Phoenix

ECRANS | Après "Barbara", Christian Petzold et son actrice Nina Hoss explorent de nouveau l’histoire allemande — ici, le retour des camps — mais sur un mode labyrinthique et hitchcockien. Un très grand film sur l’identité et l’inexprimable. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 27 janvier 2015

Fidèle au précepte d'un Claude Lanzman, Christian Petzold ouvre Phœnix sur ce que l'on ne peut pas montrer : l'horreur des camps de concentration nazis. Il le fait à travers le visage d'une rescapée, Nelly, recouvert par des bandelettes tel Rock Hudson dans Seconds. Défigurée, quasi-mutique, elle est prise en charge par Lene, qui veut lui offrir un nouveau visage et une nouvelle vie, dans une Palestine qui ne s'appelle pas encore l'État d'Israël. Mais, l'opération réussie, Nelly ne se reconnaît pas et se voit comme une autre. On ne saura jamais si cette sensation de dédoublement est une conséquence psychologique du martyre qu'elle a subi — provoquant une cassure irrémédiable entre son moi d'avant et ce qu'il en reste aujourd'hui — ou si, effectivement, elle relève d'une vraie transformation physique.

Ce trouble-là, que Petzold entretient magistralement, le film le redouble encore quand Nelly retrouve son mari Johnny, ancien pianiste désormais homme à tout faire dans un cabaret au milieu des ruines berlinoises. Johnny est redevenu Johannes et, quand il croise Nelly, ce n'est pas sa femme qu'il voit, mais son sosie. Là encore, l'ambiguïté est à son comble : est-il impensable pour lui que son épouse ait pu survivre ou vit-il sincèrement une «méprise», pour reprendre le titre d'un roman de Nabokov auquel on pense souvent face à Phoenix — même climat flottant, presque abstrait, même inquiétude flirtant avec la métaphysique ?

Je est un autre

Comme dans son précédent Barbara, Petzold choisit une mise en scène classique, précise, sans effet ostentatoire, et témoigne une confiance totale en son actrice, la géniale Nina Hoss. Son interprétation de Nelly est renversante, d'autant plus qu'elle repose plus sur des non-dits que sur des dialogues, assez rares. Tandis que Johnny tente de la faire ressembler à la Nelly d'avant, elle ne cesse de lui fournir des indices pour lui prouver qu'elle n'est pas son double, mais bien elle-même. Et, à chaque échec, c'est la même expression de confusion qui la traverse, comme si à son tour elle doutait de sa propre existence.

On voit alors où ce film vertigineux, à l'intensité hitchcockienne — on pense bien sûr à Vertigo, mais pas seulement — conduit le spectateur : à éprouver l'inexprimable, mais aussi à comprendre comment on peut en venir à occulter le passé le plus noir et le plus dérangeant, amnésie personnelle pour continuer à vivre ou collective pour préserver un pays en lambeaux.

Phoenix
De Christian Petzold (All, 1h38) avec Nina Hoss, Ronald Zehrfeld…


Phoenix

De Christian Petzold (All, 1h38) avec Nina Hoss, Ronald Zehrfeld... Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Nelly, une survivante de l'Holocauste revient chez elle sous une nouvelle identité. Elle découvre que son mari l'a trahie...
UGC Astoria 31 cours Vitton Lyon 6e
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L’eau à la bouche : "Ondine" de Christian Petzold

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Conférencière spécialisée dans l’urbanisme de Berlin, Ondine est brutalement quittée par son amant. Christoph, un scaphandrier, tombe alors sous son charme et entame avec elle une romance. Mais la belle, encore rongée par sa blessure, doit en finir avec son ex-… Histoire sentimentale néo-romantique, songe fantastique rêvé par le scaphandrier, cette variation sur le mythe de la nixe — ou sirène — troquant par amour son royaume contre la terre ferme, évoque (en version aquatique) la situation des anges wendersiens des Ailes du désir, condamnés à porter la mémoire de la ville qu’il survolent, dépositaires de l’histoire des hommes mais incapables d’en partager les affects ni les plaisirs mortels. Ondine est aussi de ces êtres de passage si fréquents dans le cinéma de Petzold permettant à leur partenaire d’accomplir une traversée, mais dont la destinée revêt une dimension sacrificielle les rendant d’autant plus tragiques et… désirables, horrible paradoxe ! Pas étonnant que la fiévreuse Paula Beer ait, pour ce rôle de gardienne de Berlin, conquis l’Ours d’argent de la meilleure interprète à la Be

