Ressusciter le mort

SCENES | Emmanuel Meirieu revient dans le théâtre de ses débuts, la Croix-Rousse, présenter sa dernière création en date, "Mon traître". Un travail court, ciselé et percutant, adapté de deux livres de Sorj Chalandon. Critique et propos – émerveillés - de l’auteur.

Nadja Pobel | Mardi 14 octobre 2014

De la vie ordinaire des héros et anti-héros, Emmanuel Meirieu aime depuis longtemps faire des spectacles sans esbroufe, dans lesquels tout converge vers l'émotion. Mais c'est, paradoxalement, cette simplicité, ces plateaux dénudés, qui permettent de draper ses personnages d'une sorte d'éternité pas si banale. Il en avait déjà fait l'expérience avec De beaux lendemains, adapté de Russell Banks en 2011 ; il poursuit son travail dans ce sens avec Mon traître, créé au printemps 2013 à Vidy-Lausanne, non sans y adjoindre une entame de conte sur un mode inquiétant et noir, celui d'un château qui s'écroule au fur et à mesure de la naissance des enfants de ses princiers occupants. Car chez lui, même les histoires les plus enfantines déraillent. Qu'en est-il alors de celles des grands ? Ils se trahissent. En adaptant au cordeau les romans miroirs de Sorj Chalandon (Mon traître et Retour à Killybegs), Emmanuel Meirieu, associé à Loïc Varraut, plonge dans la guerre fratricide irlandaise qui culmina dans les années 80.

A l'époque l'auteur, lui-même grand reporter sur ce terrain-là pour Libération, se prend d'amitié pour Denis Donaldson, leader charismatique du mouvement armé indépendantiste, une fois ses papiers (qui seront couronnés du prestigieux prix Albert Londres) rendus. Coup de tonnerre en 2005 : Donaldson est "retourné" ; il était en fait un infiltré des services secrets britanniques. Des 120 000 mots de ces ouvrages, Emmanuel Meirieu en a gardé 6000 seulement, livrant un spectacle à l'os, d'à peine plus d'une heure, le long de laquelle se succèdent trois personnages comme autant de regards sur cette histoire traitée du point de vue de l'individu et non du politique : d'abord le luthier (avatar de l'auteur lui-même), puis le fils du trahi et enfin le trahi ressuscité.

Requiem

Les coups d'éclats et la résistance active des membres de l'IRA, allant jusqu'à recouvrir les murs de leur prison d'excréments, est ensemble d'images avec lequel la génération d'Emmanuel Meirieu (né en 1976) a grandi. Mais là n'est pas son propos, même si l'avoir à l'esprit renforce la prégnance de cette création. Ce qui reste sur le plateau est la substantifique moelle de cette folle histoire, dite sous un ciel d'orage et une pluie entièrement restituée par le truchement de la lumière. «C'est quoi trahir ? Est-ce que j'étais vraiment ton ami ?» demande d'une petite voix le luthier – nouvellement interprété par Laurent Caron, acteur des derniers films des Dardenne notamment – devant la tombe du traître qui, dans la dernière partie de la pièce, sous les traits du fabuleux Jean-Marc Avocat, reconnait d'un timbre grave et posé «avoir frappé dans le dos ceux qui [l]'ont protégé». Troisième personnage, le fils de Tyrone, blessé aussi, n'en est pas encore à l'heure de l'oubli et du pardon et entonne, vacillant,  Wake Up Dead de U2, autre emblème de ce pays en lutte et beau symbole de cette pièce constamment sur un fil.

Mon traître
Au Théâtre de la Croix-Rousse, du mercredi 15 au dimanche 19 octobre

 

Sorj Chalandon : «Je n'imagine désormais plus mes deux livres sans la pièce»

En mai dernier, à l'occasion d'un entretien sur son œuvre littéraire, Sorj Chalandon évoquait pour nous avec plaisir et émotion le spectacle mis en scène par Emmanuel Meirieu :

