Entretenir la flamme

CONNAITRE | Logiquement annulée pour cause d’attentats et de trauma national, la Fête des lumières a été remise aux calendes 2016. Reste l’œuvre de Daniel Knipper et un hommage aux victimes, le temps d'un retour à une tradition des lumignons qu'on espère plus que jamais empreinte de laïcité.

Nadja Pobel | Lundi 7 décembre 2015

Au Petit Bulletin, la raison qui nous pousse chaque année à accorder une large place à la Fête des Lumières est artistique. Point d'étude des taux de remplissage des hôtels locaux. Juste des créateurs et leur potentiel, souvent immense, à inventer des spectacles de haute tenue. Il n'en sera rien cette année. Mais comment aurait-il pu en être autrement ?

Jeudi 19 novembre, moins de six jours après les attentats de Paris, au lendemain de l'assaut à Saint-Denis, toutes les instances de Lyon et la préfecture ont en effet dit «non». La Fête des Lumières 2015 n'aura pas lieu et sera reconduite à l'identique l'année prochaine. Parce que la décence et le recueillement sont plus appropriés à cette période sombre que des déambulations festives. Mais surtout parce qu'il était, selon Michel Delpuech, préfet de Rhône-Alpes et du Rhône, impossible d'assurer correctement la sécurité des trois millions de badauds attendus, en raison notamment de la COP 21 qui, se déroulant au même moment à Paris, monopolise les forces vives de la nation.

Au-delà de la menace, la crainte étant grande que le moindre pétard déclenche des mouvements de foule. «Renoncer à cette Fête n'est pas donner raison aux terroristes mais agir en responsables» a précisé Gérard Collomb qui, en introduction, s'est montré très martial, déclarant que «face à cette déclaration de guerre, nous souhaitons manifester l'esprit de résistance qui nous anime».

Tous aux bougies

C'est donc un hommage aux victimes qui sera rendu ce mardi 8 décembre, l'édile encourageant fortement ses administrés à allumer des lumignons à leurs fenêtres. Un retour aux traditions (catholiques) appuyé par la distribution gratuite (dans les écoles) et la vente (aux profits de Rêves et de l'Association Française des Victimes du Terrorisme) de 200 000 lumignons.

Des 70 installations prévues, seule subsiste celle de Daniel Knipper sur la colline de Fourvière. Habitué de la Fête, il a maquillé à plusieurs reprises la cathédrale Saint-Jean, illuminé la façade des Célestins l'an dernier et recouvert cette même colline de peintures de Miro ou Mondrian en 2002. Cette fois, ce sont des détails d'œuvres de Botticelli, Matisse ou Warhol figurant des Regards qu'il projettera, les constellant des prénoms des 130 disparus. De facture classique, le travail de Knipper est de facto adapté à la simplicité et la sobriété qu'impose cette situation exceptionnelle.

Regards
Sur la colline de Fourvière mardi 8 décembre de 18h à minuit

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Daniel Knipper : le maître de la lumière

Fête des Lumières | Plus que jamais, et après l’édition tristement avortée de 2015, la Fête des Lumières est le reflet de Lyon, mettant en avant les marqueurs de la ville (Guignol dans le 5e, le cinéma aux Terreaux…). Daniel Knipper a collé des regards picturaux sur la colline de Fourvière et habillé la cathédrale Saint-Jean ; cette année, et durant tout le mois de décembre, il s’empare de l’Hôtel-Dieu. Découverte de ce maître de la lumière.

Nadja Pobel | Mardi 5 décembre 2017

Daniel Knipper : le maître de la lumière

En 2015, il n’en restait qu’un : Daniel Knipper. Quand tout a été annulé tant par décence que pour des raisons de sécurité, son installation a résisté. Ses Regards, les yeux familiers de Botticelli, Matisse, Warhol, de la Tour se sont tournés vers nous et s’y sont adjoints les prénoms de toutes les victimes des attentats parisiens, une longue litanie que nous avons regardé défiler hébétés. Daniel Knipper, plus de trente ans de métier, a commencé par être intermittent à l’école du TNS (Théâtre National de Strasbourg), où il se glisse dans les cours et embraye sur un festival naissant au début des années 80, Musica, via l’Atelier du Rhin de Colmar. Il crée déjà de la lumière, mais teste tout : le son, le jeu, la construction. Ensuite, il se spécialisera sur la lumière et la scénographie, à la manière d'un d’Éric Soyer sur les spectacles de Joël Pommerat. Daniel Knipper va lui aussi collaborer avec des artistes de théâtre, comme la compagnie du Talon Rouge ou le Théâtre Lumière, où déjà il imagine un rideau de scène évoquant Magritte et au sein duquel il est encore directeur technique. La colline a des yeux Mais une rencont

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Benjamin Mialot | Jeudi 19 novembre 2015

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«Notre pays vient de vivre une tragédie, la France a été attaqué dans ses modes de vie, sa culture, sa jeunesse.» C'est par ces mots que Gérard Collomb a ouvert cette conférence de presse, annoncée le matin même, aux côtes des forces publiques (ses adjoints, le préfet, son délégué à la défense et la sécurité, la direction départementale de la sécurité publique, etc.) et dans une ambiance mortifère. «Face à cette déclaration de guerre, nous souhaitons manifester l'esprit de résitance qui nous anime aujourd'hui mais nous devons aussi, en responsabilité, veiller à assurer la sécurité de nos concitoyens» a-t-il poursuivi. Après consultation avec le Premier Ministre et le ministre de l’Intérieur mardi soir au Sénat, il a pris la décision d'annuler cette Fête. «Les faits survenus hier à Saint-Denis confirme que la menace persiste» dit-il encore. Originellement prévue du samedi 5 au mardi 8 décembre prochain, la fête ne se tiendra donc pas. À la place, le maire fera du 8 un jour symbolique, incitant tous les Lyonnais à mettre les traditionnels lumignons à leur fenêtre. 200 000 seront distribués dans les écoles et chacun est appe

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Balayée par les tragiques attentats de novembre 2015, la Fête des Lumières aura bien lieu, du jeudi 8 au samedi 10 décembre. Un jour de moins et une amplitude horaire réduite (de 20h – au lieu de 18h – à minuit) dans un périmètre très délimité et encadré (de Bellecour aux Terreaux et un morceau du 5e arrondissement). 40 œuvres sont au programme (contre 77 annoncées l'année dernière mais les installations majeures n'ont pas changées). Dont celles-ci : Cathédrale Saint-Jean - Évolution C'est là qu'officiera le groupe Ez3kiel, réputé pour ses scénographies éblouissantes, avec une écriture mariant traits en noir et blanc et surfaces coloriées. Un laser servira de stylet et indiquera certaines parties de ce monument emblématique de la Fête dont les 12 000 pierres ont été numérisées durant trois semaines pour que le rendu soit le plus fin possible. Théâtre

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