Antichrist

ECRANS | Mélodrame psychanalytique qui vire à mi-parcours à l’ésotérisme grand-guignol, le nouveau Lars Von Trier rate le virage entamé par son auteur en voulant trop en faire sans s’en donner la rigueur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 27 mai 2009

Photo : © Christian Geisnæs


De toute évidence, il y aura un avant et un après Antichrist dans la carrière de Lars Von Trier. Son précédent film, Le Direktor, semblait atteindre les limites de sa «démission» en tant que metteur en scène, laissant une caméra automatisée cadrer l'action au hasard. Le prologue d'Antichrist en est l'exact opposé et s'affirme comme une réelle reprise en main : un sommet de maîtrise où chaque plan est une merveille plastique, magnifiant la scène traumatique qui va enclencher le récit. Pendant qu'un couple fait l'amour, leur enfant tombe par la fenêtre. Eros et thanatos, deuil et culpabilité : voilà le programme des quarante minutes suivantes. Lui (Willem Daffoe) est analyste, elle (Charlotte Gainsbourg) s'enfonce dans la dépression, à la recherche de la peur fondatrice qu'il va falloir exorciser. Cette peur est une forêt, Eden, où le couple se retire pour affronter ses démons. Mais sur place, c'est un autre film qui commence, un film d'horreur faisant remonter une mythologie oubliée, le «gynocide».

Messie, messie…

Tout cela ne manque pas d'ambition, ni de culot ; par contre, Von Trier manque sérieusement de recul et de rigueur. Le début, infernalement bavard, est cinématographiquement inepte, et le basculement vers l'effroi est amené avec des moyens franchement éculés (une musique bourdonnante de drones). Conséquence, le coup de théâtre à la fin du chapitre 2, où un renard mange ses propres viscères et se met à parler pour avertir que «le chaos règne», provoque l'embarras (ou le rire moqueur). Les nombreuses scènes choc qui suivront ratent du coup leur objectif : la représentation des tourments des personnages. Cette violence devrait être symbolique, mais elle est si peu travaillée à l'écran qu'elle ressemble à un spectacle de grand-guignol extrême. De ce carnaval radical se lève un brouillard métaphysique dont on peine à cerner le degré de sérieux. L'antichrist du titre est-il celui qui, arraché à sa croix de père et d'époux, devient «l'homme» messianique devant qui les femmes se prosternent ? Le désir, réduit à un clitoris à couper, est-il source de la nature démoniaque de la femme ? Ce qui dérange le plus avec ce film tapageur et raté, c'est qu'il synthétise maladroitement deux films réussis passés inaperçus l'an dernier : Abandonnée (ou la psychanalyse comme un récit d'horreur inversé) et Vynian (ou la perte d'un enfant comme hiatus dramatique entre l'homme et la femme). Deux films plus modestes que celui de Von Trier, dont ce n'est pas la qualité première…

Antichrist
De Lars Von Trier (Danemark, 1h45) avec Charlotte Gainsbourg, Willem Daffoe…

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Lux Æterna : Gaspar Noé repousse les limites du cinéma

Le Film de la Quinzaine | À la fois “moking of” d’un film qui n’existe pas, reportage sur une mutinerie, bacchanale diabolique au sein du plus déviant des arts, vivisection mutuelle d’egos et trauma physique pour son public, le nouveau Noé repousse les limites du cinéma. Une fois de plus.

Vincent Raymond | Vendredi 25 septembre 2020

Lux Æterna : Gaspar Noé repousse les limites du cinéma

Sur le plateau du film consacré la sorcellerie qu’elle dirige, Béatrice Dalle échange confessions et souvenirs avec Charlotte Gainsbourg, en attendant que le tournage reprenne. Le conflit larvé avec son producteur et son chef-opérateur va éclater au grand jour, déclenchant chaos et douleurs… À peine une heure. Aux yeux du CNC — yeux qui lui cuiront lorsqu’il le visionnera —, Lux Æterna, n’est pas un long-métrage. La belle affaire ! Depuis presque trente ans qu’il malaxe le temps, l’inverse en spirale involutée, le taillade ou le démultiplie, Gaspar Noé a appris à le dilater pour en faire entrer davantage dans cinquante minutes. Il dote ainsi dès son ouverture Lux Æterna d’extensions cinématographiques, de “ridelles“ virtuelles, en piochant dans des œuvres antérieures ici convoquées visuellement pour créer un climat (Häxan de Benjamin Christensen, Jour de colère de Dreyer) ou verbalement par Dalle et

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Chienne de vie ! : "Mon chien Stupide"

Comédie | Jadis écrivain prometteur, Henri n’a rien produit de potable depuis des années. La faute en incombe, selon lui, à sa femme et ses enfants qu’il accuse de tous ses maux. Lorsqu’un énorme molosse puant et priapique débarque ex nihilo dans sa vie, il y voit un signe bénéfique du destin.

