The Master

ECRANS | Après «There will be blood», Paul Thomas Anderson pousse un cran plus loin son ambition de créer un cinéma total, ample et complexe, en dressant le portrait d’un maître et de son disciple dans une trouble interdépendance. Un film long en bouche mais qui fascine durablement. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 8 janvier 2013

Depuis sa problématique mise en chantier, The Master était annoncé comme un film sur l'église de scientologie. Ce qui, de la part de Paul Thomas Anderson, n'aurait pas été étonnant puisque son œuvre revient comme un aimant vers la question religieuse, tantôt pour en faire un soubassement moral (Magnolia), tantôt pour la mettre en pièces (le pasteur sournois incarné par Paul Dano dans There will be blood).

Or, non seulement The Master ne parle pas directement de la scientologie — le «Maître» Lancaster Dodd a bien fondé une nouvelle doctrine, mais celle-ci s'appelle «La Cause» — mais surtout, il n'en fait jamais son sujet. Ce qui intéresse Anderson est ailleurs, et c'est ce qui rend le film si complexe — ses détracteurs diront "confus" : il ne se fixe jamais sur un sujet central, ou plutôt, celui-ci semble se déplacer à mesure que le récit avance.

De l'alcool contre une famille

Au départ, il y a un ancien soldat revenu brisé psychologiquement du front Pacifique, Freddie. Visiblement obsédé sexuel, mollement reconverti en photographe dans une galerie commerciale, il fabrique sa propre gnole et se biture avec, quand il ne l'administre pas à dose létale à de pauvres ouvriers lors de ses moments d'ivresse.

À l'instar de la musique abstraite et expérimentale de Jonny Greenwood, Anderson dresse le portrait de Freddie par fragments de séquences aussi disloquées et hiératiques que le comportement du personnage. C'est une nouvelle démonstration de la virtuosité du cinéaste, où chaque plan, qu'il soit long et chorégraphié ou bref et pictural, imprime la rétine du spectateur. Anderson a dépoussiéré pour l'occasion les dernières caméras 70 mm encore en usage, pour retrouver les tonalités chromatiques et la netteté des images de l'époque (les années 50), dit -il ; certes, mais on sent surtout chez lui l'envie de se mesurer à des maîtres comme Kubrick, Cimino ou David Lean, les derniers à avoir sublimé le format.

Justement, Freddie aussi se cherche un maître pour dompter sa violence, donner un sens à sa trajectoire chaotique et apaiser ses tourments — une romance avortée par la guerre avec une fille beaucoup plus jeune que lui. Il tombe un soir sur Lancaster Dodd, célébrant sur un bateau les futures noces de sa fille, et celui-ci noue un pacte avec lui : une place dans la famille contre de l'alcool fait maison. Car Dodd a un grand projet : faire de La Cause une religion majeure en colportant sa parole à travers les États-Unis, formant des ambassadeurs mais aussi des disciples.

Pourquoi jette-t-il son dévolu sur l'imprévisible Freddie, alors que son fils bien propret est tout désigné pour devenir son successeur ? Pourquoi se choisit-on un héritier spirituel plutôt qu'un héritier naturel ? Là est, peut-être, la vraie question posée par The Master

Trouble Cause

Peut-être car le film, comme son anti-héros, ne se laisse pas domestiquer si facilement. Dans le dédale narratif créé par Anderson viennent se glisser la question du rapport entre sexe et pouvoir, mais aussi une lady Macbeth inattendue qui perturbe l'équilibre déjà délicat entre Dodd et Freddie. Par moments, The Master s'avère tout à fait impénétrable, comme lors de cette séquence où, alors que Dodd se met à chanter devant ses ouailles, les femmes se retrouvent toutes inexplicablement nues. Un fantasme, oui, mais de qui ? Du maître, de son disciple ou des deux ? Ou encore lorsque la petite confrérie se grise à moto sur une vaste étendue désertique, scène dont l'utilité dramatique laisse un peu songeur.

En cela, The Master est moins immédiatement enthousiasmant que There will be blood, qui proposait une ligne claire accompagnant le trajet du capitaliste intraitable qu'était Daniel Day Lewis. Moins enthousiasmant, mais pas moins spectaculaire et généreux. On n'a encore rien dit de Joaquin Phoenix et Philip Seymour Hoffman, qui incarnent respectivement Freddie et Dodd : ils proposent chacun une géniale leçon de jeu, le premier en allant très loin dans la mise en danger physique et le déséquilibre psychologique — on pense à certains rôles de Patrick Dewaere, à la fois instinctifs et cérébraux ; l'autre en se délestant peu à peu de son cabotinage habituel, révélant l'homme froid et déterminé derrière le showman contrôlant sa propre mise en scène.

