"Convergence" : carrefour de création

Exposition | Mêlant actions sociales et histoire de l’art, l’exposition met en regard les pratiques artistiques de l’association Ruetabaga avec des œuvres contemporaines. Un point de rencontre qui ouvre un espace de création démocratique et sociologique, à découvrir à l’Ancien musée de peinture.

Charline Corubolo | Mardi 28 février 2017

Photo : Something Happens


Derrière le doux nom Mme Ruetabaga se cache une association dont la pratique sociale est le leitmotiv. De bidonvilles en camps, l'équipe organise des ateliers de rue mettant de côté toutes questions de genre et de différences sociales, ouvrant ainsi une brèche démocratique et collective afin de se réapproprier l'espace urbain à travers des moments de créations. Ces actions demeurent le point de départ de l'exposition Convergence où une multitude de productions entrent en résonance.

Dans l'enceinte de l'Ancien musée de peinture se dévoilent ainsi des photographies documentaires des travaux menés et leur résultat plastique. Un angle militant et réflexif où incube une dimension sociologique ; angle investit également par l'art contemporain. Artistes locaux, tels que Johan Parent, Virginie Piotrowski et Stéphane Billot pour ne citer qu'eux, apportent leur regard sur la question aux côtés d'artistes nationaux comme Ben ou Claude Closky. Détournements de codes quotidiens et discours sur la création contemporaine s'imbriquent alors, dans la pratique amateur comme professionnelle, pour une exposition savamment populaire où tout le monde se rencontre.

Convergence
À l'Ancien musée de peinture jusqu'au dimanche 5 mars


Convergence

Exposition collective
Ancien Musée de Peinture Place de Verdun Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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La culture façon puzzle

ACTUS | On se souvient que, l’été dernier, de nombreuses animations culturelles avaient été offertes à la curiosité du public, un peu partout dans les rues de (...)

Martin de Kerimel | Jeudi 14 janvier 2021

La culture façon puzzle

On se souvient que, l’été dernier, de nombreuses animations culturelles avaient été offertes à la curiosité du public, un peu partout dans les rues de Grenoble. Rebelote, en versio courte : cette fois, c’est au cours d’une fin d’après-midi que la ville va s’animer, malgré une météo incertaine et des températures frisquettes. Éclats de culture(s) : le titre de la manifestation est assez neutre et peu explicite. Musique, danse, poésie, théâtre, cinéma, clown… entre autres réjouissances annoncées, si le programme est respecté, il devrait toutefois y en avoir pour tous les goûts et dans tous les quartiers, à partir de 16h et jusqu’à 20h, heure fatidique du couvre-feu. La Ville promet qu’il sera possible de profiter de l’ensemble des propositions dans les meilleures conditions actuelles, depuis son balcon ou sa fenêtre, sur les places de marché ou à l’arrêt du tram le plus proche de chez soi. Une opportunité un peu plus alléchante que la conférence de presse de Jean Castex, programmée à 18h, et qui doit faire état des nouvelles mesures sanitaires édictées par le gouvernement – on surveillera bien sûr celles qui concernent le monde de la culture. Avec un petit regret tout de

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Wendy

ECRANS | Quand le train fantôme s’arrête en bas de chez elle, la jeune Wendy n’hésite pas : avec ses deux frères, elle quitte le bouiboui familial et la Louisiane pour (...)

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2020

Wendy

Quand le train fantôme s’arrête en bas de chez elle, la jeune Wendy n’hésite pas : avec ses deux frères, elle quitte le bouiboui familial et la Louisiane pour l’aventure offerte par Peter Pan. Sur son île fantastique, les enfants s’ébattent libres, sans vieillir. Seule condition : respecter les règles… Depuis Les Bêtes du Sud sauvage (2012) on attendait le retour et la confirmation de Benh Zeitlin ; quel plaisir de retrouver son empreinte intacte dans cette adaptation de Peter Pan somme toute cohérente avec son univers épique à hauteur d’enfants, où l’action progresse par envolées spiralées, autant portées par un irrésistible mouvement musical et la voix off que par un somptueux flamboiement visuel ! À la fois conte, transe new age et opéra, le cinéma de Zeitlin (et tout particulièrement Wendy) fouille les sensations primales de l’enfance pour retrouver la sincérité originelle du regard. Ce qui n’exclut pas une certaine violence psychologique rappelant Sa Majesté des mouches : ladite enfance est dévorée par l’apprentissage (ou la

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Des femmes au sommet

CONNAITRE | Et si ascension rimait avec émancipation ? C’est la conclusion de la sociologue Anne Benoit-Janin, qui vient de signer Les Népalaises de l’Everest, (...)

Martin de Kerimel | Mardi 8 décembre 2020

Des femmes au sommet

Et si ascension rimait avec émancipation ? C’est la conclusion de la sociologue Anne Benoit-Janin, qui vient de signer Les Népalaises de l’Everest, un livre-enquête passionnant, publié aux éditions Glénat. Le fruit d’une investigation menée sur place, à la faveur de nombreuses rencontres avec ces femmes alpinistes dans l’Himalaya. « Il faut savoir qu’avant d’imaginer escalader les montagnes, les femmes népalaises doivent affronter de nombreux handicaps, explique l’autrice. Elles viennent généralement d’un milieu très pauvre. C’est pourquoi, une fois mariées, elles n’ont plus le droit de quitter leur foyer, si ce n’est pour travailler dans les champs. » Celles qui se lancent dans l’aventure en paient parfois le prix, étant ensuite rejetées par leurs familles. La pionnière, Pasang Lhamu Sherpa, avait 31 ans quand elle est arrivée sur le toit du monde en 1993, soit quarante ans tout de même après les premiers hommes (Edmund Hillary et le Sherpa Tensing Norgay). Elle est décédée au cours de la descente, mais son nom continue d’être honoré dans son pays. Depuis, d’autres suivent son exemple, encore peu nombreuses. Anne Benoit-Janin avoue avoir été

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"Miss" : pas celle que vous croyez

ECRANS | Passer de l’exception à l’acceptation : telle est la situation d’Alex dans Miss, où un jeune homme à demi-marginalisé recherche un épanouissement libérateur en (...)

Vincent Raymond | Mercredi 28 octobre 2020

Passer de l’exception à l’acceptation : telle est la situation d’Alex dans Miss, où un jeune homme à demi-marginalisé recherche un épanouissement libérateur en mentant sur son identité et en participant au concours Miss France… Signée Ruben Alves, cette comédie grand public aux accents de feel good movie devrait contribuer à déghettoïser la situation des personnes transgenres. C'est d’autant plus vrai qu’elle est tournée avec la transparente complicité du Comité Miss France (qui s’achète ici une image de modernité, alors même que ses statuts poussiéreux prouvent régulièrement leur inadéquation avec la société contemporaine) et de comédiens hyper-populaires, comme Isabelle Nanty ou Thibaut de Montalembert en trav’…ailleuse du sexe au Bois. Mais ce film, qui tient beaucoup du conte d’Andersen, ne tiendrait pas sans la personne ni la personnalité d’Alexandre Wetter, qui fait exister le personna

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Caroline à Grenoble

ECRANS | Si le festival de Cannes avait eu lieu en mai comme il se doit, on aurait vu Patrick, l’un des protagonistes du nouveau film de Caroline Vignal (...)

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

Caroline à Grenoble

Si le festival de Cannes avait eu lieu en mai comme il se doit, on aurait vu Patrick, l’un des protagonistes du nouveau film de Caroline Vignal Antoinette dans les Cévennes, gravir les marches rouges du Palais des Festivals. Jusque là, rien d’étonnant. Sauf que si : Patrick est un âne. Certes, beaucoup d’ânes ont déjà arpenté la Croisette, mais celui-ci est un pur baudet à poil gris qui donne du fil à retordre à sa partenaire, interprétée par Laure Calamy, institutrice à la poursuite de son amant (une sorte de maîtresse au carré, si vous voulez). Caroline Vignal vous en dira davantage à l’occasion de l’avant-première qu’elle accompagne de sa présence. Mais sans âne. Ce sera jeudi 10 septembre, à 20h15, au cinéma Le Club.

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"Summer time… Un été en mouvement" et covid-compatible grâce au CCN2

SCENES | Comment vous est venue cette idée d’événement estival ? Rachid Ouramdane : Pendant le confinement, au CCN2, on subissait comme tout le monde la (...)

