Écrans mixtes : allons-y gaiement !

Vincent Raymond | Mercredi 2 mars 2016

Photo : © Wild Bunch


Pour sa 6e édition, le festival de cinéma queer lyonnais affirme son attachement à la production hexagonale en conviant deux films très attendus pour leurs premières françaises : Théo et Hugo dans le même bateau du duo Ducastel & Martineau en ouverture ; et surtout Quand on a 17 ans d'André Téchiné en clôture. Disons le tout net, c'est le second, œuvre de maturité (co-scénarisée par Céline Sciama, attendue le 8 mars) et témoignant d'une nouvelle jeunesse de l'auteur de J'embrasse pas qui devrait le plus enthousiasmer.

Entre ces deux exclusivités nationales, Écrans mixtes propose la première rétrospective intégrale Alain Guiraudie, en sa présence. L'occasion de reprendre le parcours de ce poète militant, vif défenseur de toutes les minorités en terres rurales, dont la démarche intègre a donné lieu à une filmographie cohérente. Certes, Le Roi de l'évasion ou Pas de repos pour les braves sont plus aboutis et mieux joués que Ce vieux rêve qui bouge ou Voici venu le temps, mais la mise en perspective peut les éclairer d'un jour nouveau.VR

6e Écrans Mixtes
À Lyon du 2 au 8 mars

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Ça va mieux en dix ans ?

Écrans Mixtes | Projections, masterclass, rencontres-débats, soirées, invités et invitées de prestige… La dixième édition d’Écrans Mixtes est un îlot de réjouissances dans un océan d’incertitudes sociétales.

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Ça va mieux en dix ans ?

Une décennie… Déjà le temps de faire des bilans. Pas uniquement celui d’un festival qui s’emploie depuis ses débuts à effectuer des rétrospectives, à désinvisibiliser des œuvres placées sous le boisseau par une censure qui n’en assume pas le nom comme à révéler les films de demain dans de multiples avant-premières (trois cette année, sans parler de la kyrielle d’inédits). Le bilan aussi d’un contexte sociétal : celui d’un monde où malgré l’adoption du mariage pour tous, une récente étude de l’association Autre Cercle révèle qu'une personne LGBT sur quatre a été victime d’au moins une agression LGBTphobe dans son milieu professionnel ; où l’association SOS homophobie signale une “progression alarmante du nombre d’agressions“ qui lui ont été signalées (231 en 2018) ; où

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John Waters : « je crois que mes films sont politiquement corrects »

Écrans Mixtes | Dandy malicieux et provocateur, John Waters est une figure essentielle du cinéma underground puis indépendant étasunien. Son œuvre trans-courants et trans-genres (à tous points de vue) a fait de lui LE représentant de la comédie queer. Affublé du réducteur surnom de “pape du trash“, il est surtout un grand cinéaste. À l’honneur à Lyon. [Traduit de l'anglais par Lauranne Renucci & Vincent Raymond]

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

John Waters : « je crois que mes films sont politiquement corrects »

Comment devient-on John Waters, et surtout, comment parvient-on à le rester dans une industrie qui transforme l’underground en mainstream ? John Waters : Quand vous dites John Waters, vous voulez dire « un réalisateur aussi connu pour avoir fait plein d’autres trucs ? » (rires). Je suis devenu John Waters parce que je ne savais pas ce que j’aurais pu faire d’autre ! À 12 ans, je savais déjà que je voulais être dans le show business. J’étais marionnettiste dans les goûters d’anniversaires d’enfants. Et j’ai découvert les films underground de Jonas Mekas — à l’époque, je tenais une rubrique cinéma dans un journal underground de New York. En écrivant à leur propos, je me suis dit que j’étais capable d’en faire. Je ne sais pas pourquoi je l’ai cru, mais je savais que je pouvais y parvenir juste parce que j’y croyais ! L’industrie du film m’intéressait : très jeune, je m’étais abonné à Variety. Cela m’a fait comprendre qu’il fallait un appât pour attirer les gens quand on n’avait pas d’argent et faire en sorte qu’ils écrivent à

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Téchiné et Waters pour les 10e Écrans Mixtes

Festival | Après la venue l’an passé du vétéran James Ivory, le festival LGBT+ lyonnais ne pouvait manquer la célébration de son premier millésime à deux chiffres. Il s’offre donc deux têtes d’affiches d’exception pour sa dixième édition (du 4 au 12 mars prochains) : André Téchiné et John Waters. Excitant !

