Conservatoire de Lyon, une classe unique en son genre. Le comédien Philippe Sire l’a imaginée il y a de cela huit ans pour des élèves qui envisagent un avenir professionnel dans le spectacle vivant. Les précédentes promotions ont accouché de La Meute, du collectif Bis – deux des toutes meilleures compagnies actuelles en Rhône-Alpes – et d’un groupe adoubé et embauché par Gwenael Morin dans son Théâtre du Point du jour. C’est dire la pression qui repose sur les épaules des douze étudiants actuels à l’heure de faire leurs premières preuves. Pari réussi haut la main cette semaine au Théâtre de l’Elysée. Non contents d’être attendus au tournant, ils devaient en plus recevoir en héritage un texte marqué à tout jamais du sceau de Patrice Chéreau qui, tout jeune, l'a mis en scène pour l'ouverture du TNP à Villeurbanne au printemps 1972 - les images de la scénographie expressionniste et démesurée de Richard Peduzzi ornent encore les murs du théâtre. Potentiellement encombrante, l’ombre du maître n’a pas effrayé la juvénile équipe, les élèves endossant avec fluidité,

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La relève

SCENES | C’est une date qui compte dans l’histoire du théâtre : en mai 1972, en montant Massacre à Paris, texte de Christopher Marlowe ancré dans la nuit de la (...)

Nadja Pobel | Mardi 11 mars 2014

La relève

C’est une date qui compte dans l’histoire du théâtre : en mai 1972, en montant Massacre à Paris, texte de Christopher Marlowe ancré dans la nuit de la Saint-Barthélémy, Patrice Chéreau ouvrait le bal de l’aventure du TNP, tout juste transféré de Chaillot dans les murs du Théâtre de la Cité à Villeurbanne, que Planchon dirigeait alors. Une pièce que la plupart d'entre nous sont trop jeunes pour avoir vue mais dont la scénographie, signée Richard Peduzzi et immortalisée en photo, imprime fortement les rétines. Cette semaine et jusqu’au samedi 15 mars, au Théâtre de l’Elysée, Laurent Brethome tisse, en reprenant ce texte, un lien filial fort entre le metteur en scène récemment disparu et la jeune promotion du cycle d’orientation professionnelle spécialisée du Conservatoire de Lyon. Des élèves passionnés, issus de formations et zones géographiques éclatées, qui personnalisent la vitalité à nulle autre pareille de cet établissement en prise directe avec le plateau : deux d’entre eux ont monté un lieu d’expérimentation dans le 8e, Le Plongeoir, tandis que La Meute et le Collectif Bis, soit ce qui se fait de plus vif en ce moment dans le jeune théâtre lyonna

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Enfants du siècle

SCENES | La Meute, à peine quatre ans, produit ce qui se fait de plus remuant, de plus séduisant et de plus pertinent en matière de théâtre sur nos scènes locales. Après avoir malaxé Dostoïevski, voilà que ses membres triturent "Belgrade" d’Angelica Liddell et y adjoignent leurs émotions, eux qui sont nés sur les cendres de la guerre des Balkans. Attention, déflagration ! Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 18 février 2014

Enfants du siècle

À l’heure du rendez-vous, ils arrivent… en meute ! Avant même d’entamer la conversation, voici la démonstration que les membres de cette compagnie ne travaillent pas en collectif par suivisme (en théâtre, ce terme s’emploie autant à tort qu’à travers) mais par nécessité. Parce que c’est ensemble qu’ils conçoivent leurs créations - metteur en scène, acteurs, musiciens travaillent à la même table - et que tout se mêle, disent-ils en chœur, leur vie comme leur travail, le privé et le public. Pourtant, de toute évidence, leurs pièces sont loin d'être de petits baratins nombrilistes entre amis. Il s’agit plutôt d’embrasser le monde avec une vigueur que bien des troupes peuvent leur envier. Ils disent avoir rêvé ensemble de ce qu’allaient être leurs vies et être nés au théâtre en même temps qu’ils s’attachaient les uns aux autres. Ils sont passés qui par l’ENSATT, qui par l’école de musique de Villeurbanne, et se sont liés au Conservatoire de Lyon où, déjà, dans leur travail de fin d’étude (Les Foudroyés en 2010, d’après La Divine Comédie de Dante), se croisaient Joyce, Aragon, Handke, Boulgakov, Céline ou Goethe et la musique originale de Jean-Baptiste Cog

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Jeunes confidences

SCENES | Et si on misait sur la relève en ce début d’année ? Les grands noms du théâtre auront beau être à Lyon tout au long des six mois à venir, c’est en effet du côté des jeunes que nos yeux se tourneront prioritairement. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 3 janvier 2014

