"Moi, Daniel Blake" : une couronne pour le Royaume des démunis

Moi, Daniel Blake de Ken Loach | Lorsqu'un État fait des économies en étouffant les plus démunis, ceux-ci s’unissent pour survivre en palliant sa criminelle négligence. Telle pourrait être la morale de cette nouvelle fable dramatique emplie de réalisme et d’espérance, qui vaut à Ken Loach sa seconde — méritée — Palme d’Or.

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

Photo : © DR


Avec sa bouille de Michel Bouquet novocastrien, Daniel Blake a tout du brave type. En arrêt maladie après un accident cardiaque, il doit sacrifier aux interrogatoires infantilisants et formatés de l'Administration, menés par des prestataires incompétents — l'État ayant libéralisé les services sociaux —, pour pouvoir reprendre son boulot ou bénéficier d'une allocation. Assistant à la détresse de Katie, mère de famille paumée rabrouée par une bureaucrate perversement tatillonne, Daniel s'attache à elle et l'épaule dans sa galère, cependant que son cas ne s'améliore pas.

Tout épouvantable qu'il soit dans ce qu'il dévoile de la situation sociale calamiteuse des plus démunis au Royaume-Uni (merci à l'administration Cameron pour ses récentes mesures en leur défaveur), Moi, Daniel Blake se distingue par sa formidable énergie revendicative positive, en montrant que les “assistés” n'ont rien de ces profiteurs cynique mis à l'index et enfoncés par les Tories. Ils font preuve d'une admirable dignité face à l'incurie volontaire de l'État, refusant le piège de la haine envers le plus faibles qu'eux — le facile pis-aller de la discrimination à l'intérieur du lumpenproleriat —, pratiquant plutôt naturellement les vertus de l'entraide inconditionnelle.

Voyez la séquence à la banque alimentaire, où Katie en larmes culpabilise de s'être ruée sur des baked beans après des jours de privations : moment terrible devenant bouleversant d'humanité lorsque la jeune femme est réconfortée par des bénévoles habitués (hélas) à ce genre d'épisode — un peuple de l'ombre soutenant les victimes des ronds-de-cuirs imbus de la mesquinerie discrétionnaire octroyée par Westminster.

Loach en remet une louche

Comme Raining Stones (1993), The Navigators (2001) ou It's a Free World ! (2007), Moi, Daniel Blake dépeint au plus près la situation des victimes supplémentaires du libéralisme. On aurait grand tort de prendre avec condescendance ce nouveau film, voire de reprocher à Loach de rabâcher : en enfonçant son clou, il offre une réplique légitime aux méfaits de la politique destructrice initiée par Margaret "Tina" Thatcher et ses héritiers.

Ses personnages sont des individus distincts, moteurs d'histoires particulières et traités avec un respect sincère. Et puis, ce qui advient outre-Manche nous parvenant en général tôt ou tard, Loach, loin d'être un Cassandre, devrait être perçu autant comme lanceur d'alerte qu'artiste. Un auteur politique qui accomplit concomitamment une œuvre magistrale de cinéaste, de citoyen. Et d'humain.

Moi, Daniel Blake de Ken Loach (G-B-Fr-Bel, 1h39) avec Dave Johns, Hayley Squires, Dylan McKiernan… (sortie le 26 octobre)

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Misère UBER alles : "Sorry We Missed You"

Le Film de la Semaine | Pour s’en sortir, un intérimaire se lance dans l’entrepreneuriat franchisé avec l’espoir de s’en sortir… précipitant sa chute et celle de sa famille. Par cette chronique noire de l’ère des GAFA, Ken Loach dézingue toujours plus l’anthropophagie libérale. En compétition à Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Misère UBER alles :

Newcastle, de nos jours. Abby et Ricky s’en sortent tout juste avec la paie de l’une et les intérims de l’autre. Alors, Ricky convainc son épouse de vendre leur voiture pour acheter un utilitaire afin de devenir livreur “indépendant“. Le mirage d’une vie meilleure s’offre à eux. Le début de l’enfer. D’aucuns pourraient reprocher — c’est une figure de style : en fait, ils le font — à Ken Loach de rabâcher sous toutes les formes sa détestation du modèle capitaliste. Ou d’avoir joué depuis trente ans les prophètes de mauvais augure en dénonçant avec constance les ravages de la politique thatchéro-reagano-libérale qui, ayant désagrégé le tissu socio-économique britannique, n’en finit plus de saper ce qu’il reste de classe moyenne, après avoir laminé les classes populaires, au nom de la “libre“ entreprise, “libre“ concurrence… bref de toute cette belle liberté octroyée au haut de la pyramide pour essorer le lumpenprolétariat. Trente ans que Loach essuie les mêmes remarques condescendantes des partisans du marché (qui le voient

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Les bons plans de la semaine #1

Un jour, une sortie | On débute avec Jean-Louis Aubert et on conclue avec une toile sous les étoiles : voici nos propositions de la semaine.