Le travail d'Emmanuel a tout changé. Cela m'a bouleversé car il a réussi quelque chose que je n'avais pas réussi encore. En écrivant Retour à Killybegs et Mon traître, j'avais constamment sous les yeux le visage de Denis. Et sa voix. Et son sourire. Et cette conférence de presse où il a dit la trahison. Il y est complètement éteint, tremblant, il ne ressemble plus à rien, n'est pas rasé. Je n'avais plus que ce visage sous les yeux. Quand on m'a proposé l'adaptation, j'ai demandé deux choses importantes pour moi – si Emmanuel les avait refusées, je n'aurais pas accepté. La première était de ne me mêler de rien. Je ne voulais pas être associé à ce qu'il allait faire. J'avais fait un livre et ce qu'il allait en faire était son œuvre. La deuxième chose était que je ne voulais pas connaître le nom des acteurs qui allaient jouer les personnages. Je voulais avoir le choc car ces personnages-là pour moi existent. Antoine, c'est moi, Denis Donaldson, c'est Tyrone.

Ce qu'Emmanuel a réussi à faire et que je trouve prodigieux est qu'il a donné une voix à mon traître, un visage. Il a donné un autre visage et une autre stature au petit Antoine. De plus en plus, quand je réfléchis à mon traître, je vois des acteurs. Grâce à cette pièce, le visage de Denis en traître s'est éloigné de mes nuits, de mon imaginaire, de ma tristesse, et a été remplacé par des comédiens. Quand je pense à Denis, je revois le copain souriant, roublard, rigolard, qui boit, qui chante... Cette pièce-là m'a autorisé à prendre du champ par rapport à la vérité. Ce que je n'ai pas réussi à faire avec ce livre, la pièce l'a fait : Emmanuel Meirieu a chapardé mon traître pour en faire un être à qui je n'en veux plus du tout. C'est l'acte 3 de ce que j'ai écrit. Nous sommes dans la même histoire. Il y a Mon traître, il y a Retour à Killybegs et il y a "Mon traître d'Emmanuel Meirieu". C'est comme s'il s'était invité au moment de la trahison et qu'il portait une partie de mon sac de pierre avec les acteurs. Ils m'ont soulagé de ça. Je ne sais pas si tous les auteurs vivent ça lorsqu'une de leur pièce est adaptée, mais moi je l'ai véritablement vécu. C'est comme si j'étais en train de me noyer, qu'Emmanuel Meirieu me sort de l'eau, me réconforte sur le quai et, brusquement, je vois dans l'eau, à ma place, quelqu'un d'autre. Je n'imagine désormais plus mes deux livres sans la pièce. C'est comme une suite. Et c'est incroyable».

Sorj Chalandon
A la bibliothèque de la Croix-Rousse, samedi 18 octobre


Mon traître

D'après Sorj Chalandon, ms Emmanuel Meirieu, 1h10
Théâtre de la Croix-Rousse Place Joannès Ambre Lyon 4e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Sorj Chalandon

À l'occasion de l’adaptation théâtrale "Mon traître" d'après deux de ses romans
Bibliothèque du 4e 12 rue de Cuire Lyon 4e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Wauquiez et la culture : c'est compliqué (bis)

Covid-19 | Laurent Wauquiez est passé à deux doigts de se remettre l'ensemble du monde culturel à dos. Il est retombé lundi, à peu près, sur ses pattes. Mais comment a-t-il fait pour glisser ainsi sur une peau de banane, après des semaines de mesures concrètes et de com' massive pour s'instaurer en "sauveur" du milieu culturel post-Covid ? On vous raconte.

Sébastien Broquet | Mercredi 9 septembre 2020

Wauquiez et la culture : c'est compliqué (bis)

Dès le début du confinement, la vice-présidente à la Culture Florence Verney-Carron capte l'ampleur de la crise à venir dans son secteur et mobilise ses services. Son président joue le jeu et la com' se met en branle : étonnement dans les milieux culturels, mais c'est bel et bien la Région qui s'affirme comme moteur de l'aide au secteur — avec une communication au cordeau, comme tout au long de la crise. Début mai, Laurent Wauquiez annonce 32 M€ d’aides au secteur culturel. Une élue de gauche nous confie alors : « ça me fait mal de le dire, mais faut avouer qu'ils font le boulot. » C'est d'autant plus flagrant que l'État est alors à la ramasse sur le sujet. Tout n'est pas parfait, certains producteurs pointent la faiblesse du montant maximum de l'aide, mais d'autres lieux non subventionnés apprécient a contrario l'aide exceptionnelle. Sur

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Des naufragés sublimés par Emmanuel Meirieu

Nuits de Fourvière | Nouvelle agora et décor à couper le souffle : Emmanuel Meirieu adapte Les Naufragés de Patrick Declerck qui a écouté, soigné, pansé les clochards que la société efface. Spectacle hors normes.

