Quand on a 17 ans

ECRANS | Des ados mal dans leur peau se cherchent… et finissent par se trouver à leur goût. Renouant avec l’intensité et l’incandescence, André Téchiné montre qu’un cinéaste n’est pas exsangue à 73 ans.

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Photo : © DR


Autant l'avouer, on avait un peu perdu de vue Téchiné depuis quelques années : le cinéaste a pourtant tourné sans relâche, mais comme à son seul profit (ou en rond), s'inspirant volontiers de faits divers pour des films titrés de manière la plus vague possible — La Fille du RER, L'Homme qu'on aimait trop — à mille lieues de ses grandes œuvres obsessionnelles et déchirantes des années 1970-1990, de ses passions troubles, lyriques ou ravageuses.

Comme si le triomphe des Roseaux sauvages (1994), puisé dans sa propre adolescence, avait perturbé le cours initial de sa carrière… Cela ne l'a pas empêché d'asséner de loin en loin un film pareil à une claque, à une coupe sagittale dans l'époque — ce fut le cas avec Les Témoins (2007), brillant regard sur les années sida.

Le chenu et les roseaux

De même que certains écrivains trouvent leur épanouissement en se faisant diaristes, c'est en prenant la place du chroniqueur que Téchiné se révèle le plus habile, accompagnant ses personnages de préférence sur une longue période, les couvant de l'œil pour mieux suivre leur(s) métamorphose(s), l'évolution de leurs rapports. Les adolescents se révèlent des sujets de choix : en proie à des pulsions violentes, inconnues, incertaines et parfois contradictoires.

Quand on a 17 ans retrouve et renouvelle la fièvre des Roseaux, dans un décor plus contemporain : contexte rural, arrière-plan militaire, violence latente, fascination pour les corps dans le jeu des muscles, affirmation d'une identité homosexuelle… Le cinéaste montre tout sans outrance et n'élude rien dans l'histoire d'amour ”frappant“, c'est le cas de le dire, ses deux héros, Damien et Tom.

Ce retour en grâce (ou à l'état de grâce) de Téchiné doit beaucoup, on le pressent, à sa collaboration avec une nouvelle coscénariste, en l'occurrence Céline Sciamma. L'auteure de Tomboy (2011) et de Bande de filles (2014) l'a certainement incité à fendre l'armure, à tendre vers la vie présente plutôt que de se réfugier dans la remembrance nostalgique. Elle n'est pas la seule “jeunesse” à l'accompagner sur ce film : outre les deux comédiens principaux Corentin Fila et Kacey Mottet-Klein (déjà repéré chez Ursula Meier), un nouveau compositeur est ici crédité, Alexis Rault, dont la partition évoque l'esprit de Philippe Sarde, habituel complice du réalisateur. Les temps changent. VR

Quand on a 17 ans
de André Téchiné (Fr, 1h54) avec Kacey Mottet Klein, Corentin Fila, Sandrine Kiberlain…


Quand on a 17 ans

D'André Téchiné (Fr, 1h56) avec Kacey Mottet Klein, Corentin Fila... Damien, 17 ans, fils de militaire, vit avec sa mère médecin, pendant que son père est en mission.Au lycée, il est malmené par un garçon, Tom, dont la mère adoptive est malade.La violence dont Damien et Tom font preuve l'un envers l'autre va se troubler lorsque la mère de Damien décide de recueillir Tom sous leur toit.
Lumière Terreaux 40 rue du Président Édouard Herriot Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

John Waters : « je crois que mes films sont politiquement corrects »

Écrans Mixtes | Dandy malicieux et provocateur, John Waters est une figure essentielle du cinéma underground puis indépendant étasunien. Son œuvre trans-courants et trans-genres (à tous points de vue) a fait de lui LE représentant de la comédie queer. Affublé du réducteur surnom de “pape du trash“, il est surtout un grand cinéaste. À l’honneur à Lyon. [Traduit de l'anglais par Lauranne Renucci & Vincent Raymond]

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

John Waters : « je crois que mes films sont politiquement corrects »

Comment devient-on John Waters, et surtout, comment parvient-on à le rester dans une industrie qui transforme l’underground en mainstream ? John Waters : Quand vous dites John Waters, vous voulez dire « un réalisateur aussi connu pour avoir fait plein d’autres trucs ? » (rires). Je suis devenu John Waters parce que je ne savais pas ce que j’aurais pu faire d’autre ! À 12 ans, je savais déjà que je voulais être dans le show business. J’étais marionnettiste dans les goûters d’anniversaires d’enfants. Et j’ai découvert les films underground de Jonas Mekas — à l’époque, je tenais une rubrique cinéma dans un journal underground de New York. En écrivant à leur propos, je me suis dit que j’étais capable d’en faire. Je ne sais pas pourquoi je l’ai cru, mais je savais que je pouvais y parvenir juste parce que j’y croyais ! L’industrie du film m’intéressait : très jeune, je m’étais abonné à Variety. Cela m’a fait comprendre qu’il fallait un appât pour attirer les gens quand on n’avait pas d’argent et faire en sorte qu’ils écrivent à

Continuer à lire

Téchiné et Waters pour les 10e Écrans Mixtes

Festival | Après la venue l’an passé du vétéran James Ivory, le festival LGBT+ lyonnais ne pouvait manquer la célébration de son premier millésime à deux chiffres. Il s’offre donc deux têtes d’affiches d’exception pour sa dixième édition (du 4 au 12 mars prochains) : André Téchiné et John Waters. Excitant !

Vincent Raymond | Vendredi 3 janvier 2020

Téchiné et Waters pour les 10e Écrans Mixtes

Honneur pour commencer à la figure internationale de John Waters. La rumeur de la venue du pape du cinéma trash (déjà récompensé d’un Léopard d’honneur à Locarno l’an passé) était depuis quelques mois persistante, elle se confirme autour de quatre projections (Pink Flamingos, Polyester — qu’on espère en odorama —, Cry Baby et Serial Mother) et d’une masterclass. Gageons qu’il sera question de la mémoire de Divine, emblématique interprète de son œuvre. Déjà présent en ouverture à travers Quand on a 17 ans en 2016, André Téchiné revient pour une rétrospective de sept films plus un documentaire de Thierry Klifa, ainsi que deux masterclass — dont une réservée aux étudiants de la CinéFabrique. Son film

Continuer à lire

Consumée d’amour : "Portrait de la jeune fille en feu"

Le Film de la Semaine | Sur fond de dissimulation artistique, Céline Sciamma filme le rapprochement intellectuel et intime de deux femmes à l’époque des Lumières. Une œuvre marquée par la présence invisible des hommes, le poids indélébile des amours perdues et le duo Merlant/Haenel.

