Les ombres ondulatoires de Jean Bellorini au TNP

Théâtre | Dans "Le Jeu des ombres", pensée pour la cour d’honneur du festival d’Avignon 2020 annulé, Jean Bellorini, avec Valère Novarina et Monteverdi, embrasse en musique et en mots, le monde des morts, plus vivant qu’on le croit.

Nadja Pobel | Mardi 4 janvier 2022

Photo : © DR


Au départ, il y a l'Orfeo de Monteverdi. Jean Bellorini, qui a toujours accordé une place primordiale à la musique dans ses créations, s'y intéresse tant qu'il l'a présentée à la basilique de Saint-Denis en 2017. Pourquoi Orphée, à qui est accordé de retrouver sa dulcinée Eurydice dans les ténèbres, ne peut s'empêcher de se retourner pour la voir et la perdre ainsi à jamais ? C'est une relecture de ce récit que le directeur du TNP a commandé à Valère Novarina, avec lequel il avait déjà cheminé en 2008 pour une Opérette imaginaire. Cet auteur, chantre du langage inventé, produit une langue aussi satellisée – non on ne comprend pas tout au Jeu des ombres et ce n'est pas nécessaire – que foncièrement terre-à-terre. Les parties du corps y sont nommées sans détour, l'homme est rendu à son espèce animale sans que cela ne le déprécie, bien au contraire — c'est une « bête qui parle » — car « il n'y a jamais eu personne dedans » nous dit un "enfant de la colère".

« Le suicide ne sera admis qu'à titre rétrospectif »

Neuf comédiens, sept musiciens et deux chanteurs sont ici réunis sur un plateau dessiné de rais de lumière que Bellorini signe aussi. Les instruments anciens des airs baroques, des rideaux rouges plastifiés, et non en velours trop sage, habillent ce plateau que l'on dirait parfois emprunté à Bob Wilson (une de ses actrices figure au casting : l'émaciée et si singulière Anke Engelsmann).

Bellorini ne choisit pas un genre. Il épouse d'un même élan lumineux et chaud les mots, les notes, les voix, les mouvements (chorégraphiés par Thierry Thieû Niang) en lorgnant du côté du cabaret, de la pantomime et in fine du cirque pour rendre l'humain à sa disparition inexorable (trop accompagné par Dieu à qui est consacré un monologue pesant). Mais, au théâtre, cet art archaïque de tous les possibles, la mort n'existe jamais vraiment. Dans ce lieu ritualisé et païen, le metteur en scène sublime « tous les hommes ayant oublié d'exister » et laisse entrevoir une humanité plus grande encore qu'imaginée.

Le Jeu des ombres
Au TNP du jeudi 13 au dimanche 30 janvier

Rencontre avec Valère Novarina
À l'ENS de Lyon (théâtre Kantor) le lundi 24 janvier à 12h30


Le Jeu d'ombres

De Valère Novarina, ms Jean Bellorini, 2h15
Théâtre National Populaire 8 place Lazare-Goujon Villeurbanne
Jusqu'au 30 janvier 2022, à 20h sf jeu à 19h30 et sam à 15h30, relâche lun


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Cinq expos à voir à Lyon en janvier

Bons Plans | Pour reprendre le chemin des expositions en douceur, voici notre sélection de cinq expositions à ne pas rater ce mois-ci, dans des galeries ou des petits lieux, toutes gratuites.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 10 janvier 2022

Cinq expos à voir à Lyon en janvier

Artisanat et art contemporain Drôle d’exposition à la Fondation Bullukian qui confronte des céramiques artisanales de l’atelier Gumri (maison de céramistes arméniens depuis le XVIe siècle) aux œuvres d’art contemporain de Natacha Lesueur et du duo artistique Bachelot & Caron. Natacha Lesueur est une photographe et plasticienne qui interroge l’identité et ses normes à travers d’étranges images où l’humain s’hybride à des matériaux inattendus (la nourriture notamment). Le duo Bachelot&Caron réalisent quant à eux des installations ou des sculptures, oscillant entre le fantastique et le grotesque. Natacha Lesueur, Bachelot & Caron, Céramiques de Gumri, Par-delà le vernis À la Fondation Bullukian jusqu’au 29 janvier Les foules de Ji Lingzi Née près de Shangai, formée en Chine et à Besançon, l’artiste Ji Lingzi réalise des œuvres sur le principe de l’accumulation et de la démultiplication. Elle expose à Lyon plusieurs créations (utilisant un grand no