Aurélien Martinez | Mardi 7 juillet 2020

Comment vous est venue cette idée d’événement estival ? Rachid Ouramdane : Pendant le confinement, au CCN2, on subissait comme tout le monde la situation ; l’isolement, l’attente indéterminée… Finalement, à un moment, on s’est dit qu’il fallait arrêter d’attendre que la situation redevienne normale mais plutôt composer avec cette donne sanitaire. On a alors pris les devants en essayant de penser des projets covid-compatibles, et ainsi répondre à un certain appétit du public que l’on sentait bien. Comment ces deux mois vont-ils se dérouler ? Autour de deux grands axes. D’abord des propositions en plein air qui nous plongent en pleine nature. Ensuite d’autres qui jouent avec la contrainte sanitaire – se tenir à distance les uns des autres – en créant des espaces intérieurs plutôt intimistes avec des spectateurs uniques ou en très petit nombre mais dans des lieux immenses à contempler. Pour ainsi vivre des expériences fortes malgré cet isolement subi. Ces propositions en intérieur auront principalement lieu à l’Ancien Musée de peinture… On a essayé d’être sur plusie

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François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

ECRANS | La réalisation de ce film a-t-elle été pour vous une manière d’exécuter un pacte que vous auriez contracté avec vous-même, lecteur de 17 ans découvrant le roman de (...)

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

La réalisation de ce film a-t-elle été pour vous une manière d’exécuter un pacte que vous auriez contracté avec vous-même, lecteur de 17 ans découvrant le roman de Aidan Chambers ? François Ozon : Quand j’ai lu le livre, je n’étais pas encore cinéaste, c’est vrai, j’étais lycéen rêvant de faire du cinéma et je me suis dit que j’adorerais faire ce film, raconter cette histoire… En même temps, j’avais presque plus envie d’en être le spectateur. Peut-être que, déjà, je me sentais trop proche des personnages, je n’aurais pas été capable de raconter l’histoire. J’étais quasiment sûr d’ailleurs qu’un réalisateur comme Gus Van Sant, John Hughes ou Rob Reiner aurait pu s’en emparer et faire un teen movie à l’américaine. Mais ça c’est jamais fait. Quand j’en ai parlé à Aidan Chambers, qui a 85 ans aujourd’hui, il m’a dit que trois réalisateurs avaient essayé de l’adapter pendant toute cette période, sans succès. Après Grâce à Dieu — qui avait été un film un peu compliqué, vous vous doutez pourquoi — j’avais env

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Abou Leila

ECRANS | Algérie, années 1990. Depuis qu’il a été témoin d’un attentat, un policier dont la raison défaille est persuadé que le responsable de tout est le terroriste Abou (...)

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Abou Leila

Algérie, années 1990. Depuis qu’il a été témoin d’un attentat, un policier dont la raison défaille est persuadé que le responsable de tout est le terroriste Abou Leila. Son ami et collègue Lofti l’accompagne dans sa traque loin de la capitale, vers le sud du pays. Vers le sang et la folie… Il ne faut pas craindre l’épreuve de la durée ni l’errance dans toutes ses dimensions face à Abou Leila, objet cinématographique transfigurant un épisode de l’histoire politique récente de l’Algérie à travers les yeux d’un policier rendu fou par la guerre civile. Road movie aussi mental que géographique, ce premier long métrage se distingue en naviguant également dans le temps, hors des balises normatives d’une trop stricte linéarité, épousant autant que possible les cauchemars hallucinatoires du flic obsédé par sa cible. Bad trip au sens propre, le voyage se double d’une évocation des Algéries (pluriel signifiant, puisqu’entre la métropolitaine Alger au nord et les sahariennes dunes désertiques au sud, on a bien affaire à un pays double, ou partagé). De cett

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Eté 85

ECRANS | Normandie, été 1985. David sauve Alexis d’un naufrage. Très vite, une amitié profonde se noue entre les deux adolescents, qui se mue en romance passionnée. (...)

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Eté 85

Normandie, été 1985. David sauve Alexis d’un naufrage. Très vite, une amitié profonde se noue entre les deux adolescents, qui se mue en romance passionnée. Mais les amours d’été sont souvent éphémères et celle-ci débouchera sur un drame ainsi que sur un crime… Nul ne guérit jamais de son enfance et encore moins de son adolescence. L’une comme l’autre laissent une marque indélébile et invisible sous la peau adulte, pareille à une scarification intérieure. D’aucuns apprennent à apprivoiser leurs cicatrices en les caressant quand d’autres les torturent en les creusant ; tous les conservent néanmoins à portée de main. Ou d’inspiration lorsqu’il s’agit d’artistes. François Ozon ne fait évidemment pas exception. En adaptant La Danse du coucou, un roman découvert en 1985 alors qu’il avait peu ou prou l’âge des protagonistes, le cinéaste effectue une sorte “d’autobiographie divergée”. Non qu’il s’agisse ici de raconter au premier degré son propre vécu d’ado, mais plutôt d’user du substrat de l’intrigue écrite par Aidan Chambers pour concaténer et agréger l’essence de l’époque, p

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Benni

ECRANS | Benni, 9 ans et quelque, a un passé traumatique et une mère défaillante qui la font sombrer dans des crises d’une incoercible violence à la moindre contrariété. (...)

Vincent Raymond | Mardi 23 juin 2020

Benni

Benni, 9 ans et quelque, a un passé traumatique et une mère défaillante qui la font sombrer dans des crises d’une incoercible violence à la moindre contrariété. Ayant déjà usé toutes les patiences et solutions des services sociaux, elle trouve en Micha, son assistant de vie scolaire, un possible espoir… Des hurlements à déchirer cœur et tympans, une rage indicible ancrée au plus profond des tripes ; des poings, des pieds prêts à voltiger en tout sens si par malheur quelqu’un d’autre que sa mère lui touche le visage et de trop brèves accalmies… L’existence de Benni, criarde jusque dans ses vêtements, ressemble à un sismogramme bondissant sans cesse de crête en crête, où chaque crise est suivie d’un black out cotonneux hanté de flashes roses, souvenirs-refuges, limbes de la vie d’avant de cette gamine affamée d’une mère dépassée. Souvent éprouvant parce qu’il montre une succession d’impasses éducatives et affectives, parce qu’il présente des faux-espoirs ou des situations de danger pour Benni ou pour son entourage, parce qu’il rend visible l’absence de solutions de prise en charge

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Benoit Thiebergien : « Il faut que la solidarité avec les artistes soit aussi portée par les partenaires publics »

MUSIQUES | Ça ne doit pas être très agréable d’annuler un festival à quelques jours de son lancement… Benoit Thiebergien : On peut même dire que ça n’est pas agréable (...)

Aurélien Martinez | Lundi 30 mars 2020

Benoit Thiebergien : « Il faut que la solidarité avec les artistes soit aussi portée par les partenaires publics »

Ça ne doit pas être très agréable d’annuler un festival à quelques jours de son lancement… Benoit Thiebergien : On peut même dire que ça n’est pas agréable du tout. On était tous prêts, certaines résidences avaient même déjà commencé… Mais quand, vendredi 13 mars, on a appris que les rassemblements de plus de 100 personnes étaient interdits, on a tout de suite compris que l’on n’avait pas d’autre choix que d’annuler. Tout le monde dans l’équipe était abasourdi. Et les artistes aussi, bien sûr. La dixième édition aurait dû se tenir du 26 mars au 19 avril. Sera-t-elle reportée dans l’année ? Non, on ne peut pas la reporter, en décalant par exemple les trois semaines du festival en septembre, pour la simple et bonne raison que l’on travaille avec des salles partenaires – 48 lieux différents sur 20 communes tout de même, avec des grandes salles comme la MC2, la Belle Électrique ou la Rampe, des plus petites, des bibliothèques… Chaque projet est donc un cas particulier. Si on était un festival dans un lieu unique, on pourrait tout décaler, mais là c’est tout simplement impossible. Surtout qu’avant l’annu

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Sonic le film

ECRANS | Exilé sur la planète Terre, le hérisson bleu Sonic vit heureux caché dans une petite ville, jusqu’au jour où il déclenche accidentellement une gigantesque (...)

Vincent Raymond | Mercredi 12 février 2020

Sonic le film

Exilé sur la planète Terre, le hérisson bleu Sonic vit heureux caché dans une petite ville, jusqu’au jour où il déclenche accidentellement une gigantesque décharge énergétique. Le gouvernement dépêche un savant fou, le Dr Robotnik, pour tirer les choses au clair… La nostalgie n’ayant pas d’âge, chacun·e éprouve une douce mélancolie à la remembrance des décors de sa jeunesse. Quand les septuagénaires susurrent Âmes fifties, les quinqua beuglent L’Île aux enfants et les trentenaires s’emparent de leur console pour se taper des parties de Sonic. Point commun à tous ces comportements innocents : la recherche d’un plaisir régressif et irénique ; le retour à ce fameux paradis perdu à l’âge adulte, auquel ils accèdent par saccades lors de ces plongées dans le bleu des souvenirs… ou du logo Sega, en l’occurrence. Sonic le film illustre bien cette quête sans fin (n’est-ce d’ailleurs pas le propre d’un jeu vidéo d’être construit en quête ?) en révélant le désir un brin réactionnaire des fans de tout retrouver intact – la polémique sur l’évolution morphologique de leur personnage fétiche née de la première bande-annonce en tém

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La Dernière Vie de Simon

ECRANS | À part Thomas et Madeleine, personne ne connaît le secret de Simon, petit orphelin capable de prendre l’apparence de ceux qu’il touche. Quand Thomas est (...)