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

Consumée d’amour :

Fin XVIIIe. Officiellement embauchée comme dame de compagnie auprès d’Héloïse, Marianne a en réalité la mission de peindre la jeune femme qui, tout juste arrachée au couvent pour convoler, refuse de poser car elle refuse ce mariage. Une relation profonde, faite de contemplation et de dialogues, va naître entre elles… Il est courant de dire des romanciers qu’ils n’écrivent jamais qu’un seul livre, ou des cinéastes qu’ils ne tournent qu’un film. Non que leur inspiration soit irrémédiablement tarie au bout d’un opus, mais l’inconscient de leur créativité fait ressurgir à leur corps défendant des figures communes ; des obsessions ou manies constitutives d’un style, formant in fine les caractéristiques d’une œuvre. Et de leur singularité d’artiste. Ainsi ce duo Héloïse-Marianne, autour duquel gravite une troisième partenaire (la soubrette), rappelle-t-il le noyau matriciel de Naissance des pieuvres (2007) premier long-métrage de Céline Sciamma : même contemplation fascinée p

Continuer à lire

André Téchiné : « entre la fidélité au réel et au cinéma, j’ai choisi le cinéma »

L’Adieu à la nuit | André Téchiné place sa huitième collaboration avec Catherine Deneuve sous un signe politique et cosmique avec "L’Adieu à la nuit". Où l’on apprend qu’il aime la fiction par-dessus tout…

Vincent Raymond | Jeudi 25 avril 2019

André Téchiné : « entre la fidélité au réel et au cinéma, j’ai choisi le cinéma »

Pourquoi avoir choisi d’aborder ce sujet ? André Téchiné : Comme toujours, c’est la conjonction de plusieurs choses. On part souvent d’un roman qu’on adapte à l’écran ; là j’avais envie d’une démarche inverse, de partir de tout le travail d’enregistrement, d’entretiens et de reportages fait par David Thomson sur tous ces jeunes qui s’engageaient pour la Syrie et sur ces repentis qui en revenaient. Comme c’était de la matière brute, vivante, et qu’il n’y avait pas de source policière ni judiciaire, j’ai eu envie de mettre ça en scène ; de donner des corps, des visages, des voix. Dans les dialogues du film, il y a beaucoup de greffes, d’injections qui viennent de la parole de ces jeunes radicalisés. Mais j’avais envie que ça devienne un objet de cinéma : la fiction, c’était pour moi le regard sur ces radicalisés de quelqu’un de ma génération et, par affinité, avec Catherine Deneuve — car j’ai fait plusieurs films avec elle — et parce qu’elle incarne un côté Marianne, français. Et puis je voulais que ce soit intergénérationnel.

Continuer à lire

Muriel, ou le temps d’un départ : "L'Adieu à la nuit"

Le Film de la Semaine | Une grand-mère se démène pour empêcher son petit fils de partir en Syrie faire le djihad. André Téchiné se penche sur la question de la radicalisation hors des banlieues et livre avec son acuité coutumière un saisissant portrait d’une jeunesse contemporaine. Sobre et net.

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

Muriel, ou le temps d’un départ :

Printemps 2015. Dirigeant un centre équestre, Muriel se prépare à accueillir Alex, son petit-fils en partance pour Montréal. Mais ce dernier, qui s’est radicalisé au contact de son amie d’enfance Lila, a en réalité planifié de gagner la Syrie pour effectuer le djihad. Muriel s’en aperçoit et agit… Derrière une apparence de discontinuité, la filmographie d’André Téchiné affirme sa redoutable constance : si le contexte historique varie, il est souvent question d’un “moment“ de fracture sociétale, exacerbée par la situation personnelle de protagonistes eux-mêmes engagés dans une bascule intime — le plus souvent, les tourments du passage à l’âge adulte. Ce canevas est de nouveau opérant dans L’Adieu à la nuit, où des adolescents en fragilité sont les proies du fondamentalisme et deviennent les meilleurs relais des pires postures dogmatiques. Grand-mère la lutte Sans que jamais la ligne dramatique ne soit perturbée par le poids de la matière documentaire dont il s’inspire, L’Adieu à la nuit

Continuer à lire

Thaïs Alessandrin : « avec ce film, on a mis de la conscience sur notre séparation »

Mon bébé | Enfant de la balle dont les deux parents sont cinéastes, Thaïs Alessandrin est à la fois l’inspiratrice et l’interprète principale du nouveau film de sa mère Lisa Azuelos. Un premier “premier rôle“ dont elle s’acquitte avec un beau naturel. Normal : c’est le sien. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 13 mars 2019

Thaïs Alessandrin : « avec ce film, on a mis de la conscience sur notre séparation »

Jade vous emprunte des traits personnels, notamment votre fascination pour Godard puisque vous rejouez l’ouverture du Mépris. Avez-vous cependant souhaité retrancher du scénario des éléments qui vous semblaient trop proches de vous ? Thaïs Alessandrin : Retranchés, non… Mais il y a une chose que j’aurais aimé davantage montrer : ma relation avec mon grand frère. On n’en montre qu’un aspect, alors qu’elle est beaucoup plus complète, plus intense et plus forte, du fait que l’on a peu d’écart. À part cela, il n’y a rien que j’aurais voulu changer. Quant à Godard, mais aussi tout le cinéma français des années 1960 jusqu’aux années 1980, ça a vraiment été une grande découverte pendant mon année de terminale. J’ai été émerveillée par ce monde, fascinée par les couleurs et les histoires de Godard en particulier dans Le Mépris. Faire ce clin d’œil à Godard et à Brigitte Bardot (pour qui j’éprouve également une grande admiration) était important pour moi. Je trouvais la scène assez drôle… Comment avez-vo

Continuer à lire

Sandrine Kiberlain, les liens du sans : "Mon Bébé"