Jeunes confidences

Enfin ! Enfin le théâtre des Ateliers est sorti de son état végétatif. Et la relève est tout un symbole, puisque c'est Joris Mathieu, adepte de la vidéo, qui en a été nommé directeur à la place du fondateur Gilles Chavassieux (lequel ne créera plus dans ce lieu). Autre désignation importante, celle de Sandrine Mini au Toboggan à Décines. D’autres directeurs tireront eux leur révérence : Roland Auzet à la Renaissance, par envie de reprendre son travail de compagnie, et Patrick Penot aux Célestins, pour cause de retraite. C’est d'ailleurs dans ce théâtre qu’il sera possible de découvrir le travail de Mathieu avec Cosmos de Witold Gombrowicz (février). D'une manière générale la jeune génération (disons les moins de quarante ans) fera l'actu de la rentrée avec Mon traître d’Emmanuel Meirieu (voir page 16) au Radiant, Dommage qu’elle soit une putain de John Ford par Marielle Hubert au Radiant encore (plus tard en janvier), qui s’annonce d’une curieuse violence mêlée de douceur, mais aussi l’exceptionnelle venue d’Howard Barker à Lyon, convaincu par la comédienne Aurélie Pitrat du collectif nÖjd de m

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Monsieur 100 000 volts

SCENES | Une heure et quart. Voilà le temps qu'il faut au metteur en scène Mohamed Brikat (qui joue aussi en alternance le rôle principal) pour emballer Les (...)

Nadja Pobel | Lundi 18 novembre 2013

Monsieur 100 000 volts

Une heure et quart. Voilà le temps qu'il faut au metteur en scène Mohamed Brikat (qui joue aussi en alternance le rôle principal) pour emballer Les Fourberies de Scapin (aux Clochards Célestes jusqu'au samedi 30 novembre). C'est dire quel rythme effrené il impose à sa troupe. Et si, au début, celui-ci semble vertigineux, c'est en fait le bon. Il n'est en effet point nécessaire de laisser traîner les intrigues tant elles finissent par se percuter, la mécanique de l'écriture n'en devenant que plus visible. Deux fils de vieux notables ne souhaitent pas se marier à celles qui leur sont promises car ils ont d'autres dulcinées en tête. Par l'intermédiaire du valet de leurs pères, Scapin, ils parviendront à leur fin, non sans avoir détourné quelques pistoles au passage. A ce postulat, Mohamed Brikat insuffle une faramineuse vitalité, glissant des mots d'arabe qui font mouche - notamment auprès des jeunes collégiens présents à la représentation à laquelle nous avons assisté. Malgré des costumes totalement d'époque (empruntés aux ateliers du TNP et créés à l'occasion des multiples pièces de Molière montées par Chr

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Jeunesse dorée

SCENES | Ils sont à peine trentenaires et font du théâtre sans retenue. Certes, Johanny Bert et Thierry Jolivet n’en sont pas à leur coup d’essai. Mais ils livrent avec "Le Goret" et "Les Carnets du sous-sol" des spectacles aussi radicalement différents qu’aboutis. Presque un travail de vieux briscards du théâtre. Découverte. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 23 novembre 2012

Jeunesse dorée

La première image du Goret est un plateau incliné à presque 90° sur lequel un homme est tranquillement assis, comme si tout allait bien. Pourtant tout déraille, à commencer par lui, interné. Durant 1h30, Franck, surnommé P’tit Goret par les habitants de son village irlandais, discute, s’énerve, étreint son entourage - souvent aussi patraque que lui. Au plateau, Julien Bonnet incarne ce féroce désordre intérieur avec une dextérité peu commune. Le metteur en scène, Johanny Bert, qui avait réussi à susciter de l’émotion avec un spectacle à base de bouts de papier, Post-it, nourrit pour sa part son spectacle d’une inventivité et d’une tendresse folles. Et s’il y a ici moins de marionnettes que dans son Opéra du dragon, il offre à son acteur des têtes de mousse d’apparence humaine pour l’accompagner dans son monologue.  Tout est finement travaillé, répété avec un respect total pour le texte, l’équipe et les spectateurs. Un magnifique théâtre accidenté et réconfortant, qui transfigure les difficultés inhérentes à cette pièce écrite par Patrick McCabe à partir de son célèbre roman The Butcher Boy. Salir le sol

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La tragédie du dedans

SCENES | Théâtre / «Toute l’invention consiste à faire quelque chose de rien» écrivait Racine à propos de Bérénice, où le sang ne coule pas et où l’action est réduite à la (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 18 novembre 2011