Nadja Pobel | Mardi 5 juin 2018

Des naufragés sublimés par Emmanuel Meirieu

Il y a un mois, Nuits sonores rugissait dans le quartier Debourg. Plus accessible encore que ces anciennes usines Fagor, Julien Poncet, directeur de la Comédie Odéon de Lyon et initiateur-producteur du spectacle, a trouvé un autre local, sur la ligne de tram, à quelques encablures de la Halle Tony Garnier. C'est un ancien entrepôt de fret-triage dont l'histoire est encore un peu un mystère dans lequel Emmanuel Meirieu fait son retour en terres lyonnaises, les siennes, pour créer Les Naufragés d’après l’invraisemblable et déchirant témoignage qu’a publié l’ethnologue-psychanalyste Patrick Declerck. Depuis vingt ans, à quelques exceptions près (ses Chimères amères, Electre, Médée, De beaux lendemains

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Emmanuel Meirieu : « Donner des émotions fortes c'est mon boulot »

Théâtre | Il trace un sillon de plus en plus fin dans le théâtre contemporain. Emmanuel Meirieu revient là où il y a presque vingt ans il dézinguait les contes avec Les Chimères amères. Des hommes en devenir lui ressemble. Les fêlures de ses personnages se sont accrues mais en émergent une humanité proportionnelle. Avec ce spectacle, il atteint l'acmé d'une émotion déjà largement contenue dans Mon traître qui repasse cette semaine aussi. Conversation

Nadja Pobel | Mardi 10 octobre 2017

Emmanuel Meirieu : « Donner des émotions fortes c'est mon boulot »

Vous souvenez-vous de la raison pour laquelle vous avez voulu faire du théâtre au lycée alors que depuis que vous êtes metteur en scène, vous ne montez quasiment pas de textes de théâtre (mais des contes, des romans) ? Vous vouliez casser le théâtre ? Je n'en ai pas eu l'intention. Même au tout début, je n'ai jamais eu la volonté d'être original, ou décalé, de casser les codes. Je n'ai pas poursuivi une recherche formelle ou de langage du théâtre. J'ai pas cherché ça. Quelle langue vous alors donné envie de faire du théâtre ? C'est le vivant et l'humain. C'est ma passion. Ce sont les voix humaines. Le théâtre n'est que ça. Il n'y a pas ça au cinéma. Pour autant, vos références sont souvent cinématographiques. Quand vous montez À tombeau ouvert, c'est parce que vous avez vu le film de Scorsese. Pas parce que vous avez lu le texte. Oui c'est vrai pour A tombeau ouvert,

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L’enfance nue de Thomas Bernhard

SCENES | Ce sont de petits bijoux que Christiane Ghanassia a traduits et adaptés : de courts récits autobiographiques de Thomas Bernhard publiés entre 1975 et 1982. (...)

Nadja Pobel | Mardi 27 octobre 2015

L’enfance nue de Thomas Bernhard

Ce sont de petits bijoux que Christiane Ghanassia a traduits et adaptés : de courts récits autobiographiques de Thomas Bernhard publiés entre 1975 et 1982. Où il est question de la douloureuse enfance du futur écrivain : l’internat, la guerre, la maladie, la mort aussi, de celui qui l’a élevé et dont il était très proche, son grand père. L'ensemble donne bien sûr des clés pour comprendre la misanthropie qui parcourt l’œuvre de l’Autrichien. Mais aussi son goût pour les situations soliloquées. Dans sa nouvelle création, Gilles Pastor, qui avait signé l’an dernier un très intelligent Affabulazione, égrène ainsi cinq monologues portés par un maitre du genre, Jean-Marc Avocat, dont la voix à la fois caverneuse et douce s'accorde parfaitement avec ces écrits dépourvus de cynisme mais pas de gravité. Le travail sur la vidéo, dont Pastor est un habitué, est fort à propos également, avec de grandes vues sur les Alpes qui accentuent notamment ce sentiment de solitude dont il est question dans la deuxième partie, consacrée à l’internat.