Vincent Raymond | Vendredi 3 janvier 2020

Téchiné et Waters pour les 10e Écrans Mixtes

Honneur pour commencer à la figure internationale de John Waters. La rumeur de la venue du pape du cinéma trash (déjà récompensé d’un Léopard d’honneur à Locarno l’an passé) était depuis quelques mois persistante, elle se confirme autour de quatre projections (Pink Flamingos, Polyester — qu’on espère en odorama —, Cry Baby et Serial Mother) et d’une masterclass. Gageons qu’il sera question de la mémoire de Divine, emblématique interprète de son œuvre. Déjà présent en ouverture à travers Quand on a 17 ans en 2016, André Téchiné revient pour une rétrospective de sept films plus un documentaire de Thierry Klifa, ainsi que deux masterclass — dont une réservée aux étudiants de la CinéFabrique. Son film

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André Téchiné : « entre la fidélité au réel et au cinéma, j’ai choisi le cinéma »

L’Adieu à la nuit | André Téchiné place sa huitième collaboration avec Catherine Deneuve sous un signe politique et cosmique avec "L’Adieu à la nuit". Où l’on apprend qu’il aime la fiction par-dessus tout…

Vincent Raymond | Jeudi 25 avril 2019

André Téchiné : « entre la fidélité au réel et au cinéma, j’ai choisi le cinéma »

Pourquoi avoir choisi d’aborder ce sujet ? André Téchiné : Comme toujours, c’est la conjonction de plusieurs choses. On part souvent d’un roman qu’on adapte à l’écran ; là j’avais envie d’une démarche inverse, de partir de tout le travail d’enregistrement, d’entretiens et de reportages fait par David Thomson sur tous ces jeunes qui s’engageaient pour la Syrie et sur ces repentis qui en revenaient. Comme c’était de la matière brute, vivante, et qu’il n’y avait pas de source policière ni judiciaire, j’ai eu envie de mettre ça en scène ; de donner des corps, des visages, des voix. Dans les dialogues du film, il y a beaucoup de greffes, d’injections qui viennent de la parole de ces jeunes radicalisés. Mais j’avais envie que ça devienne un objet de cinéma : la fiction, c’était pour moi le regard sur ces radicalisés de quelqu’un de ma génération et, par affinité, avec Catherine Deneuve — car j’ai fait plusieurs films avec elle — et parce qu’elle incarne un côté Marianne, français. Et puis je voulais que ce soit intergénérationnel.

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Muriel, ou le temps d’un départ : "L'Adieu à la nuit"

Le Film de la Semaine | Une grand-mère se démène pour empêcher son petit fils de partir en Syrie faire le djihad. André Téchiné se penche sur la question de la radicalisation hors des banlieues et livre avec son acuité coutumière un saisissant portrait d’une jeunesse contemporaine. Sobre et net.

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

Muriel, ou le temps d’un départ :

Printemps 2015. Dirigeant un centre équestre, Muriel se prépare à accueillir Alex, son petit-fils en partance pour Montréal. Mais ce dernier, qui s’est radicalisé au contact de son amie d’enfance Lila, a en réalité planifié de gagner la Syrie pour effectuer le djihad. Muriel s’en aperçoit et agit… Derrière une apparence de discontinuité, la filmographie d’André Téchiné affirme sa redoutable constance : si le contexte historique varie, il est souvent question d’un “moment“ de fracture sociétale, exacerbée par la situation personnelle de protagonistes eux-mêmes engagés dans une bascule intime — le plus souvent, les tourments du passage à l’âge adulte. Ce canevas est de nouveau opérant dans L’Adieu à la nuit, où des adolescents en fragilité sont les proies du fondamentalisme et deviennent les meilleurs relais des pires postures dogmatiques. Grand-mère la lutte Sans que jamais la ligne dramatique ne soit perturbée par le poids de la matière documentaire dont il s’inspire, L’Adieu à la nuit

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James Ivory, l’edwardien à l'écran d’argent