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Dix expositions à voir d’ici l’été

Arts | Notre sélection de dix événements dans les musées et les galeries de Lyon. On y croisera quelques figures connues (William Klein, Andy Warhol, Valère Novarina…) et surtout un grand nombre d’artistes français et internationaux méconnus à découvrir.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 4 janvier 2022

Dix expositions à voir d’ici l’été

Klein d’œil Fêtant ses quarante ans, la galerie photo Le Réverbère prolonge sa très belle exposition collective actuelle (jusqu’au 29 janvier) où l’on peut voir ou revoir des images de tous les photographes de la galerie (Denis Roche, Bernard Plossu, Arièle Bonzon, Géraldine Lay…). Ensuite, au printemps, la galerie annonce une exposition très attendue consacrée au grand William Klein qui fêtera quant à lui ses… 96 ans ! L’exposition réunira une centaine d’images de Klein, balayant tous les aspects de son œuvre, de la street photography choc de ses débuts aux "contacts peints", œuvres plus plastiques. Klein + L’Atelier À la Galerie Le Réverbère du 12 mars au 30 juillet ELYX et Warhol Pionnier de l’art numérique en France, Yacine Aït Kaci a réalisé de nombreuses œuvres et installations immersives, floutant les frontières entre le réel et le virtuel. En 2011, son personnage ELYX (un petit bonhomme tout simple au large sourire) s

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Villeurbanne : le TNP, un centenaire en pleine forme

Villeurbanne | 100 ans en plein Covid, 101 ans cette année. Enfin le TNP peut convoquer son histoire lors d’un mois de septembre dense et réjouissant. De Paris à Villeurbanne, de Firmin Gémier à Jean Bellorini, l’aventure du théâtre national populaire transcendée par Roger Planchon est aussi l’histoire de la décentralisation. Zoom arrière.

Nadja Pobel | Mercredi 8 septembre 2021

Villeurbanne : le TNP, un centenaire en pleine forme

« À une date [en 1970] où Jacques Duhamel n’est pas encore là et où je n’ai aucun interlocuteur, je prends la décision de faire venir Patrice [Chéreau] à Villeurbanne. Je sais qu’un jour le théâtre va rouvrir et que je ne l’ouvrirai pas seul. » Roger Planchon répond là bien des années plus tard aux questions de Michel Bataillon, son autre acolyte historique. On peut découvrir dans la somme formidable que sont les six volumes du si bien nommé Défi en Province ces échanges, et cette proposition de co-direction offerte à Patrice Chéreau, finalement acceptée par le ministre de la Culture de Georges Pompidou, Jacques Duhamel. Le 19 mai 1972, le Théâtre National Populaire ouvre ses portes pour la première fois à Villeurbanne. Planchon a 38 ans, Chéreau 25. Le premier est un artiste complet, chantre de la décentralis

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Jean Bellorini : « donner aux citoyens de demain la capacité d’avoir un regard critique »

Théâtre | En tant que directeur du TNP, Jean Bellorini a été en charge d’organiser ce centenaire, il lui incombe d’amorcer le suivant. Voici ses pistes de réflexions à ce sujet.