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Avec "Profession du père", Sorj Chalandon passe à l'âge adulte

CONNAITRE | Dans "Profession du père", Sorj Chalandon donne le premier rôle à son paternel dément et montre à quel point celui-ci a irradié ses six précédents ouvrages. Et, revenant dans la ville de son enfance, Lyon, plonge dans ses racines avec drôlerie et intrépidité. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 18 novembre 2015

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En mai 2014, au détour d’une conversation qu’il nous avait accordée sur le thème de la traîtrise dans son œuvre, Sorj Chalandon évoquait son père : «Il est mort le mois dernier confiait-il sans détour. Je sais qu’il y aura des choses à faire et je sais que ce sera pour en finir définitivement avec cette figure. J’écris pour en finir avec (NdlR, l'Irlande, la guerre, le père). Il apparaît en filigrane dans tous mes romans». Ne connaissant pas ce vieil homme, nous étions alors obligés de le croire. Cet été, avec la parution de son magnifique nouveau roman Profession du père, Chalandon a donné des explications. Né par hasard à Tunis, il a longtemps vécu à Lyon. Et si jamais la ville n’est nommée dans son récit, elle se devine à travers ses rues et ses fleuves. Vaste, la cité est pourtant toute petite pour son avatar Émile Choulans – tiens, tiens, on parierait que le gamin qu’il était a rendu visite au fameux mammouth –, coincé dans son appartement «où la lumière restait dehors, épuisée par les volets». Pas de visite, pas d’amis, pas de famille si ce n'

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Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

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Si vous les avez raté, un rattrapage s’impose. D'abord Bigre! (Croix-Rousse, 29 septembre au 3 octobre), hilarante comédie sans paroles sur l’ultra moderne solitude. Au même endroit Jean Lacornerie reprend ce qui est (avec Roméo et Juliette) sa comédie musicale la plus aboutie, Mesdames de la Halle (11 au 28 décembre). De son côté, au milieu d’une saison presque entièrement dédiée au langage, le TNP fait place aux délicats balbutiements de En courant, dormez par Olivier Maurin (6 au 15 avril), alors que la Renaissance reprend la foutraque Visite de la vieille dame (23 au 2

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Emmanuel Meirieu fait voler Birdy

SCENES | Il rêvait de voler. Mais loin de lui donner des ailes, ce désir a mené Birdy dans un hôpital psychiatrique où son ami lui raconte leurs souvenirs d'enfance pour le ramener à lui. A partir du roman de William Wharton, Emmanuel Meirieu produit à nouveau un théâtre coupant. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 31 mars 2015

Emmanuel Meirieu fait voler Birdy

Comme dans De beaux lendemains et Mon traître, il fait sombre dans Birdy. Mais la pénombre est teintée d’un rouge qui distingue d’emblée ce spectacle des deux précédents. Et puis nous ne sommes pas dehors, par un froid glacial et en plein deuil, mais dans un hôpital psychiatrique dont la hauteur irréelle des murs dit à quel point il tient prisonniers ses patients. Dans ce décor inspiré de l’expressionnisme allemand et signé du sculpteur Victor Caniato, Al parle sans discontinuer à son ami Birdy, homme-oiseau recroquevillé sur un semblant de branche, une tige métallique qui lui sert de refuge. Il lui raconte leur enfance, pour lui redonner un peu de lueur et lui faire croire que la vie, fut-elle sur terre, sur cette basse terre, vaut la peine du moment qu'ils sont ensemble. Emmanuel Meirieu dit avoir voulu faire son «film américain», en hommage aux idoles qui ont agrandi le domaine de ses rêves (de Rob Reiner à Steven Spielberg). Il y a glissé quelques chansons a cappella et fait appel à des comédiens qu’il connait bien, avec lesquels il dessine depuis le début des années 2000 sa cartographie théâtrale : Thibaut Ro

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Des paroles et des actes

SCENES | Ils sont jeunes, misent sur l’acteur et adaptent des textes peu théâtraux. Ils font pourtant bel et bien du théâtre, avec un engagement total, signant des spectacles remuants et intelligents. Balade dans une saison marquée du sceau de cette génération éprise de narration. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 9 septembre 2014