On peut regarder The Master en se laissant porter par les morceaux de bravoure que leur affrontement procure — la scène du test, par exemple. On peut aussi admirer l'immense maîtrise avec laquelle le cinéaste réussit à donner des allures de grand film moderne en soignant le moindre détail visuel et sonore de sa mise en scène. On peut enfin laisser The Master mûrir lentement, comme un alcool raffiné et néanmoins puissant, ou comme un souvenir induit qu'Anderson aurait réussi, à l'instar de Lancaster Dodd, à instiller dans la conscience du spectateur. Cela s'appelle faire de la forme un fond, ou l'inverse, et c'est du grand art, assurément.


The Master

De Paul Thomas Anderson (ÉU, 2h17) avec Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman...

De Paul Thomas Anderson (ÉU, 2h17) avec Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman...

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Freddie, un vétéran, revient en Californie après s’être battu dans le Pacifique. Alcoolique, il distille sa propre gnôle et contient difficilement la violence qu’il a en lui… Quand Freddie rencontre Lancaster Dodd, charismatique meneur d’un mouvement, il tombe sous sa coupe...


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"Joker" : Ris amer

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Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

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"Les Frères Sisters" : De sang et d’or

Lion d’Argent Venise 2018 | de Jacques Audiard (Fr., 1h57) avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal…

Vincent Raymond | Jeudi 13 septembre 2018

Mieux vaut ne pas avoir ne différend avec le Commodore. Car il envoie ses deux dévoués Charlie et Eli Sisters, tireurs d’élite et cogneurs patentés. Les deux frères vont pourtant faire défection quand une de leurs proies explique avoir découvert un procédé permettant de trouver de l’or… On attendait, en redoutant que la greffe transatlantique ne prenne pas, cette incursion de Jacques Audiard en un territoire aussi dépaysant par les décors, les usages ou les visages, que familier par son poids mythologique et les séquences fondatrices ayant dû sédimenter dans son imaginaire. Mais même délocalisé, le cinéaste n’est pas abandonné en zone hostile. D’abord, il se trouve toujours escorté par son partenaire, le magique coscénariste Thomas Bidegain ; ensuite la langue anglaise ne peut constituer un obstacle puisque son langage coutumier se situe au-delà des mots, dans la transcendance de personnages se révélant à eux-mêmes et aux autres, grâce à un “talent“ vaguement surnaturel. Le tout, dans un contexte physiquement menaçant. Empli de poudre, de sang et de traumas, ce néo-western-pépite

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"Phantom Thread" : Toxic Affair

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Big Eyes

ECRANS | De Tim Burton (ÉU, 1h47) avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston…

Christophe Chabert | Mercredi 18 mars 2015

Big Eyes

Il n’y a pas de scandale à dire que la carrière de Tim Burton a, depuis dix ans, pris du plomb dans l’aile. Entre serment d’allégeance à l’empire Disney — Alice au pays des merveilles — et déclinaison paresseuse de son propre style — Sweeney Todd, Dark Shadows — l’ex-trublion semblait rangé des voitures, VRP d’une signature graphique vidée de sa substance subversive. La surprise de Big Eyes, c’est qu’il marque une rupture nette avec ses films récents. Il y a certes, dans cette histoire certifiée Amérique des sixties, des pelouses verdoyantes devant des pavillons soigneusement alignés, des coupes de cheveux parfaitement laquées et des peintures bizarres d’enfants à gros yeux — celles que dessine Margaret Keane mais que son escroc de mari va s’approprier, et avec elles gloire, argent et carnet mondain ; ce n’est toutefois qu’une surface de convention, dictée par l’authenticité du fait-divers raconté plutôt que par une volonté auteurisante. Car Big eyes relève d’un storytelling très sage, presque plat, comme si Burton jouait profil bas pour se faire oublier derrière son intrigue et ses personnages. I

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Inherent vice

ECRANS | En adaptant "Vice caché" de l’immense Thomas Pynchon, Paul Thomas Anderson prouve, après "The Master", qu’il n’aime rien tant qu’aller à l’encontre de sa maîtrise, éprouvée et incontestable. De fait, ce polar pop, enfumé et digressif est un plaisir intense, où il est avant tout question de jeu, dans tous les sens du terme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