Nadja Pobel | Vendredi 10 septembre 2021

Jean Bellorini : « donner aux citoyens de demain la capacité d’avoir un regard critique »

Quelle est votre contribution la plus forte à vos yeux pour amorcer le deuxième siècle de vie du TNP ? La Troupe éphémère ? Jean Bellorini : Le TNP est né il y a cent ans avec l’intuition qu’il fallait amener les œuvres au plus proche des spectateurs. C’était l’enjeu du théâtre national ambulant de Firmin Gémier. De grandes machines à vapeur transportaient un chapiteau/théâtre qui était monté pour accueillir 1650 spectateurs. C’était la décentralisation théâtrale qui commençait. Aujourd’hui la France est dotée de grands équipements culturels et l’enjeu de démocratisation de l’art et de la culture n’est plus uniquement lié à la possibilité d’accéder à un spectacle fini. L’intérêt aujourd’hui, je crois, est de favoriser les espaces de rencontres entre artistes et spectateurs, notamment pendant des phases de recherche et de création. L’art n’est pas un produit, il ne se consomme pas et n’agit pas directement sur le monde. Il diffuse invisiblement un questionnement et laisse apparaître l’idée de la nuance et de la complexité, ou plus simplement la poésie. Je crois à la nécessité d’une porosité entre le monde et l’art. Je crois à la complémentarité entre l’ar

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L'Institut Lumière fête le centenaire du TNP

Cinéma | Fatalement mis à mal par la crise sanitaire, le centenaire du TNP en 2020 n’aura pas été célébré comme prévu ; ce sont donc ses 101 ans que l’on commémore en (...)

Vincent Raymond | Jeudi 9 septembre 2021

L'Institut Lumière fête le centenaire du TNP

Fatalement mis à mal par la crise sanitaire, le centenaire du TNP en 2020 n’aura pas été célébré comme prévu ; ce sont donc ses 101 ans que l’on commémore en cette rentrée. Notamment rue du Premier-Film, dans un esprit de lointain cousinage : après tout, les anciens CNP jadis créés par Robert Gilbert et Roger Planchon n’ont-ils pas été acquis par l’institut Lumière en 2014 ? Pour marquer le coup, une programmation exceptionnelle propose tous les jeudis un film mettant en vedette quelques-uns des directeurs historiques du théâtre. Après Planchon dans Le Dossier 51, place à Jean Vilar dans Les Portes de la Nuit (jeudi 9 septembre) puis à Une aussi longue absence de Henri Colpi (jeudi 16 à 19h). Palme d’Or 1961, ce mélodrame sur fond d’amnésie, de deuil et d’après-guerre met en scène une patronne de café intriguée par un clochard chantonnant, errant autour de son établissement et ressemblant à son époux disparu. Campé par un Georges Wilson à la fois massif et évanescent, le film capture également une époqu

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Théâtre : sujets, verbes et compléments

Au Théâtre ce semestre | Après 18 mois d’arrêt ou de hoquet, les salles de théâtre s’ouvrent enfin en grand avec une saison plus remplie que jamais, faisant face à un défi immense : appâter de nouveaux spectateurs avec des spectacles toujours plus haut de gamme. Qui ne sont jamais aussi pertinents que lorsqu’ils collent au réel, ou au contraire prennent totalement la tangente. Débroussaillage.

Nadja Pobel | Jeudi 9 septembre 2021

Théâtre : sujets, verbes et compléments

Neuf spectacles de plus cette saison au Théâtre de la Renaissance par rapport à la précédente (de 32 à 41 levers de rideaux), cinq de plus au TNG, quasi vingt supplémentaires aux Célestins… Une « saison folle » débute, comme la qualifiait Jean Bellorini, arrivé au TNP en janvier 2020, qui attend à Villeurbanne 115 000 spectateurs contre 80 000 habituellement. Pour que les fidèles multiplient les spectacles et que le nouveau public sorte de son confinement (avec masque et passe sanitaire obligatoires), les équipes de directions ont cravaché, jonglant entre les reports et les annulations, sans condamner les spectacles qui se créaient derrière les portes fermées des théâtres l'an dernier. Et, surtout, les artistes — comme la bonne cuvée d’Avignon cet été a pu en témoigner — ont des ressources, lorgnant vers le réel ou vers l’étrange. C’est le cas de l’uppercut du festival, Pinocchio (live)#2, (au TNP en avril 2022) de la scénographe Alice Laloy, soit un ballet d’adultes muets, transformant mécaniquement des enfants en marionnettes. Vertige devant ce renversement des codes et une standardisation qui annihile l’