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Paula, qu’est ce qui était le plus difficile : ingérer tous les textes de l’historienne ou interpréter des scènes sous l’eau ? Paula Beer : À leur manière, les deux étaient difficiles, et demandaient bien sûr une préparation particulière, parce que sous l’eau on ne peut pas parler : il faut se sentir sûre de soi. Et pour les conférences, bien sûr tout le texte demande plus de préparation, mais il faut savoir qu’Ondine ne va pas seulement tenir une conférence : elle raconte son histoire en racontant celle de la ville. On doit comprendre que cette vieille figure de conte, ce personnage, avait accès à l’eau avant que la ville ne soit construite ; Ondine sait donc pratiquement tout sur la ville. Pour cette raison, tourner sous l’eau et tenir de grandes conférences sont deux difficultés que l’on prévoit avant le tournage bien sûr. Mais il y a des scènes dont on pense parfois qu’elles seront faciles et qui s’avèrent plus compliquées. Le monologue est complexe au cinéma ; or ici, il y en a beaucoup… PB : Dans la plupart des films il y a plutôt des dialogues que de longs textes. C’était particulier et e

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En apparence cousu de fil blanc — ou plutôt de ce noir épais tissant l’étoffe des drames —, ce portrait d’une femme entre deux âges, entre deux hommes, entre deux vies et finalement entre deux enfants, captive par son habileté à déjouer les clichés. Ina Weisse ne s’abandonne jamais à la facilité, ni à une démonstrativité superflue : il suffit de quelques plans, d’une poignées de mots et de regards pour mesurer les relations troubles entre Anna et son père… et comprendre l’origine probable de son exigence disproportionnée comme de son instabilité. Mais L’Audition est aussi un film sur le désir artistique maladif et la jalousie : accordant une attention toute maternelle à Alexander — avant d’être obsessionnelle —, Anna en néglige son propre fils Jonas, violoniste lui aussi. Un fils auquel, de surcroît, elle n’enseigne pas son art. La tension psychologique qui s’ensuit provoque des déflagrations inattendues, et une tragédie dont la morale perverse et pour le coup, peu morale, plairait certainement à Haneke ! Sans doute le rôle le plus troublant de Nina Hoss, et la confirmation que les maîtres(ses) de musique sont décidément des i

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Atteint d’un trouble mental lui provoquant d’irrépressibles fous-rires, Arthur Fleck vit seul avec sa mère grabataire. Effectuant des prestations de clown pour survivre, il ambitionne de se lancer dans le stand-up. Mais rien ne se passe comme prévu, et une spirale infernale l’aspire… Un déclassé humilié par tous dans une grande métropole en crise devenant un héros populaire après avoir commis un acte délictuel ; un humoriste raté se vengeant de ses échecs sur son idole… Une quarantaine d’années environ après Taxi Driver (1976) et La Valse des Pantins (1982), Martin Scorsese vient donc de recevoir (par procuration) le Lion d’Or de la Mostra pour un film portant nombre de ses “stigmates“ — ne manque guère qu’un petit fond de religiosité chez le personnage principal —, mais aussi payant un lourd tribut à Sidney Lumet (Network, Un après-midi de Chien) comme à DePalma, dont le Blow Out (1981) brille au fronton d’un cinéma de Gotham. Todd Philipps a en effet signé avec Joker un

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Pourquoi vous êtes-vous focalisé ici sur le personnage de Jean Grey ? Simon Kinberg : D’abord, je suis tombé amoureux du personnage de Phoenix : je le trouvais absolument fascinant, comme tout le monde parmi les X-Men. J’aimais aussi l’idée d'un personnage qui perdait à la fois sa tête et ses pouvoirs, mais également voir de quelle manière cela affectait tous les X-Men ; comme des ennemis deviennent des amis, comment des amis, au contraire, devenaient des ennemis. Et puis il y avait ce dilemme : lorsque l’on a des amis proches qui perdent temporairement pied, quand cesse-t-on de vouloir les sauver ? Il était important ici de montrer que les conséquences du combat intérieur de Jean Grey font souffrir les autres autant qu'elle-même. Il fallait donc que le film ait une qualité intime humaine presque primitive ; et que l’on sente ce combat jusque dans le style, les acteurs ainsi qu'une forme plus naturaliste. Quand on a une telle distribution, il faut lui donner de vraies scènes afin que les acteurs puissent exercer leurs super-pouvoirs — qui est d'être formidables. Sop