Inherent vice

Quelque part dans les volutes de la Californie psychédélique au début des années 70, Doc Sportello semble sortir d’un rêve évaporé lorsqu’il voit surgir chez lui son ex-petite amie, Shasta Fay, qui lui annonce qu’elle est tombée amoureuse d’un richissime promoteur immobilier dont elle soupçonne qu’on ourdit un complot contre lui. Sportello, qui exerce la fonction de détective privé, décide d’enquêter moitié par amour envers cette fille qu’il n’arrive pas à s’enlever de la tête, moitié par curiosité professionnelle envers un monde bien éloigné de celui de la contre-culture beatnik, adepte de drogues et de nonchalance cool, dans lequel il baigne. Raconté comme ça, le point de départ d’Inherent vice rappelle les romans noirs de Raymond Chandler, ainsi que ses relectures iconoclastes par Robert Altman — Le Privé — ou les frères Coen — The Big Lebowski. Sauf que Paul Thomas Anderson n’adapte pas l’auteur du Grand Sommeil, mais un autre immense romancier américain, Thomas Pynchon. Et si Vice caché se nourrissait de cette mythologie propre à la littérature criminelle, il la cabossait par un réflexe hautement pop où une profusion de

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Wild

ECRANS | De Jean-Marc Vallée (ÉU, 1h56) avec Reese Witherspoon, Gaby Hoffman, Laura Dern…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Wild

Le titre fait évidemment penser au Into the wild de Sean Penn, tout comme le pitch, tiré d’une histoire vraie : Cheryl Strayed entreprend une randonnée solitaire de 17 000 kilomètres pour faire son deuil de sa mère et de sa jeunesse cabossée. Mais le film de Jean-Marc Vallée, dont on n’adorait déjà pas le Dallas Buyers Club, manque effectivement de «into the»… Tout y est réduit à une pure surface sans le moindre relief, que ce soit le trajet, les flash-backs sur les traumas de l’héroïne ou les aphorismes inscrits à même l’écran. Vallée met sur le même plan une relation sexuelle et une addiction à la drogue, la mort d’une mère et celle d’un cheval, passe le tout dans un grand shaker psychologisant et le recrache dans un montage lassant où rien n’arrête le regard. Du voyage, on ne verra quasiment rien, tant le film comme le personnage ne s’intéressent pas aux autres ou à l’inconnu, mais seulement à eux-mêmes. Pire : à plusieurs reprises, les rencontres sont vécues comme des menaces pour cette fille solitaire. Mais Vallée, pas

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Her

ECRANS | En racontant l’histoire d’amour entre un homme solitaire et une intelligence artificielle incorporelle, Spike Jonze réussit une fable absolument contemporaine, à la fois bouleversante et effrayante, qui fait le point sur l’humanité d’aujourd’hui du point de vue du surhumain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 mars 2014

Her

Les open spaces, les appartements hi-tech, la ville tentaculaire, froidement encadrée par des buildings mais magnifiée par des couchers de soleil rendus surréels par la pollution ; et au milieu de tout ça, des gens qui parlent seuls dans les rues… Theodore Twombly (Joaquin Phoenix, touchant d'hébétude enfantine) est de ceux-là : mal remis d’une rupture, il écrit des lettres d’amour pour les autres et n’échange plus que virtuellement avec son oreillette pour administrer ses messages ou pratiquer le sexe on-line avec une inconnue. Quelque chose manque à cet individu solitaire et dépressif : un amour qui ne serait pas lié à ce foutu facteur humain. Il va le trouver lorsqu’il acquiert un nouvel «OS», une intelligence artificielle douée d’une faculté cognitive exceptionnelle, qu’il baptise Samantha (héroïque prestation vocale de Scarlett Johansson) et qu’il pense modeler selon son désir tout en admirant sa "personnalité". 2014, odyssée de l’amour Toute la beauté de Her tient dans le dialogue qui se noue entre cet homme et sa machine, celle-ci devenant au cours du film une forme à la fois sublime et cauchemardesque du surhumain. Comme s’il v

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The Immigrant

ECRANS | Les premiers plans de The Immigrant mettent l’Amérique au cœur de son sujet : la statue de la liberté, Ellis Island, une file d’immigrants européens (...)