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Jean Bellorini : « nous ne disons pas assez Égalité »

TNP Villeurbanne | En salle, à quelques encablures de la cour d’honneur où il l’avait rêvé, Jean Bellorini a enfin donné naissance à son émouvant "Jeu des ombres" dans la Semaine d’art en Avignon, sous couvre-feu avant d’être amputée de sa fin. Hors du temps, flirtant avec vie et mort dans la langue ciselée, lunaire, exigeante et évaporée de Valère Novarina, il a pris de la hauteur sur ce bas-monde secoué par un virus. Dans ses habits de directeur du TNP, il nous a confié, au lendemain de l’intervention présidentielle annonçant le reconfinement, comment il aborde cette crise au sein du centre dramatique national de Villeurbanne qu’il dirige depuis le début de l’année.

Nadja Pobel | Vendredi 30 octobre 2020

Jean Bellorini : « nous ne disons pas assez Égalité »

Comment vous organisez-vous au TNP en cette crise sanitaire qui se durcit ? Jean Bellorini : J’aurais voulu tout mettre en œuvre pour que l’activité du théâtre ne s’arrête pas. Nous imaginions jouer très tôt, même le matin s'il nous avait été possible d’accueillir du public. Nous avions même évoqué la gratuité pour les étudiants par exemple afin qu’ils puissent venir assister au spectacle de Joël Pommerat, Ça ira. À l’instant présent nous attendons les directives ministérielles en espérant pouvoir maintenir au moins l’utilisation des plateaux. Si c’est possible, nous allons imaginer des temps de travail en mettant à disposition le TNP et ses équipes au service des artistes. Est-ce que la crise sanitaire hypothèque déjà les saisons futures ? Oui, cela va commencer à être le cas. Jusqu’à présent nous avions réussi à reporter, ou au moins à honorer, nos engagements afin de programmer comme nous l’avions prévu et de ne pas créer l’embouteillage redouté. Avec ce

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Les théâtres ouverts, mais en trompe l’œil

Rentrée Culturelle | Lyon, en zone rouge : les théâtres rouvrent de façon trompeuse avec des jauges réduites à 60%. Heureux de revoir le public, les directeurs des grande salles font le point sur ce moment fragile. Et sans date de fin.

Nadja Pobel | Jeudi 24 septembre 2020

Les théâtres ouverts, mais en trompe l’œil

Il y a les mesures visibles (les masques obligatoires, l’espacement d’un fauteuil entre différents groupes). Et ce que l'on voit moins. Tout va bien ? Pas tant que ça : « on n’avait pas envie de faire comme si rien ne s’était passé » dit Stéphane Malfettes. D’où ces « premières nécessités » que le directeur des Subs a imaginées cet été : des concerts allongés (Christina Vantzou, un membre des divins Ez3kiel…), des balades avec les Femmes de Crobatie. Gratuites ou peu chères, ces propositions sont à la portée de toutes les bourses — sous conditions de réserver fissa. Peu seront servis et « on n’a pas envie de faire toute la saison comme ça ». Tout n’est pas reporté sur cette même saison, car l’hiver est peu sûr : « c’est un cauchemar pour les artistes, surtout avec des créations » dit-il. Exit Clédat & PetitPierre et Nina Santes : « en deuxième partie de son spectacle, les gens devaient venir sur scène, on ne peut plus le faire. Elle est la première à être soulagée de ce décalage d’un an. » La crainte est grande chez les directeurs de voir la rentrée prochaine totalement encombrée. Et mêm

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Jean Bellorini : « pour Avignon, il y a eu plein de scenarii possibles »

Théâtre | Directeur du TNP depuis janvier, Jean Bellorini devait présenter une création cet été dans la Cour du Palais des Papes d'Avignon. Il nous a accordé un entretien. De l'influence des rayons du corona sur le comportement d'un artiste.