9e Festival Écrans mixtes | À l’aube de sa décennie, le festival du cinéma queer de Lyon monte en gamme en accueillant un vénérable pan de l’Histoire du 7e art, James Ivory. (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

James Ivory, l’edwardien à l'écran d’argent

À l’aube de sa décennie, le festival du cinéma queer de Lyon monte en gamme en accueillant un vénérable pan de l’Histoire du 7e art, James Ivory. Peintre assidu des mœurs britanniques et de l’époque edwardienne, adaptateur régulier de Forster ou d’Henry James, le cinéaste étasunien en a exploré les moindres recoins — flirtant parfois avec la redite, voire l’auto-caricature — dans une œuvre marquée par son goût pour les grandes passions entravées par le conformisme social, son idéalisation de l’Italie et de la jeunesse. De Maurice (photo) à Call me by your name (dont il a signé le scénario, et qui lui a valu un Oscar), en passant par Chambre avec vue, Ivory est devenu l’un des plus féconds créateurs d’icônes — pour ne pas dire de mèmes — romantico-gays contemporains. On s’étonne encore que le Tadzio de Mort à Venise lui ait échappé ! Écrans Mixtes lui consacre donc une rétrospective en huit films, où flottera fatalement l’esprit de Ismail Merchant, son défunt alter ego et compagnon.

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Bruce LaBruce et Monika Treut à Écrans Mixtes

Festival | Vincent Raymond & Aliénor Vinçotte

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Bruce LaBruce et Monika Treut à Écrans Mixtes

Labourant de plus en plus le terrain cinéphilique en programmant des hommages et de solides rétrospectives, Écrans Mixtes nous conduit à opérer d’étonnants constats. Ainsi, l'excellent choix de projeter Jeanne et le garçon formidable en ouverture, histoire de célébrer les vingt ans de cette comédie musicale (la première à inscrire sans romantisme malsain le sida dans un film populaire en France), nous rappelle que les auteurs Ducastel & Martineau n’ont jamais su depuis retrouver la grâce de ce coup d’essai. Tout le contraire de João Pedro Rodrigues, invité d’honneur, dont le magique L’Ornithologue (2016) avait balayé le très vain opus inaugural O Fantasma (2000). Le réalisateur portugais donnera en sus une masterclass. D’autres cinéastes sont attendus, telle l’icône allemande Monika Treut qui accompagnera notamment Virgin Machine. Ou le très attendu (car dérangeant) Bruce LaBruce, officiant à la lisière entre le regular, l’underground et le porno — Hustler White avait, en 1996, décontenancé bien des publ

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Jonathan Caouette invité d'honneur d'Écrans Mixtes

Festival | Les coupes budgétaires de la Région n’auront pas eu la peau d'Écrans Mixtes : le festival a réussi à renforcer ses partenariats privés et publics pour cette (...)

Julien Homère | Mardi 7 mars 2017

Jonathan Caouette invité d'honneur d'Écrans Mixtes

Les coupes budgétaires de la Région n’auront pas eu la peau d'Écrans Mixtes : le festival a réussi à renforcer ses partenariats privés et publics pour cette 7e édition, sans atténuer son discours militant, ni réduire la voilure. Il offrira même une carte blanche à son homologue stéphanois Face à Face : solidaire dans l’adversité ! Invité d’honneur de la manifestation, Jonathan Caouette présentera son culte Tarnation, mais aussi Walk Away Renee et huit de ses court-métrages. Dans sa carte blanche, le réalisateur a choisi le premier film de Todd Haynes, Poison, hommage en trois actes à

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Quand on a 17 ans

ECRANS | Des ados mal dans leur peau se cherchent… et finissent par se trouver à leur goût. Renouant avec l’intensité et l’incandescence, André Téchiné montre qu’un cinéaste n’est pas exsangue à 73 ans.