Christophe Chabert | Lundi 25 novembre 2013

The Immigrant

Les premiers plans de The Immigrant mettent l’Amérique au cœur de son sujet : la statue de la liberté, Ellis Island, une file d’immigrants européens attendant leur visa… C’est aussi une image forte venue du cinéma américain, celle qui ouvrait Le Parrain II. En se transportant au début du XXe siècle, James Gray semble promettre une grande fresque en costumes, éminemment romanesque, qui le placerait en descendant naturel de Coppola. Mais une fois ses rôles principaux distribués — d’un côté, Ewa, Polonaise prête à tout pour retrouver sa sœur, restée en quarantaine sur l’île, et de l’autre, Bruno, souteneur qui lui promet de l’aider si elle accepte de rejoindre sa «famille» —, le film se jouera avant tout en intérieurs : un théâtre burlesque, des bains publics ou l’appartement de Bruno Weiss, qui devient une nouvelle prison pour Ewa. En cela, The Immigrant tient plus du roman russe que de la reconstitution hollywoodienne, et la mise en scène de Gray, somptueuse, d’une sidérante fluidité, préfère l’intimisme à la démesure. Chaque miroir, chaque vitre est à la fois un cadre enserrant Ewa à l’intérieur du cadre, mais aussi une paroi sale ou r

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Man of steel

ECRANS | Remettre Superman sur la carte du blockbuster de super-héros après l’échec de la tentative Bryan Singer : telle est la mission que se sont fixés Christopher Nolan et Zack Snyder, qui donnent à la fois le meilleur et le pire de leurs cinémas respectifs dans un film en forme de bombardement massif, visuel autant qu’idéologique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 juin 2013

Man of steel

Il fallait au moins ça pour faire oublier le piteux Superman returns de Bryan Singer et relancer la franchise de cet «homme d’acier» : l’alliance circonstancielle de deux poids lourds du blockbuster actuel, à savoir Christopher Nolan, tout puissant après sa trilogie Dark Knight, et Zack Snyder, loué pour ses prouesses visuelles et sa maîtrise des effets numériques. Nolan produit et livre les grandes lignes de l’intrigue, pendant que Snyder réalise, taylorisme créatif pourtant pas si évident que cela sur le papier, tant leurs personnalités sont plus opposées que vraiment complémentaires. De fait, il ne faut pas longtemps avant de savoir qui, dans ce Man of steel, tient réellement le gouvernail : l’introduction du film sur la planète Krypton, avec ses personnages taillés dans le marbre lançant de grandes sentences pseudo-shakespeariennes d’un ton pénétré pendant que la musique d’Hans Zimmer bourdonne et explose sur la bande-son, dit bien que c’est le metteur en scène d’Inception qui a clairement posé le ton de ce nouveau Superman. Plus flagrant encore, dans la li

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Maîtres et maîtrise

ECRANS | En attendant Spielberg et Bigelow, c’est Paul Thomas Anderson, Im Sang-Soo et l’outsider Pablo Berger qui vont animer les écrans en janvier, avec des propositions de cinéma fortes et variées. Youpi ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 7 janvier 2013

Maîtres et maîtrise

Certes, en fin de mois, Zero dark thirty de Kathryn Bigelow (le 23 janvier) et Lincoln de Steven Spielberg (30 janvier) devraient frapper fort et confirmer un exceptionnel début d’année 2013. Mais avant tout cela, il faudra être au rendez-vous dès le 9 janvier avec la sortie du très attendu The Master de Paul Thomas Anderson. Le cinéaste nous avait laissé sur une très grande œuvre, There will be blood, qui allait chatouiller le spectre de Stanley Kubrick ; il revient avec un film encore plus ambitieux où il brasse pêle-mêle le retour à la vie civile des soldats de la deuxième guerre mondiale, la naissance de l’Église de scientologie et surtout la relation de dépendance mutuelle entre un ex-GI impulsif, alcoolique et obsédé sexuel, Freddie, et Lancaster Dodd, gourou de cette nouvelle religion, lui aussi porté sur la bouteille et prématurément castré par une femme ayant de faux airs de Lady Macbeth. Tout devrait les séparer et pourtant ils reviennent l’un vers l’autre comme des aimants. Si The Master semble parfois glisser entre les doigts niveau sujet, il est indéniable que la mise en scène, impressionnante, de Paul Thomas Anderson et

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