Des paroles et des actes

Raconter. Parfois de manière saccadée ou par le prisme de plusieurs personnages. Mais dire le monde avec force et rage. Voilà l'intention qui semble traverser la saison théâtrale 2014/2015, portée par une génération qui ne tutoie pas encore les quadragénaires, quand elle n'a tout simplement pas encore franchi la barre des trente ans. Première pièce emblématique de ce constat : Les Particules élémentaires (aux Célestins en février). Houellebecq lui-même n’a pas quarante ans quand il écrit son deuxième roman, hybride à deux têtes où, à travers les vies de deux frères, l'une hippie, l'autre trop calibrée, se dessinent le désenchantement, l’annihilation du bonheur et l’avènement du clonage scientifique. Véritable gifle, sans concession avec son époque mais parcourue par un souffle romanesque évident, ce livre n’avait jamais été porté à la scène en France alors que nos voisins européens (et notamment les Allemands) s’en sont depuis longtemps délectés. Il a fallu attendre que Julien Gosselin sorte de l'école du Théâtre du Nord, à Lille, et que dès sa deuxième mise en scène, il prenne à bras le corps ce bouquin paru alors qu'il n’avait que onze ans. Av

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Le fond de l'AIR effraie

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Stéphane Duchêne | Mardi 20 mai 2014

Le fond de l'AIR effraie

«La vérité est ailleurs». C'est ce que semble nous dire par sa puissance iconique la soucoupe volante qui survole l'affiche de la huitième édition des Assises Internationales du Roman, qui n'est pas sans rappeler le célèbre poster illustrant la maxime de la série culte X-Files. "Ailleurs" c'est ici aux Assises : les invités y sont autant de visiteurs de notre monde qui, depuis les véhicules fictionnels que sont les romans, observent en étrangers ou en protagonistes, ce qui le fait ou l'a fait. La dialectique romanesque est, malgré son infinité de formes, immuable et vieille comme le roman lui même : la sphère intime traverse l'universel, le vaisseau de la fiction transcende le réel. "La trahison", "La rupture amoureuse", "Les vies ordinaires" sont autant de banalités portant le masque de la tragédie, quand désir et deuil peuvent se muer en expérience métaphysique – "Être ou ne pas être" – moteur commun de l'individu et de l'humanité. Comme le dit Boubacar Boris Diop dans l'interview ci-contre : «le génocide est un désastre collectif, mais il est vécu par chacun dans

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L'art de la tangente selon Sorj Chalandon et Jean Hatzfeld

CONNAITRE | Grands reporters à Libé (le journal, pas le showroom de Philippe Starck) dans les années 80, un peu avant, un peu après, Sorj Chalandon et Jean Hatzfeld sont (...)

Nadja Pobel | Mardi 11 février 2014

L'art de la tangente selon Sorj Chalandon et Jean Hatzfeld

Grands reporters à Libé (le journal, pas le showroom de Philippe Starck) dans les années 80, un peu avant, un peu après, Sorj Chalandon et Jean Hatzfeld sont allés voir ailleurs s’ils y étaient. En Irlande du Nord pour le premier, dans une Yougoslavie en pleine explosion et au Rwanda pour le second. Ce qu’ils y ont vu s’est retrouvé dans d’excellents récits publiés dans le quotidien, ce qu’ils ont appris d’eux-mêmes se dessine en creux de leurs romans. Chalandon s’est de son côté inventé en luthier pour restituer son amitié brisée avec le leader et fossoyeur de l’IRA Denis Donaldson dans les livres jumeaux Mon traître et Retour à Killybegs, avant de quitter ce terrain pluvieux aux odeurs âcres de malt pour Beyrouth dans Le Quatrième Mur (sur deux amis montant Antigone en pleine guerre civile), récompensé cet automne par un Prix Goncourt des lycéens qui lui a collé les larmes aux yeux. Car si durs et puissants soient leurs textes, ces deux lascars n’en demeurent pas moins rieurs, loin de l’austérité ou du pessimisme qu’auraient pu leur conférer ce monde à désespérer de l'humanité qu’ils ont observé. Avant le pr

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Jeunes confidences

SCENES | Et si on misait sur la relève en ce début d’année ? Les grands noms du théâtre auront beau être à Lyon tout au long des six mois à venir, c’est en effet du côté des jeunes que nos yeux se tourneront prioritairement. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 3 janvier 2014