La rédaction | Mercredi 26 juin 2019

Les bons plans de la semaine #1

Mercredi 26 juin – Rock téléphoné Mise Aubert « Voilà, c'est fini », comme le chantait Jean-Louis lui-même, fin de saison, rideau, dernier numéro de saison pour le Petit Bulletin et ouverture ou presque des vacances et de la saison des festivals. Les festivals, Jean-Louis Aubert les a beaucoup fréquentés ces derniers étés avec sa version reformée de Téléphone, les Insus(portables). Sans doute fatigué de tout ce cirque, Aubert a choisi de calmer le jeu en solo et en acoustique. Idéal pour entamer la mise au vert estivale ? Sinon, il y a toujours un nouvel épisode du Village préféré des Français sur France 3. À la Bourse du Travail à 20h30 Jeudi 27 juin – Blues Summer blues Avec une régularité métronomique, le duo Hill country blues Left Lane Cruiser enchaîne les albums (à raison d'un par an, grosso merdo) et les concerts en terre lyonnaise (quasiment au même rythme). Les revoici avec sous l'aisselle, Shake & Bake, leur sortie annuelle aussi rutilante au dehors que poisseuse en dedans.

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Sans mobile apparent : "The Square"

Palme d'Or 2017 | de Ruben Östlund (Sue-All-Da-Fr, 2h31) avec Claes Bang, Elisabeth Moss, Dominic West…

Vincent Raymond | Mardi 17 octobre 2017

Sans mobile apparent :

Alors qu’il s’enorgueillit de présenter une exposition visant à tester l’humanisme des visiteurs et secouer les consciences, le directeur d’un musée d’art contemporain se livre à une série d’actes mesquins et pathétiques, révélateurs de son moi profond. La raison ? On lui a volé son portable… On savait depuis Snow Therapy (2015) que Ruben Östlund est du bois dont on fait les moralistes, et le monde de l’art contemporain, parcouru de tartuffes de tous poils, propice à l’exploration de l’insondable vanité humaine ; la rencontre entre les deux pouvait (devait) nécessairement produire une “performance” remarquable. Remarquée, elle l’est certes (une Palme d’Or, fût-elle par défaut, ne se trouve pas sous le sabot griffu d’une statue équestre), mais se révèle par trop conforme à ce qu’on pouvait en attendre. The Square vitupère en effet de manière convenue les paradoxes et hypocrisies sociétaux à travers un milieu connu pour être caricatural ; il manque en outre d’homogénéité dans son approche : la satire oscille entre premier et secon

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Ciné O’clock, 22e prise

Festival | Malgré le Brexit, les relations entre la France et l’Angleterre se portent à merveille du côté de Villeurbanne. Durant une semaine, le festival Ciné O’Clock se (...)

Julien Homère | Mardi 7 février 2017

Ciné O’clock, 22e prise

Malgré le Brexit, les relations entre la France et l’Angleterre se portent à merveille du côté de Villeurbanne. Durant une semaine, le festival Ciné O’Clock se révèle une Arche de Noé jouissive pour tous les amoureux des cinémas britannique et irlandais. La programmation embrasse un large spectre de 21 œuvres : les spectateurs pourront rattraper les films d’hier et d’aujourd’hui. De la Palme d’Or de Ken Loach (Moi, Daniel Blake) à la petite pépite bis Les Daleks envahissent la Terre, le festival propose de revoir ou découvrir tout ce que l’Irlande et l’Angleterre peuvent offrir d’aussi fou que solennel, d’aussi connu qu’oublié, d’aussi vieux que récent. Pour ceux qui voudront se replonger dans l'année écoulée, ou s’évader dans les années 1980, le quatrième long-métrage de John Carney,

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"Paterson" : Poète, vos papiers (du véhicule)

ECRANS | Une semaine ordinaire dans la vie de Paterson, chauffeur de bus à Paterson, New Jersey et poète à ses heures. Après la voie du samouraï, Jarmusch nous indique celle d’un contemplatif alter ego, transcendant le quotidien sur son carnet. Une échappée hors du temps bienvenue.