Nadja Pobel | Vendredi 17 avril 2020

Jean Bellorini : « pour Avignon, il y a eu plein de scenarii possibles »

Vous deviez faire une création dans la Cour d'honneur du festival d'Avignon cet été (Le Jeu des ombres de Valère Novarina, réinterprétation du mythe d'Orphée). Or le festival a été annulé lundi soir (le 13 avril), immédiatement après qu'Emmanuel Macron, dans son allocution télévisée, ait annoncé que « les grands festivals et événements avec un public nombreux ne pourront se tenir au moins jusqu’à la mi-juillet ». Vous attendiez-vous à cette décision avant même qu'elle ne soit prise ? Jean Bellorini : Olivier Py [NdlR : le directeur du festival d'Avignon] était dans une forme de sincérité quand il disait avoir l'espoir que ça ait lieu encore et on avait quand même imaginé des formes, des formats, des restructurations multiples. C'est ce qui nous faisait tenir. J'étais évidemment dans la compréhension de se dire que tant que

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Jean Bellorini : « redonner conscience de l'exception »

TNP Villeurbanne | À 38 ans, Jean Bellorini vient tout juste de prendre la tête du TNP avec une chaleur humaine et la conscience du monde qui l'entoure pour en faire la maison de tous.

Nadja Pobel | Mardi 21 janvier 2020

Jean Bellorini : « redonner conscience de l'exception »

Qu'est-ce que le TNP à vos yeux ? C'est « l'élitaire pour tous ». National et populaire : ce grand écart fait pour moi tout le sens de mission de service public. National car on est entièrement subventionné par l’État et les collectivités locales et populaire car on a une mission concrète, objective — qui devrait pouvoir être palpable — de rendre meilleur notre monde, de participer d'une manière ou d'une autre à notre société pour compenser et amener un peu de richesse autres que matérielle. Vous reconnaissez-vous dans l'héritage de Roger Planchon ? Je serai bien prétentieux de dire que je le connais très bien. Évidemment que depuis quelques années, et même en étant au TGP (NDLR : Théâtre Gérard-Philipe CDN qu'il a dirigé de 2014 à 2019), j'ai regardé son histoire de plus près mais je suis arrivé un peu trop tard. Il a été un grand homme de théâtre et un animateur en tant que directeur de théâtre. Cette folie des grandeurs, cette audace et en même temps cette rigueur... j

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Bellorini, 2e acte

Théâtre | Pour découvrir le travail de Jean Bellorini avant qu'il ne prenne la direction du TNP le 1er janvier prochain, une deuxième chance se présente, après Un (...)

Nadja Pobel | Mardi 15 octobre 2019

Bellorini, 2e acte

Pour découvrir le travail de Jean Bellorini avant qu'il ne prenne la direction du TNP le 1er janvier prochain, une deuxième chance se présente, après Un instant au Théâtre de la Croix-Rousse début octobre. Il faudra aller au Théâtre de Villefranche (ou dans deux villes alentour) du 5 au 8 novembre pour voir Vie et mort de Mère Hollunder, pièce d'une heure pour un acteur et qui s'attache, comme pour le travail sur Proust, à une vieille dame, cette fois-ci véhémente.

