Shadow dancer

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Excellente surprise que ce thriller glacial signé James Marsh. Le cinéma anglais, dans la lignée du canon Ken Loach (Hidden Agenda) / Paul Greengrass (Bloody Sunday), nous avait habitué à traiter la question du terrorisme irlandais sous un angle réaliste, sinon hyper-réaliste. Marsh en prend le contre-pied, lorgnant plutôt du côté des fictions paranoïaques 70's façon Alan Pakula.

La scène d'ouverture (après un prologue posant le traumatisme initial) donne le ton : un attentat raté dans le métro de Londres, filmé entièrement du point de vue de la poseuse de bombe, Collette — extraordinaire Andrea Riseborough — que la caméra accompagne en longs plans méticuleusement composés en scope et baignés d'une lumière froide et métallique. Arrêtée, elle doit se plier au contrat proposé par un agent du MI5 (Clive Owens, qui se coule avec modestie dans ce second rôle fantomatique) : dénoncer ses frères, tous terroristes, et les têtes pensantes de l'IRA pour éviter d'aller croupir en prison.

Marsh ne fait jamais retomber la tension et le suspense qui accompagnent les louvoiements de son personnage, privilégiant la durée des séquences et l'ambiance qui en découle plutôt que les effets spectaculaires. Jusqu'à son terrible double twist final, Shadow dancer arrive à retranscrire par la seule force de sa mise en scène le climat de terreur d'une époque où, alors que les politiques avançaient sur le chemin de la paix, l'IRA cherchait au contraire la radicalisation. Une époque trouble pour un film à son tour troublant.

Christophe Chabert


Shadow Dancer

De James Marsh (Ang-Fr, 1h42) avec Andrea Riseborough, Aidan Gillen...

De James Marsh (Ang-Fr, 1h42) avec Andrea Riseborough, Aidan Gillen...

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Collette, jeune veuve, est une républicaine, vivant à Belfast, avec sa mère et ses frères, de fervents activistes de l’IRA. Suite à son arrestation après un attentat avorté au cœur de Londres, Mac, un agent du MI5, lui offre le choix : passer 25 ans ou espionner sa propre famille.


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"Gentlemen cambrioleurs" : Casse vermeil

ECRANS | De James Marsh (G.-B.1h46) avec Michael Caine, Tom Courtenay, Jim Broadbent…

Vincent Raymond | Mercredi 27 mars 2019

Peu après la trépas de son épouse, le septuagénaire Brian Reader est tenté de reprendre du service dans le corps de métier où il excellé en toute discrétion : la cambriole. Tuyauté par un jeunot, Brian réunit sa troupe d’experts vieillissants pour un ultime coup d’éclat… Pas besoin d’être grand clerc pour voir dans cette *comédie policière* un dérivé pour public sénior de Ocean Eleven, avec une distribution appropriée — elle réunit la crème des veilles barbes anglaises (qui jadis furent, pour certains, les jeunes premiers britanniques). En l’absence de Peter O’Toole, Oliver Reed, Alan Bates et Richard Harris excusés pour cause de décès, Winston, Gambon et Broadbent font le job — c’est-à-dire cabotinent selon les exigences d’un scénario poussif quand il n’est pas entortillé comme un fil de téléphone à cadran. Gags rhumatisants, répliques arthritiques et action asthmatiforme pimentent le casse et l’enquête parallèle menée par la police : tous les ingrédients sont donc réunis pour accompagner une bonne sieste de fin d’après-midi.