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Dalí soutenait que la gare de Perpignan était le centre du monde. Alors, la ville de Paterson, avec ses rues peu fréquentées, ses murs de briques rouges et sa quiétude provinciale, ne pourrait-elle être le nord magnétique de la poésie américaine ? Escale obligée — semble-t-il — pour une foule de maîtres du verbe, de Ginsberg à Iggy Pop, ce cadre apparemment dépourvu de pittoresque et de distractions a inspiré William Carlos Williams tout au long de sa carrière. Il est aussi la patrie d’un bien nommé Paterson, émule du précédent ; le lieu d'où il compose son œuvre dans le secret d’un carnet de notes, sans jamais se départir de son impassibilité. Citoyen en apparence quelconque d’une ville banale, Paterson trouve dans son train-train matière à émerveillement, transmutant les choses vues en vues singulières. Carnet de notes sur revêtement de ville Emboîtant les pas de ce scribe machiniste, Jarmusch révèle le caractère ininterrompu du processus d’écriture : entre la cristallisation de l’inspiration et la fixation du texte sur le papier, les mots s’affichent, s’accumulent, s’agencent dans son esprit —

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Cristian Mungiu : « Parfois, il faut aller au-delà de la vingt-cinquième prise »

3 questions à... | Découvert et palmé à Cannes avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours (2007), le cinéaste roumain poursuit sa route avec une minutieuse exigence, en conjuguant lucidité et bienveillance — pour ses personnages comme ses comédiens. En témoigne Baccalauréat.

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Cristian Mungiu : « Parfois, il faut aller au-delà de la vingt-cinquième prise »

Votre personnage Romeo n’habite nulle part : ni chez lui, ni chez sa maîtresse, ni chez sa mère. Il est presque un sans domicile fixe… Cristian Mungiu : C’est quelqu’un qui cherche des solutions ; il se trouve dans un moment de la vie où il a davantage de doutes que de réponses : il part d’un canapé, il finit sur un autre canapé… Je voulais faire le portrait de quelqu’un qui se sent coupable, que le spectateur comprenne ce qu’il ressent. Dans un film, c’est compliqué de parvenir à cela ; encore plus lorsqu’il est tourné en plan-séquence. J’espère que l’on partage cette angoisse de Romeo qui, parce qu’il mène une double vie, a toujours l’impression que quelqu’un le suit. Pourquoi êtes-vous autant attaché au plan-séquence ? C’est ma philosophie. Lorsqu’on utilise le montage, ce n’est pas compliqué de faire du cinéma. Mais si l’on crée des scènes de 4, 5, 6 ou 8 minutes comme je le fais en plan-séquence, alors il faut être précis, comme un chorégraphe dans un spectacle. J’essaie de respecter des continuités de temps pour avoir la vraie vie sur l’écran. Ensuite, je répète beaucoup, car c’est dans le tournage que se fait le fi

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"Baccalauréat" : les meilleures intentions, avec mention

Le Film de la Semaine | Un médecin agit en coulisses pour garantir le succès de sa fille à un examen, au risque de renier son éthique. Entre thriller et conte moral, Mungiu signe une implacable chronique de la classe d’âge ayant rebâti la Roumanie post-Ceaușescu — la sienne. Lucide et captivant.

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Que reste-t-il en Roumanie quand on a tout oublié du communisme ? Son administration procédurière, ainsi que ses passe-droits, ses renvois d’ascenseurs, ses faveurs… Une source inépuisable d’inspiration pour les cinéastes du cru : après Porumbiu (Policier : Adjectif, Le Trésor) ou Muntean (L’Étage du dessous), voici que Cristian Mungiu s’en empare. Pas pour une simple histoire de corruption ou de prévarication — car le héros, Romeo, demeure en dépit de ses travers conjugaux, un honnête homme — mais bien pire : l’autopsie d’un renoncement personnel ; d’un sabordage moral symbole d’un échec collectif. L’échec d’une génération d’idéalistes, jadis désireux de reconstruire sur des bases saines leur pays s’ouvrant au monde, mais qui peu à peu se sont transformés en petits notables désabusés. Alors, quitte à faire le deuil de leurs espérances, ils peuvent bien enterrer simultanément leur intégrité. Responsable mais pas coupable Si Romeo vacille en cherchant à transgresser les règles, c’est pour réparer une cascade "d’injustices originelles” : l’agression de sa fille sur le point de pass

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"Ma' Rosa" : butin de leur mère !