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Le TNP remodelé avec l'arrivée de Jean Bellorini

Mercato | Christian Schiaretti laisse sa place à Jean Bellorini à la tête du Théâtre National Populaire.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Le TNP remodelé avec l'arrivée de Jean Bellorini

En cet alignement historique des planètes où les institutions culturelles de la métropole lyonnaise changent de visages (Subsistances, Point du Jour, Célestins pour moitié à l’hiver dernier, mais aussi Villa Gillet, École des Beaux-Arts, bientôt l'Opéra…), la nouvelle direction du TNP n’est pas la moins scrutée. Au terme d’un long processus de recrutement, c’est Jean Bellorini qui prendra les manettes de ce paquebot de la décentralisation et mettra ainsi un terme à dix-huit années d’occupation des lieux par Christian Schiaretti – quoiqu’il soit encore missionné par le ministère de la Culture pour célébrer le centenaire de la création du TNP (alors parisien) en novembre prochain. Jean Bellorini, 38 ans, est depuis 2014 à la tête du CDN Gérard-Philipe de Saint-Denis. Comédien de formation, metteur en scène, créateur lumières, il est aussi scénographe (à l’instar de Marc Lainé au CDN de Valence ou Stéphane Braunschweig à l’Odéon). Au TNP, il a pour projet d’associer les artistes Joël Pommerat, Tiphaine Raffier, André Markowicz, Thierry Thieû Niang et Lilo Baur et d’en faire « un théâtre de création d’envergure, privil

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Dominique Pinon et le plaisir du jeu

Théâtre | À la manière de Maguy Marin dans sa nouvelle création Ligne de crête, l'auteur et metteur en scène Valére Novarina joue de la profusion. Ses mots, ceux de L'Homme hors de lui joués par Dominique Pinon, nous sont racontés par l'acteur. Entretien.

Nadja Pobel | Mercredi 19 septembre 2018

Dominique Pinon et le plaisir du jeu

Comment définiriez-vous cette langue si particulière de Valère Novarina, parfois mythologique, contemporaine, populaire, ancienne ? Dominique Pinon : C'est difficile à dire. Elle me paraît à la fois contemporaine et intemporelle. Elle est aussi biblique parfois – Valère est un spécialiste de la Bible. Ce n'est pas une langue savante du tout, c'est presque une langue pauvre. C'est une profusion de paroles pour remplir l'espace de la scène mais ce n’est n’est pas vain, ça a beaucoup de sens. Il est toujours question de la mort. J’aime ce télescopage de pensées et de mots et l'effet comique que ça produit, au sens noble du terme, sans vulgarité. Il y aussi une forme de stupeur. L'Homme hors de lui est un homme qui se regarde, c’est une espèce de duo entre lui et le spectateur, un jeu de miroir. Vous parliez de langue pauvre mais le vocabulaire n'est pas pauvre. Oui mais il y a plein de néologismes dans ses listes. Les noms qu'il invente, je les trouve géniaux. C'est très drôle. On a la sensation d'infini quand on lit ses textes, une parole qui se recrée, se régénère, qui rebondit l'une sur l'autre.

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Nos corps tissés de mots

CONNAITRE | Le dramaturge Valère Novarina est invité pour un grand entretien à la Fête du livre de Bron. Une œuvre majeure à (re)découvrir à cette occasion, où le langage et sa chair poétique sont le personnage principal.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 mars 2017

Nos corps tissés de mots

Depuis le début des années 1980, Valère Novarina poursuit une œuvre dramatique poétique et singulière. Il est, sans doute, ce qui est arrivé de plus déroutant et de plus créatif au théâtre contemporain aux côtés d'un théâtre du corps (Jan Fabre et la scène flamande) et d'un théâtre lyrique de l'extrême anglo-saxon (Edward Bond, puis Sarah Kane et beaucoup d'autres, scrutant la violence, la guerre, la folie...). Dramaturge et metteur en scène, Novarina a présenté la plupart de ses pièces au TNP à Villeurbanne, de L'Acte inconnu à, très récemment, Le Vivier des noms... Il vient de publier Voie négative, ensemble de textes de théâtre et de réflexions sur le langage. Car c'est bien de cela, du langage, dont parle et qu'entreprend de sonder jusqu'en ses confins et ses replis inconnus Valère Novarina : « La langue est notre autre chair vraie. Nous sommes tressés par son architecture invisible, mus par le croisement et le combat des mots ; nous sommes nourris de leurs intrigues, de