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De sang et d’or : "Les Frères Sisters"

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Mieux vaut ne pas avoir de différend avec le Commodore. Car il envoie ses deux dévoués Charlie et Eli Sisters, tireurs d’élite et cogneurs patentés. Les deux frères vont pourtant faire défection quand une de leurs proies explique avoir découvert un procédé permettant de trouver de l’or… On attendait, en redoutant que la greffe transatlantique ne prenne pas, cette incursion de Jacques Audiard en un territoire aussi dépaysant par les décors, les usages ou les visages, que familier par son poids mythologique et les séquences fondatrices ayant dû sédimenter dans son imaginaire. Mais même délocalisé, le cinéaste n’est pas abandonné en zone hostile. D’abord, il se trouve toujours escorté par son partenaire, le magique coscénariste Thomas Bidegain ; ensuite la langue anglaise ne peut constituer un obstacle puisque son langage coutumier se situe au-delà des mots, dans la transcendance de personnages se révélant à eux-mêmes et aux autres, grâce à un “talent“ vaguement surnaturel. Le tout, dans un contexte physiquement menaçant. Empli de poudre, de sang et

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L’arrivée des forces d’occupation en France contraint l’Allemand Georg à gagner Marseille, où il compte rallier l’Amérique par la mer. Sur place, il récupère l’identité et le visa pour le Mexique de son compatriote Weidel dont il a trouvé le corps. Mais une femme, Marie, l’intrigue et le retient… Étrange concept que celui de ce film qui replace dans le contexte actuel et des décors contemporains, une situation ancienne, à savoir datant d’il y a quatre-vingt-ans. Comme au théâtre, il s’agit pour le spectateur de souscrire un pacte et d’admettre une double réalité entre ce qu’il voit et ce qui est évoqué au-delà de l’image — Lars von Trier avait procédé de même dans Dogville, réduisant son dispositif à l’extrême. Cette dualité a certes du sens : Georg ne se dissimule-t-il pas sous le “masque“ d’un autre individu ? De même, un état d’égarement se ressent à la vue de ce Marseille en état de siège, où les repères sont abolis, chacun devenant pareil à un étranger. Hélas, Transit reste prisonnier de ce ping-pong ré

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ECRANS | Engagé à peu de choses près pendant le tournage du Labyrinthe du Silence de Giulio Ricciarelli, Fritz Bauer apporte un contrechamp et une seconde (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

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Engagé à peu de choses près pendant le tournage du Labyrinthe du Silence de Giulio Ricciarelli, Fritz Bauer apporte un contrechamp et une seconde couche sur ce thème de la prise de conscience par les Allemands de l’ampleur de la Shoah et de la nécessité d’une dénazification publique de la société germanique, en se focalisant sur la personne d’un procureur atypique. Figure du droit, autorité morale des années 1960 pour toute une génération, Bauer a cependant été écarté de l’Histoire officielle pendant près d’un demi-siècle, comme mis au purgatoire. Trop juif, trop homosexuel ? Trop critique vis-à-vis de ses contemporains ? Coupable d’avoir permis aux services secrets israéliens d’arrêter Eichmann en leur livrant des informations ? Comme toujours, c’est le thermomètre indiquant la maladie honteuse que l’on a voulu briser, au lieu de la traiter. Le contrecoup, c’est un enchaînement de films “de réparation”, au classicisme assumé et suscités par des auteurs étrangers : Ricciarelli est italien, quant à ce Fritz Bauer, il a été coécrit par le Français Olivier Guez, d’après son essai. Deme