Comédie Dramatique | De Lisa Azuelos (Fr, 1h27) avec Sandrine Kiberlain, Thaïs Alessandrin, Victor Belmondo…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Sandrine Kiberlain, les liens du sans :

Jade va passer le bac. Et ensuite ? Direction le Canada pour ses études. Comme elle est la dernière des trois enfants à quitter la maison, sa mère Héloïse commence à angoisser à l’idée de la séparation. Et de la solitude : Héloïse vit sans mec, et a de surcroît un père en petite forme… Il aura fallu à Lisa Azuelos une tentative d’éloignement d’elle-même (le faux-pas Dalida) pour se rapprocher au plus près de ses inspirations, et signer ce qui est sans doute son meilleur film. En cherchant à exorciser son propre “syndrome du nid vide“, la cinéaste a conçu un portrait de parent — pas seulement de mère ni de femme — dans lequel beaucoup pourront se retrouver : égarée dans l’incertitude du quotidien, redoutant le lendemain, son héroïne tente d’emmagasiner (avec son téléphone) le plus d’images d’un présent qu’elle sait volatil. Dans le même temps, elle est gagnée par une tendre mélancolie : des souvenirs de Jade petite se surimprimant par bouffées soudaines sur sa grande ado. Grâce à ces flash-back doucement intrusifs, contaminant le présent

Continuer à lire

Route que coûte : "Continuer"

Cavale | De Joachim Lafosse (Fr-Bel, 1h24) avec Virginie Efira, Kacey Mottet Klein, Diego Martín…

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Route que coûte :

Son grand ado de fils ayant pris le mauvais chemin vers la violence et la rébellion, Sibylle tente un coup de poker en l’emmenant en randonnée équestre au cœur du Kirghizstan, loin de tout, mais au plus près d’eux. Le pari n’est pas exempt de risques, ni de solitude(s)… Tirée du roman homonyme de Laurent Mauvignier, cette chevauchée kirghize va droit à l’essentiel : la rudesse des paysages permet à l’âpreté des sentiments de s’exprimer, de la tension absolue à la compréhension, avec un luxe de dents de scie. Joachim Lafosse capture la haine fugace qui déchire ses protagonistes, la peur continue qu’un acte définitif ne vienne mettre un terme à leurs tentatives de communiquer, comme les joies insignifiantes — celle, par exemple, de retrouver un iPod perdu dans la steppe. À l’initiative de l’équipée, Sibylle n’est pas pour autant une mère d’Épinal rangée derrière son tricot : son exubérance, son intempérance et sa relation… épisodique avec le père de Samuel expliquent une partie de ses propres fractures, qui ont beaucoup à voir avec celles que son

Continuer à lire

Une aussi longue attente : "Pupille"

Drame | de Jeanne Herry (Fr, 1h47) avec Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Élodie Bouchez…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Une aussi longue attente :

Une jeune femme arrive pour donner naissance à un petit garçon dont elle ne veut pas et qui aussitôt est pris en charge par toute une chaîne d’assistantes sociales et d’assistants maternels. Au bout du compte, ce bébé né sous X sera confié à une mère célibataire en souffrance d’enfant… De l’amour irraisonné à l’amour inconditionnel. Tel est le chemin que la réalisatrice Jeanne Herry a suivi, troquant l’obsession érotomane destructrice de la fan de Elle l’adore contre le bienveillant désir d’une mère méritante, son opposée exacte. Documenté à l’extrême, suivant une procédure d’adoption dans ses moindres détails psycho-administratifs aux allures parfois ésotériques (le cérémonial de rupture entre la mère biologique et l’enfant peut ainsi laisser dubitatif), Pupille s’échappe heureusement du protocole jargonnant par la mosaïque de portraits qu’il compose. Diversité d’approches, de caractères ; espoirs et désespoirs ordinaires meublent l’existence des personnages intervenant dans la lente chaîne menant le bébé à sa future maman ; autant d’accidents heu

Continuer à lire

Vincent Cassel dans une fugue en ado mineur : "Fleuve noir"

Polar | de Erick Zonca (Fr, 1h54) avec Vincent Cassel, Romain Duris, Sandrine Kiberlain…

Vincent Raymond | Mercredi 18 juillet 2018

Vincent Cassel dans une fugue en ado mineur :

Flic lessivé et alcoolo, le capitaine Visconti enquête la disparition de Dany. Très vite, il éprouve une vive sympathie pour la mère éplorée de l’ado, ainsi qu’une méfiance viscérale pour Bellaile, voisin empressé, professeur de lettres et apprenti écrivain ayant donné des cours privés à Dany… Des Rivières pourpres à Fleuve noir… Vincent Cassel a un sens aigu de la continuité : les deux films sont on ne peut plus indépendants, mais l’on peut imaginer que son personnage de jeune flic chien fou chez Kassovitz a, avec le temps, pris de la bouteille (n’oubliant pas de la téter au passage) pour devenir l’épave chiffonnée de Quasimodo au cheveu gras et hirsute louvoyant chez Zonca. Cette silhouette qui, entre deux gorgeons, manifeste encore un soupçon de flair et des intuitions à la Columbo ; ce fantôme hanté par ses spectres. Terrible dans sa déchéance et désarmant dans son obstination à réparer ailleurs ce qu’il a saccagé dans son propre foyer, ce personnage est un caviar pour un comédien prêt à l’investir physiquement. C’est le cas de Cassel, qui n’avait pas eu à hab

Continuer à lire

Invitation à Sandrine Kiberlain

Institut Lumière | Silhouette présente depuis près de trente ans dans le cinéma français, glissant du drame habité au cocasse halluciné, Sandrine Kiberlain a connu la consécration de (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Invitation à Sandrine Kiberlain

Silhouette présente depuis près de trente ans dans le cinéma français, glissant du drame habité au cocasse halluciné, Sandrine Kiberlain a connu la consécration de ses pairs en 2014 pour 9 mois ferme. Mais elle avait bien failli décrocher la statuette parallélépipédique quelques années plus tôt pour sa prestation dans Mademoiselle Chambon de Stéphane Brizé. C’est ce film qui sera projeté à l’occasion de l’invitation qui lui est offerte par l’Institut Lumière : après un échange avec le maître des lieux Thierry Frémaux, et la projection du court-métrage qu’elle a réalisé, Bonne figure (2016), on la retrouvera dans ce rôle d’institutrice au côté de Vincent Lindon. Mademoiselle Chambon À l’Institut Lumière le jeudi 28 juin à 19h

Continuer à lire

Xabi Molia : « Je place Kad Merad au même rang que Denis Podalydès »

Comme des rois | Dans la peau d’un petit escroc à l’aura pâlissante, Kad Merad effectue pour Comme des rois de Xabi Molia une prestation saisissante, troublante pour lui car faisant écho à sa construction d’acteur. Propos glanés entre les Rencontres du Sud d’Avignon et Paris.