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Chienne de vie ! :

Les personnages perdant toute inhibition pour cracher une misanthropie sans filtre au monde entier emportent facilement la sympathie du public, qui aimerait bien souvent se comporter comme eux. Incorrect au plus haut degré, l’égotique Henri est de cette race d’anars domestiques en ayant soupé des convenances et du masque social ; peu lui chaut de dire ses quatre vérités à son épouse ou à sa progéniture. En cela, il évoque beaucoup le narrateur de American Beauty (1999) — dont on se demande par ricochet s’il n’a pas été inspiré par le roman posthume de John Fante que Yvan Attal adapte ici. Mais aussi cet autre écrivain obsessionnel et râleur, héros de Kennedy et moi (1999), campé par Jean-Pierre Bacri. D’ailleurs, cela peut-être l’enseignement principal de Mon chien stupide, Yvan Attal se révèle parfait pour tenir les emplois échéant habituellement à Bacri. Cruelle et jubilatoire variation sur la crise de la cinquantaine, cet authentique film de famille joue la connivence avec le spectateur en mettant une nouvelle fois en scène le vr

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Numérotez vos bâtis ! : "The House that Jack built"

Le Film de la Semaine | Lars von Trier s'insinue dans la tête d’un serial killer aux ambitions (ou prétentions ?) esthétiques démesurées pour en retirer une symphonie en cinq mouvements criminels. Une variation sur la mégalomanie et le perfectionnisme artistiques forcément un brin provoc’ mais adroitement exécutée.

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Numérotez vos bâtis ! :

Jack aurait tellement voulu être architecte… Un destin contraire l’a fait ingénieur et affligé de TOC lui empoisonnant la vie, surtout lorsqu’il vient de commettre un meurtre. Car, si l’on y réfléchit bien, le principal tracas de Jack, c’est de devoir obéir à ses pulsions de serial killer… Peu importe si son esthétique ou ses dogmes évoluent au fil de sa prolifique filmographie — et lui confère au passage l’apparence d’un splendide magma —, Lars von Trier parvient à assurer à celle-ci une indiscutable cohérence par son goût maladif du défi stylistique et de la provocation morale, que celle-ci transparaisse dans la diégèse ou dans le discours d’accompagnement. Construire, dit-il Épouser comme ici le point de vue d’un détraqué jouissant dans l’esthétisation de la mise à mort de ses victime

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Pierre Niney : « apparement, je ne joue que des menteurs… »

Interview | Pierre Niney enfile un nouveau costume prestigieux : celui d’un auteur ayant au moins autant vécu d’existences dans la vraie vie que dans ses romans, Romain Gary. Rencontre avec un interprète admiratif de son personnage.

Vincent Raymond | Mardi 19 décembre 2017

Pierre Niney : « apparement, je ne joue que des menteurs… »

Comment êtes-vous passé du statut de lecteur de Gary — et de connaisseur selon votre metteur en scène — à celui d’interprète de son personnage ? Pierre Niney : Éric Barbier dit que je connais très bien Romain Gary, mais ce n’est pas vrai (sourires) ! Je connaissais La Promesse de l’aube que j’adorais, mais peu Gary. Il m’a parlé de son film, qui est une adaptation d’une adaptation de certains épisodes de la vie de Gary, et notamment de ce lien complètement fou, démesuré, toxique et inspirant avec sa mère. On a pris la liberté de s’écarter d’une réalité factuelle de la vie de Gary. Ce n’est donc pas un biopic, car ce n’était pas l’intention du livre — un autobiographe a rarement l’intention de dire la stricte vérité — ; surtout pas Gary, dans aucun de ses livres. Le fils de Romain Gary, Diego, avait fait la remarque : « ma grand-mère s’appelait Mina et pas Nina ». Cette distance-là est importante. Je joue donc un “personnage”, à qui il arrive des choses extraordinaires qui sont réellement arrivées à Gary dans beaucoup de moments de son livre. Les choses les

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La mère de toutes les batailles : "La Promesse de l'aube"

ECRANS | de Éric Barbier (Fr, 2h10) avec Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg, Didier Bourdon…

Vincent Raymond | Mardi 19 décembre 2017

La mère de toutes les batailles :