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

La Dernière Vie de Simon

À part Thomas et Madeleine, personne ne connaît le secret de Simon, petit orphelin capable de prendre l’apparence de ceux qu’il touche. Quand Thomas est victime d’un accident, Simon le remplace sans prévenir qui que ce soit. Dix ans plus tard, Simon va "ressurgir"… Du fantastique à la française ! C’est-à-dire héritier de la (bonne) littérature de la fin du XIXe siècle, du Horla de Maupassant, de L’Homme à l’oreille cassée d’About, de La Cafetière de Gautier, tous ces romans et nouvelles ayant profité du mouvement positivo-scientiste pour entrouvrir les volets du paranormal, pendant que Jules Verne conservait une rigueur toute cartésienne. Ici, point de pyrotechnie ni de super-héros en cape et collants, mais l’instillation perpétuelle du doute et de l’inquiétude : sur les visages, dans les regards, et même dans la douceur fluide des mouvements de caméra. Conte fantastique, La Dernière Vie de Simon tient également de l’habile réflexion identitaire, métaphorisant la dualité intérieure que peut ressentir un enfant adopté, même si l’amour qu’il reçoit de sa famille d’accueil lui permet de développer a

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Adoration

ECRANS | Adolescent d’une petite dizaine d’années, Paul vit dans l’enceinte d’un hôpital psychiatrique où sa mère travaille. Lorsque Gloria, jeune patiente de son âge (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Adoration

Adolescent d’une petite dizaine d’années, Paul vit dans l’enceinte d’un hôpital psychiatrique où sa mère travaille. Lorsque Gloria, jeune patiente de son âge est internée, Paul éprouve pour elle une fascination intense. Un acte irréversible va lier leurs destins et les entraîner dans une cavale folle… Retour aux fondamentaux pour Fabrice Du Welz, que sa parenthèse – ou la tentation ? – hollywoodienne avait sinon dispersé, du moins un peu dérouté de sa ligne originelle. Ultime volet de sa "trilogie ardennaise", Adoration n’en est certes pas le moins sauvage ni le moins exempt de mystères non élucidés, mais il semble convertir en lumière pure la vitalité débordante de ses protagonistes. Et même s’autoriser, suprême audace, une espérance dans une conclusion en forme d’épiphanie. Le cadre lui-même s’avère propice puisque la nature dans laquelle se dissolvent les fugitifs déborde de vie, de bienfaits estivaux et de rencontres favorables ; quant aux poursuivants, ils demeurent à l’état de silhouettes – rien à voir avec La Nuit du chasseur ! Ados adorés En fait, Gloria et Paul transportent avec eux leur

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Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part

ECRANS | Jean-Pierre, qui s’est jadis rêvé comédien, a depuis rejoint avec succès le négoce des vins. Aîné d’une fratrie comptant Juliette, prof démangée par l’écriture et (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part

Jean-Pierre, qui s’est jadis rêvé comédien, a depuis rejoint avec succès le négoce des vins. Aîné d’une fratrie comptant Juliette, prof démangée par l’écriture et tout juste enceinte, Mathieu, employé timide, et Margaux, photographe en galère, il traverse une phase difficile… En transposant à l’écran l’ouvrage homonyme d’Anna Gavalda, Arnaud Viard s’est attelé à un double défi. D’abord, d’unifier les nouvelles du recueil en une seule trame narrative sur le modèle de ce qu’avait accompli Robert Altman à partir de Neuf histoires et un poème de Carver pour bâtir son Short Cuts. Ensuite, de prendre le risque de décevoir les millions de lecteurs (voire adulateurs) de l’autrice qui avaient pu se forger du recueil leurs propres images. On ne contestera pas l’option choisie, évitant le morcellement du film à sketches, ni le choix de la distribution (les comédiennes et comédiens sont globalement bien trouvés, en particulier Rouve et Taglioni, quand la douleur les traverse comme un fantôme puis les habite). Mais quelle plaie de devoir, encore et toujours, subir ces destins de familles parisiennes pseudo normales, c’est-à-dire forcémen

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Swallow

ECRANS | La ravissante Hunter a tout pour être comblée : épouse d’un jeune et bel homme d’affaires, elle a cessé de travailler comme vendeuse et peut se consacrer à son (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Swallow

La ravissante Hunter a tout pour être comblée : épouse d’un jeune et bel homme d’affaires, elle a cessé de travailler comme vendeuse et peut se consacrer à son intérieur ainsi qu’à l’enfant qu’elle porte. Mais taraudée par l’ennui, elle se met à ingérer des objets hétéroclites. Maladivement. « Le mariage, ce n’est pas la mer à boire, mais la belle-mère à avaler.» Impossible de réduire Swallow (en français, avaler) à cette maxime franchouillarde, pareille à celles fleurissant jadis dans les colonnes l’Almanach Vermot. Derrière la trivialité de la formule affleure toutefois une forme de vérité dont ce film témoigne et dont peut également rendre compte Rosemary’s Baby : une jeune femme y est ravalée au rang de procréatrice, vampirisée par des ascendants désireux de s’approprier le fruit de ses entrailles. Issue d’un milieu populaire, propulsée par ses noces dans une classe supérieure, Hunter subit le poids d’un environnement dont elle ne connaît pas les codes et qui, la tolérant à peine, l’ignore en se montrant dominateur. Roméo et Juliette ont du plomb dans l’aile ! Jouant sur un décor glacé

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1917

ECRANS | 1917, dans les tranchées de France. Deux caporaux britanniques sont dépêchés par un général pour transmettre au-delà des lignes ennemies un ordre d’annulation (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

1917

1917, dans les tranchées de France. Deux caporaux britanniques sont dépêchés par un général pour transmettre au-delà des lignes ennemies un ordre d’annulation d’assaut afin d’éviter un piège tendu par les Allemands. Une mission suicide dont l’enjeu est la vie de 1600 hommes… Depuis que le monde est monde, l’humanité semble avoir pour ambition principale de se faire la guerre. Kubrick ne marque-t-il pas l’éveil de notre espèce à "l’intelligence" par l’usage d’une arme dans 2001 : l’Odyssée de l’espace ? Et quand elle ne se la fait pas, elle se raconte des histoires de guerre. Ainsi, les premiers grands textes (re)connus comme tels sont-ils des récits épiques tels que L’Iliade et L’Odyssée, ayant pour toile de fond le conflit troyen. À la guerre comme à la guerre Si la pulsion belliciste n’a pas quitté les tréfonds des âmes, comme un rapide examen géopolitique mondial permet de le vérifier, la narration littéraire occidentale a quant à elle suivi une inflexion consécutive aux traumatismes hérités des deux conflits mondiaux. Art plus jeune et régi par d’autres impératifs (celui de servir d’instrument de con

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Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

ECRANS | Un thème commun se dégage de votre film Un vrai bonhomme et de Mon inconnue que vous avez co-écrit avec Hugo Gélin : l’uchronie, ou l’idée de permettre à des (...)

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un thème commun se dégage de votre film Un vrai bonhomme et de Mon inconnue que vous avez co-écrit avec Hugo Gélin : l’uchronie, ou l’idée de permettre à des personnage d’accomplir des destinées alternatives. Est-ce délibéré ? Benjamin Parent : Pas du tout. Dans Mon Inconnu, l’idée d’uchronie vient d’Hugo ; je l’ai développée et essayé de développer la dramaturgie sur l’uchronie "la plus intéressante". Je trouve que l’uchronie permet de raconter l’histoire d’une manière extrêmement drastique, avec ce truc d’inversion absolue des choses : et si on pouvait rencontrer ses parents et qu’on se rendait compte que son père était un blaireau et que sa mère voulait nous choper, qu’est-ce qu’on ferait ? L’uchronie, finalement, c’est un pitch radical, qui permet plein de possibilités et un déploiement de l’imaginaire. Un vrai bonhomme, où le personnage de Léo est une extension de celui de Tom, permet également le déploiement de l’imaginaire. Donc du vôtre à travers eux… Effectivement. Mais plus qu’une uchronie, cela joue sur le principe de ce que l’on montr

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Un vrai bonhomme

ECRANS | Ado introverti ayant toujours subi l’aura solaire de de son frère Léo, Tom fait sa rentrée dans un nouveau lycée. Heureusement, Léo est là pour lui prodiguer (...)