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Quelque part dans les volutes de la Californie psychédélique au début des années 70, Doc Sportello semble sortir d’un rêve évaporé lorsqu’il voit surgir chez lui son ex-petite amie, Shasta Fay, qui lui annonce qu’elle est tombée amoureuse d’un richissime promoteur immobilier — marié — et dont elle soupçonne qu’on ourdit un complot contre lui. Sportello, qui exerce la fonction de détective privé, décide d’enquêter, moitié par amour envers cette fille qu’il n’arrive pas à s’enlever de la tête, moitié par curiosité professionnelle envers un monde bien éloigné de celui de la contre-culture beatnik, adepte de drogues et de nonchalance cool, dans lequel il baigne. Raconté comme ça, le point de départ d’Inherent Vice rappelle inévitablement les romans noirs de Raymond Chandler, ainsi que ses relectures iconoclastes par Robert Altman — Le Privé — ou les frères Coen — The Big Lebowski. Sauf que Paul Thomas Anderson n’adapte pas l’auteur du Grand Sommeil, mais un autre immense romancier américain, Thomas Pynchon. Et si Vice caché se nourrissait de cette mythologie propre à la littérature criminelle, il la cabossait par un réf

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À Hambourg, dix ans après le 11 septembre, dont la ville fut une des bases terroristes, l’agent secret Günther Bachmann part sur les traces d’un immigré tchétchène dont on ne sait s’il est une victime des exactions russes dans son pays ou un potentiel danger pour la sécurité nationale. Pour Bachmann, à l’inverse de ses supérieurs et des Américains, c’est surtout un formidable appât pour faire tomber un créancier du terrorisme islamique… Le scénario d’Un homme très recherché n’est pas, à l’inverse de la précédente adaptation de John Le Carré La Taupe, aussi complexe qu’il en a l’air. Du moins Anton Corbijn ne cherche pas à le rendre plus abscons qu’il n’est, adoptant une narration stricte et dépourvue de chausse-trappes ou de faux semblants. Pendant sa première heure, le film installe une atmosphère froide et séduisante, des personnages forts et se plaît à faire de Hambourg un acteur à part entière du récit — ce que le cinéaste réussissait déjà à faire avec la Toscane dans son précédent

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L'an passé, nous saluions le starpower de la soixante-huitième édition des Nuits de Fourvière. Maintenant que nous connaissons la teneur de la soixante-neuvième, nous voilà contraints de revoir notre jugement à la baisse : en termes d'éclat et de densité, la programmation de 2014 est à celle de 2013 ce que la Grande Nébuleuse d’Andromède est à la Voie Lactée. Le principal artisan de ce saut hyperspatial qualitatif n'est autre que Richard Robert, transfuge des Inrockuptibles qui semble avoir avoir définitivement trouvé ses marques de conseiller artistique. Impeccablement équilibré entre reconnaissance de phénomènes franco-belges (Phoenix,  Fauve et Stromae), concerts événementiels (un hommage à Robert Wyatt, Benjamin Biolay qui dirigera un orchestre pour sa nouvelle muse, Vanessa Paradis), rappels de la suprématie de la pop d'outre-Manche (le collectif multimédia Breton, Damon Albarn pour son premier album solo, Franz Ferdinand, Miles Kane), passages ob

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Imaginez le monolithe de 2001 l’odyssée de l’espace apparaissant de nos jours dans un Apple store et donnant naissance à des milliers d’Hal 9000 domestiques qui essaimeraient dans les processeurs de nos téléphones portables et adopteraient la voix de la femme ou de l’homme de nos rêves… C’est peu ou prou ce qui arrive dans Her, le nouveau film d’un Spike Jonze en pleine maturité créative. Son héros, Theodore Twombly — un nom sans doute choisi en référence au peintre et photographe Cy Twombly — y traîne une déprime tenace suite à une rupture amoureuse. Il travaille dans un open space dont les murs sont des aplats colorés façon Pantone où il rédige des lettres d’amour pour les autres, avant de rentrer tristement dans son appartement hi-tech jouer à des jeux vidéo et pratiquer le sexe online avec des inconnues. Jonze fait de lui le prototype de l’homme ordinaire du XXIe siècle : celui qui ne converse plus guère qu’avec son oreillette, c’est-à-dire, d’un point de vue extérieur, qui parle seul dans les rues d’une ville anonyme à l’architecture écrasante — en fait, un croisement invisible entre Los Angeles et Shanghaï. Lorsque sort