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

Xabi Molia : « Je place Kad Merad au même rang que Denis Podalydès »

Xabi, quelle a été la genèse de ce film ? Xabi Molia : L’idée est venue d’une manière assez amusante. Il faut savoir que j’ai le profil du bon pigeon : j’adore qu’on me raconte des histoires. Je me suis donc fait arnaquer assez régulièrement, et notamment une fois à la gare Montparnasse. Pendant que j’attendais le départ de mon train, un type est monté et m’a raconté une histoire très alambiquée… Je ne saurais la raconter, mais l’enjeu c’était 20€. Je me souviens m’être méfié et l’avoir poussé dans ses retranchements ; mais lui retombait sur ses pattes, trouvait de nouveaux trucs pour que son histoire tienne debout. Bref, il me prend ces 20€ et je ne le revois évidemment jamais. J’ai d’abord été déçu de m’être fait délester de 20€. Mais finalement, il les avait quand même gagnés de haute lutte ! Et j’ai imaginé le matin que ce type avait peut-être dit à sa femme : « bon bah moi aujourd’hui je vais Gare Montparnasse, j’ai un nouveau truc ». Et le soir, peut-être qu’elle lui a demandé comment ça s’est passé et qu’il lui a répondu « oh bah aujourd’hui difficile j’ai fait 60 / 80 eur

Continuer à lire

L’embrouille en héritage : "Comme des rois"

Le Film de la Semaine | Un bonimenteur de porte-à-porte à la rue donne malgré lui le virus de la comédie à son fils… Xabi Molia signe une splendide comédie sociale aux accents tragiques, portée par Kacey Mottet Klein et Kad Merad, touchants dans l’expression maladroite d’une affection mutuelle.

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

L’embrouille en héritage :

Volubile embobineur, Joseph a connu des jours meilleurs dans l’escroquerie. Pour se sortir de cette période un peu délicate, il pense pouvoir compter sur sa famille, en particulier sur Micka, son fils qu’il a patiemment formé. Mais ce dernier rêve d’exercer ses talents ailleurs : sur scène. Aspirer à être comme un roi, c’est un peu construire des châteaux en Espagne : viser un objectif prestigieux, tout en sachant inconsciemment en son for intérieur qu’il est d’une essence incertaine. On ne pourrait mieux résumer le personnage de Joseph, artisan-escroc à l’ancienne dont les talents de hâbleur ne lui permettent plus que de ramasser des miettes dans un monde contemporain le dépassant chaque jour davantage. Bateleur sans public, il demeure seigneur révéré d’une famille soudée dans le délit, mais assiste impuissant à la rébellion paradoxale de son fils dont il réprouve les choix et déplore l’absence de conscience criminelle. Un fils qui, de surcroît, le surpasse dans sa branche. Art, niaque et arnaques Xabi Molia avait entre ses

Continuer à lire

Daniel Auteuil : « rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Amoureux de ma femme | C’est sur les terres de sa jeunesse avignonnaise, lors des Rencontres du Sud, que le réalisateur et cinéaste Daniel Auteuil est venu évoquer son nouvel opus, Amoureux de ma femme. Le temps d’une rêve-party…

Vincent Raymond | Vendredi 1 juin 2018

 Daniel Auteuil : « rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Le scénario est adapté d’une pièce de Florent Zeller que vous avez jouée. Y a-t-il beaucoup de différences ? Daniel Auteuil : Ah oui, il est très très librement adapté ! On a beaucoup parlé : je lui ai raconté à partir de la pièce de quel genre d’histoire j’avais envie. Je voulais parler des pauvres, pauvres, pauvres hommes (rires), et de leurs rêves, qui sont à la hauteur de ce qu’ils sont. Certains ont de grands rêves, d’autres en ont des plus petits. Et puis il y avait l’expérience de cette pièce, qui était très drôle et qui touchait beaucoup les gens. Mon personnage est un homme qui rêve, plus qu’il n’a de fantasmes. Un homme qui, au fond, n’a pas tout à fait la vie qu’il voudrait avoir, peut-être ; qui s’identifie dans la vie des autres. Le cinéma vous permettait-il davantage de fantaisie ? La pièce était en un lieu unique et était très axée sur le verbe, sur le texte. Une grande partie était sur les pensés, les apartés. Ici, c’est construit comme un film : le point de départ était cette idée de rêve et tout ce qu’on pouvait montrer. Que les rêves, ressemblent à

Continuer à lire

Sale rêveur : "Amoureux de ma femme"

De quoi Zeller ? | de et avec Daniel Auteuil (Fr, 1h24) avec également Gérard Depardieu, Sandrine Kiberlain, Adriana Ugarte…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Sale rêveur :

Daniel a invité à dîner son meilleur ami Gérard afin qu’il lui présente, ainsi qu’à sa femme, sa nouvelle compagne. Lorsqu’il découvre sa jeunesse et sa beauté, Daniel se prend à imaginer des choses, sous l’œil de son épouse. Qui n’est pas dupe. Daniel Auteuil signe un film comme on n'en fait plus. Un truc un peu inconscient et naïf, de l’époque où les sexagénaires exhibaient sans complexes leur nouvelle voiture, leur nouvelle montre, leur nouvelle minette, comme autant de gages de succès. Aujourd’hui, on dissimule tout ces “attributs” sous le vocable commun de “bonheurs” — cela fait moins égoïste et moins démon de seize heures. On assume moins que le personnage de Sydney Pollack qui vantait dans Maris et Femmes de Woody Allen (1992) les vertus de sa récente et jeune compagne : « sa bouche ? c’est du velours… » Amoureux de ma femme, raconte peu ou prou la même histoire que Woody Allen, mais corsetée par l’ère du politiquement correct, dans un (vaste) appartement parisien et se sert de l’imaginaire d’un

Continuer à lire

Le pays où le travail est moins cher : "Vent du Nord"

Import/Export | Prouvant que la misère est aussi pénible au soleil que dans les zones septentrionales, Walid Mattar offre dans son premier long-métrage un démenti catégorique à Charles Aznavour. Et signe un film double parlant autant de la mondialisation que de la famille. Bien joué.