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Un vrai bonhomme

Ado introverti ayant toujours subi l’aura solaire de de son frère Léo, Tom fait sa rentrée dans un nouveau lycée. Heureusement, Léo est là pour lui prodiguer encouragements et conseils. Sauf que depuis un accident de la route fatal à Léo, celui-ci n’existe plus que dans la tête de Tom… On ne divulgâche rien en dévoilant d’entrée le fait que Léo est ici un personnage imaginaire, puisque Benjamin Parent s’arrange pour lever toute ambiguïté à ce sujet dès la minute 18. Tout l’enjeu de son film n’est pas de fabriquer un mystère à la Shayamalan pour le public, mais d’inclure ce dernier dans la névrose de son héros ; de lui faire partager les affects d’un adolescent mal remis d'un traumatisme et croyant trouver par cet expédient le chemin de la résilience. Mon frère, ce halo Comédie, drame ? Disons dramédie bien tempérée, ce qui constitue un tour de force : rares sont en effet les films hexagonaux capables d’aborder la question adolescente sans s’abandonner à des récits d’amourettes (La Boum), à des pitretries pathétiques (

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Réouverture de l’Institut Benjamenta

ECRANS | Attention, curiosité ! Près d’un quart de siècle après sa sortie, le premier long métrage des Frères Quay revient sur les écrans. Cette renaissance "hors du temps" (...)

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Réouverture de l’Institut Benjamenta

Attention, curiosité ! Près d’un quart de siècle après sa sortie, le premier long métrage des Frères Quay revient sur les écrans. Cette renaissance "hors du temps" lui rend un fier service en le nimbant d’une patine supplémentaire le rendant davantage atemporel et surtout en lui conférant ce prestige d’objet singulier dont il fut jadis un peu privé. Certes, on le remarqua à l’époque – comment aurait-il pu en être autrement ? Le bizarre se distingue toujours –, mais l’accent fut parfois mis sur des aspects éloignés de ses qualités intrinsèques (comme le fait, par exemple, qu'il soit signé par des frangins dans la décennie du centenaire du cinéma, où les paires fraternelles pullulaient : Coen, Wachowski, Farelly, Dardenne…). On chercha aussi à l’inscrire dans la mouvance esthétique du néo-expressionniste pratiqué avec réussite, d’ailleurs, par une armée de formalistes titillés par la chute du Mur : Lars von Trier (Europa), Steven Soderbergh (Kafka), Woody Allen (Ombres et Brouillard), etc. Adaptation de Robert Walser, Institut Benjamenta (199

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"Little Joe" : graine de malheur

ECRANS | Amy travaille dans un laboratoire de phytogénétique sur le projet Little Joe, une plante rendant ses possesseurs heureux. Mais à la suite d’une série de (...)

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

Amy travaille dans un laboratoire de phytogénétique sur le projet Little Joe, une plante rendant ses possesseurs heureux. Mais à la suite d’une série de dysfonctionnements, le "prototype" contamine son fils et certains chercheurs, qui commencent à agir étrangement… Sur le papier, Little Joe aguiche plus qu’il ne promet tant ce conte moral paraît en phase avec des préoccupation sociétales, éthiques, biologiques et écologiques. Jessica Hausner, la réalisatrice, coche toutes les cases en abordant autant les dangers encourus par la manipulation du vivant que le désir illusoire de fabriquer un bonheur universel… mais totalement artificiel – sur ce chapitre, la science n’est pas la seule concernée par cette philippique filmique : les religions affirment à leurs adeptes que leurs doctrines aspirent aux mêmes résultats. Cette promesse de mieux vivre ne peut qu’aboutir à une catastrophe, au nom de l’adage « le mieux est l’ennemi du bien » : le pollen de Little Joe transforme ceux qui le respirent en monstres dépourvus d’empathie. À cette fable effrayante, la cinéaste ajoute une dimension plastique stupéfian

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Un Théâtre Sainte-Marie-d'en-bas pour « offrir à Grenoble un lieu dédié aux musiques de création »

ACTUS | Vous venez de prendre la direction du Théâtre Sainte-Marie-d’en-bas. Comment avez-vous imaginé la programmation de ce lieu ? Benoît Thiebergien : Le (...)

Benjamin Bardinet | Mardi 1 octobre 2019

Un Théâtre Sainte-Marie-d'en-bas pour « offrir à Grenoble un lieu dédié aux musiques de création »

Vous venez de prendre la direction du Théâtre Sainte-Marie-d’en-bas. Comment avez-vous imaginé la programmation de ce lieu ? Benoît Thiebergien : Le projet que j’ai proposé à la Ville reste le même que celui du Centre international des musiques nomades qui est la structure porteuse du festival Les Détours de Babel. Il s’agit donc d’offrir à la ville un lieu dédié aux musiques de création, à la croisée des formes contemporaines, improvisées et traditionnelles et surtout à la richesse de leur dialogue. Il n’y avait jusqu’à présent pas vraiment de lieu dédié à ces esthétiques. Cela vient donc combler un manque et surtout enrichir l’offre musicale grenobloise. Quels seront les temps forts et les singularités de votre programmation ? Le théâtre va devenir un lieu de fabrique, d’élaboration, un espace qui donne le temps aux artistes de construire leurs projets. Il y aura donc une permanence artistique à travers des résidences qui vont s’enchaîner presque toutes les semaines et dont le public sera invité à découvrir le travail à l’occasion des soir

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"Les maux et les choses" : art-bsurde signé Johan Parent et Vadim Sérandon

ARTS | Un goût pour l'absurde et la dérision : voilà ce qu'ont en commun les œuvres de Johan Parent et Vadim Sérandon réunies à l’Espace Vallès dans (...)

Benjamin Bardinet | Mardi 24 septembre 2019

Un goût pour l'absurde et la dérision : voilà ce qu'ont en commun les œuvres de Johan Parent et Vadim Sérandon réunies à l’Espace Vallès dans l'exposition Les maux et les choses. Le premier a imaginé son espace comme une grande installation qui transforme le rez-de-chaussée du centre d’art de Saint-Martin-d'Hères en une sorte de bureau de type open space. Palmiers factices et lumière en néon participent à la création d’un univers aseptisé qui dissimule mal son potentiel anxiogène et dans lequel se dissimulent des œuvres qui, à l’image du monde du travail, souvent, tournent à vide : deux loupes qui permettent d’observer un miroir par exemple. À l’étage, Vadim Sérandon propose une série d’objets détournés auxquels il donne des titres qui jouent sur le décalage entre les mots et les objets. Notre préféré : une tapette à moustiques découpée en forme de croix orthodoxe, devient une « tapette à mystiques ». Plus loin, une série de compositions minimales géométriques réalisées à partir de table ikea est titrée IKEbanA en hommage à l’art nippon de la composition florale. Rigolo.

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"Le Roi Lion" : c’est l’histoire de la vie (bis)

ECRANS | Dans la savane africaine, la naissance de Simba, le fils du roi lion Mufasa, ravive la colère de Scar, frère et rival de ce dernier qui fomente un plan (...)

Vincent Raymond | Lundi 15 juillet 2019

Dans la savane africaine, la naissance de Simba, le fils du roi lion Mufasa, ravive la colère de Scar, frère et rival de ce dernier qui fomente un plan diabolique pour le tuer, aidé par les hyènes. Et il y parvient. Débarrassé de son aîné, Scar persuade Simba qu’il est responsable de mort de son père et le contraint à l’exil… Le Roi Lion étant depuis un quart de siècle l’un des plus grands succès de la Maison de Mickey, cette nouvelle version à l’identique rassurera ses nombreux fanatiques : l’esprit de l’histoire, sa morale et son tempo demeurent inchangés. C’est sa forme qui a naturellement subi les plus profondes modifications. Il serait erroné de croire que la stratégie de reprise des "classiques" d’animation des studios Disney en film "en prises de vues réelles" soit gouvernée par une unique logique – fût-elle de rentabilité commerciale. Les productions se succédant, avec une accélération exponentielle ces derniers mois, elles ne font pas que suivre à la lettre le canevas des scripts existants : chaque film constitue ainsi une sorte de mini laboratoire où s’élabore à risques (et coûts) maîtrisés le cinéma de demain. Pr

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Jamel Debbouze : « On est dans un classique, on a l’impression d’être au Louvre ! »

ECRANS | Avez-vous un souvenir de votre première vision du Roi Lion de 1994 ? Anne Sila : Je ne me souviens pas de la première fois, mais je l’ai vu un millier (...)

Vincent Raymond | Lundi 15 juillet 2019

Jamel Debbouze : « On est dans un classique, on a l’impression d’être au Louvre ! »

Avez-vous un souvenir de votre première vision du Roi Lion de 1994 ? Anne Sila : Je ne me souviens pas de la première fois, mais je l’ai vu un millier de fois, je le connais par cœur ! Il fait partie des histoires qui, bizarrement, touchent tout le monde, quoi qu’on ait vécu : il touche à l’enfance, et on retrouve notre petit cœur de bébé (sourire). Jamel Debbouze : J’ai tout fait pour le voir à l'époque, c’était un événement tellement incroyable, tout le monde en parlait, on ne pouvait pas passer à côté ! Je me rappelle avoir resquillé tellement j’avais envie de le voir : un ami à Trappes avai t payé sa place au cinéma Le Grenier à Sel et avait ouvert la porte de secours…(rires)Je me souviens encore très bien de toutes les sensations, j’étais passé par tous les états : la joie, de la peine, et re-de la joie… C’est un film incroyable. On a tous vu des images du nouveau film, et même si on a tous été au cinéma souvent, c’est aussi incroyable : j’ai rarement vu un truc pareil, ça défie les lois de la pesanteur ! On voit des animaux parler, vivre, se mouvoir… La première fois, l’histoire m’ava

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"Entre deux eaux" : quand Bénédicte Vallet suspend le temps à la Grange Dîmière

ARTS | Bâtiment datant du XVIIe siècle (c'était une dépendance du monastère Chartreux de la Sylve-Bénite), la Grange Dîmière située au Pin (dans le Pays voironnais), en pleine (...)