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Les premiers plans de The Immigrant mettent l’Amérique au cœur de son sujet : la Statue de la liberté, Ellis Island, une file d’immigrants européens attendant leur visa… C’est aussi une image forte venue du cinéma américain, celle qui ouvrait Le Parrain II. En se transportant au début du XXe siècle, James Gray semble promettre une grande fresque en costumes, éminemment romanesque, qui le placerait en descendant naturel de Coppola. Mais une fois ses rôles principaux distribués — d’un côté Ewa, Polonaise prête à tout pour retrouver sa sœur restée en quarantaine sur l’île, et de l’autre Bruno, souteneur qui lui promet de l’aider si elle accepte de rejoindre sa «famille» —, le film se jouera avant tout en intérieurs : un théâtre burlesque, des bains publics ou l’appartement de Bruno Weiss, qui devient une nouvelle prison pour Ewa. En cela, The Immigrant tient plus du roman russe que de la reconstitution hollywoodienne, et la mise en scène de Gray, somptueuse, d’une sidérante fluidité, préfère l’intimisme à la démesure. Chaque miroir, chaque vitre est à la fois un cadre enserrant Ewa à l’intérieur du cadre, mais aussi une paroi s

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Born Ruffians Les quatre Canadiens de Born Ruffians avaient produit leur petit buzz en 2008 avec Red, Yellow and Blue, un disque d'indie rock de campagne galopant, joué sans effet, avec humour, en direct du garage de maman. Autant fans de country que de funk ou tout simplement de pop sophistiquée, ils sont surtout imprévisibles et là est tout leur talent. Après Say It, disque attachant où la recette se faisait encore plus raffinée et complexe, Birthmarks, le petit dernier, les voit basculer dans des sphères dansantes, électro-pop même (Permanent Hesitation, Rage Flows), tout en gardant leur versatilité. Un son plus "club-friendly" qui a séduit le brasseur Grolsch et le Sucre, mais qui s'estompera derrière les grosses guitares et la liste de tubes impeccables du groupe. Au Sucre, jeudi 3 octobre

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ECRANS | Depuis sa problématique mise en chantier, The Master était annoncé comme un film sur l’église de scientologie. Ce qui, de la part de Paul Thomas Anderson, (...)

Christophe Chabert | Mercredi 2 janvier 2013

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Depuis sa problématique mise en chantier, The Master était annoncé comme un film sur l’église de scientologie. Ce qui, de la part de Paul Thomas Anderson, n’aurait pas été étonnant puisque son œuvre revient comme un aimant vers la question religieuse, tantôt pour en faire un soubassement moral (Magnolia), tantôt pour la mettre en pièces (le pasteur sournois incarné par Paul Dano dans There will be blood). Or, non seulement The Master ne parle pas directement de la scientologie — le «Maître» Lancaster Dodd a bien fondé une nouvelle doctrine, mais celle-ci s’appelle «La Cause» — mais surtout, il n’en fait jamais son sujet. Ce qui intéresse Anderson est ailleurs, et c’est ce qui rend le film si complexe — ses détracteurs diront "confus" : il ne se fixe jamais sur un sujet central, ou plutôt, celui-ci semble se déplacer à mesure que le récit avance. De l’alcool contre une famille Au départ, il y a un ancien soldat revenu brisé psychologiquement du front Pacifique, Freddie. Visiblement obsédé sexuel,

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Christophe Chabert | Lundi 30 avril 2012

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La bonne idée de Barbara, le nouveau film de Christian Petzold, c’est de ne pas adopter tout de suite le point de vue de son héroïne. Elle apparaît au spectateur à travers le regard des autres, et sa froideur butée, son absence d’émotions apparentes, se heurtent aux rumeurs qui courent sur son compte. Nous sommes dans l’Allemagne de l’Est de 1980, et plus exactement dans un petit hôpital de province, où la surveillance de la Stasi est tout aussi forte qu’ailleurs, mais seulement plus voyante. Pour Barbara, infirmière à Berlin, ce nouveau poste est une forme de bannissement, elle qui de toute évidence n’a plus qu’une idée : passer à l’Ouest, du côté de la liberté. Le médecin chef du service s’intéresse très vite à cette femme belle, méfiante, distante, mais ses tentatives pour briser la glace se soldent par des échecs répétés. Quand Petzold se décide à dévoiler un peu plus le projet de Barbara, c’est aussi pour peindre le harcèlement constant dont elle est victime : aucune intimité, ni face à sa logeuse, ni face à l’agent chargé de la surveiller, ce qui rend d’autant plus délicate la mise en route de son plan d’évasion. Faites le mur ! Si la mise en scè