ECRANS | de Brillante Mendoza (Phil, 1h50) avec Jaclyn Jose, Julio Diaz, Felix Roco…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Arrêtée sur dénonciation avec son mari dans la petite épicerie où ils améliorent leur ordinaire en se livrant au trafic de drogue, Ma’Rosa se voit proposer la libération par les policiers, à condition qu’elle leur verse une grosse somme. Sa marmaille fait bloc pour réunir la rançon en une nuit… De par son image vidéo graisseuse, ses optiques torves, ses ambiances nocturnes baignées de lumières artificielles, le cinéma de Mendoza est en adéquation formelle avec les sujets qu’il aborde : misère des bas-fonds, corruptions humaine et morale… au risque de se montrer un peu redondant dans son esthétique de la crasse : on se croirait parfois dans une parodie de chanson réaliste du XIXe siècle, prostitution enfantine incluse. Autant d’éléments qui devraient exciter la fureur du sanguin président Duterte, certainement peu ravi qu’on dépeigne “ses” Philippines comme un cloaque régenté par des ripous — même si ceux-ci se font pardonner en savatant du dealer ! Plus maîtrisé que certains Mendoza précédents (John John…), sans atteindre des niveaux bouleversants, Ma’Rose s’est adjugé pour Jaclyn Jose un incompré

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"Swagger" : à l’école de la classe

ECRANS | Portrait d’une banlieue par des jeunes qui la vivent au présent et ont foi en l’avenir, dans un documentaire de création bariolé, sans complaisance mortifère ni idéalisation naïve. Stimulant.

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Ils se prénomment Aïssatou, Astan, Aaron, Elvis ou Mariyama… Vivant dans des cités de périphérie, ces adolescents dépassent la facile caricature à laquelle ceux qui ne les ont jamais approchés les réduisent. Pour un peu qu’on consente à les rencontrer ! Olivier Babinet, lui, les a écoutés durant des semaines, et construit en leur compagnie ce singulier documentaire débordant de fantaisie, de liberté et surtout d’espoir. Film stylé, Swagger est ainsi autant une collection de témoignages qu’une œuvre de création chamarrée ; un puzzle assumé et dynamique se pliant autant à l’imaginaire immédiat de ses protagonistes qu’à leurs projections. S’ils décrivent le quotidien pas forcément folichon avec lequel ils doivent composer au prix d’une sacrée créativité, les onze ados du film sont aussi les acteurs d’un changement en cours. Que la caméra, complice magique, transpose parfois dans une imagerie hollywoodienne ou clippée — voir les défilés vestimentaires de Paul et Régis, deux jeunes mecs ayant su affirmer leur identité à travers leurs fringues. Ou qu’elle an

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"Le Client" : justice est défaite

Le film de la Semaine | Un homme recherche l’agresseur de son épouse en s’affranchissant des circuits légaux. Mais que tient-il réellement à satisfaire par cette quête : la justice ou bien son ego ? Asghar Farhadi compose un nouveau drame moral implacable, doublement primé à Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Devant déménager en catastrophe, Rana et Emad se voient proposer par leur confrère comédien Babak l’appartement tout juste récupéré d’une locataire “compliquée”. Mais à peine dans les lieux, Rana est agressée par un étrange visiteur nocturne, pensant avoir affaire à la précédente résidente — une prostituée. Blessé dans son orgueil, Emad traque le coupable… Moins oublié en apparence que Mademoiselle au palmarès du dernier festival de Cannes, Le Client fait figure en définitive de grand perdant, tout en étant le film le plus lauré : il a décroché deux très belles récompenses, les Prix du scénario et d’interprétation masculine pour Shahab Hosseini. Nul besoin d’être grand clerc pour en déduire qu’une bonne histoire bien jouée promet un grand film, surtout signée par l’auteur de Une séparation et de

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Ken Loach : « Rien ne changera tant qu’on n’aura pas changé le modèle économique »

Entretien | Force tranquille toujours aussi déterminée, Ken Loach s’attaque à la tyrannie inhumaine des Job Centers, vitupère les Conservateurs qui l’ont organisée… et cite Lénine pour l’analyser. Ouf, les honneurs ne l’ont pas changé !

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

Ken Loach : « Rien ne changera tant qu’on n’aura pas changé le modèle économique »

Comment ce nouveau film est-il né ? Ken Loach : Quand Paul Laverty, le scénariste, et moi, avons commencé à échanger les histoires que nous entendions autour de nous, lui en Écosse et moi en Angleterre — entre deux réflexions sur les scores de foot. Des histoires de personnes piégées dans cette bureaucratie d’État, et qui deviennent de plus en plus extrêmes. Je pourrais vous donner des tonnes d’exemples, comme cet homme qui avait téléphoné au Job Center — le Pôle Emploi britannique — pour prévenir qu’il ne pourrait pas honorer un rendez-vous car il assistait aux funérailles de son père. Il est allé à l’enterrement… et on lui a arrêté ses allocations ! Durant nos recherches, on a traversé le pays, et on en a entendu plein d’autres identiques. Alors on s’est dit qu’on devrait en raconter une, pour essayer de faire comprendre aux gens ce qu’ils endurent. Paul a écrit les deux personnages principaux de Dan et Katie et voilà, c’était parti. Pourquoi l’avoir situé à Newcastle ? C’était une ville que l’on n’avait pas encore filmée, elle est la plus au nord de toutes les grandes villes britanniques