Aurélien Martinez | Mardi 2 juillet 2019

Bâtiment datant du XVIIe siècle (c'était une dépendance du monastère Chartreux de la Sylve-Bénite), la Grange Dîmière située au Pin (dans le Pays voironnais), en pleine nature, est aujourd'hui un lieu culturel qui, chaque été, propose à un.e artiste d'exposer dans son antre magistral – 18 mètres de hauteur sous charpente tout de même. Jusqu'au dimanche 29 septembre, c'est la plasticienne Bénédicte Vallet qui l'investit, avec ses sculptures en céramique disséminées ici et là : une échelle avec des barreaux fragiles s'enroulent autour d'une poutre, un filet de pêche tendu recueille de drôles de coquillages et animaux marins, des fossiles sont posés à même le sol... L'artiste joue ainsi avec la matière, sa perception. Et, par ricochets, avec les regardeurs qui ont toute latitude pour analyser (ou non) ce qu'elle leur propose – et même prolonger leur parcours à l'extérieur. Baptisée Entre deux eaux, son exposition sensitive semble alors comme hors du temps, aspect renforcé par le lieu même de présentation.

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"Vif-Argent" : corps et âme

ECRANS | Juste n’est plus vraiment de ce monde : invisible aux vivants, il a négocié avec les "autorités" de l’au-delà pour accompagner les défunts de l’autre côté en (...)

Vincent Raymond | Jeudi 25 juillet 2019

Juste n’est plus vraiment de ce monde : invisible aux vivants, il a négocié avec les "autorités" de l’au-delà pour accompagner les défunts de l’autre côté en leur faisant raconter un souvenir. Il croise un jour Agathe, bien vivante, qui le voit et le reconnaît. La mécanique serait-elle enrayée ? De tous les films ayant fréquentés la Croisette cette année et qu’il nous ait été donné l’occasion de voir pour l’instant, celui-ci est sans doute celui déployant la plus grande ambition poétique… tout en demeurant d’une exquise et discrète sensibilité. Déjà auréolé du Prix Jean-Vigo, Vif-Argent mérite qu’on lui consacre de l’attention. Juste apparaît (comme le titre le laisse entendre) pareil au messager des dieux, et doit rendre des comptes à la redoutable Dr Kramartz – autrement dit "la doctoresse de la substance". Ni vivant ni trépassé, il se trouve de fait prisonnier d’une zone intermédiaire qui n’est pas sans évoquer celle jadis conçue par Cocteau pour sa transposition du mythe d’Orphée, dont ce film constitue une forme de continuité : après tout, il s’agit bien d’aller reconquérir un amour avalé par le royaume d’Hadès ? Cette

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"Yves" : robot après tous

ECRANS | En galère personnelle et artistique, Jérem (William Lebghil) s’est installé chez sa feue grand-mère pour composer son album. Mentant sur sa situation, il (...)

Vincent Raymond | Lundi 24 juin 2019

En galère personnelle et artistique, Jérem (William Lebghil) s’est installé chez sa feue grand-mère pour composer son album. Mentant sur sa situation, il s’inscrit pour devenir testeur d’un réfrigérateur tellement intelligent baptisé Yves qu'il va devenir son valet, son confident, son inspirateur et finalement son rival… Mieux vaut rire, sans doute, de la menace que constituent les progrès de l’intelligence artificielle et le déploiement – l’invasion – des objets connectés dans l’espace intime. D’un rire couleur beurre rance, quand chaque jour apporte son lot "d’innovations" dans le secteur du numérique et des assistants personnels ou de l’agilité des robots androïdes. Sans virer dans le catastrophisme ni prophétiser pour demain le soulèvement des machines décrit par la saga Terminator, mais en envisageant un après-demain qui déchante lié à l’omniprésence de ces technologies ou à notre tendance à tout leur déléguer inconditionnellement. Mister Freezer Yves n’es

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Les trois soirées de la fin juin (avec, notamment, un immense DJ)

MUSIQUES | 28.06.19 > Belle électrique Ben Klock Figure incontournable de la scène techno berlinoise, résident historique du fameux club Berghain et fervent (...)

Damien Grimbert | Mercredi 19 juin 2019

Les trois soirées de la fin juin (avec, notamment, un immense DJ)

28.06.19 > Belle électrique Ben Klock Figure incontournable de la scène techno berlinoise, résident historique du fameux club Berghain et fervent défenseur d’une techno pure, dure, rigide et qui file droit, Ben Klock (photo) est de retour à la Belle électrique pour la quatrième fois en cinq ans. De quoi satisfaire ses nombreux fans, d’autant qu’il se fendra pour l’occasion d’un set exceptionnel de 4 heures en continu. Mais aussi provoquer quelques (compréhensibles) grincements de dents, même s’il faut reconnaître à la Belle électrique d’avoir fait pas mal d’efforts pour diversifier sa programmation électronique depuis un an. 28.06.19 > Drak-Art Noche de Sonido Amateurs de cumbia, reggaeton et autres styles musicaux en provenance des tropiques propices aux déhanchements (plus ou moins) contrôlés, cette Noche de Sonido devrait amplement combler vos attentes grâce à un line-up en tout point irréprochable. Aux platines, on retrouvera ainsi le DJ/producteur Me

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"X-Men : Dark Phoenix" : 50 nuances de Grey

ECRANS | 1992. Partie avec les X-Men à la rescousse d’astronautes en détresse, Jean Grey est submergée par un magma cosmique qui déchaîne ses pouvoirs en puisant dans (...)

Vincent Raymond | Mercredi 5 juin 2019

1992. Partie avec les X-Men à la rescousse d’astronautes en détresse, Jean Grey est submergée par un magma cosmique qui déchaîne ses pouvoirs en puisant dans les aspects obscurs de son passé. Incontrôlable et dangereuse, elle rejette Xavier et compte sur l’aide de Magneto… L’absence de Bryan Singer, mis à l’index pour des accusations d'agression sexuelle, serait-elle à déplorer ? Force est de reconnaître que l’avance prise par la bande à Xavier sur la troupe de Stark a fondu comme la calotte polaire : la vitesse déployée par les Avengers dans le diptyque habité par Thanos a rattrapé et ordonné l’accumulation foutraque (parfois poussive) qui diluait les enjeux à force de tonalités divergentes. Limitant ses spin-off aux aventures de Wolverine (achevées en apothéose dans Logan), voire à l’inclassable Deadpool, les X-Men avaient pour eux une cohérence globale, conséquence directe des schémas narratifs reposant sur des oppositions duelles (Xavier contre Magneto, humanité contre mutants…) ; de bonnes rivalités bipolaires fondées sur des présupposés manichéens ainsi que sur la puissance du psychisme, de l’affect, de la télékinésie… Un équilibre binai

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"Venise n'est pas en Italie" : lacunes sur la lagune

ECRANS | Tout sépare Émile de Pauline, la collégienne dont il est épris : lui vit avec sa famille bohème (les Chamodot) dans une caravane ; elle réside dans la villa (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 mai 2019

Tout sépare Émile de Pauline, la collégienne dont il est épris : lui vit avec sa famille bohème (les Chamodot) dans une caravane ; elle réside dans la villa cossue de ses parents bourgeois. Quand elle l’invite à Venise pour l’été, Émile se réjouit… brièvement. Car ses parents veulent l’accompagner. En adaptant ici son propre roman lointainement autobiographique (succès en librairie), déjà porté (avec autant de bonheur) par lui-même sur les planches, le sympathique Ivan Calbérac avait en théorie son film tourné d’avance – le fait d’avoir en sus la paire Benoît Poelvoorde / Valérie Bonneton parmi sa distribution constituant la cerise sur le Lido. Las ! Le réalisateur a jeté dans un grand fait-tout les ingrédients d’une comédie familiale un peu Tuche et d’une romance d’ados un peu Boum, quelques tranches de road-movie, un peu d’oignon pour faire pleurer à la fin, nappé le tout d’une sauce Roméo & Juliette. Et puis il a oublié sa gamelle sous le feu des projecteurs. Résultat ? Un bloc hybride et peu digeste, où l’on distingue trois ou quatre possibilités de film, mais où aucun ne parvient à trouver sa cohérence. Alo