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Quand on a 17 ans

Autant l’avouer, on avait un peu perdu de vue Téchiné depuis quelques années : le cinéaste a pourtant tourné sans relâche, mais comme à son seul profit (ou en rond), s’inspirant volontiers de faits divers pour des films titrés de manière la plus vague possible — La Fille du RER, L’Homme qu’on aimait trop — à mille lieues de ses grandes œuvres obsessionnelles et déchirantes des années 1970-1990, de ses passions troubles, lyriques ou ravageuses. Comme si le triomphe des Roseaux sauvages (1994), puisé dans sa propre adolescence, avait perturbé le cours initial de sa carrière… Cela ne l’a pas empêché d’asséner de loin en loin un film pareil à une claque, à une coupe sagittale dans l’époque — ce fut le cas avec Les Témoins (2007), brillant regard sur les années sida. Le chenu et les roseaux De même que certains écrivains trouvent leur épanouissement en se faisant diaristes, c’est en prenant la place du chroniqueur que Téchiné se révèle le plus habile, accompagnant ses personnages de préférence sur une longue période, les couvant de l’œil pour mieux suivre leur(s) métamorphose(s), l’

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Écrans Mixtes se fait un Grec

ECRANS | Cinquième bougie pour Écrans Mixtes, le festival de films LGBT, et jolie édition 2015 avec comme invité d’honneur le cinéaste grec Panos H. Koutras et des films inédits aussi pertinents sur leurs sujets que surprenants dans leurs formes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

Écrans Mixtes se fait un Grec

Queer, festif, décalé, militant : Écrans Mixtes, le festival LGBT fête ses cinq ans avec à son frontispice ses adjectifs-là ; en 2015, il paraît plus que jamais au cœur des questions contemporaines, et pas seulement celles directement liées à l’homosexualité. Ainsi, l’invitation faite au cinéaste grec Panos H. Koutras n’est pas le moindre des symboles — même si sa venue a été annoncée avant la victoire de Syriza aux dernières élections. Koutras a bâti en quatre films une œuvre qui balance entre réalisme et fantaisie, tradition et modernité : de ce faux film Z qu’était L’Attaque de la moussaka géante au road-movie Xenia, Odyssée d’aujourd’hui à travers une Grèce dévorée par la crise et la violence, le cinéaste se plaît à empoigner les mythes, les sujets et les genres pour les passer au prisme d’une modernité queer. Écrans mixtes propose l’intégrale de ses films — dont l’inédit Real Life, tourné en 2004 — et lui a laissé carte blanche. Il a donc choisi deux films : le classique Stella, femme libre de Michael Cacoyannis — auquel son propre Strella rendait hommage — qu’il présentera à

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Écrans mixtes : feux d’artifices et amours monstres

ECRANS | Une nouvelle édition du festival LGBT Écrans Mixtes avec une journée consacrée aux femmes, des avant-premières dont le dernier et beau film de Bruce La Bruce, du documentaire et un hommage à Kenneth Anger… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 mars 2014

Écrans mixtes : feux d’artifices et amours monstres

Déjà quatre ans que le festival Écrans mixtes tente d’inscrire à Lyon une manifestation cinématographique L(esbian) G(ay) B(i) T(rans) majeure, à l’instar de celles, bien installées dans la région, que sont Vues d’en face à Grenoble et Face à face à Saint-Étienne. Avec quelques particularités, notamment un goût prononcé pour l’esthétique queer et l’envie de mettre en perspective l’actualité de ce cinéma avec son passé. Ce sera d’ailleurs un des événements de l’édition 2014 : un hommage à Kenneth Anger, cinéaste qui, après avoir longtemps été rangé dans la catégorie "expérimental", en sort peu à peu à mesure où des cinéastes mainstream viennent en repomper l’esthétique — comme Nicolas Winding Refn dans Drive ou Oliver Stone dans Tueurs nés. Autre facteur de reconnaissance : la traduction (tardive, puisque le livre date des années 50 !) l’an dernier de son génial bouquin Hollywood Babylon, où Anger raconte la fondation de la Mecque du cinéma par ses scandales sexuels, ses ragots et ses destins funestes, le tout avec une verve hallucinant

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Travellings et travelos

ECRANS | Nouvelle édition du festival Écrans mixtes qui met les travestis à l’honneur de sa sélection de cinéma gay, bi et lesbien, avec hommage, invités et événements, dont une séance appelée à faire date autour du "Rocky horror picture show". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 28 février 2013