Mexique, fin des années 1950. S’isolant de la fièvre de la Fête des morts, le diplomate et écrivain Romain Gary entreprend la quarantaine révolue de raconter dans un livre ce qui l’a conduit à mener toutes ses vies : une promesse faite à la femme de sa vie, sa mère… Le roman de Romain Gary se prête merveilleusement à l’adaptation (donc aux nécessaires trahisons) dans la mesure où l’auteur était le premier à enjoliver des faits trop plats afin de gagner en efficacité romanesque — il pratiquait le “mentir-vrai” d’Aragon à un niveau d’expert. Ce préalable étant connu, on peut considérer qu’une transposition prenant quelques libertés avec le texte-source à des fins narratives ou esthétiques fait preuve de la plus respectueuse des fidélités à l’égard de l’esprit du romancier. Telle cette version signée Éric Barbier, d’une ressemblante dissemblance. Le cinéaste y déploie ses qualités que sont l’ambition et la sincérité, indispensables atouts pour marier l’épique, le picaresque, l’académisme et le cocasse autour de cette drôle de fresque où la mère devi

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"Les Fantômes d’Ismaël" : retour magistral pour Arnaud Desplechin

Le Film de la Semaine | Arnaud Desplechin entraîne ses personnages dans un enchâssement de récits, les menant de l’ombre à la lumière, de l’égoïsme à la générosité dans un thriller romanesque scandé de burlesque, entre John Le Carré, Bergman, Allen et Hitchcock. Vertigineusement délicieux.

Vincent Raymond | Mardi 16 mai 2017

Revoici Desplechin en sa pépinière cannoise, là où il a éclos et grandi. Qu’il figure en compétition ou pas importe peu, désormais : les jurys l'ont, avec une constance confinant au gag, toujours ignoré. De par sa distribution glamour internationale, Les Fantômes d’Ismaël convient à merveille pour assouvir l’avidité multimédiatique d’une ouverture de festival. Il allie en sus les vertus quintessentielles d’un film d’auteur — d’un grand auteur et d’un grand film. Ismaël en est le héros paradoxal : inventeur d’histoires, ce cinéaste se trouve incapable de tourner après que Carlotta, son épouse disparue depuis vingt ans, a refait surface dans sa vie. Plus fort que ses fictions, ce soudain coup de théâtre a en outre provoqué le départ de sa compagne Sylvia… Du grand spectral Si Desplechin exprime ici un désir frénétique de romanesque, il montre que l’imprévisibilité de l’existence surpasse par son imagination la plus féconde des machines à créer… dans le temps qu’il démultiplie les déploiements

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Every Thing Will Be Fine

ECRANS | À partir d’un matériau ouvertement intimiste et psychologique, Wim Wenders réaffirme la puissance de la mise en scène en le tournant en 3D, donnant à cette chronique d’un écrivain tourmenté des allures de prototype audacieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Every Thing Will Be Fine

On le croyait engoncé dans sa stature d’icône has been, contrebalançant la médiocrité de ses films de fiction par des documentaires consacrés à des "stars" culturelles (Pina Bausch, Sebastiao Salgado)… Mais Wim Wenders a encore la gnaque, et c’est ce que prouve Every Thing Will Be Fine. Le réalisateur de Paris, Texas est allé dégotter le scénario d’un Norvégien, Bjorn Olaf Johannessen, l’a transposé dans une autre contrée enneigée mais anglophone, le Canada, l’a revêtu d’un casting international et sexy (James Franco, Charlotte Gainsbourg, Marie-Josée Croze, Rachel MacAdams) et, surtout, l’a réalisé en 3D. Mais pas pour lancer des objets à la figure du spectateur ; il aurait de toute façon eût du mal puisque l’histoire est du genre intimiste de chez intimiste. On y suit sur une douzaine d’années les vicissitudes d’un écrivain (Franco) en panne et en bisbille avec sa com

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Pasolini

ECRANS | D’Abel Ferrara (Ita-Fr, 1h24) avec Willem Daffoe, Ninetto Davoli…

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

Pasolini

Etre ou ne pas être un biopic, là est la question qui se pose à tout cinéaste qui se respecte abordant la vie d’un homme célèbre. Pasolini vu par Ferrara n’est pas plus une bio filmée de l’auteur d’Accatone que ne l’était le Saint Laurent de Bonello ; ladite vie est réduite aux dernières vingt-quatre heures du romancier-réalisateur-essayiste, mais Ferrara crée des trouées de fiction dans sa chronologie : les images de Salo, des extraits de Pétrole, grande œuvre romanesque inachevée, ou un article polémique sur le monde contemporain deviennent les réels événements de la première partie, de loin ce que Ferrara a tourné de mieux depuis des lustres. Pasolini — et son interprète, Willem Daffoe, excellent — avance d’un pas serein vers une fin dont il semble avoir la prémonition, comme en témoigne cette scène magnifiquement mise en scène où la caméra accompagne son retour dans sa famille sans effusion, dans une harmonie retrouvée où chacun reprend naturellement sa place. La manière dont Ferrara adapte à l’écran les bribes de son dernier roma