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"Le Jeune Ahmed" : le ver dans le fruit

ECRANS | Ahmed, 13 ans, vient de basculer dans l’adolescence et fréquente avec assiduité la mosquée du quartier dirigée par un imam fondamentaliste. Fasciné par le (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 mai 2019

Ahmed, 13 ans, vient de basculer dans l’adolescence et fréquente avec assiduité la mosquée du quartier dirigée par un imam fondamentaliste. Fasciné par le destin de son cousin djihadiste et désireux de plaire à son mentor, Ahmed commet une tentative d’assassinat sur une professeure… Toujours identique à lui-même et cependant constamment différent, le cinéma des frères Dardenne n’en finit pas de cartographier le paysage social contemporain, à l’affût de ses moindres inflexions pour en restituer dans chaque film la vision la plus rigoureuse. À eux (donc à nous) les visages de la précarité, la situation des migrants ou des réfugiés ; à eux également comme ici (avant de peut-être porter un jour leur regard sur l’exploitation "uberissime" de la misère) la radicalisation dans les quartiers populaires d’ados paumés entre deux cultures, la cervelle lessivée par de faux prophètes les brossant dans le sens du poil pour mieux les manipuler. À l’horreur économique s’est en effet ajoutée une très concrète abomination terroriste tout aussi internationalisée, usant de techniques de recrutement n’ayant rien à envier au cynisme des entreprises capitalistes : to

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Benoît Poelvoorde : « Sempé observe le détail et le rend énorme »

ECRANS | Pensez-vous que Raoul Taburin soit un conte philosophique ? Benoît Poelvoorde : En tout cas, c’est une histoire très humaniste. Il faudrait poser la (...)

Vincent Raymond | Mercredi 17 avril 2019

Benoît Poelvoorde : « Sempé observe le détail et le rend énorme »

Pensez-vous que Raoul Taburin soit un conte philosophique ? Benoît Poelvoorde : En tout cas, c’est une histoire très humaniste. Il faudrait poser la question à Sempé – moi-même j’avais envie – mais il ne répondra jamais. Pour moi, faire du vélo, c’est l’image de l’apprentissage ; faire du vélo en retirant les petites roulettes, c’est entrer dans la vie. Une fois que tu commences à pédaler, c’est exponentiel, tu vas bouger et te dire : comment ai-je pu avoir si peur ? D’ailleurs, on pourrait réfléchir : est-ce que mettre les roulettes n’encombre pas ? À force d’être tombé trois ou quatre fois, on se dit qu’on va faire du vélo uniquement pour le plaisir de ne plus tomber. Et une fois qu’on commence à pédaler, on se dit : c’était aussi con que ça ? C’est un peu comme rentrer dans l’eau froide. Alors, est-ce qu’on a fait un film philosophique ? Sempé en tout cas a fait un ouvrage philosophique. On peut le prendre comme toutes les choses très simples et universelles, de manière philosoph

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"Raoul Taburin" : le supplice du deux-roues

ECRANS | En dépit de ses efforts, et depuis son enfance, Raoul Taburin (Benoît Poelvoorde) n’est jamais parvenu à se tenir sur un vélo. L’ironie du sort fait que tous (...)

Vincent Raymond | Mercredi 17 avril 2019

En dépit de ses efforts, et depuis son enfance, Raoul Taburin (Benoît Poelvoorde) n’est jamais parvenu à se tenir sur un vélo. L’ironie du sort fait que tous le prennent pour un crack de la bicyclette et qu’il est devenu le champion des réparateurs. L’arrivée d’un photographe dans son village va changer son destin… Cette libre adaptation de l’album illustré de Sempé ressemble à une rencontre entre L’Homme qui tua Liberty Valance (1962) (pour sa fameuse morale "Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende" condamnant certains imposteurs malgré eux à supporter leur gloire indue) avec le réalisme magique, rendant anodin le surgissement d’éléments surnaturels. Ici, la bicyclette verte de Raoul paraît douée d’une vie propre, et le feu du ciel frapper ceux à qui il s’ouvre de ses secrets. Cela pourrait aussi bien être des hallucinations ou des coïncidences ; à chacun de déterminer son seuil tolérance à la poésie. Mettre en mouvement un conte narrant l’impossibilité pour un personnage de défier la gravité sur son vélo tient de la gageure, mais Pierre Godeau relève le gant en respectant la tonalité dél

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"Victor et Célia" : et si on passait au salon ?

ECRANS | Même si l’affaire n’est pas bouclée à 100%, c’est sûr : Victor et Ben vont ouvrir le salon de coiffure de leurs rêves. Hélas, Ben meurt brutalement et Victor (...)

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

Même si l’affaire n’est pas bouclée à 100%, c’est sûr : Victor et Ben vont ouvrir le salon de coiffure de leurs rêves. Hélas, Ben meurt brutalement et Victor part en quête de l’associé·e idéal·e. Tout le dirige vers Célia, son ancienne partenaire de l’école de coiffure. Il reste encore à la convaincre… De l’entreprise à l’artisanat, Pierre Jolivet se sera penché sur toutes les formes de sociétés ou de commerces à périmètre humain. Car justement, ce sont les transactions entre les individus qui l’intéressent, davantage que les affaires de négoce génératrices de profit. Le cinéaste excelle dans la description de ces entraves susceptibles de contrarier l’épanouissement personnel, qu’il s’agisse d’obstacles administratifs, de fatalité voire d’une romance – ce dernier point (également connu sous le dicton "no zob in job") étant à nuancer : on ne divulgâchera rien en sous-entendant que Victor et Célia vont être tendrement de mèche. C’est d’ailleurs leur relation amoureuse un brin contrariée par leurs scrupules mutuels (elle est en couple, lui trop bon camarade pour l’entreprendre) qui alimentera la dynamique du film, lui conférant son éclat et sa t

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"Working Woman" : chronique d'un harcèlement (malheureusement) ordinaire

ECRANS | Alors que son mari peine avec son restaurant, Orna trouve un job dans l’immobilier où son efficacité fait merveille. Mais son patron commence à se livrer à (...)

Vincent Raymond | Mardi 16 avril 2019

Alors que son mari peine avec son restaurant, Orna trouve un job dans l’immobilier où son efficacité fait merveille. Mais son patron commence à se livrer à des allusions déplacées et des privautés. Orna le tient à distance et n’en dit rien à son mari. Jusqu’au geste de trop… La mécanique est hélas trop connue, mais il n’est jamais inutile de rappeler la terrible spirale qui conduit un·e supérieur·e à user de son autorité sur un·e subalterne pour obtenir des faveurs. De montrer son approche prédatrice mâtinée de bienveillance cauteleuse et d’allusions libidineuses passant pour de la familiarité complice. En réalité, il s’agit d’une stratégie perverse visant à déstabiliser la victime : flattée pour ses compétences, puis son apparence, Orna est ensuite rendue coupable de susciter du désir chez son "pauvre" patron. Lequel manie dans le même temps la carotte économique ou joue de son influence pour la rendre redevable, silencieuse et donc finalement soumise à ses caprices. Mais si la réalisatrice israélienne Michal Aviad a appelé son film Working Woman, c’est bien parce que son héroïne se définit par sa force de travail e

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"Curiosa" : chambre avec vues

ECRANS | Paris, fin XIXe. Pour sauver les finances familiales, Marie de Héredia est "cédée" par son poète de père au fortuné Henri de Régnier, alors qu’elle aime son (...)

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Paris, fin XIXe. Pour sauver les finances familiales, Marie de Héredia est "cédée" par son poète de père au fortuné Henri de Régnier, alors qu’elle aime son meilleur ami, le sulfureux Pierre Louÿs. Tous deux entretiendront malgré tout une liaison suivie, émaillée de photographies érotiques… Quand une chambre (noire) peut être le lieu de toute les passions… La réalisatrice Lou Jeunet donne une vigueur nouvelle et réciproque à l’expression "taquiner la muse" en animant son élégant trio – lequel ne restera pas longtemps prisonnier de sa relation triangulaire. La relation entre Pierre et Marie (où Henri fait figure d’électron satellite, ou d’observateur consentant) admet plus ou moins volontiers d’autres partenaires et inspire, outre des clichés porno/photographiques, une abondante correspondance ainsi qu’une féconde production littéraire chez les deux amants – sans parler d’un rejeton adultérin. Aussi paradoxal que cela paraisse, c’est le voyeurisme de l’érotomane Louÿs qui permettra l’émancipation de Marie : en découvrant l’exultation des corps, la jeune femme va trouver les ressources pour s’affranchir d’un patriarcat plus obscène q

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"Mon inconnue" : je t’aime, je t’aime

ECRANS | Dix ans après leur coup de foudre, Raphaël et Olivia vivent ensemble. Lui est devenu auteur à succès, elle a remisé ses rêves de concertiste. Un matin, Raphaël (...)