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Le pays où le travail est moins cher :

Délocalisation d’usine au nord. Grâce aux indemnités qu’il a acceptées, Hervé espère devenir pêcheur et convertir son glandouiller de fils. Relocalisation au sud. Embauché, Foued rêve grâce à ce job de conquérir Karima et de disposer d’une mutuelle. Que de rêves bâtis sur du sable… À l’aube du XXIe siècle néo-libéraliste, quand le capitalisme se réinventait dans des bulles virtuelles, une théorie miraculeuse promettait des lendemains de lait et de miel (un peu comme celle du “ruissellement” de nos jours) : la “convergence”. Force est de reconnaître aujourd’hui qu’elle n’était pas si sotte, s’étendant au-delà des contenants-contenus médiatiques. Enfin, tout dépend pour qui… Du nord au sud en effet, l’accroissement des inégalités a depuis fait converger les misères, les plaçant au même infra-niveau social : les contextes semblent différents, mais la matière première humaine subit, avec une sauvagerie identique, le même nivellement par le bas. Mistral perdant Sur un thème voisin du maladroit Prendre le large

Continuer à lire

Moi, en pas mieux : "La Belle et la Belle"

Encore ? | de Sophie Fillières (Fr, 1h35) avec Sandrine Kiberlain, Agathe Bonitzer, Melvil Poupaud…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Moi, en pas mieux :

Quand Margaux, 20 ans, rencontre Margaux, 45 ans… Chacune est l’autre à un âge différent de la vie. La surprise passée, l’aînée paumée tente de guider la cadette en l’empêchant de commettre les mêmes erreurs qu’elle. Mais qui va corriger l’existence de qui ? À l’instar de nombreux “films du milieu” tels que Camille redouble, ou Aïe de la même Sophie Fillières, il flotte dans La Belle et la Belle comme une tentation du fantastique — mais un fantastique un brin bourgeois, qui ne voudrait pas (trop) y toucher ; admettant sagement les faits disruptifs et restant à plat, en surface, sans déranger le moindre objet. Un effet de style ? Plutôt l’incapacité à créer une ambiance par la mise en scène, puisqu’ici tout se vaut. Vous qui entrez dans ce film, ne redoutez pas les atmosphères à la Ruiz, de Oliveira ou des Larrieu ; ne redoutez rien, d’ailleurs, si ce n’est le mol écoulement du temps. On a coutume de qualifier ces comédies d’auteur redondantes tournées dans des catalogues Ikéa à poutres

Continuer à lire

"Fuocoammare, par-delà Lampedusa" : un Ours à la mer

ECRANS | de Gianfranco Rosi (It-Fr, 1h49) documentaire…

Vincent Raymond | Mardi 27 septembre 2016

Quelques fragments de la vie ordinaire d’habitants de la petite île méditerranéenne de Lampedusa, où arrivent (échouent ?) les réfugiés en provenance d’Afrique du Nord ; le contraste saisissant entre l’insouciance des gamins de pêcheurs, les difficultés de leurs parents renonçant à affronter la mer par gros temps, et puis les migrants prêts à tout pour fuir la misère, y compris à braver les éléments… En décernant l’Ours d’Or à Fuocoammare, le jury de la Berlinale a eu la certitude d’accomplir un “geste politique”, ce documentaire abordant un sujet d’actualité urticant. Sauf que le traitement choisi laisse, à tout le moins, perplexe. Rosi filme “l’omniprésente absence” des migrants pendant la majorité du temps, histoire de transformer en abstraction la catastrophe humanitaire, puis assène une séquence de sauvetage en filmant avec une crudité bien frontale des malheureux à l’agonie. Un procédé des plus douteux mettant à mal l’éthique — mais pas l’esthétique, soignée avec un amour indécent. Empilant les saynètes tirées du quotidien, Rosi passe à côté de son sujet : il aurait dû faire du médecin de Lampedusa — le seul à

Continuer à lire

Écrans mixtes : allons-y gaiement !

ECRANS | Pour sa 6e édition, le festival de cinéma queer lyonnais affirme son attachement à la production hexagonale en conviant deux films très attendus pour leurs (...)

Vincent Raymond | Mercredi 2 mars 2016

Écrans mixtes : allons-y gaiement !

Pour sa 6e édition, le festival de cinéma queer lyonnais affirme son attachement à la production hexagonale en conviant deux films très attendus pour leurs premières françaises : Théo et Hugo dans le même bateau du duo Ducastel & Martineau en ouverture ; et surtout Quand on a 17 ans d’André Téchiné en clôture. Disons le tout net, c’est le second, œuvre de maturité (co-scénarisée par Céline Sciama, attendue le 8 mars) et témoignant d’une nouvelle jeunesse de l’auteur de J’embrasse pas qui devrait le plus enthousiasmer. Entre ces deux exclusivités nationales, Écrans mixtes propose la première rétrospective intégrale Alain Guiraudie, en sa présence. L’occasion de reprendre le parcours de ce poète militant, vif défenseur de toutes les minorités en terres rurales, dont la démarche intègre a donné lieu à une filmographie cohérente. Certes, Le Roi de l’évasion ou Pas de repos pour les braves sont plus aboutis et mieux joués que Ce vieux rêve qui bouge ou Voici venu le temps, mais la mise en

Continuer à lire

Encore heureux

ECRANS | De Benoît Graffin (Fr, 1h33) avec Sandrine Kiberlain, Édouard Baer, Bulle Ogier…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Encore heureux

