Les Saveurs du palais

ECRANS | De Christian Vincent (Fr, h35) avec Catherine Frot, Arthur Dupont, Jean D’Ormesson…

Christophe Chabert | Vendredi 14 septembre 2012

Photo : © Tibo & Anouchka


Du fin fond de l'Antarctique où elle a trouvé refuge pour faire le point sur une aventure exaltante mais achevée brutalement, Hortense Laborie se souvient des deux années passées au palais de l'Élysée où celle qui, jusqu'ici, ne tenait qu'une modeste auberge périgourdine est devenue la cuisinière personnelle du président en place. Derrière le personnage de fiction se cache l'authentique chef des cuisines privées de François Mitterrand à la fin de son deuxième septennat. Christian Vincent a choisi d'être beaucoup plus abstrait pour faire de cette histoire vraie une fable sur le pouvoir et la fin d'une époque. Élégamment raconté par une caméra toujours en mouvement, parfaitement interprété par une Catherine Frot aussi à l'aise dans la légèreté que dans la gravité, Les Saveurs du palais est le prototype du film qualité française, label vintage ici remis au goût du jour. Or, Laborie est elle-même une sorte de madone du terroir et des recettes de «mémé», tandis que le président, fin lettré (normal, l'incunable Jean D'Ormesson en endosse avec une délectation non feinte le costume), se lamente sur l'air du «On ne parle plus comme ça, maintenant». Désagréable sensation d'un film qui accorde sa forme et son fond sur un égal niveau de conservatisme, repli identitaire qui a beau se donner tous les atours de la malice, se résume en fin de compte à un assez rance "C'était mieux avant".

Christophe Chabert

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Un enfant à la mère : "Sous les étoiles de Paris" de Claus Drexel

Comédie dramatique | Claus Drexel l’affirme d’emblée : il s’agit d’un conte.

Vincent Raymond | Mardi 27 octobre 2020

Un enfant à la mère :

Clocharde vivant recluse dans le silence d’un local sous un pont de Paris, Christine voit surgir le petit Suli, un migrant africain dont la mère a été arrêtée pour se faire expulser. D’abord revêche avec l’enfant, Christine le prend sous son aile mitée et tente l’impossible : retrouver la mère… Claus Drexel l’affirme d’emblée : il s’agit d’un conte. Silhouette hors d’âge et claudiquante, Catherine Frot fait en effet figure de Carabosse des égouts attendant d’être délivrée d'un mauvais sort par le petit chevalier Suli au terme de leur déambulation-apprivoisement initiatique. S'il révèle les invisibles au sein de la foule solitaire, ce film démarrant comme un diesel trouve quelques moments de grâce dans le lien entre les deux personnages, et quelques images choc : l’évocation d’une “cour des miracles“ peuplée de drogués sous un parking ou les terribles (et bien réels) plans sur les bidonvilles de migrants de l’autre côté du périph’. Sur un registre plus anecdotique, il s’agit sans doute de l’un des rares — le seul ? — films où les deux sœurs Frot se donnent la réplique.

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Claus Drexel : « l’idée était de faire un conte »

Sous les étoiles de Paris | Après le visionnaire "America", Claus Drexel revient à la fiction à la demande de Catherine Frot pour un étrange buddy movie entre une clocharde et un petit migrant dans le décor somptueux de Paris. Un projet venu tout droit d’un autre documentaire, "Au bord du monde"…

Vincent Raymond | Mardi 27 octobre 2020

Claus Drexel : « l’idée était de faire un conte »

C’est par un documentaire, Au bord du monde (2013), que vous êtes arrivé à Sous les étoiles de Paris… Claus Drexel : Oui, mais je faisais déjà de la fiction avant. J’ai plutôt fait un virage vers le documentaire sans jamais avoir envie d’arrêter la fiction. Ce qui s’est passé à l’époque de Au bord du monde, c’est que je voyais des reportages sur les gens de la rue où ces personnes ne s’exprimaient jamais parce qu’on interviewait les associations — qui font un travail formidable. J’avais l’impression de vivre dans une ville avec des personnes que je ne connaissais pas, dont je ne savais rien. J’ai eu envie de les rencontrer, en tant qu’individu. C’est un peu par hasard qu’est venue ensuite l’idée de tirer un documentaire de ces rencontres, Au bord du monde, et finalement j’ai adoré ça. Ce film a changé mon regard sur le monde à plusieurs niveaux. Car j’ai adoré le concept de documentaire et j’ai eu envie de continuer à en faire, sans perdre l’envie de faire de la fiction qui était ma voie d’origine. Alors, quand Catherine Frot m’a contacté après avoir vu

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Éloge du sur-place en marche arrière : "Qui m'aime me suive !"