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Samba

ECRANS | Retour du duo gagnant d’"Intouchables", Nakache et Toledano, avec une comédie romantique sur les sans papiers où leur sens de l’équilibre révèle à quel point leur cinéma est scolaire et surtout terriblement prudent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Samba

Alors que le triomphe d’Intouchables leur ouvrait toutes les portes, Olivier Nakache et Éric Toledano ont choisi avec Samba de tracer tranquillement leur sillon. Mais en territoire miné. Car il faut être passablement inconscient pour tourner une comédie romantique sur les sans-papiers où une cadre en burn out (Charlotte Gainsbourg) devient bénévole dans une association et s’éprend d’un cuistot en situation irrégulière (Omar Sy). Le plus surprenant étant qu’ils réussissent à le faire sans froisser quiconque alors que le sujet, passionnel, cristallise l’opinion française depuis un quart de siècle. Exploit ? Pas vraiment, car c’est justement cette méthode, consistant à chercher sans arrêt l’équilibre pour quêter l’unanimité, qui finit par rendre le film agaçant. Le mot méthode n’est pas employé au hasard : Nakache et Toledano ont une manière bien à eux de rassurer le spectateur, de remettre toujours la balle au centre et, finalement, de jouer la carte de la plus grande prudence. Ainsi, chaque fois qu’ils s’approchent un peu trop près d’une situatio

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Un homme très recherché

ECRANS | D’Anton Corbijn (ÉU-Ang-All, 2h02) avec Philip Seymour Hoffman, Rachel MacAdams, Willem Daffoe, Nina Hoss…

Christophe Chabert | Mardi 16 septembre 2014

Un homme très recherché

À Hambourg, dix ans après le 11 septembre, dont la ville fut une des bases terroristes, l’agent secret Günther Bachmann part sur les traces d’un immigré tchétchène dont on ne sait s’il est une victime des exactions russes dans son pays ou un potentiel danger pour la sécurité nationale. Pour Bachmann, à l’inverse de ses supérieurs et des Américains, c’est surtout un formidable appât pour faire tomber un créancier du terrorisme islamique… Le scénario d’Un homme très recherché n’est pas, à l’inverse de la précédente adaptation de John Le Carré La Taupe, aussi complexe qu’il en a l’air. Du moins Anton Corbijn ne cherche pas à le rendre plus abscons qu’il n’est, adoptant une narration stricte et dépourvue de chausse-trappes ou de faux semblants. Pendant sa première heure, le film installe une atmosphère froide et séduisante, des personnages forts et se plaît à faire de Hambourg un acteur à part entière du récit — ce que le cinéaste réussissait déjà à faire avec la Toscane dans son précédent

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3 Cœurs

ECRANS | De Benoît Jacquot (Fr, 1h46) avec Benoît Poelvoorde, Chiara Mastroianni, Charlotte Gainsbourg, Catherine Deneuve…

Christophe Chabert | Mardi 16 septembre 2014

3 Cœurs

Benoît Jacquot ne se prive pas pour définir 3 Cœurs comme un «thriller sentimental» ; et il ne lésine pas sur les moyens pour le faire comprendre au spectateur dans l’introduction, où, en plus des notes sombres qui parsèment la musique mélodramatique de Bruno Coulais, circule un climat fantomatique pour narrer le coup de foudre entre un type qui vient de rater son train —Pœlvoorde — et une fille qui erre dans les rues — Gainsbourg. Ils se donnent rendez-vous à Paris, mais en chemin, il est foudroyé par une attaque cardiaque. Cette entame étrange, abstraite, à la lisière du fantastique, est en effet ce que Jacquot réussit le mieux, le moment où sa mise en scène dégage une réelle inquiétude. En revanche, tandis que l’histoire se resserre autour d’un nœud sentimental — confectionné grâce à un sacré coup de force scénaristique — où Poelvoorde tombe amoureux de la sœur de Gainsbourg (Chiara Mastroianni) ignorant les liens qui les unissent, le suspense est comme grippé par l’approche psychologique et réaliste du cinéaste. Il faut dire que lorsque Jacquot tente de ramener de la quotidienneté dans le récit — que ce soit les séquences à la direction des impôts,

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Son épouse

ECRANS | De Michel Spinosa (Fr, 1h47) avec Yvan Attal, Janagi, Charlotte Gainsbourg…