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Dix ans après leur coup de foudre, Raphaël et Olivia vivent ensemble. Lui est devenu auteur à succès, elle a remisé ses rêves de concertiste. Un matin, Raphaël s’éveille dans un monde alternatif où ils n’ont jamais fait connaissance. Il doit la séduire pour espérer reprendre sa vie d’avant… Plutôt enclin aux comédies de potes et d’enfants malades ruisselant de bons sentiments, Hugo Gélin aurait-il atteint, avec ce troisième long-métrage, le fatidique "film de la maturité" ? Il s’inscrit ici en tout cas dans le sillage plutôt recommandable de Richard Curtis (et son charmant About time de 2013), voire d'Harold Ramis (pour l’indispensable Un jour sans fin sorti en 1993), maître de cette spécialité anglo-saxonne qu’est la comédie fantastico-sentimentale se lovant dans les replis du temps. À la fois léger comme l’exige la romance et dense du point de vue narratif (saluons au passage l’efficacité du montage et sa fluidité), Mon inconnue remplit son office en rapprochant in extremis des amants désunis voués à s’aimer et en parsemant de magie leurs roucoulades contrariées. Aux côtés de l’impeccable couple d

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"Gentlemen cambrioleurs" : casse vermeil

ECRANS | Peu après la trépas de son épouse, le septuagénaire Brian Reader est tenté de reprendre du service dans le corps de métier où il a excellé en toute discrétion : la (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Peu après la trépas de son épouse, le septuagénaire Brian Reader est tenté de reprendre du service dans le corps de métier où il a excellé en toute discrétion : la cambriole. Tuyauté par un jeunot, Brian réunit sa troupe d’experts vieillissants pour un ultime coup d’éclat… Pas besoin d’être grand clerc pour voir dans cette *comédie policière* un dérivé pour public sénior deu fameux Ocean Eleven, avec une distribution appropriée – elle réunit la crème des veilles barbes anglaises (qui jadis furent, pour certains, les jeunes premiers britanniques). En l’absence de Peter O’Toole, Oliver Reed, Alan Bates et Richard Harris excusés pour cause de décès, Ray Winston, Michael Gambon et Jim Broadbent font le job – c’est-à-dire cabotinent selon les exigences d’un scénario poussif quand il n’est pas entortillé comme un fil de téléphone à cadran. Gags rhumatisants, répliques arthritiques et action asthmatiforme pimentent le casse et l’enquête parallèle menée par la police : tous les ingrédients sont donc réunis pour accompagner une bonne sieste de fin d’après-midi.

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"Let’s Dance" : Ladislas Chollat, pointes courtes

ECRANS | Joseph, Emma et Karim rêvent de remporter un concours de hip-hop. Retenus dans le crew de Youri, ils s’embrouillent avec lui et provoquent son départ (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Joseph, Emma et Karim rêvent de remporter un concours de hip-hop. Retenus dans le crew de Youri, ils s’embrouillent avec lui et provoquent son départ ainsi que celui d’Emma. Pour triompher malgré tout, ils auront besoin de l’aide d’un prof de danse classique, Rémi, et de ses élèves… Première réalisation cinématographique d’un homme de spectacle reconnu pour avoir notamment mis en scène la comédie musicale Résiste, ce film de danse mise sur la fusion entre hip-hop et ballet sur fond de trame romantique standard – Roméo et Juliette, on sait que ça fonctionne. Le seul problème, c’est que c’est aussi neuf qu’une pièce de cent sous. L’extrême minceur de l’argument n’est pas compensée par la concrétisation du projet de réunion des deux styles chorégraphiques, Ladislas Chollat montrant dans sa scène finale une sorte de juxtaposition entre street-danse et arabesques. Dommage également qu’il préfère à de grands plans-séquences célébrant l’ensemble des numéros dansés un montage cut qui les hache, au nom du "rythme". Malgré tout, si l’on considère ce film comme un bout d’essai, on devine un potentiel qui demandera à être approfondi. À suivre, donc…

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"Dernier amour" : plaire, aimer, éconduire vite

ECRANS | Au soir de sa vie, Casanova évoque à une confidente un épisode de sa vie aventureuse se déroulant à Londres, où il vivait alors en exil. Un souvenir douloureux (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Au soir de sa vie, Casanova évoque à une confidente un épisode de sa vie aventureuse se déroulant à Londres, où il vivait alors en exil. Un souvenir douloureux lié à une femme dont il s’est épris, qui jamais n’a cédé à sa cour : la Charpillon, une courtisane au corps et à l’esprit bien faits… Comment diable éprouver de l’empathie pour la personne de Casanova, l’aventurier qui épousa le XVIIIe siècle en triomphant des geôles, des duels et des revers de fortune ; l’infaillible séducteur que sa réputation en tous lieux précédait et qui, de surcroît, taquina la muse pour composer, en sus de ses mémoires, quelques ouvrages réputés ? En le dépeignant dépourvu de ses talents et mérites, chevalier à la triste figure confronté au doute, à l’échec et à la déchéance. En rendant, en fait, à ce héros hors norme sa qualité d’humain. Le Casanova façonné par Benoît Jacquot pour Vincent Lindon (et réciproquement) apparaît ainsi comme une montagne de fragilité et de doute, au moment où la certitude de son prestige commence à s’effilocher, où de l’adret son charme verse dans l’ubac. Dans l’entre-deux des âges, entre deux pays, le Vén

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"Jusqu'ici tout va bien" : franchement la zone

ECRANS | Fred Bartel a jadis faussement domicilié son entreprise de com’ en zone franche pour éviter taxes et impôts. Le fisc l’ayant rattrapé, il doit soit s’acquitter (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Fred Bartel a jadis faussement domicilié son entreprise de com’ en zone franche pour éviter taxes et impôts. Le fisc l’ayant rattrapé, il doit soit s’acquitter d’une lourde amende, soit déménager sa boîte à La Courneuve. Ce qu’il fait avec ses salariés. À chacun de s’acclimater… Vingt-cinq ans après La Haine, au prologue duquel il fait explicitement référence par son titre, ce nouveau "film sur la banlieue" laisse pantois. Car s’il prétend raconter le bilan "globalement positif" d’une implantation sur les « territoires perdus de la République » et une osmose réussie entre bobo et jeunes des cités, Jusqu’ici tout va bien ne franchit pas tout à fait le périph’ : son esprit reste ailleurs, dans les quartiers dorés. Et son angélisme de façade, irréel, est bien incapable de réduire la moindre fracture. En alignant plus de clichés qu’une planche-contact, Mohamed Hamidi les dénonce moins qu’il ne les perpétue. Trop lisse (sans doute pour cadrer avec la promesse d’une comédie), le film s’encombre de gadgets scénaristiques éculés (du style "enfant du divorce se réconciliant avec pap

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"Deux fils" : soutiens de famille par Félix Moati

ECRANS | Dans la famille Zucarelli, la mère est partie depuis belle lurette ; le père médecin déprime depuis deux ans et se rêve romancier ; le fils aîné Joachim fait (...)

Vincent Raymond | Mardi 12 février 2019

Dans la famille Zucarelli, la mère est partie depuis belle lurette ; le père médecin déprime depuis deux ans et se rêve romancier ; le fils aîné Joachim fait semblant de préparer sa thèse : le cadet Ivan se passionne pour le latin (et la fille du gardien du collège)... On a connu des jours meilleurs… Avec cette histoire touchante de mecs cabossés, Félix Moati, ici réalisateur, prouve qu’on peut signer en guise de premier long-métrage un film de copains, une déclaration d’admiration pour ses confrères et consœurs, ainsi qu’une "dramédie" tournant plus loin que les environs immédiats de son petit nombril (il s’agit vraiment du parcours d’un trio), le tout dans une réalisation un peu bringuebalante et jazzy, très en phase somme toute avec le sujet. Sous des dehors éminemment masculins, Deux fils fait ressortir les fragilités de ses protagonistes, fanfaronnant ou s’abandonnant à diverses excentricités pour masquer (mais en vain) leur sentiment d’être orphelins – de mère, de compagne. Moati les montre dans un délitement pathétique, petit îlots de solitude comprenant qu’ils doivent vivre en archipel pour affronter les vagu

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Spring'Alp : et un nouveau festival grenoblois, un !

ACTUS | Kavinsky, Bon Entendeur, Joris Delacroix et Cut Killer : voilà la programmation de la première édition du Spring'Alp Festival prévue vendredi 29 mars au (...)

Aurélien Martinez | Lundi 21 janvier 2019

Spring'Alp : et un nouveau festival grenoblois, un !