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"Battle of the Sexes" : No zob in lob

ECRANS | de Jonathan Dayton & Valerie Faris (G.-B.-E.-U., 2h02) avec Emma Stone, Steve Carell, Andrea Riseborough…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Auteur·e·s d’un redoutable hold up aux bons sentiments et au box office il y a une décennie avec sa grossière contrefaçon de *pitit* film indépendant (Little Miss Sunshine), la paire mixte Jonathan Dayton & Valerie Faris reprend les raquettes. Pour un biopic se doublant d’un sujet de société pile dans l’air du temps : l’inégalité de traitement salarial entre les hommes et les femmes, spectacularisée lors du match de tennis mixte opposant l’ancien champion Bobby Riggs — rien à voir avec L’Arme fatale — à la n°1 mondiale Billy Jean King. Joueur compulsif et macho invétéré, le premier fanfaronnait qu’aucune athlète féminine n’était apte à défaire un porteur de testicules. Jusqu’à ce qu’il se retrouve la queue entre les jambes (6-4, 6-3, 6-3). Les boules pour lui ! Ruisselant d’une musique “contexte temporel” omniprésente, ce catalogue de grimaces attendues s’intéresse moins au sport, à la politique ou au cinéma qu’à la potentielle quantité de citations au Golden Globe et à l’Oscar qu’il peut ravir en surfant sur du consensuel lisse et joliment photographié. Ah sinon, ça fait plaisir de revoir Eli

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Une merveilleuse histoire du temps

ECRANS | La vie de Stephen Hawking transformée en mélodrame très anglais par James Marsh, dans un film qui vise de façon ostentatoire les récompenses, de la performance de son acteur Eddie Redmayne à l’académisme de sa mise en scène. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 19 janvier 2015

Une merveilleuse histoire du temps

«C’est sans doute la phrase la plus anglaise que j’ai jamais entendue» dit Jane Hawkins (la très belle et très douée Felicity Jones) à sa mère (la revenante Emily Watson) qui lui propose d’aller chanter dans la chorale de sa paroisse. Une merveilleuse histoire du temps est, de même, le film le plus anglais qui soit, du moins selon une image internationale faite de patrimoine littéraire et de patrimoine tout court. Pourtant, cette bio filmée du cosmologiste Stephen Hawking, atteint de la maladie de Lou Gehrig (popularisée récemment par les pitreries humanitaires des stars lors du Ice Bucket challenge), paraissait bien éloignée de ce programme. Or, le film ne s’attarde guère sur les racines de son génie, sa passion des trous noirs, du big bang et de l’origine du temps, et son infirmité est surtout un formidable véhicule pour que le comédien qui l’incarne, Eddie Redmayne, offre une performance remarquable au sens où, des spectateurs aux votants de l’académie des oscars, tout le monde se plaira à la remarquer. Non, ce qui intéresse Anthony McCarten, le scénariste, et James Marsh, réalisateur du très fort

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Les films de février

ECRANS | En février, à défaut de grands films, il y aura des artistes et de la musique sur les écrans. Et notamment dans un documentaire déjà culte exhumant Sixto Rodriguez, folkeux oublié et désormais légendaire. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 1 février 2013

Les films de février

En général, quand le cinéma s’intéresse aux artistes, cela accouche de bio filmées lourdes comme le plomb où la maxime de Sainte-Beuve — la vie explique l’art — est suivie d’aussi près que les manuels de technique scénaristique d’un Robert MacKee. Le Hitchcock (6 février) de Sacha Gervasi semblait promis au même sort, et pourtant il y échappe partiellement. S’intéressant à un moment clé de la carrière du grand Alfred — celui où il décide de réaliser Psychose — il montre un cinéaste plus préoccupé par le public que par sa propre postérité, défiant studios et censeurs non pour faire triompher son intégrité artistique, mais pour s’assurer garantir l’efficacité de ses effets. Le film est plus laborieux lorsqu’il se penche sur les relations entre Hitchcock et sa femme Alma, tirant vers un vaudeville assez artificiel. Il reste recommandable pour la légèreté de sa mise en scène et la bienveillance de Gervasi envers ses personnages. À l’opposé de ce divertissement ludique, Shadow Dancer (6 février) de James Marsh est une des bonnes surprises du mois. Avec une mise en scène d’une précision chirurgicale, Marsh suit les pas d’une terroriste de l’IRA chopée la mai

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