Quand des petits-bourgeois s’attellent à l’écriture d’une comédie vaguement sociale (chacun des mots mérite d’être pesé : on suit ici une famille dont le père, cadre sup’ au chômage depuis deux ans, squatte un studio des beaux quartiers parisiens) en faisant l’économie d’un script doctor, la vraisemblance et la dignité en prennent pour leur grade. Quelques exemples à la volée ? L’histoire est censée se passer autour du réveillon de Noël, de surcroît en week-end ; or tout est ouvert fort tard, y compris les administrations, qui n’hésitent pas à menacer d’expulsion… en pleine trêve hivernale. Un besoin urgent d’argent se fait sentir ? La mère s’en va troquer ses faveurs contre un chèque auprès d’un bellâtre de supérette — ah, le romantisme de la prostitution occasionnelle ! Même en ajoutant un macchabée voyageur en guise d’hypothétique ressort (au point où l’on en est...), le scénario continue de tirer à hue et à dia, atteignant à peine la cheville brisée de la moindre pochade d’humour noir belge. Miséricorde pour les comédiens, ils devaient avoir faim. VR

Continuer à lire

Comme un avion

ECRANS | Bruno Podalydès retrouve le génie comique de "Dieu seul me voit" dans cette ode à la liberté où, à bord d’un kayak, le réalisateur et acteur principal s’offre une partie de campagne renoirienne et s’assume enfin comme le grand cinéaste populaire qu’il est. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 juin 2015

Comme un avion

Qu’est-ce qu’un avion sans aile ? Un kayak… Drôle d’idée, qui surgit par paliers dans la tête de Michel (Bruno Podalydès lui-même, endossant pour la première fois le rôle principal d’un de ses films). À l’aube de ses cinquante ans, il s’ennuie dans l’open space de son boulot et dans sa relation d’amour / complicité avec sa femme Rachelle (Sandrine Kiberlain, dont il sera dit dans un dialogue magnifique qu’elle est «lumineuse», ce qui se vérifie à chaque instant à l’écran). Michel a toujours rêvé d’être pilote pour l’aéropostale, mais ce rêve-là est désormais caduque. C’est un rêve aux ailes brisées, et c’est une part de l’équation qui le conduira à s’obséder pour ce fameux kayak avec lequel il espère descendre une rivière pour rejoindre la mer. Une part, car Bruno Podalydès fait un détour avant d’en parvenir à cette conclusion : son patron (Denis Podalydès), lors d’un énième brainstorming face à ses employés, leur explique ce qu’est un palindrome. Pour se faire bien voir, tous se ruent sur leurs smartphones afin de trouver des exemples de mots se lisant à l’endroit et à l’envers. Plus lent à la détente, Michel finira in extremis par

Continuer à lire

Bande de filles

ECRANS | Céline Sciamma suit l’ascension d’une jeune black de banlieue qui préfère se battre plutôt que d’accepter le chemin que l’on a tracé pour elle. Ou comment créer une héroïne d’aujourd’hui dans un film qui se défie du naturalisme et impose son style et son énergie. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Bande de filles

Au ralenti et sur la musique (électro-rock) de Para One, des filles disputent la nuit une partie de football américain. Virilité et féminité fondues dans une parenthèse sportive au milieu de la vie monotone d’une cité ; Céline Sciamma marque dès l’entame de Bande de filles son territoire, loin des sentiers étroits du naturalisme propre au banlieue-film hexagonal. Pas question de sombrer dans le misérabilisme social ou le cinéma à thèse, mais au contraire de le déborder par l’action et la rêverie. De fait, chaque fois que Merieme, adolescente black de seize ans, verra cette réalité-là lui barrer la route — conseiller scolaire cherchant à l’orienter vers une filière pro, grand frère veillant depuis son canapé sur sa moralité, amoureux maladroit, filles du quartier résignées à n’être que des mères au foyer — elle cherchera à la renverser de toutes ses forces, préférant combattre et s’échapper plutôt que de courber l’échine. Le film enregistre cette volonté farouche comme une constante création d’énergie, révélant dans un même mouvement une inoubliable héroïne de fiction et la comédienne qui lui donne corps — la formidable Karidja Touré. Girl power

Continuer à lire

9 mois ferme

ECRANS | Annoncé comme le retour de Dupontel à la comédie mordante après le mal nommé "Le Vilain", "9 mois ferme" s’avère une relative déception, confirmant au contraire que son auteur ne sait plus trop où il veut amener son cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 8 octobre 2013

9 mois ferme

Avec Enfermés dehors, grand huit en forme de comédie sociale où il s’amusait devant la caméra en Charlot trash semant le désordre derrière un uniforme d’emprunt, mais aussi derrière en lui faisant faire des loopings délirants, le cinéma d’Albert Dupontel semblait avoir atteint son acmé. Le Vilain, tout sympathique qu’il était, paraissait rejouer en sourdine les envolées du film précédent, avec moins de fougue et de rage. 9 mois ferme, de son pitch — une avocate aspirée par son métier se retrouve enceinte, après une nuit de biture, d’un tueur «globophage» amateur de prostituées — à son contexte — la justice comme déversoir d’une certaine misère sociale — semblait tailler sur mesure pour que Dupontel y puise la quintessence à la fois joyeuse et inquiète de son projet de cinéaste. Certes, on y trouve beaucoup d’excès en tout genre, une caméra déchaînée et quelques passages ouvertement gore, mais aussi des choses beaucoup plus prévisibles, sinon rassurantes. Il y a surtout un mélange de re

Continuer à lire

Tip Top

ECRANS | De Serge Bozon (Fr, 1h46) avec Isabelle Huppert, François Damiens, Sandrine Kiberlain…

Christophe Chabert | Mercredi 4 septembre 2013

Tip Top

L'engouement critique autour du dernier Serge Bozon, déjà coupable d’avoir réalisé La France avec ses poilus entonnant des chansons mods, en dit long sur l’égarement dans lequel s’enfonce une partie du cinéma d’auteur français. Encenser avec une complaisance navrante le film le plus mal foutu de l’année, dont la vision relève de l’expérience narcotique tant ce qui se produit à l’écran n’a aucun sens, aucun rythme et passe son temps à se chercher des sujets en faisant mine de se rattacher à des genres — dans cette comédie policière, rien n’est drôle, et l’intrigue est racontée en se moquant de la plus élémentaire logique — c’est offrir à Bozon ce dont il rêve le plus : légitimer son discours en fermant les yeux sur son incompétence de réalisateur. Disciple de Jean-Claude Biette et de son cinéma de la digression, Bozon en offre une version dandy, où les intentions maculent l’écran. Tip Top parle vaguement de son époque — du racisme à la perversion sexuelle, même si on ne sait trop ce que le cinéaste a à en dire — mais c’est dans une poignée de séquences what the fuck que l’on sent Bozon le