Jeunes confidences

Enfin ! Enfin le théâtre des Ateliers est sorti de son état végétatif. Et la relève est tout un symbole, puisque c'est Joris Mathieu, adepte de la vidéo, qui en a été nommé directeur à la place du fondateur Gilles Chavassieux (lequel ne créera plus dans ce lieu). Autre désignation importante, celle de Sandrine Mini au Toboggan à Décines. D’autres directeurs tireront eux leur révérence : Roland Auzet à la Renaissance, par envie de reprendre son travail de compagnie, et Patrick Penot aux Célestins, pour cause de retraite. C’est d'ailleurs dans ce théâtre qu’il sera possible de découvrir le travail de Mathieu avec Cosmos de Witold Gombrowicz (février). D'une manière générale la jeune génération (disons les moins de quarante ans) fera l'actu de la rentrée avec Mon traître d’Emmanuel Meirieu (voir page 16) au Radiant, Dommage qu’elle soit une putain de John Ford par Marielle Hubert au Radiant encore (plus tard en janvier), qui s’annonce d’une curieuse violence mêlée de douceur, mais aussi l’exceptionnelle venue d’Howard Barker à Lyon, convaincu par la comédienne Aurélie Pitrat du collectif nÖjd de m

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La maîtrise du traître

SCENES | Il est des auteurs qui arrivent presque par enchantement dans l’univers d’un metteur en scène. C’est le cas de Sorj Chalandon, qui a croisé la route d’Emmanuel Meirieu avec "Mon traître" et "Retour à Killybegs", deux splendides romans devenus un puissant spectacle de théâtre. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 2 janvier 2014

La maîtrise du traître

«Quand j’ai refermé Mon traître, j’ai tout de suite demandé les droits de traduction !» plaisante encore Emmanuel Meirieu. Il faut dire que jusqu'ici, le metteur en scène lyonnais n’avait adapté que des auteurs anglophones (Joe Connelly, Russell Banks, Jez Butterworth), non par anti-patriotisme primaire, plutôt parce que ces écrivains ont inventé des personnages simples et tendres comme il les affectionne. C’est Loïc Varraut, son complice, co-directeur de sa compagnie Bloc opératoire qui lui a mis les textes de Sorj Chalandon entre les mains. Chalandon, qui vient d’obtenir le Goncourt des lycéens avec un bonheur contagieux pour Le Quatrième mur, a publié en 2008 et 2011 deux romans remuants qui fonctionnent en diptyque : Mon traître, qui relate la vie d’un petit luthier parisien qui se prend d’amour pour l’Irlande du Nord, le combat des catholiques de l’IRA et de leur icône Tyron Meehan, et Retour à Killybegs, miroir du premier ouvrage dans lequel Tyrone Meehan prend la parole pour dire son histoire familiale, celle de son pays, pourquoi on combat, comment on trahit. Le tout est un grand décalque de la réalité : le luthier est

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Prix Chalandon

CONNAITRE | Et si on tenait là le Goncourt 2013 ? Encore faudrait-il pour cela que Sorj Chalandon figure toujours dans la deuxième liste de ce précieux prix, qu’on ne (...)

Nadja Pobel | Vendredi 27 septembre 2013

Prix Chalandon

Et si on tenait là le Goncourt 2013 ? Encore faudrait-il pour cela que Sorj Chalandon figure toujours dans la deuxième liste de ce précieux prix, qu’on ne connaitra que la veille de la publication de ce journal, le 1er octobre. Goncourt ou pas, l’écrivain a déjà décroché le Graal du journalisme lorsqu’il officiait à Libération, le prix Albert Londres. Car Chalandon n’a pas attendu d’être écrivain pour être passionnant. Ses vies se mélangent : son parcours d’activiste s’est écrit en même temps que celui de grand reporter. Flashback. Nous sommes dans les années 80, il est envoyé en Irlande du Nord par la rédaction de Libé, qu’il a intégrée dès la première heure, en 1973. Sur place, les émeutes virent à la révolution. Tandis que les militants de l’IRA cherchent à renverser le gouvernement d’Irlande du Nord et la République d’Irlande, lui garde sa partialité pour rendre compte du conflit. Mais une fois le boulot terminé, convaincu que «les gauchistes ne font pas que discuter dans des amphithéâtres, [mais qu']ils sont sur le terrain», il enfile ses habits de soldat maoïste

