Woman and Child, mon fils ma bataille
En guerre / Un drame puissant qui, s'il présente un caractère moins évident que les deux précédents films de son auteur, confirme la trajectoire de ce dernier au sein du cinéma iranien.
Photo : Woman and Child © Amirhossein Shojaei & Saeed Roustaee
Après un polar (La Loi de Téhéran) et une chronique familiale (Leïla et ses frères), Saeed Roustaee est de retour avec Woman and Child, sélectionné au dernier festival de Cannes. Combat d'une mère pour obtenir justice à la suite d'un accident tragique, le film confirme le talent hors norme du metteur en scène tout en brossant le portrait d'un Iran en crise, plus que jamais au cœur de l'actualité. À travers sa protagoniste endeuillée, figure acharnée et doloriste, c'est la dramatique situation d'une nation qui trouve un étendard. Â
À bout de souffle
On le sait depuis son second long-métrage (mais le premier à atteindre les salles hexagonales), Roustaee n'a pas son pareil pour mêler les genres. Ici, le drame intime prend des airs de thriller suffocant, à la maîtrise formelle peu commune, où il isole ses personnages dans des surcadrages allégoriques (miroirs, fenêtres, pas de portes...). Leurs peurs, leur colère, leur tristesse, sont ainsi retranscrites par la seule force d'images hautement signifiantes, telles ces traces de sang que l'on peine à laver. Certains pourront lui reprocher une approche trop démonstrative, loin de l'épure d'un Jafar Panahi par exemple, ce serait passer à côté de ce qui fait la force de ce Woman and Child. Au milieu des impressionnantes séquences de foule et des ellipses brutales, l'essentiel se joue parfois dans une sobriété payante et déchirante, à l'instar d'un simple champ/contre-champ sur deux visages. In fine, c'est dans le regard de son héroïne que le film trouve toute sa puissance.Â
Le futur est femmeÂ
Incarnée par une formidable Parinaz Izadyar (déjà vue dans La Loi de Téhéran), Mahnaz se pose comme la personnification de l'évolution de l'œuvre de Saeed Roustaee. Mère en quête d'émancipation dans un pays hypocrite où une veuve doit cacher à sa future belle-famille qu'elle a des enfants, elle confirme le changement en germe depuis deux films. Au flic traquant un dealer dans les rues de la capitale avait succédé une sœur obligée de gérer seule sa fratrie. Les figures masculines s'effacent peu à peu, réduites cette fois à des obstacles ou à une vague présence fantomatique. La dernière image de Leïla et ses frères (comme celle des Graines du figuier sauvage) était on ne peut plus explicite quant à l'avenir d'un patriarcat moribond en Iran. Ici, c'est un petit garçon élevé par des femmes qui se retrouve au cœur de la tragédie. Obligé de composer avec certaines contraintes du régime des mollahs, le cinéaste (qui passa six mois derrière les barreaux) ne calme pas pour autant son esprit frondeur. Woman and Child prend peut-être des atours plus insidieux, mais se montre tout aussi incisif.Â
Woman and Child
De Saeed Roustaee (Iran, 2h11) avec Parinaz Izadyar, Sinan Mohebi, Payman Maadi...
En salle le 25 février 2026