Comédie | De José Alcala (Fr, 1h30) avec Daniel Auteuil, Catherine Frot, Bernard Le Coq…

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Éloge du sur-place en marche arrière :

Parce que son grincheux de mari Gilbert s’obstine à conserver son garage, qu’il est fâché avec leur fille depuis qu’elle a convolé, qu’ils sont fauchés, que son voisin et amant a déménagé, Simone quitte le foyer. Pile le jour où le petit-fils débarque. Gilbert, affolé, part à ses trousses. Courses-poursuites poussives, septuagénaires s’escrimant à paraître dix ans de moins, surjeu outré généralisé, accumulation d’enjeux dramatiques éventés évoquant un tout-à-l’égout de pitchs scénaristiques… Est-il bien raisonnable, à l’heure où les plateformes de vidéo en ligne prennent d’assaut le secteur cinématographique, que les salles soient les récipiendaires de médiocrités aussi ineptes ? Même le petit écran, qui jadis leur permettait de trouver une incarnation dans le format téléfilm, semble avoir jeté l’éponge. À raison : un tel objet aurait raison de la meilleure indulgence — pardon, audience. ll y a quelque chose de pathétique à observer des acteurs estimables se livrer à un concours de cabotinage pour tenter de donner quelque intérêt à une comédie. Surtout lorsque leur carrière peut

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"Sage Femme" : critique et interview de Martin Provost

ECRANS | Sage-femme, Claire travaille dans une maternité qui va bientôt fermer. Sa vie se retrouve chamboulée par l’irruption de Béatrice, amante de son défunt père. (...)

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Sage-femme, Claire travaille dans une maternité qui va bientôt fermer. Sa vie se retrouve chamboulée par l’irruption de Béatrice, amante de son défunt père. Passions, regrets et nostalgie vont s’inviter chez ces deux femmes que tout oppose. Étude sur l’acceptation du passé, cette petite histoire s’accompagne d’une mise en scène discrète, presque invisible de Martin Provost. Écrasé par deux actrices qu’il admire, le réalisateur limite la forme à une simple illustration. Seuls Quentin Dolmaire et Olivier Gourmet irradient leurs apparitions d’un charisme qui dénote avec l’ensemble. En dépit d’une première heure touchante, la simplicité recherchée donne un sentiment d’inabouti. Des images calmes, une musique calme et un scénario calme, achèvent de rendre le troisième acte maladroit, presque ennuyeux dans les adie

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L’Hermine

ECRANS | Même sous la robe rouge bordée d’hermine d’un président de cour d’assises, il y a un cœur qui bat. Venise porte toujours bonheur au duo Christian Vincent-Fabrice Luchini, que la Mostra a distingué (Prix du Scénario, Coupe Volpi de l’interprète masculin) 25 ans après "La Discrète"…

Vincent Raymond | Mardi 17 novembre 2015

L’Hermine

De prime abord, le tableau donnerait presque envie de fuir : Fabrice Luchini dans un prétoire, exerçant sur un public captif une autorité absolue de président, ne risque-t-on pas de subir la logorrhée cancanante d’un comédien s’auto-caricaturant dans une solennité volubile ? D’assister à un film de procès et de procédure virant à la joute oratoire ou à la “performance” — à l’instar de celle qui lui avait valu son César à l’époque de Tout ça… pour ça ! (1993) de Lelouch ? Ces appréhensions légitimes se dissipent au fur et à mesure de L’Hermine : le rôle de Michel Racine qu’il endosse n’est pas celui d’un discoureur emphatique et péremptoire, mais d’un homme retenu. Emprunté, même. Un de ces personnages plus rares, moins horripilants aussi, qu’il sait tenir — comme chez Leconte dans Confidences trop intimes (2003) — où il a davantage à écouter qu’à parler. Où il est récepteur et non émetteur. Certes, ce président est austère et, de surcroît, grippé, ce qui explique en partie ce jeu tout en understatement. Mais il bénéficie d’une transfiguration lorsqu’il retrouve parmi ses jurés une femme qu’il a aimée. Luchini lumineux