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«Le sport c'est des notes et un blouson, c'est autant visuel que sonore», a déclaré, la semaine dernière, Sébastien Tellier dans les Inrocks. Une devise qu'auraient pu faire leur les Housse de Racket à leurs débuts. À ceci près que le duo de Chavile avait considéré qu'en été un blouson, ça tient chaud : mieux vaut un short, un bandeau à visière, des poignets en éponge et (au cas où on aurait envie de faire un tennis), une raquette. Au point qu'on s'était alors demandé si les enfants cachés de Pit & Rick ne s'étaient pas mis en tête de donner une suite à «La Cicrane (dont les ailes étaient en raquettes de tennis, souvenez-vous, lol) et la Froumi». Bref, on a un peu cru à la blague. Savant mélange plutôt efficace – quoi qu'un peu putassier – d'inspiration house (de racket) et de pop à la Phoenix, on goûtait un peu moins les paroles en français un peu pourraves, ce qui n'empêcha guère le petit succès de Forty Love et du single Oh Yeah !, y compris à l'étranger où l'on ne comprenait pas un traître mot de tout ça.

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Dans la foulée du tournage de Two Lovers, Joaquin Phoenix craque, renonce à sa carrière d’acteur pour se lancer dans le hip-hop, en dépit d’un manque criant de talent dans cette discipline, et de la dépression qui semble le dévorer peu à peu. On le sait à présent, tout cela n’était qu’un canular, confectionné avec la complicité de Casey Affleck, beau-frère de Phoenix. On peut applaudir la performance de l’acteur, qui sera resté plus d’un an dans un rôle qu’on devine lourdement destructeur. On peut aussi se demander, face au résultat final, si le jeu en valait vraiment la chandelle. En fait de scènes trash (Joaquin prend plein de drogues, fréquente des prostituées, a un ego surdimensionné…), I’m still here accumule les clichés ronflants sur le star-system et n’en dit rien, s’enfonçant dans une sombre entreprise de voyeurisme autour d’une star échouée dans une dérive sans sens. Les seules scènes qui fonctionnent sont celles où Phoenix voit son déclin se refléter dans les yeux de ses interlocuteurs : qui d’un Ben Stiller moqué de façon gênante alors qu’il venait lui proposer un rôle dans Greenberg, d’un Puff Daddy effondré à l’écoute de ses pathétiques ba

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Qui de Chairlift ou de Phoenix mérite le devant de la scène, mercredi 14 octobre au Transbordeur ? Les deux groupes ont le vent en poupe, ex-æquo dans leur facilité à ficeler des chansons radieuses aux refrains primesautiers. Alors même si la chanteuse Caroline Polachek, sorte de Julee Cruise aux synthés éthérés, ne compte pas de Coppola parmi ses fans VIP, reste que le trio de Boulder, Colorado, a su se créer un buzz mérité, ici en servant son Bruises enjoué pour la pub du dernier iPod, là en copinant avec Passion Pit et MGMT, pour finir par rameuter l’ex-Animal Collective John Maus sur leur présente tournée. Ajoutons à cela le parrainage de Marc Jacobs côté garde-robe, et gageons que Chairlift devrait nous servir, sinon un concert haute couture, du moins une première partie de haute volée.

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Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2008

Two lovers

Un grand cinéaste fait toujours le même film, à ce qu’on dit… James Gray, jusqu’ici, faisait en effet toujours le même film ; mais ce qu’on appréciait dans The Yards et La Nuit nous appartient, c’était les variations qu’introduisait le cinéaste par rapport à Little Odessa, moins les ressemblances trop voyantes entre chacune de ces œuvres. Two Lovers vient redistribuer les cartes… Fini le polar, place à un drame romantique avec des pointes de comédie. Adieu les familles new-yorkaises héritières des tragédies grecques, voici l’histoire, en apparence archi-classique, du fils d’un modeste tailleur juif qui hésite entre deux femmes, sa voisine blonde, goy et en pleine confusion intime et une amie de la famille, brune, juive et les pieds sur terre. Ce qui est beau dans Two lovers, c’est que ce changement radical de genre ne fait que renforcer l’obsession fondatrice du cinéma de James Gray. Mieux : il l’exprime cette fois avec une bouleversante clarté. La blonde ou la brune Leonard, ado attardé et névrosé (Joaquin Phoenix, magnifique, et qui a pourtant annoncé la fin de sa carrière de comédien ; pourvu qu’i

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