Rover : « Enregistrer sur un chant céleste »

Rover + The Toad Elevating Moment

Le FIL

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Pop-rock / Après l'impressionnant Aqualast, le vagabond Rover, revenu de tout et surtout de partout, a passé avec succès l'épreuve de la confirmation avec Let it Glow. Réussissant le tour de force, aux commandes de cette étrangeté apatride qui fait sa singularité, de faire plus avec moins et de sonner cosmique avec des méthodes d'enregistrement terre à terre. Rencontre du troisième type et du second album. Propos recueillis par Stéphane Duchêne

Avec votre premier album Aqualast, vous êtes passé en quelques mois d'une vie à reconstruire après votre expulsion du Liban, au succès, à la médiatisation, aux récompenses, à des centaines de dates. Comment avez-vous encaissé ça ?
Rover : Il y a une forme de violence dans ce passage de l'intimité de l'écriture à une exposition plus large, mais elle est assez positive, d'autant que ça n'a pas été un succès radical basé sur un seul titre. J'avais déjà connu l'exposition médiatique, même si elle était moindre, avec mon groupe au Liban : ça a été moins brutal que si j'avais eu 20 ans et aucune expérience. C'est beaucoup de joie qu'un label vous accorde la possibilité de faire un disque, de pouvoir s'y exprimer sans contrainte. On est pris dans une espèce de tourbillon, il y a une ampleur médiatique qui nourrit le projet. Une forme de reconnaissance aussi : les Victoires de la Musique, la télévision. On s'installe un peu dans le paysage et c'est une situation très confortable pour envisager un deuxième disque.

Justement, après la réclusion de l'écriture d'Aqualast, dans quelles conditions et quel état d'esprit avez-vous écrit Let it Glow ?
En ayant chassé quelques démons, d'abord. Même si c'est moche à dire, on ressort de tout ça avec l'ego regonflé. Il y a eu une sorte de gouffre après la fin de la tournée. J'ai ressenti le poids de ce premier disque, mais je voulais m'en servir. Ce qui s'est passé avec Aqualast m'a fait réaliser qu'il y avait une attente autre que celle du buzz médiatique, quelque chose de purement artistique. Le deuil qu'il a fallu faire, ce moment où il faut clore le premier chapitre pour ne pas tomber dans le copier-coller, n'a duré qu'une quinzaine de jours. Refaire un disque dans cette position là était nouveau pour moi mais ç'a a eu plus tendance à m'exciter qu'à m'angoisser. J'ai abordé Let it Glow sans penser à faire l'album parfait, pas plus que pour Aqualast d'ailleurs, qui était pourtant plus démonstratif. C'est un peu cliché mais je crois que les disques sont comme des enfants : on ne peut pas les comparer, chacun a son parcours. J'ai vraiment ce rapport très paternel : je les aime avec leurs défauts. Ils sont le reflet d'une personnalité.

Let it Glow donne l'illusion d'un album très produit, très retravaillé, mais vous évoquez souvent votre recherche du dépouillement, de l'imparfait, de l'erreur qui va mettre en valeur le reste...
C'est un super compliment. En effet, pour chaque chanson, il y a peut-être dix pistes en moins que sur le précédent. Pour moi qui aime les arrangements, les contrepoints, ç'a été un défi d'enlever des instruments. Quand on a passé le test du premier album, on vous accorde plus d'argent et plus de temps. Or ce luxe pouvait m'embêter. Je n'ai donc pas opté pour un studio de renommée internationale mais pour un petit studio breton 100 % analogique, Kerwax. J'ai tenu à faire la réalisation moi-même. Mettre le moins d'interlocuteurs entre ce que j'ai composé et la bande était un défi dans le défi et rendait le projet plus excitant. Je voulais que le disque privilégie le qualitatif au quantitatif, que chaque instrument ait vraiment quelque chose à dire et qu'un basse-batterie puisse sonner aussi confortable et impressionnant en termes d'arrangement que des violons ou des orgues.

Si c'est beau à l'oreille, ce sera beau sur la bande et sur le disque.

Il y a une notion qui revient souvent dans vos propos, c'est celle de l'importance du vide dans la musique, or sur Let it glow il y a une résonance qui rend parfaitement l'idée de ce vide spatial dans lequel on pourrait flotter, une sorte de bulle protégée de l'accélération du monde réel...
J'aime cette idée de bulle et d'espace clos qui est céleste, infinie, comme un couloir spatio-temporel qui nous emporterait ailleurs. Cela rejoint une démarche que j'admire en peinture. Utiliser, comme certains peintres arrivent à le faire, la toile et le blanc comme une couleur, créer le relief sur ce fond qui est concret, matériel, l'analogique le permet. La bande tournant à vide crée déjà un tapis sonore, ce n'est pas le vide froid du numérique. Là, il y a déjà le souffle de la bande. Au studio, se trouvait la console qui a servi pour Melody Nelson ! Imaginer les histoires qu'elle a dû entendre, les discussions et les fumées de Gainsbourg (rires) qui sont passés sur ces boutons, c'est extraordinaire. Rien qu'à cette idée, je voyage tout de suite. Ce poids des anciens, c'est très beau. Mille fantômes sont déjà là et on enregistre sur une espèce de chant céleste qui pour moi est la toile du peintre.

Rover [+ The Toad Elevating Moment], jeudi 30 mars à 20h30, au Fil

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