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Marguerite

ECRANS | De Xavier Giannoli (Fr, 2h07) avec Catherine Frot, André Marcon, Michel Fau…

Vincent Raymond | Mardi 15 septembre 2015

Marguerite

Marguerite, baronne férue d’art lyrique, donne des récitals à domicile lors de soirées de bienfaisance. Sa prodigalité retient tous ses obligés, à commencer par son époux, de lui révéler qu’elle chante comme une casserole. Quand lui prend l’envie d’organiser un concert public, ses proches tentent de l'en dissuader, puis de limiter la casse en embauchant un coach… Capable de l’épouvantable (Quand j’étais chanteur) comme du très correct (À l’origine), Giannoli délaisse rapidement le "gag" de la voix de crécelle pour s’intéresser à la singulière personnalité de Marguerite, à sa solitude de femme délaissée et sa conquête d’indépendance ; à sa générosité et son absence d’a priori — en témoigne la galaxie de freaks dont elle s’entoure sans ciller. Du nanan pour Catherine Frot. Il perd hélas en subtilité dans la réalisation des récitals. Multipliant les très gros plans sur la bouche, voire la glotte de la diva, il crée un effet caricatural inutile, car redondant avec la bande-son : même la plus atrophiée des oreilles entend que les mugissements de Marguerite sont une injure à la justesse.

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Oh le vieux style !

SCENES | Au procès intenté contre la version de Oh les beaux jours présentée par Marc Paquien, il n’y aura qu’une seule acquittée : Catherine Frot. La comédienne, que l’on (...)

Dorotée Aznar | Lundi 4 juin 2012

Oh le vieux style !

Au procès intenté contre la version de Oh les beaux jours présentée par Marc Paquien, il n’y aura qu’une seule acquittée : Catherine Frot. La comédienne, que l’on n’avait pas vue depuis plusieurs années sur les planches, prend un plaisir immense (et communicatif) à jouer Winnie, cette femme qui s’enlise inexorablement, face à un interlocuteur muet la plupart du temps. Avec un mélange de candeur et d’ironie lucide, Frot fait merveille en personnage tragi-comique, digne quand il n’y a plus rien à sauver, gaie jusqu’au dernier souffle. Si l’on retrouve dans Oh les beaux jours des thèmes chers à Beckett : la faillite du langage, le dépérissement des corps, la répétition sans but et sans issue, on est clairement ici du côté de la vie. Du côté des accusés, on retrouvera en premier lieu Marc Paquien. Le metteur en scène aurait pu se contenter d’un fort soupçon d’emploi fictif, considérant que son travail se réduit ici à la portion congrue : asseoir Catherine Frot sur une chaise et appliquer à la lettre les indications de l’auteur. Malheureusement, dès le lever de rideau, on penchera davantage vers une association de malfaiteurs où s’illustre notamment le décor

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Viens voir les comédiens…

SCENES | Une saison de théâtre, c’est aussi, n’en déplaise aux puristes, une saison d’acteurs exceptionnels à découvrir sur scène. D’Arestrup à Catherine Frot, de Cantona à Romain Duris, passage en revue des «stars» de cette rentrée. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 1 septembre 2011

Viens voir les comédiens…

S’il y a un acteur qu’on n’attendait pas là, c’est bien lui. Qu’Éric Cantona, pour qui on a une affection particulière, s’associe à Dan Jemmett, metteur en scène ayant l’habitude de mettre en pièces le répertoire (on se souvient de sa Nuit des Rois d’après Shakespeare), pourquoi pas ? Mais que les deux aient trouvé comme terrain d’entente Ubu enchaîné d’Alfred Jarry, voilà qui a de quoi stimuler les attentes et laisser s’épanouir tous les fantasmes. Ce qui fascine chez Cantona, c’est ce corps à la fois massif et sportif, cette voix puissante et chantante (combien d’acteurs en France ont le droit de jouer avec leur accent d’origine ?) ; un drôle de comédien dans une drôle de pièce, où le tyran devient esclave mais conserve ses humeurs et ses emportements. Romain Duris aussi a su faire de son corps souple et nerveux un instrument de fascination pour les metteurs en scène de cinéma. C’est en le filmant pour son très raté Persécution que Patrice Chéreau, qui ne rechigne plus autant à revenir au théâtre, a décidé de le pousser sur scène, faisant de lui le nouvel interprète (après Pascal Greggory, qui a fait le trajet inverse de Duris, des planches à l’écran) de son auteur fétiche, Berna