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Les moments forts de la saison théâtre 2013/2014

SCENES | Sélection réalisée par Nadja Pobel, Benjamin Mialot et Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Mardi 10 septembre 2013

Les moments forts de la saison théâtre 2013/2014

Regards Née avec une malformation au visage, Séverine Fontaine a dû composer avec pendant toute son enfance. La jeune femme devenue comédienne a décidé de se nourrir de cette expérience pour livrer ce solo présenté comme «un manifeste pour la différence». Dans une scénographie convoquant une série de lampes, elle joue habilement avec le regard du spectateur. Un spectacle sincère et fort.Au Centre Albert Camus, Bron, du 1er au 4 octobre Le Président C’est grinçant et marquant comme… du Thomas Bernhard. Michel Raskine a su adapter cet immense dramaturge autrichien avec le

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Le lyonnais Sorj Chalandon en lice pour le Prix Goncourt

CONNAITRE | Sorj Chalandon (élève au lycée Jean Moulin à Lyon dans sa jeunesse) figure parmi sur la liste des 15 écrivains goncourables cette année pour son roman Le (...)

Nadja Pobel | Vendredi 6 septembre 2013

Le lyonnais Sorj Chalandon en lice pour le Prix Goncourt

Sorj Chalandon (élève au lycée Jean Moulin à Lyon dans sa jeunesse) figure parmi sur la liste des 15 écrivains goncourables cette année pour son roman Le Quatrième mur paru récemment chez Grasset. Cet écrivain sera à l'honneur à Caluire, au Radiant-Bellevue en janvier, à l'occasion du spectacle d'Emmanuel Meirieu Mon traître adapté de deux de ses ouvrages, Mon traître et Retour à Killybegs. Sorj Chalandon a été journaliste à Libération de la création du journal en 1973 à 2007. Grand reporter de 1980 à 2007, il est lauréat du prix Albert-Londres en 1988 pour ses reportages sur l'Irlande du Nord et sa couverture du procès Klaus Barbie. Il travaille au Canard enchaîné depuis 2009. Son premier roman, Le Petit Bonzi est paru en 2005, et le suivant, Une promesse, a obtenu le prix Medicis 2006. Pour le troisième, Mon traître, il a décroché le prix Joseph-Kessel et pour le cinquième, Retour à Killybegs, le Grand Prix du roman de l'Académie française. Succédera-t-il au lyonnais Alexis Jenni au prestigieux palmarès du Goncourt ? Réponse le 4 novembre.

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Le Radiant, nouveau radar

SCENES | C'est tel un Monsieur Loyal qui aurait emprunté sa chevelure à Krusty le Clown que le sémillant Victor Bosch a, en juin dernier,  lancé la saison 2013/2014 du (...)

Nadja Pobel | Mercredi 4 septembre 2013

Le Radiant, nouveau radar

C'est tel un Monsieur Loyal qui aurait emprunté sa chevelure à Krusty le Clown que le sémillant Victor Bosch a, en juin dernier,  lancé la saison 2013/2014 du Radiant-Bellevue, bousculant au passage la cartographie culturelle de l’agglomération - et les habitudes de communication, avec une plaquette originale, dédiée autant au public, en photo à chaque page, qu'aux artistes. Car non content d’être avant tout une salle de concerts éclectique (d’Axelle Red à Johnny Clegg en passant par SKA-P, Brigitte Fontaine ou du classique), le lieu, rouvert en janvier, autorise à son directeur tous les grands écarts théâtraux. Le public est là pour se divertir, nous dit-il, alors il aura droit à sa dose de comédie (Le Jeu de la vérité avec les "vus-à-la-télé" Vanessa Demouy et David Brécourt) et de grandes stars (Delon père et fille dans Une journée ordinaire). Ainsi considéré, le public (à 30% des habitants de Caluire) a toutes les raisons de faire confiance à ce grand manitou au carnet d’adresses conséquent, donc de répondre à ses invitations appuyées à applaudir «la nouvelle découverte que vous ne pouvez pas manquer», en l

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Naissance d'une prima donna

SCENES | Théâtre / Jean-Marc Avocat est un homme qui aime les défis. Après avoir endossé tous les costumes dans des tragédies de Racine, il passe de l’autre côté du ring et (...)