Kavinsky, Bon Entendeur, Joris Delacroix et Cut Killer : voilà la programmation de la première édition du Spring'Alp Festival prévue vendredi 29 mars au Palais des sports de Grenoble. Une affiche pleine de gros noms de l’électro (Kavinsky, c’est tout de même l’auteur du tube Nightcall entendu dans le film Drive – classe) qui a de quoi attirer la lumière sur ce nouvel événement de la scène grenobloise. Même si ceux qui sont derrière n’ont pas forcément les reins aussi solides que les boîtes à qui l’on doit d’habitude ce genre de raout. « L’événementiel et l’électro ne sont pas des milieux que l’on connaît particulièrement, même si, avec l’expérience du bar, on a quelques bases » nous a expliqué Mathis Benhamou, gérant du Turnover, bar festif du centre-ville grenoblois (c’était animation Ricard le jour où on est passés !) ouvert il y a un an et demi – et à la base centré sur le gaming, m

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Voici les 12 soirées qui, à Grenoble, marqueront les premiers mois de 2019

MUSIQUES | Marc Rebillet C’est un peu la sensation virale du moment : un jeune gringalet extraverti originaire de Dallas qui compose, à l’aide de quelques (...)

La rédaction | Mercredi 9 janvier 2019

Voici les 12 soirées qui, à Grenoble, marqueront les premiers mois de 2019

Marc Rebillet C’est un peu la sensation virale du moment : un jeune gringalet extraverti originaire de Dallas qui compose, à l’aide de quelques machines et d’un micro, d’irrésistibles tubes house minimalistes et bruts de décoffrage, aussi énergiques que délirants. Et qui ramène un peu de fraîcheur et de second degré bienvenus à une scène électronique qui a parfois tendance à se prendre un brin trop au sérieux. Invité par le crew The Dare Night pour délivrer un des lives délurés dont il a le secret, Marc Rebillet se produira à guichets fermés : si vous n’avez pas déjà votre place, il faudra donc se contenter de ses (innombrables) vidéos sur internet. À l'Ampérage jeudi 17 janvier Paul Nazca + Scan X Pour sa première soirée Deep Inside de l’année, l’équipe de Carton-Pâte Records a vu les choses en grand, en invitant pour l’occasion deux piliers de la scène techno française : en DJ-set, la valeur sûre du label Skryptom Paul Nazca ; et au format live, le vétéran chevronné Scan X, découvert dès le dé

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Emily Blunt : « Mary Poppins est une super-héroïne qui place les autres au centre de l’histoire »

ECRANS | Signer la suite d’un film considéré comme un classique depuis un demi-siècle a de quoi impressionner, non ? Rob Marshall : À chaque étape, cela a été (...)

Vincent Raymond | Mercredi 19 décembre 2018

Emily Blunt : « Mary Poppins est une super-héroïne qui place les autres au centre de l’histoire »

Signer la suite d’un film considéré comme un classique depuis un demi-siècle a de quoi impressionner, non ? Rob Marshall : À chaque étape, cela a été impressionnant. Et un travail colossal. Mais si quelqu’un devait s’atteler à la tâche, je voulais que ce soit moi, car ce film signifie énormément pour beaucoup de personnes de ma génération. Il fallait que cette suite reflète dignement l’esprit du film de 1964, même si la barre était particulièrement haute. Avec mes co-scénaristes Dave Magee et John de Luca, nous avons dû créer un script pour lier les parties musicales entre elles. Car les livres de P. L. Travers fonctionnent par épisodes ; il n’y a pas vraiment de narration liant les chapitres les uns aux autres. Puisque Le Retour de Mary Poppins dépeint l’époque de la Grande Dépression à Londres, il fallait comprendre les difficultés de cette période et trouver un écho très contemporain. C’était un exercice d’équilibriste d’arriver à cett

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"Le Retour de Mary Poppins" : Mary à tout prix (et pareille à elle-même)

ECRANS | Trente ans se sont écoulés depuis le départ de Mary Poppins. La voici de retour, quasi identique, pour s’occuper des enfants de Michael Banks, alors que (...)

Vincent Raymond | Lundi 17 décembre 2018

Trente ans se sont écoulés depuis le départ de Mary Poppins. La voici de retour, quasi identique, pour s’occuper des enfants de Michael Banks, alors que leur père, jeune veuf, s’emploie à sauver leur maison d’une saisie. Heureusement, sa magie sera le sucre qui aidera la médecine à passer… Disons-le tout net, cette suite est une délicieuse mine de paradoxes. Tout d’abord parce qu’elle s'applique davantage à répliquer l’opus initial qu’à le prolonger, histoire de montrer l’immutabilité de la nounou – laquelle, pourtant, a changé de physionomie en changeant d’interprète (Emily Blunt). Ainsi le ramoneur est-il ici remplacé par un allumeur de réverbères (même genre de monte-en-l’air, en plus propre sur lui) ; l’oncle Albert s'envolant au plafond troqué par une cousine Topsy vivant tête-bêche ; la séquence champêtre en animation par… une séquence champêtre en animation (avec une touche de cabaret en sus). Bénéficiant des évolutions techniques contempora

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"Au bout des doigts" : en avant la musique

ECRANS | Pianiste virtuose et quasi-autodidacte, Mathieu Malinski est repéré dans une gare par le directeur du Conservatoire de Paris qui veut l’intégrer à son école. (...)

Vincent Raymond | Jeudi 20 décembre 2018

Pianiste virtuose et quasi-autodidacte, Mathieu Malinski est repéré dans une gare par le directeur du Conservatoire de Paris qui veut l’intégrer à son école. Mais le jeune banlieusard est indocile, de surcroît piégé par un passif de petite délinquance. Un lent apprentissage s’engage… Massifs himalayens, gammes chromatiques… Ludovic Bernard semble affectionner tout ce qui monte. Après L’Ascension, il opte ici toutefois pour un décor plus classique – même si la trame de base reste identique : cela demeure l’histoire d’un d’jeun’s s’extrayant de sa banlieue au prix d’un exploit, faisant mentir conjointement le déterminisme social et les préjugés. Accessoirement, il triomphe aussi de son orgueil et de ses préjugés. Réglé comme du papier à musique, mais Jules Benchetrit a une telle mine de Rod Paradot qu’on y croirait. N’oublions pas Lambert Wilson : en Richard Descoings du Conservatoire, doté d’une faille intime mais résolu à révéler les talents d’où qu’ils proviennent, i

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Julien Beneyton ou le souci du détail contemporain

ARTS | Si Maurice Utrillo était né un siècle plus tard, il aurait tout à fait pu peindre La rue Jules-Cloquet, tableau qui nous accueille en ce moment au Vog. (...)

Benjamin Bardinet | Mardi 11 décembre 2018

Julien Beneyton ou le souci du détail contemporain

Si Maurice Utrillo était né un siècle plus tard, il aurait tout à fait pu peindre La rue Jules-Cloquet, tableau qui nous accueille en ce moment au Vog. Car Julien Beneyton (qui l’a réalisé) partage avec son aîné, figure majeure de la scène artistique montmartroise de l'entre-deux-guerres, une même fascination pour les pavés déglingués, les murs de guingois et tout ce qui caractérise le versant populaire du XVIIIe arrondissement parisien – quartier où tous deux ont vécu. Datée de 1999, cette œuvre, la plus ancienne de l’exposition, annonce la couleur : qu’il soit à New York, Paris ou Oujda, Julien Beneyton a un attrait pour les quartiers populaires et la vitalité de leurs cultures. Réalisé en 2013, le panorama intitulé Oujda présenté plus loin s’inscrit également dans cette veine, en témoignant par ailleurs de l'évolution notable du style du peintre. L’apparente maladresse des débuts laisse ainsi place à une touche picturale d’une grande précision qui permet de scruter intensément la représentation : notre regard peut tout aut

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"Cet étrange objet du réel" : l'Espace Vallès aux frontières du réel

ARTS | S'il y a bien une chose d'étrange dans la nouvelle exposition de l’Espace Vallès (dont le titre détourne le titre d’un fameux film de Luis Buñuel), c'est la (...)

Benjamin Bardinet | Mardi 4 décembre 2018

S'il y a bien une chose d'étrange dans la nouvelle exposition de l’Espace Vallès (dont le titre détourne le titre d’un fameux film de Luis Buñuel), c'est la manière dont les œuvres disparates parviennent à proposer un parcours visuel assez stimulant en forme de rebonds comme dans la comptine Trois petits chats... Alors suivons-le ! Passé la porte d'entrée, notre regard est accueilli par les masques de Nadine Lahoz-Quilez. Fabriqués à partir de plumes, de perles ou de faux cheveux, ils ont la particularité étrange de ne représenter aucune des parties du visage (nez, yeux, bouche...) et donnent l'impression paradoxale qu'ils nous tournent le dos, renforçant ainsi leur capacité à nous dissimuler. La question de la dissimulation est également au cœur du tableau-installation saugrenu de Johan Parent dans lequel deux loupes en mouvement invitent le spectateur à ausculter la surface noire d'une toile monochrome. Conditionné par la lente rotation mécanique de ces loupes, notre œil est ensuite irrésistiblement attiré par les immenses vortex graphiques de Philippe Veyrunes. S'approchant de ces deux gigantesques dessins,

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