La tragédie du dedans

Théâtre / «Toute l’invention consiste à faire quelque chose de rien» écrivait Racine à propos de Bérénice, où le sang ne coule pas et où l’action est réduite à la portion congrue. La déchirure est ici intérieure, au sein du corps et de l’esprit, entre l’amour et le désir d’un côté, la raison et la loi sociale de l’autre. Bérénice aime Titus, et lui de retour, mais s’il veut régner sur Rome il lui est interdit d’épouser une reine étrangère. Un troisième monarque, Antiochus, est lui partagé entre son amitié pour Titus et son amour rival et caché pour Bérénice. Ce théâtre des passions et des pulsions réfrénées est plutôt bien rendu par la mise en scène de Laurent Brethome. Il y règne notamment une tension sourde et une ambiance continuellement hantée : il utilise pour cela une musique diffusée à bas volume tout au long de la pièce et de grands voiles noirs translucides à travers lesquels apparaissent des «images» fantomatiques, ou bien entre lesquels rôdent certains personnages. Le travail du délicat chorégraphe Yan Raballand a certainement beaucoup participé à c

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Toute première fois

SCENES | Théâtre / Laurent Brethome propose son premier grand classique au Théâtre de Villefranche-sur-Saône, Bérénice. «Une leçon d’humilité», pour le jeune metteur en scène. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 10 janvier 2011

Toute première fois

Au sortir du premier «bout-à-bout» du «Bérénice» signé Laurent Brethome, une question se pose : où sont donc passées les «brethomeries» auxquelles nous avaient habituées le jeune metteur en scène ? Peu de «matières» déversées sur scène, des corps pudiques, des acteurs tout en retenue… «Avec l’équipe, nous avons fait de multiples tentatives, mais en multipliant les effets, je me suis aperçu que l’on perdait l’essentiel : le texte de Racine. Bérénice est une leçon d’humilité». Un texte exigeant, difficile à apprivoiser et qui rend les artifices vains dans le meilleur des cas, ridicules dans les pires. Car dans Bérénice, il n’y a que la parole : celle contenue pendant de longues années de l’amant ignoré, celle que Titus refuse de prononcer, celle que Bérénice ne veut pas entendre. On menace souvent de partir dans cette pièce, pourtant les acteurs de cette tragédie ne bougent pas, comme condamnés à dire indéfiniment leur malheur dont la mort ne viendra jamais les soulager. Alors Brethome a souhaité se concentrer sur cette parole, jusqu’à l’épuisement, jusqu’à demander aux acteurs de «déposer» le texte comme un fardeau dont ils ne supporteraient plus le poids. «Llorando por tu amor»

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«Un théâtre de l’insolence»

SCENES | Entretien / Laurent Brethome et Philippe Sire de la Compagnie Le menteur volontaire se présentent en duo pour succéder à Philippe Faure. Propos recueillis par DA

Dorotée Aznar | Jeudi 2 décembre 2010

«Un théâtre de l’insolence»

Petit Bulletin : Laurent Brethome, pourquoi voulez-vous diriger la Croix-Rousse ?Laurent Brethome : Le Théâtre de la Croix-Rousse, c’est un théâtre et une équipe que je connais bien pour y avoir eu mes premiers succès et y avoir développé un important travail d’action culturelle, que ce soit l’animation d’ateliers amateurs, des présentations de chantiers, un travail en milieu carcéral… On vous a incité à postuler ?Laurent Brethome : Je termine mes trois années de résidence au Théâtre de Villefranche. Depuis quelques mois et plus particulièrement depuis les récents succès de mon travail au niveau national, je reçois des encouragements à postuler pour la direction d’un lieu. Mon attachement à Lyon et la possibilité de poursuivre ma collaboration avec Philippe Sire à travers un projet ambitieux et militant m’encouragent à présenter cette candidature. C’est ce lieu en particulier qui vous intéresse ?Laurent Brethome : J’ai songé à postuler à la direction du CDN de Poitiers, mais je n’en avais pas vraiment envie. J’ai un lien très fort avec le Théâtre de la Croix-Rousse, c’est ce lieu en particulier qui m’intéresse effectivement.