Christophe Chabert | Mardi 11 mars 2014

Son épouse

Curieux film, aussi téméraire que raté, Son épouse tranche avec l’ordinaire du cinéma français. Cela tient autant à son sujet aux accents fantastiques qu’au dépaysement de l’action, démarrée dans la grisaille d’une campagne française avant de s’expatrier vers une Inde inédite, celle des asiles où sont enfermées des femmes "possédées". C’est Joseph (un Attal fantomatique) qui effectue le voyage, sur les traces de sa défunte épouse Catherine (une Gainsbourg fantôme), ex-junkie disparue dans des conditions troubles du côté de Madras. Une jeune Tamoule, Gracie, prétend être habitée par son esprit, ébranlant le cartésianisme de Joseph. Comme Corneau dans Nocturne indien il y a vingt-cinq ans, ce choc des cultures et des croyances se traduit dans la mise en scène de Michel Spinosa (auteur du très bon Anna M.) par une certaine langueur hébétée, le rythme du film se calquant sur celui de son protagoniste, errant dans un monde dont il ne comprend ni la langue, ni les traditions, ni les valeurs. Belle idée, que le film saborde par sa construction dramatique en flashbacks, ramenant à intervalles réguliers l’action vers un laborieux psychodrame conjugal do

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Jacky au royaume des filles

ECRANS | Après "Les Beaux gosses", Riad Sattouf élève d’un cran son ambition de cinéaste avec cette comédie sophistiquée, aussi hilarante que gonflée, où il invente une dictature militaire féminine qu’il rend crédible par des moments de mise en scène très inspirés… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 24 janvier 2014

Jacky au royaume des filles

Il était une fois la République Démocratique de Bubune, où les femmes ont le pouvoir qu’elles exercent par la force, où les hommes sont réduits à porter une proto-Burka (la «voilerie»), où les pauvres mangent une bouillie immonde plutôt que des «plantins»… L’autarcie de cette dictature militaire et féminine est aussi un principe de mise en scène pour Riad Sattouf : pas de contrechamp sur l’extérieur (simplement appelé «l’étranger»), mais une immersion dans ce monde créé de toutes pièces, où l’on s’amusera à pister les éléments prélevés dans des pays existants. Il y a donc un peu de Corée du Nord, d’Iran façon Ahmadinejad et de Russie poutinienne, ou encore d’Inde à travers les castes et les vaches sacrées ici transformées en «chevallins». L’environnement de cette comédie hallucinante et hallucinée est tenue d’un bout à l’autre avec sa calligraphie, son Histoire, son langage, et il n’y a qu’à y propulser un héros sans qualité, Jacky (Vincent Lacoste, le Bernard Menez des années 2000), qui se masturbe en pensant à la Colonel promise à prendre le pouvoir (Charlotte Gainsbourg, aussi géniale et troublante ici que chez von Trier), et dont e

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Nymphomaniac volume 2

ECRANS | Fin du diptyque de Lars von Trier, qui propulse très haut sa logique de feuilleton philosophique en complexifiant dispositif, enjeux, références et discours, avec d’incroyables audaces jusqu’à un ultime et sublime vertige. On ose : chef-d’œuvre ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 23 janvier 2014

Nymphomaniac volume 2

5+3. Cette addition, qui lançait la vie sexuelle de Joe dans le premier volume de Nymphomaniac, est aussi la répartition choisie par Lars von Trier entre les chapitres de chaque partie. 5 pour le coït vaginal et le volume 1 ; 3 pour la sodomie et le volume 2 qui, de facto, fait un peu plus mal que le précédent… Après nous avoir laissé sur un climax diabolique, où la nymphomane hurlait : «Je ne sens plus rien !», von Trier reprend les choses là où elles en étaient : dans la chambre de Seligman, qui ne va pas tarder à expliquer les raisons de sa chaste attitude face au(x) récit(s) de débauche de Joe-Gainsbourg ; et dans celle de Joe-Martin et de Jerome, premier amant, grand amour idéalisé, compagnon et père de son enfant. Mais avant d’embrayer sur un nouveau chapitre et un nouvel épisode entre fantasme (romanesque) et fantasme (sexuel), le voilà qui digresse déjà en flashback sur Joe-enfant et son premier orgasme, où lui apparaissent deux icônes qu’elle prend pour des visions de la vierge Marie, mais que

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Nymphomaniac, volume 1

ECRANS | Censuré ? Remonté ? Qu’importe les nombreuses anecdotes et vicissitudes qui entourent le dernier film de Lars von Trier. Avec cette confession en huit chapitres d’une nymphomane — dont voici les cinq premiers —, le cinéaste est toujours aussi provocateur, mais dans une tonalité légère, drôle et ludique qui lui va plutôt bien. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 décembre 2013