Dorotée Aznar | Lundi 22 novembre 2010

Naissance d'une prima donna

Théâtre / Jean-Marc Avocat est un homme qui aime les défis. Après avoir endossé tous les costumes dans des tragédies de Racine, il passe de l’autre côté du ring et met en scène une très jeune actrice, Noémie Bianco, dans le rôle de Maria Callas. "La Callas", à l'affiche de l'Espace 44, est un court spectacle, présenté comme une conférence de presse et composé d’extraits d’interviews données par la cantatrice, qui a entretenu des relations houleuses avec les médias, à l’affût constant de ses excès. L’orgueil de la prima donna, la certitude de disposer d’atouts inégalés mais aussi le trac, les doutes, les blessures, la volonté d’être aimée et de rétablir la vérité ; Noémie Bianco enfile habilement un costume qu’on aurait pu croire trop grand pour elle. Elle répond à des détracteurs imaginaires, teste ses charmes d’un regard appuyé et nous emporte. Si La Callas permet de s’immerger dans certains épisodes de la vie de l’artiste, c’est surtout l’occasion d’assister à la naissance d’une comédienne qui peut se targuer de qualités communes avec la célèbre prima donna : apprendre vite et donner une saveur unique à des personnages que l’on pense bien connaître. Dorotée Aznar La Callas

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«Ceux qui ratent toujours tout, du début à la fin»

SCENES | La création d'Emmanuel Meirieu, on l'attendait depuis un moment. Finalement, le metteur en scène a choisi de présenter American Buffalo, de David Mamet. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Christophe Chabert | Mercredi 5 mars 2008

«Ceux qui ratent toujours tout, du début à la fin»

Petit Bulletin : Dans vos pièces précédentes, vous aviez choisi de mettre simplement des comédiens autour d'une table. Avec American Buffalo, la mise en scène semble plus élaborée avec de l'eau sur le plateau, la pluie qui tombe... Emmanuel Meirieu : L'eau est présente sur scène parce qu'elle est présente dans le texte. Dans le premier acte, il fait très chaud. La pluie a un sens très fort dans le texte, elle annonce le drame. Vous respectez donc scrupuleusement la construction du texte de David Mamet... J'ai choisi de travailler sur l'un des plus grands scénaristes américains, la moindre des choses, c'est de respecter son texte... Ce qui me plait, c'est l'histoire et je la respecte. Parlez-nous un peu de cette histoire... C'est l'histoire d'un mec de 55 ans, interprété par Jean-Marc Avocat, qui veut aider un jeune de 30 ans à échapper à la rue et à la dope. C'est l'histoire d'un homme qui bousille la dernière chance de sa vie. L'action se déroule à Chicago, dans la zone, en une journée. C'est un huis clos entre trois personnages, l'unité de temps et de lieu sont respecté

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Seul sur le ring

SCENES | Théâtre / Quand Jean-Marc Avocat décide de monter Racine, il ne s'encombre pas de détails. Distribution, décor, éclairages ? Très peu pour lui. C'est seul et (...)

| Mercredi 2 janvier 2008

Seul sur le ring

Théâtre / Quand Jean-Marc Avocat décide de monter Racine, il ne s'encombre pas de détails. Distribution, décor, éclairages ? Très peu pour lui. C'est seul et enroulé dans un peignoir de boxeur qu'il se présente à nos yeux. Sous la soie bon marché et les dragons de pacotille, l'homme est en noir, il expose son imposante stature et son crâne rasé devant les spectateurs. Pendant plus de deux heures, avec pour seuls compagnons une chaise et deux bracelets en éponge aux poignets, il va jouer Bérénice et donner une voix à ces quelque 1500 vers. Reine aimée et trahie, futur Empereur traître à l'amour, amant-ami éconduit, conseiller douteux, il est tout cela, marquant à peine le passage d'un personnage à l'autre par un déplacement léger ou un changement de ton subtil. Et c'est là qu'est le coup de maître. L'incontestable succès de la pièce tient en ce que le comédien ne tente à aucun moment d'incarner les personnages de Racine. Il ne travestit pas sa voix, ne cherche pas à imiter. Il ne se charge que des émotions et du désespoir de chacun des protagonistes et les restitue, intacts, au public. Avocat n'en montre pas trop mais ne cache rien non plus. Après chaque acte, il ne disparaît pas en

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