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La Meute

ECRANS | De Franck Richard (Fr-Belg, 1h25) avec Émilie Dequenne, Benjamin Biolay, Yolande Moreau…

Christophe Chabert | Mardi 21 septembre 2010

La Meute

Les vingt premières minutes de "La Meute" sont encourageantes : ambiance trou du cul du monde réussie, dialogues percutants à la Bernie Bonvoisin, casting à contre-emploi efficace. On nage alors dans une comédie très noire, qui s’arrête net avec l’irruption de l’horreur et du fantastique. Le film n’a alors plus grand-chose à raconter, sinon les lieux communs du genre — des monstres dégueux, des humains obligés de se liguer pour lutter contre la menace comme dans certains Hawks. Étrange sensation d’une série B partie en trombe et qui tombe en panne sèche dès son premier tiers, se contentant alors de remplir pour remplir, sans espoir de retour. CC

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Claques gratuites

SCENES | Théâtre / Nous sommes chez Job, un riche homme d’affaires. Le festin s’achève à peine que les messagers se succèdent pour annoncer à Job une succession de (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 3 mars 2010

Claques gratuites

Théâtre / Nous sommes chez Job, un riche homme d’affaires. Le festin s’achève à peine que les messagers se succèdent pour annoncer à Job une succession de catastrophes. Sans explication, il va tout perdre : ses richesses, ses enfants, la santé, la vie. S’il est question de Dieu, il n’y a pourtant pas de rédemption dans «Les Souffrances de Job» du dramaturge israélien Hanokh Levin. Ici, on ne fait que s'enfoncer toujours plus profond, l’acmé n’est jamais atteint, la souffrance n’a d’autre explication et d’autre but que la souffrance. La pièce est à l’image du supplice du pal auquel Job sera soumis. Quand on s'élève, c'est pour mourir, quand on s'approche du ciel, c'est pour constater qu'il est désespérément vide. Levin triture le poème biblique, l’actualise et nous livre une œuvre noire, violente, sans issue. Qu’y a-t-il après la mort ? Son exploitation commerciale : la mort en direct. Le drame et la farce, l’horreur et le rire, tout est chez Levin. Pour faire entendre le texte, le jeune metteur en scène Laurent Brethome a choisi de travailler essentiellement «par allusions». Pas de violence intolérable sur scène.

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«S’adresser aux intestins du spectateur»

SCENES | Entretien / Laurent Brethome fait partie de ces jeunes metteurs en scène talentueux qui délivrent un véritable discours d’artiste sur leur travail. Rencontre. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Dorotée Aznar | Mercredi 3 mars 2010

«S’adresser aux intestins du spectateur»

Petit Bulletin : "Les Souffrances de Job", réinterprétation théâtrale du mythe biblique par Hanokh Levin (l’un des plus grands auteurs contemporains israéliens), était un texte réputé immontable…Laurent Brethome : C’est effectivement ce qu’on m’a renvoyé pendant trois ans. C’était un défi de mettre en scène cette pièce très baroque et épique, qui mélange tous les genres théâtraux. Pour dire à quel point elle pose question : elle n’a jamais été montée ailleurs qu’en Israël. Il y a un programmateur à Lyon qui m’a dit : "j’ai envie de soutenir ton travail et ta compagnie, mais pas sur un texte comme ça, trop violent, qui fait peur. Je ne sais pas comment va réagir mon public" – j’adore d’ailleurs quand les programmateurs disent : "mon public" ! Pour moi, aujourd’hui, il y a ce qui fait œuvre, et ce qui est de l’ordre de la production. Soit on s’adresse à des spectateurs, soit on s’adresse à des consommateurs. Il est clair que Les Souffrances de Job s’adresse à des spectateurs et fait œuvre : c’est un texte radical, une vision de l’être humain carnassière, violente mais malheureusement très vraie. C’est donc un spectacle qui dérange, mais en bien puisque la majorité d

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Fais dodo caca mon bébé

SCENES | Théâtre / En re-création, On purge bébé s’autorise un ravalement de façade et un coup de jeune pour prouver que Feydeau n’a pas sombré dans la naphtaline du théâtre de grand-mère. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 20 février 2009

Fais dodo caca mon bébé

Le metteur en scène Laurent Brethome dit de son décor qu’il est «clean façon Ikéa». Certes il y a bien deux, trois chaises repérées dans le catalogue mais elles jonchent le sol et sont amputées de leurs pieds ou de leurs barreaux. Le curseur du dérèglement est là : haut placé. Ça commence comme un Feydeau, diction bien articulée et mise en place de l’intrigue trop simple pour être vraiment passionnante : M. Follavoine attend M. Chouilloux avec qui il espère bien signer le contrat de sa vie en vendant à l’armée française des pots de chambre en porcelaine soi-disant incassables. Rien n’aspire à la tranquillité dans un décor bancal et instable. Les portes sont présentes pour être claquées mais elles ne se referment sur rien, éparpillées qu’elles sont sur scène, tenant juste sur un portique métallique. Mme Follavoine perturbe ce rendez-vous d’affaire accoutrée dans ses dessous de satin et obsédée de voir son fils enfin avaler une purge. Passées les vingt premières minutes rappelant que Feydeau sans fantaisie serait ennuyeux, le spectacle s’accélère. L'élocution se fait plus rapide, les portes font des tours sur elles-

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