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Les mots à vif de Valère Novarina

SCENES | Du Discours aux animaux jusqu'au Vivier des noms, les titres des pièces de Valère Novarina indiquent d'elles-mêmes ce que traque l'auteur : cette vie (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 8 novembre 2016

Les mots à vif de Valère Novarina

Du Discours aux animaux jusqu'au Vivier des noms, les titres des pièces de Valère Novarina indiquent d'elles-mêmes ce que traque l'auteur : cette vie du langage, cette prolifération des mots qui, à la fois, nous constitue et nous déborde, nous emmène ailleurs... Le langage est un corps et un champ de forces, le théâtre l'active et le rend visible, sensible, presque tangible. Mis en scène par Novarina, Le Vivier des noms (paru en juin 2015) est présenté au TNP du 14 au 16 novembre, et nous avons hâte de nous y plonger !

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Liliom, un manège endiablé

Théâtre National Populaire | Souvent m'as-tu-vu, le théâtre de Bellorini ne fait ici, avec Liliom, pas exception mais trouve avec cette fable cruelle et lunaire un sujet qui sied parfaitement au goût assumé du spectacle de ce jeune metteur en scène. Une agréable surprise.

Nadja Pobel | Mardi 17 mai 2016

Liliom, un manège endiablé

Jusque-là, Jean Bellorini nous a donné l'impression de faire un théâtre vieillot : jouer à sauter dans l'eau, chanter à n'en plus finir, éclabousser le plateau de couleurs (Paroles gelées d'après Rabelais, La Bonne-Âme du Se-Tchouan), totalement dégagé de la fureur qui aurait pu être le corollaire de sa jeunesse. En créant Liliom au Printemps des Comédiens (Montpellier) en 2013, rien n'a changé. Il livre un divertissement oscillant entre mélo et burlesque. Et ça marche ! Certainement que le choix du sujet — un jeune homme mi-voyou mi-tendre, travaillant dans les fêtes foraines, est jugé au tribunal céleste après un meurtre — y est pour beaucoup. Écrite en 1909 par le hongrois Ferenc Molnár, cette pièce que Fritz Lang a adapté pour son seul film "français" ressemble au Casimir et Caroline de Von Horváth qui sera publiée 23 ans plus tard. Bellorini n'a pas lésiné sur le décor qui mange tout l'espace scénique : un plateau d'auto-tamponneuses, une grande roue faite d'ampoules à l'arrière et deux carrioles à cour et jardin (pour le

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Âme damnée

SCENES | Figure montante du jeune théâtre français, Jean Bellorini présente la toujours nécessaire "Bonne Âme du Se-Tchouan" en version bal de village. Séduisant. Et après ? Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 25 février 2014

Âme damnée

En fait de figure montante du théâtre français, Jean Bellorini est depuis ce début d'année une personnalité établie. À trente-deux ans, il vient en effet de se voir confier la direction du Centre Dramatique National Gérard Philipe de Saint-Denis, après que sa compagnie Air de Lune y a été accueillie en résidence en même temps qu’il était artiste invité du Théâtre National de Toulouse piloté par Laurent Pelly. Ces deux metteurs en scène partagent d'ailleurs un même goût affiché pour le spectacle et la joie de divertir avec intelligence et exigence. Pourtant, l’empreinte que nous laisse Bellorini n’est pas aussi vivace que celle du premier. Peut-être parce que les costumes signés (siglés ?) Macha Makeïeff font éternellement penser aux Deschiens et n’aident de fait pas à pénétrer dans un univers personnel. Ou peut-être parce que, par ailleurs, tous les acteurs sur le plateau ne sa valent pas. Il faut en tout cas reconnaitre que cette fois-ci, contrairement à Paroles gelées, dont le propos - d’après Le Quart-livre de Rabelais - paraissait noyé au sens propre comme au figuré dans un décor tape-à-l’œil, Bellorini donne toute la mesure de La Bonne

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