Continuer à lire

Pauline détective

ECRANS | De Marc Fitoussi (Fr, 1h41) avec Sandrine Kiberlain, Audrey Lamy…

Christophe Chabert | Mardi 25 septembre 2012

Pauline détective

Sur les pas de Pascal Thomas période Agatha Christie, Marc Fitoussi (La Vie d’artiste, Copacabana : un bon auteur de comédie, donc) se vautre complètement avec ce Pauline détective qui sent vite l’impasse. Il faut dire qu’entre les déboires sentimentaux trop ordinaires de ladite Pauline, et ses vacances avec sa sœur et son beau-frère en Italie, pleines de clichés sur les Français à l’étranger, le fond de la sauce est déjà épais. Mais c’est bien dans le vrai-faux film policier que les choses virent au naufrage : que Pauline s’entête à voir du crime et du mystère partout, soit ; mais l’indifférence générale qui entoure ses velléités de détective, à commencer par celle de Fitoussi, trop occupé à dessiner un contexte pop à coups de couleurs acidulées et de dressing top tendance, ne permet aucune identification au personnage et aucun début d’intérêt pour l’intrigue. On comprend vite qu’on est face à une suite de fausses pistes traitées au deuxième degré et sans aucune rigueur, sacrifiant au passage la pauvre Sandrine Kiberlain, dont la carrière v

Continuer à lire

Cherchez la femme

ECRANS | En ouverture d’Écrans mixtes le 8 mars, journée de la femme, le festival a la bonne idée de rendre hommage à Céline Sciamma. Il est vrai que Tomboy a fait (...)

Christophe Chabert | Vendredi 2 mars 2012

Cherchez la femme

En ouverture d’Écrans mixtes le 8 mars, journée de la femme, le festival a la bonne idée de rendre hommage à Céline Sciamma. Il est vrai que Tomboy a fait sensation, l’année dernière, dans le cinéma d’art et essai français. Tourné avec peu de moyens mais une grande intelligence de la mise en scène, il confirmait que Sciamma était non seulement dotée d’une grande sensibilité pour saisir le trouble identitaire et sexuel (ce que son premier film, Naissance des pieuvres, laissait déjà deviner) mais qu’elle faisait preuve d’un pragmatisme plutôt rare dans le cinéma hexagonal. Issue de la FEMIS, elle n’est pas passée par la filière «réalisation», mais par celle du «scénario» ; et alors que le succès critique et public de sa première œuvre aurait pu lui offrir un tremplin vers des budgets plus confortables, elle a préféré tourner Tomboy avec des petits moyens et des acteurs peu connus. Cette modestie est sans doute ce qui contribue à la vérité du film, concentrée sur l’intelligence

Continuer à lire

L’Oiseau

ECRANS | D’Yves Caumon (Fr, 1h33) avec Sandrine Kiberlain, Clément Sibony, Bruno Todeschini…

Dorotée Aznar | Mardi 17 janvier 2012

L’Oiseau

Alors que partout ailleurs, le cinéma d’auteur semble prendre conscience que la radicalité formelle ne vaut rien si elle ne sert pas à intensifier les émotions (des personnages et des spectateurs), la France continue à délivrer des films "poisson-mort", beau mais froid et l’œil vide. Oiseau-mort dans ce cas précis, puisque Yves Caumon fait de la brève existence du volatile, incrusté dans l’appartement d’une Sandrine Kiberlain qui, pour une fois, ne se retrouve pas à jouer les seconds rôles indignes de sa valeur d’actrice, la durée nécessaire de son retour à la vie. Le début, intrigant, ressemble à certains Polanski première période : le film observe une névrose depuis les craquements des murs, les ombres du dehors, les manies inexpliquées de l’héroïne… Quand il s’aventure hors de l’appartement, le film perd peu à peu toute étrangeté, mais surtout Yves Caumon révèle trop tôt le pourquoi de ce comportement, ramenant le tout à un banal psychodrame. Ne reste plus alors que l’arrogance de longs plans méticuleusement composés et éclairés, un cinéma qui se regarde filmer et qui ne véhicule ni émotions, ni idées, juste des intentions.Christophe Chabert

Continuer à lire

Tomboy

ECRANS | De Céline Sciamma (Fr, 1h22) avec Zoé Héran, Malonn Levana…

Christophe Chabert | Mercredi 13 avril 2011

Tomboy

«— Comment tu t’appelles ? — Mickaël.» C’est ainsi que le tout jeune héros de Tomboy se présente à Lisa, sa première amie après un énième déménagement familial. Mais Mickaël s’appelle Laure et son androgynie lui permet d’abuser sans peine ses camarades, mais Céline Sciamma ne dissimule pas longtemps l’imposture au spectateur (le titre, malgré son anglophonie, est en soi une forme d’aveu). Plus énigmatique sont les raisons de ce changement d’identité sexuelle : envie d’intégration ou réelle ambivalence ? L’intérêt de Tomboy réside partiellement dans ce refus de donner des réponses aux questions qu’il soulève. Cette incertitude se déporte vers un autre terrain une fois le secret dévoilé (comment Mickaël-Laure maintiendra-t-il l’illusion auprès de ses copains ?) et permet à Sciamma de s’écarter du naturalisme à la française (défaut principal de son premier film, Naissance des pieuvres) par des scènes installant un vrai suspense. Il faut saluer aussi la direction d’acteurs, laissant ce qu’il faut de naturel aux enfants pour rendre la mise en

Continuer à lire

Les Femmes du 6e étage

ECRANS | De Philippe Le Guay (Fr, 1h46) avec Fabrice Luchini, Sandrine Kiberlain, Natalia Verbeke…