Nymphomaniac, volume 1

On avait laissé Lars von Trier sur la fulgurante dernière image de Melancholia, parvenu au bout de sa dépression et affirmant que le meilleur moyen d’apaiser ses tourments, c’était encore de voir le monde voler en éclats. Au début de Nymphomaniac, après avoir plongé longuement le spectateur dans le noir et une suite de bruits anxiogènes, il révèle le corps de Joe — Charlotte Gainsbourg, réduite dans ce premier volet au statut de narratrice des exploits de son alter ego adolescente, la troublante Stacy Martin — dans une ruelle sombre, ensanglantée et amochée. Passe par là un brave bougre nommé Selligman — Stellan Skarsgard — qui la recueille chez lui et lui demande ce qui s’est passé. «Ça va être une longue histoire» dit-elle, après avoir affirmé qu’elle était une «nymphomane»… En fait, l’histoire tient en deux films décomposés en huit chapitres comme autant de récits obéissant à des règles esthétiques propres, utilisant une panoplie d’artifices — ralentis, split screen, retours en arrière — et changeant sans cesse de formats — pellicule e

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Apocalypse No(w) ?

CONNAITRE | Entre supposées prédictions mayas, sortie de "4h44, dernier jour sur terre", le nouveau film d'Abel Ferrara, et soirées labellisées «fin du monde», tout semble converger vers un 21 décembre apocalyptique – même si on ne fera que s'y bourrer la gueule. Peu étonnant quand on songe que ladite fin du monde est vieille comme... le monde. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 14 décembre 2012

Apocalypse No(w) ?

«Dans le roman qu'est l'histoire du monde, rien ne m'a plus impressionné que le spectacle de cette ville jadis grande et belle, désormais renversée, désolée, perdue […], envahie par les arbres sur des kilomètres à la ronde, sans même un nom pour la distinguer». Ce pourrait être la voix-off du survivant d'un film post-apocalyptique déambulant dans Londres, New-York, Paris, Lyon... Ce ne sont "que" les mots de John Lloyd Stephens, découvrant au XIXe siècle la splendeur passée d'une ancienne ville maya mangée par la jungle du Yucatan. Ces mêmes Mayas dont le calendrier aurait prévu la fin du monde pour le 21 décembre 2012. Peu importe que la NASA elle-même ait démentie ces rumeurs dont les illuminés, les conspirationnistes et les survivalistes font leur miel.   Qu'on la nomme Apocalypse («révélation» dans la Bible) ou Armageddon (d'Harmaguédon, le "Waterloo" hébreu du Livre de l'Apocalypse), la fin du monde est depuis toujours le sujet de conversation p

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4h44, dernier jour sur terre

ECRANS | Si l’on devait mesurer la qualité d’un film à la sincérité de son auteur, il n’y aurait aucun doute : 4h44 est un chef-d’œuvre, Abel Ferrara ayant (...)

Christophe Chabert | Mardi 11 décembre 2012

4h44, dernier jour sur terre

Si l’on devait mesurer la qualité d’un film à la sincérité de son auteur, il n’y aurait aucun doute : 4h44 est un chef-d’œuvre, Abel Ferrara ayant définitivement renoncé à toute volonté de séduction pour une expression spontanée et éminemment personnelle de son art. En regardant la fin du monde depuis un loft new-yorkais et le couple qui l’occupe — Skye, une jeune peintre, et Cisco, un ancien junkie — Ferrara met en scène ce qui reste de l’humanité quand celle-ci s’apprête à partir en fumée : l’amour physique, les regrets, la colère, la résignation…  L’extérieur, il ne le filme que via des écrans (de télé, de smartphone, d’ordinateur) ou aux fenêtres des voisins dont le comportement, désespéré ou absurdement quotidien, reflète en petites touches impressionnistes cette sensation d’inéluctable. Le risque de cette démarche anti-spectaculaire, c’est de flirter avec le vide intégral ; c’est flagrant quand Ferrara tente de relancer sa machine par de maigres soubresauts scénaristiques : ainsi de la dispute entre le couple, qui conduit à la seule scène cassant le huis clos (les retrouvailles entre Cisco et son frère amènent ici le film à un quas

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Confession d’un enfant du siècle

ECRANS | De Sylvie Verheyde (Fr-All-Ang, 2h) avec Peter Doherty, Charlotte Gainsbourg…