Travellings et travelos

L’an dernier, le festival Écrans mixtes avait frappé fort avec sa rétrospective John Waters, cinéaste qui avait su faire l’unanimité auprès des cinéphiles amateurs de transgressions. Disons-le, pas d’aussi gros morceau en 2013, et le choix du thème annuel — Sweet transvestite — donne lieu à un panorama hétéroclite un peu fourre-tout, avec documentaires cultes et fictions où la question du travestissement est parfois de l’ordre du clin d’œil. On s’amusera d’ailleurs à voir revenir Divine, acteur-trice fétiche de John Waters, dans un film non signé par son mentor, mais par l’iconoclaste Paul Bartel, dont un autre festival bien aimé (Hallucinations collectives) avait osé une jolie rétrospective il y a deux ans : Lust in the dust, une parodie de western foutraque dans le pur style Bartel, mélange d’outrances et de références bis.   Éclaboussures Pour le cinquantenaire de la mort du peintre-poète-romancier-cinéaste Jean Cocteau, le festival présente un hommage en trois temps. D’abord un documentaire de Jean-Paul Fargier, puis une conférence d’Henry Gidel, biographe de Cocteau, les deux à la MLIS de Villeurbanne. Ensuite, au CNP Terreaux, pr

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Hospitalité bavaroise

ECRANS | Si l’on en croit Scènes de chasse en Bavière, que Peter Fleischmann réalise en 1969 d’après la pièce de Martin Sperr, il ne faisait pas bon être une jeune fille (...)

Christophe Chabert | Dimanche 4 mars 2012

Hospitalité bavaroise

Si l’on en croit Scènes de chasse en Bavière, que Peter Fleischmann réalise en 1969 d’après la pièce de Martin Sperr, il ne faisait pas bon être une jeune fille libérée, un étranger ou un homosexuel dans la campagne allemande de l’époque. Dire que l’on est surpris par ce constat serait être un peu de mauvaise foi, et l’intérêt du film n’est pas tellement dans sa démonstration que dans l’incroyable violence avec laquelle elle s’abat à l’écran. Tout est parfait, pourtant, dans cette communauté pieuse d’agriculteurs et d’éleveurs. Le maire va être réélu, les enfants jouent, on badine avec les filles dans les champs. Mais le retour d’Abram (Martin Speer lui-même) fait ressurgir toutes les rancœurs : il sort de prison, on l’accuse d’être «pédé», la belle Hannelore prétend qu’il l’a mise enceinte. On ne saura jamais si tout cela est vrai, car Abram refuse tout aveu face aux brimades répétées. Mais plus il se tait, plus la brutalité se déchaîne. Fleischmann organise à l’écran, dans un noir et blanc charbonneux un incroyable chaos où l’on éprouve plus d’empathie pour un cochon égorgé que pour les villageois frustres et méchants aux trognes déformées par la haine. La sc

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Le port de la drague

ECRANS | Manifestations quotidiennes pendant le tournage, protestations véhémentes des associations gays, ajout d’un carton introductif tentant maladroitement de (...)

Christophe Chabert | Jeudi 1 mars 2012

Le port de la drague

Manifestations quotidiennes pendant le tournage, protestations véhémentes des associations gays, ajout d’un carton introductif tentant maladroitement de dédouaner le film de toute homophobie… C’est peu dire qu’à l’époque (1981), Cruising de William Friedkin n’avait pas été goûtée par la communauté homosexuelle américaine. Trente ans plus tard, non seulement sa présence dans un festival de cinéma gay ne surprendra personne, mais le film paraît avec le recul un témoignage crucial et unique dans le cinéma mainstream d’un monde qu’Hollywood se refusait encore à représenter dans ses fictions. En l’occurrence, celui des pédés cuirs de San Francisco, où le culte de la virilité va de pair avec le port de la moustache. L’intrigue principale montre un flic hétéro (Al Pacino, si mal à l’aise avec le rôle qu’il n’a plus jamais voulu entendre parler du film) traquer un serial killer qui choisit ses victimes dans les clubs gays, en allant à son tour draguer dans les boîtes pour identifier le criminel. Mais Friedkin ne s’intéresse jamais vraiment au thriller, d’une nonchalance totale. Cinéaste de la circulation du mal, il fouille les névroses de ses personnages, source d’une

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La contre-culture dans les Waters