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Coup d’éclat

ECRANS | De José Alcala (Fr, 1h30) avec Catherine Frot, Nicolas Giraud…

Christophe Chabert | Mercredi 20 avril 2011

Coup d’éclat

Véhicule pour Catherine Frot en femme-flic au bout du rouleau, de plus en plus seule au fil du récit et qui tente de se raccrocher à une enquête concernant l’assassinat d’une fille de l’Est, Coup d’éclat ne fait pas d’étincelles. Le rythme est léthargique, les rebondissements prévisibles, les dialogues mal écrits ; on se croirait devant un épisode de Derrick ! Et les zones d’ombre sont tellement soulignées qu’elles participent du manque de subtilité générale. Sans parler du contenu social du film, qui n’est là que pour rappeler qu’il s’agit d’un polar de gauche. Il est aussi mauvais que les polars de droite. Christophe Chabert

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Le Vilain

ECRANS | De et avec Albert Dupontel (Fr, 1h25) avec Catherine Frot, Nicolas Marié…

Christophe Chabert | Mardi 17 novembre 2009

Le Vilain

Au cinéma de Dupontel, on accole souvent l’étiquette de «cartoon live», ce quEnfermés dehors, son œuvre la plus ambitieuse, avait entériné. Le Vilain, projet plus modeste, s’inscrit plutôt dans une ligne claire franco-belge, où le dessin s’efface devant le récit. Soient les retrouvailles entre un truand cinglé et sa gentille et increvable maman, vingt-cinq ans après le départ du fiston. Découvrant que son rejeton est une crapule depuis sa pas tendre enfance, elle décide de lui faire regretter ses errements ; en retour, il s’entête à la faire passer de vie à trépas. L’argument fait très bip bip contre le coyote, mais le scénario met un point d’honneur à ne pas s’enfermer dans son pitch. Plein de bifurcations au risque d’être inégal, le film fonctionne comme une comédie noire et méchante où Dupontel en fait des tonnes et Catherine Frot ne boude pas son plaisir d’abîmer son image d’actrice pour lecteurs de 'Télérama'. D’ordinaire, on n’aime pas écrire ça, mais Le Vilain est vraiment un film sympa — parce qu’il ne l’est pas, justement. CC

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Le Crime est notre affaire

ECRANS | De Pascal Thomas (Fr, 1h49) avec André Dussollier, Catherine Frot, Claude Rich…

Christophe Chabert | Mercredi 8 octobre 2008

Le Crime est notre affaire

Pendant que Belisair Dussollier met son ordinateur «à la poubelle», Prudence Frot lui lance un cinglant «Ça sent le vieux !». Sacré Pascal Thomas ! Il faut être sûr de son coup pour ouvrir un film sur une séquence qui résume, avec humour, toute son œuvre récente. Alors, oui, cette suite de Mon petit doigt m’a dit sera encore plus old school et fière de l’être. Après le bâclé L’Heure zéro, Le Crime est notre affaire fait preuve d’un solide sens de la mise en scène, et l’intrigue d’Agatha Christie a cette fois suffisamment de substance pour contenter le spectateur jusqu’à la dernière séquence. Mais ça, à la limite, on s’en fout ! Scindant son couple de détectives amateurs en deux pour les besoins de l’histoire, Pascal Thomas propulse Prudence dans un château enneigé. Elle y découvre une famille partiellement rescapée du dernier Desplechin qu’un vieillard pingre — Claude Rich, avec une réplique géniale : «Elle est bonne, la soupe !» — couvre de reproches. De ce choc générationnel, il ressort que les vieux ne sont pas ceux que l’on croit, et qu’une quadra bien conservée suscite un appétit sexuel plus affolant qu’une blonde minette — qui court en jupe plissée dans les couloirs, au cas o

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