Christophe Chabert | Vendredi 13 juillet 2012

Confession d’un enfant du siècle

On voit bien quelle idée a conduit à la réalisation de cet aberrant Confession d’un enfant du siècle : et si Peter Doherty était la version XXIe siècle des dandys décadents du XIXe décrits par Alfred De Musset ? Certes, mais confier au rockeur bedonnant le soin de porter un film entier sur ses épaules à partir de cette seule métaphore était un sacré pari, absolument perdu à l’arrivée. Inexpressif à l’écran, il faut en passer par sa récitation du texte en voix-off pour faire exister les émotions du personnage. C’est laborieux et lassant, mais la mise en scène de Sylvie Verheyde n’est pas plus inspirée : hésitant entre créer une atmosphère narcotique au prix de nombreux anachronismes ou se replier sur l’académisme de la reconstitution en costumes, elle navigue à vue en tentant de dynamiser le peu d’événements qui se produisent deux heures durant. Face à cette longue et ennuyeuse adaptation, on repense à L’Apollonide de Bonello qui avait des défauts, certes, mais était porté par un incontestable projet de cinéma. Christophe Chabert

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Melancholia

ECRANS | Versant apaisé du diptyque qu’il forme avec le torturé "Antichrist", "Melancholia" poursuit le travail psychanalytique mené par Lars Von Trier sur la dépression et le chaos, et prouve que ses concepts ne tiennent plus vraiment leurs promesses. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

Melancholia

Il est risqué de débuter un film par sa bande-annonce, l’exposé visuel d’un programme que les 120 minutes suivantes développeront à l’écran. D’autant plus risqué si ce film dans le film est d’une splendeur époustouflante, si chaque image y imprime durablement la rétine. Lars Von Trier avait déjà ouvert son précédent Antichrist, jumeau noir de ce Melancholia apaisé, par une séquence du même ordre, mais elle n’était qu’un prologue, lançant plus qu’elle ne l’anticipait le récit à venir. Dans Melancholia, tout est dit avec ces dix minutes sublimes : l’imminence de la fin du monde, qui se matérialise aussi bien par des visions cosmiques que par des focus sur une mariée flottant au-dessus d’un marais de nénuphars, connectée par des éclairs à d’autres planètes, s’arrachant à des racines qui la retiennent au sol… Après un si beau morceau de bravoure, l’excitation est de mise, mais Von Trier va vite doucher le spectateur : de tous ces tableaux fulgurants, il faut trier ce qui relève de la métaphore et ce que le cinéaste traitera dans sa littéralité. La mariée était en flammes Justine (Kirsten Dunst, pas mal)

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Cannes jour 8 : Pater noster

ECRANS | Melancholia de Lars Von Trier. Pater d’Alain Cavalier.

Dorotée Aznar | Jeudi 19 mai 2011

Cannes jour 8 : Pater noster

Arrivé dans la dernière ligne droite du festival et de sa compétition, on attend toujours le film qui mettra tout le monde d’accord, celui qui trouvera le juste milieu entre film pour festival et œuvre suffisamment audacieuse pour séduire la frange la plus dure de la cinéphilie. On pensait que Melancholia, le dernier Lars Von Trier, allait jouer ce rôle. Présenté ce matin au Grand Palais, le film s’avère en définitive une des déceptions majeures de Cannes 2011. Pourtant, Melancholia démarre par dix minutes de pure sidération visuelle, où Von Trier mélange des ralentis étranges où les personnages semblent flotter au milieu des décors, et des visions spatiales d’une planète en fusion, se terminant par une spectaculaire collision avec la Terre, le tout sur fond de Wagner. C’est magnifique, impressionnant, même si on se souvient que l’ouverture d’Antichrist produisait sensiblement la même sensation. Quand le film retrouve une forme traditionnelle (et même ultra-traditionnelle pour du Lars Von Trier : scope et caméra portée, zooms et raccords dans l’axe), les choses s’enlisent dans un pénible remake de Festen. Un mariage, des

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L’Arbre

ECRANS | De Julie Bertuccelli (Fr-Australie, 1h40) avec Charlotte Gainsbourg, Marton Csokas…

Christophe Chabert | Mercredi 7 juillet 2010

L’Arbre

Deux choses plombent "L’Arbre" : d’abord, sa capacité à contourner son sujet (le deuil d’un père et la difficulté pour sa femme et ses enfants à l’accepter) en se réfugiant dans un énorme symbole. L’arbre à côté de leur maison abrite, selon la benjamine de la famille, l’âme de son père, et chaque «réaction» de l’arbre est interprétée comme un signe du défunt. Non seulement cela conduit à des scènes franchement balourdes (quand les branches de l’arbre viennent ravager la maison le soir où l’épouse passe la nuit avec son nouveau mec), mais la symbolique écolo-new age à la sauce innocence enfantine est une tarte à la crème cinématographique plus qu’un véritable point de vue. Deuxième écueil : la tentation du film français délocalisé en territoire exotique (ici, l’Australie), prétexte à une succession de jolies cartes postales en cinémascope qui finissent par faire office de mise en scène. Pas de quoi s’énerver non plus : "L’Arbre" est un film inoffensif, une petite chose que l’on oublie assez vite. CC