ECRANS | Connu pour son sens du mauvais goût, John Waters a enfin droit à l’hommage qu’il mérite avec une rétrospective de son œuvre au cours du festival Écrans mixtes. Où la question du cinéma gay sera déclinée à travers des films aussi divers que passionnants. Textes : Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 1 mars 2012

La contre-culture dans les Waters

Il fut un temps (que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, même s’ils ont téléchargé comme des malades sur Megaupload) où le cinéma avait une fonction subversive. Si, si… Une époque où des cinéastes se contrefoutaient de tourner avec quatre dollars cinquante, persuadés que cette contrainte-là leur autorisait toutes les libertés. Mieux encore : leur marginalité leur permettait de s’adresser directement aux vrais marginaux, quand ils ne les montraient pas sur l’écran. Et, cerise sur le gâteau, leurs films faisaient figure de gros fuck lancé à la face du cinéma commercial, dont ils n’hésitaient pas à détourner dans une version underground et satirique les pires clichés. Leur pape s’appelait John Waters et derrière son élégance (costard impeccable et moustache finement taillée) se cachait un sens admirable du mauvais goût et de la vulgarité. Un gentleman punk — et gay. Divine mais dangereuse La réputation de John Waters commence avec son troisième long-métrage, Pink flamingos (1972) qui va devenir un classique des Midnight movies, ces films diffusés le week-end à minuit mais qui tiennent l’affiche pendant des années. Cela fait

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Films de genres

ECRANS | Lyon a enfin son festival de cinéma gay, lesbien, bi et trans : Écrans mixtes a choisi de visiter l’Histoire de ce cinéma plutôt que son actualité, notamment via une heureuse rétrospective autour de Gregg Araki. CC

Christophe Chabert | Jeudi 24 février 2011

Films de genres

Saint-Étienne et Grenoble avaient depuis longtemps leur rendez-vous annuel consacré au cinéma gay (au sens large du terme) ; à Lyon, l’association Écrans mixtes, qui s’était fait remarquer par ses nombreuses avant-premières, mijotait depuis un moment son festival. Le voilà en ce début du mois de mars, et il réserve quelques surprises. On pouvait penser qu’Écrans mixtes irait fouiner du côté des œuvres récentes abordant, de près ou de loin, la question de l’homosexualité ; cette part de nouveautés ou d’inédits est réduite à la portion congrue, même si on y trouve au moins un petit événement à ne pas rater : la projection en séance de minuit du dernier film de Bruce LaBruce, le plus original et percutant des cinéastes de porno gay. Après son excellent "Hustler White", faux documentaire très cul et très drôle, LaBruce a semé son sens du hard dans le cinéma de genre, et cela aboutit aujourd’hui à "L.A. Zombie", le premier film gore, porno et gay ! Le zombie du titre est incarné, dans tous les sens du terme, par François Sagat, sans doute plus à l’aise ici que dans la daube de Christophe Honoré "Homme au bain". Interdit aux moins de 18 ans, pour pas mal de raisons !

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La Fille du RER

ECRANS | D’André Téchiné (Fr, 1h45) avec Émilie Dequenne, Catherine Deneuve, Michel Blanc…

Christophe Chabert | Mercredi 11 mars 2009

La Fille du RER

Après deux films historiques forts (Les Égarés et Les Témoins), André Téchiné se lance dans un projet contemporain, l’affaire de la fausse agression antisémite du RER. Présenté en deux parties pas du tout égales (Les Circonstances et Les Conséquences), La Fille du RER repose sur un foutoir scénaristique qui ressemble à une trop longue exposition enchaînée à une conclusion expédiée. En lieu et place du développement, on a droit à des digressions peu pertinentes sur des personnages secondaires dessinés à la truelle… Formellement, ça part aussi dans tous les sens, mais produit parfois de belles séquences, comme ce tchat par webcams interposées où les visages seuls finissent par exprimer l’émotion produite par les mots. Téchiné n’a donc pas grand-chose à dire sur son sujet, et sa mécanique romanesque paraît plus artificielle que jamais, peu aidée par la maladresse des dialogues et des acteurs. À l’exception notable d’Émilie Dequenne : vieillie et amaigrie, la Rosetta des Dardenne retrouve l’instabilité fiévreuse du rôle qui l’a révélée, introduisant une ambiguïté qui est le seul trouble d’un film assez essoufflé. CC

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