Christophe Chabert | Jeudi 10 février 2011

Les Femmes du 6e étage

Visiblement passé sous les fourches caudines des «décideurs» du cinéma français, "Les Femmes du 6e étage" fait partie de cette zone grise où vont s’entasser en ce début de saison des films tièdes, manquant de tranchant et d’enjeux, sinon de mise en scène. Philippe Le Guay avait des velléités modianesques au départ, totalement gommées à l’arrivée. À la place, cette comédie humaniste antidate dans les années 60 la prise de conscience par un banquier bourgeois (Luchini, reprenant en mode mélancolique son rôle dans "Potiche") de la condition des femmes de ménage espagnoles vivant au-dessus de son appartement. Le Guay parle dans une transparence trop voyante du racisme contemporain, mais ce discours-là ne va pas bien loin. Plus intéressante est la tentative d’érotiser ce revirement politique. L’attirance entre le banquier et la jeune (très) bonne qui prend la suite d’une gouvernante ronchonne signifie bien que la lutte des classes est surtout soluble dans la chimie des corps. Un plan très bref sur l’anatomie magnifique de la formidable Natalia Verbeke fait penser au désir trouble des films de Buñuel. Mais n’exagérons rien : "Les Femmes du 6e étage", avec sa photo plate et son ambitio

Continuer à lire

Mademoiselle Chambon

ECRANS | De Stéphane Brizé (Fr, 1h41) avec Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain…

Dorotée Aznar | Lundi 12 octobre 2009

Mademoiselle Chambon

Jean tombe sous le charme de Mademoiselle Chambon, l’institutrice de son fils. Il s’improvise gauchement maçon du cœur et propose de réparer la fenêtre de son appartement. Pour le remercier, elle fait pleurer son violon dans l’austérité de son salon. Ils se recroisent, s’échangent des regards, se frôlent à grand-peine. Jean fuit son épouse, Mademoiselle Chambon souffle le chaud mais surtout le froid. Déjà pas franchement survoltée, l’ambiance s’abîme dans les non-dits, les silences chastes, les œillades intéressées, le tout dans une dynamique à faire passer ‘Les Regrets’ de Cédric Kahn pour ‘Bad Boys 2’. Stéphane Brizé choisit sciemment de se focaliser sur l’expression quotidienne de la passion, freinant systématiquement ses personnages dans leurs élans, quitte à en faire les représentations statufiées de l’indécision, d’une certaine idée de la transparence amoureuse. C’est quand ils finissent par quitter leur routine mécanique que le film prend son envol, dans des scènes où la réserve du film comme ses partis pris esthétiques finissent par prendre tout leur sens : Brizé soigne particulièrement ces séquences pudiques, où le talent des acteurs principaux brille de façon intense.

Continuer à lire

La Fille du RER

ECRANS | D’André Téchiné (Fr, 1h45) avec Émilie Dequenne, Catherine Deneuve, Michel Blanc…

Christophe Chabert | Mercredi 11 mars 2009

La Fille du RER

Après deux films historiques forts (Les Égarés et Les Témoins), André Téchiné se lance dans un projet contemporain, l’affaire de la fausse agression antisémite du RER. Présenté en deux parties pas du tout égales (Les Circonstances et Les Conséquences), La Fille du RER repose sur un foutoir scénaristique qui ressemble à une trop longue exposition enchaînée à une conclusion expédiée. En lieu et place du développement, on a droit à des digressions peu pertinentes sur des personnages secondaires dessinés à la truelle… Formellement, ça part aussi dans tous les sens, mais produit parfois de belles séquences, comme ce tchat par webcams interposées où les visages seuls finissent par exprimer l’émotion produite par les mots. Téchiné n’a donc pas grand-chose à dire sur son sujet, et sa mécanique romanesque paraît plus artificielle que jamais, peu aidée par la maladresse des dialogues et des acteurs. À l’exception notable d’Émilie Dequenne : vieillie et amaigrie, la Rosetta des Dardenne retrouve l’instabilité fiévreuse du rôle qui l’a révélée, introduisant une ambiguïté qui est le seul trouble d’un film assez essoufflé. CC

Continuer à lire

Son K, à part...

ECRANS | Sandrine Kiberlain, actrice et chanteuse, n'hésite plus à remettre son image en jeu, entre chansons distanciées et comédies noires. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 12 septembre 2007

Son K, à part...

On ne l'a pas vue venir, Sandrine Kiberlain. Si on nous avait dit, en début d'année, qu'elle se révèlerait en 2007 comme une de nos meilleures actrices, cela nous aurait surtout bien fait marrer. Mais voilà, de l'excellent Très bien, merci à la recommandable comédie La Vie d'artiste (critique en page 18), c'est elle qui est en train de nous faire rire, tandis que d'autres (Ludivine Sagnier, Karin Viard, Cécile de France...) ne nous arrachent même plus un sourire à force de se caricaturer dans trop de mauvais films. Kiberlain, pourtant, revient elle aussi de ce triangle des Bermudes où la hype et les césars vous ouvrent les portes de tous les directeurs de casting, puis vous emmènent vers le cinéma autoproclamé «populaire de qualité» (Miller, Jolivet, Jacquot). Là-bas, des cinéastes font défiler les comédiens à la mode jusqu'à l'épuisement de leur image. Pour Kiberlain, la sortie de ce bourbier s'est fait par la chanson. Un premier album de variétés light (Manquait plus qu'ça) qui aura eu une vertu : lui permettre d'endosser, à l'orée de la quarantaine, âge cruel en général pour les actrices, une décontraction et une dérision salvatrices. À vendre"Vous voulez dire que l'

Continuer à lire

Naissance des pieuvres

ECRANS | de Céline Sciamma (Fr, 1h45) avec Pauline Acquart, Adèle Haenel...

Christophe Chabert | Mercredi 12 septembre 2007

Naissance des pieuvres

Il y a quelques semaines, le premier film de Lola Doillon, Et toi t'es sur qui ? proposait une voie possible pour un teen movie à la française, crédible à défaut d'être complètement convaincant. Naissance des pieuvres prolonge cette tentative, avec grosso modo les mêmes limites. Le sujet est vite balisé (l'éveil du désir chez trois adolescentes), et la forme tout aussi vite circonscrite : parents absents à l'écran, refus de l'hystérie dans le jeu des comédiennes (plutôt douées), recherche d'une atmosphère cotonneuse collant à la fois au gimmick du film (la natation synchronisée) et à son humeur mélancolique. Cette manière de jouer sur les stéréotypes en refusant les clichés, de traquer les émois sans faire de la psychologie, de surveiller son sujet sans oublier de lui donner une dimension auteurisante, reste quand même assez... scolaire ! À l'instar de la musique de Para One, lorgnant ouvertement du côté de Boards of Canada, Naissance des pieuvres est un protoype de film ambiant. Mais, hélas ! seulement un prototype. Christophe Chabert

Continuer à lire