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Persécution

ECRANS | Passée son introduction intrigante, 'Persécution' fait figure de ratage pour un Patrice Chéreau enfermé comme ses personnages dans une logorrhée sur les impasses de l’amour, filmée avec un volontarisme irritant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 décembre 2009

Persécution

La première scène de Persécution est soufflante. C’est sans doute le morceau de cinéma le plus intense jamais filmé par Patrice Chéreau, et on pense alors que le metteur en scène va donner une suite magistrale à son précédent Gabrielle. Dans le métro, des visages anonymes attendent leur station, pendant qu’une SDF circule au milieu des usagers en leur réclamant un euro. Elle s’arrête devant une femme un peu forte et la gifle violemment, sans raison. Témoin de la scène, Daniel (Romain Duris, qui s’agite en pure perte dans le film) s’approche de la fille en pleurs ; pas vraiment pour la consoler, plutôt pour la bombarder de questions et chercher à comprendre le pourquoi de ce geste inexplicable. Ce qui a tendance à aggraver les choses… Surgit alors de nulle part un type visiblement cinglé (Anglade, bien flippant) qui, à son tour, va persécuter Daniel, lui déclarant son amour, s’introduisant chez lui en son absence, le surveillant depuis l’appartement d’en face… Ce premier quart d’heure en forme de poupées russes de l’inquiétude place les personnages dans un monde où la menace semble s’immiscer partout, et en premier lieu dans les endroits les plus quotidiens. Ché

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Charlotte au poivre

ECRANS | En tournant le controversé (jusqu’à l’intérieur de nos colonnes) Antichrist, Lars Von Trier pensait sûrement faire son Possession. La postérité jugera si (...)

Christophe Chabert | Mercredi 17 juin 2009

Charlotte au poivre

En tournant le controversé (jusqu’à l’intérieur de nos colonnes) Antichrist, Lars Von Trier pensait sûrement faire son Possession. La postérité jugera si effectivement cette œuvre radicale rejoindra au sommet des films cultes le chef-d’œuvre de Zulawski, mais le résultat festivalier a été équivalent : comme Adjani en 1981, Charlotte Gainsbourg a remporté le prix d’interprétation féminine à Cannes. Sur scène, elle dédia la récompense à son père, en espérant «qu’il aurait été très fier, et très choqué» par le film. Et il est vrai que ce que Charlotte fait dans Antichrist a quelque chose à voir avec le geste artistique de Serge : elle y met son âme (douloureuses séquences de deuil) et son corps (intense scène de masturbation) à nu, allant fouiller là où ça dérange et où ça choque encore. Von Trier semble d’ailleurs parfois à la traîne de l’énergie folle de son actrice, sa mise en scène hésitant entre lyrisme stylisé et réalisme post-dogme. Charlotte Gainsbourg ne s’est pas posé ce type de questions : elle a foncé tête baissée dans ce rôle dont elle sort grandie. CC

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Blog : ça charcle !

ECRANS | Lundi 18 mai :

Christophe Chabert | Mardi 19 mai 2009

Blog : ça charcle !

Pour la plus grande horreur de certains festivaliers, qui ne s’en laissent pas compter en quittant les salles à la première goutte de sang, le festival de Cannes 2009 ne lésine pas sur la violence. Au menu : corps démembré (Kinatay), gorges tranchées (Un prophète, Thirst), gunfights sanglants (Vengeance) et enfin clitoris tranché à coups de ciseaux, masturbation puis éjaculation sanglante, et jambe lestée par une lourde meule après un bon coup de foreuse (Antichrist de Lars Von Trier). Cependant, n’en déplaise aux pères la pudeur qui commencent à perdre patience et à se fâcher tout rouge, toutes ces formes de violence ne sont pas du même ordre. Pas grand-chose de commun entre la violence graphique et déréalisée que l’on trouve chez Park Chan Wook ou Jonnie To et celle, sèche et réaliste, d’Audiard ou Mendoza. Quant à Lars Von Trier, la violence débarque dans son film au milieu d’un lourd projet mystico-psychanalatique avec la souplesse d’un éléphant. Antichrist est certes gonflé (jusqu’à l’aveuglement, voir la dédicace assez hallucinante à Tarkovski à la fin), mais totalement foiré aussi. La première séquence, où un clip au r

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