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"Divines" : la banlieue c’est pas rose

ECRANS | Oubliez son discours survolté lors de la remise de sa Caméra d’Or à Cannes et considérez le film de Houda Benyamina pour ce qu’il est : le portrait vif d’une ambitieuse, la chronique cinglante d’une cité ordinaire en déshérence, le révélateur de sacrées natures.

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Pour échapper au déterminisme socio-culturel, Dounia a compris qu’il fallait faire de l’argent — de préférence beaucoup et vite, quitte à emprunter des raccourcis illégaux. Et pour éviter d’être, à l’instar de sa mère, de la viande soûle entre les mains des hommes, elle a décidé d’avoir l’ascendant sur eux. Plongée crue dans le quotidien d’une ado de banlieue, Divines complète sans faire doublon les regards de Kechiche (L’Esquive, La Graine et le Mulet) ou Céline Sciamma (Bande de filles) en reprenant quelques aspects et thèmes du conte merveilleux, tout en les détournant pour coller au réalisme — davantage qu’à la réalité. Ainsi, dans cette histoire où la domination du masculin sur le féminin est battue en brèche et où toutes les perspectives sont bouleversées, Dounia va par exemple séduire son prince et lui sauver la vie. Rastiniaque ! Mais ce portrait d’u

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Sorties cinema de la rentrée 2016 : Comme un (faux) air de déjà-vu

Un semestre en salles | Un Harry Potter, un Star Wars, un Marvel, un Loach Palme d’Or… Non non, nous ne sommes pas victimes d’un sortilège nous faisant revivre en boucle la dernière décennie. Regardez d’un peu plus près : c’est dans les détails que se nichent les nuances…

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Sorties cinema de la rentrée 2016 : Comme un (faux) air de déjà-vu

Après un gros premier semestre dévolu aux blockbusters, la fin de l’année accueille traditionnellement le cinéma d’auteur — exception faite des incontournables marteaux-pilons de Thanksgiving et Noël, conçus pour vider une bonne fois pour toutes les goussets des familles. Les candidats 2016 sont, dans l’ordre, Les Animaux fantastiques de David Yates (16 novembre), spin off de la franchise Harry Potter et Rogue One : A Star Wars Story de Gareth Edwards (14 décembre). Qui de Warner ou Disney l’emportera ? Un peu avant (26 octobre), Benedict Cumberbatch tentera de déployer la bannière Marvel dans le film de Scott Derrickson, Doctor Strange — un second couteau parmi les superhéros. Cette impression d’avoir à faire des versions alternatives ou dégraissées de vieilles connaissances se retrouve aussi chez Tim Burton qui signe avec Miss Peregrine et les enfants particuliers (5 octobre) un nouveau conte fantastique sans Helena Bonham Carter, ni Johnny Depp, ni son compositeur fétiche Danny Elfman ! Au moins, on peut espére

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"Toni Erdmann", grande fresque pudique

ECRANS | Des retrouvailles affectives en (fausses) dents de scie entre un père et sa fille, la réalisatrice allemande Maren Ade tire une grande fresque pudique mêlant truculence, tendresse et transgression sur fond de capitalisme sournois. Deux beaux portraits, tout simplement.

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

Pas de chance pour Maren Ade, nouvelle victime de la loi du conclave : encensée par les festivaliers de Cannes, elle en est repartie Gros-Jean comme devant, boudée par le palmarès. Pourtant, son film avait de très solides arguments artistiques et moraux pour décrocher ne serait-ce qu’un accessit. Son éviction pose question, conduisant à réfléchir sur les goûts normés et une forme (inconsciente) de ségrégation : l’histoire entre le père et la fille a sans doute ému le bon jury, mais ce dernier a peut-être été surpris par des protagonistes et un traitement inhabituels pour pareil sujet. Car Ade dépeint la réalité crue et misérable d’une classe prétendument supérieure totalement dépourvue de glamour, d’attaches, de substance, et use pour ce faire d’une esthétique comparable à celle prisée par les apôtres du cinéma social. Elle renvoie l’image de la médiocrité pathétique et ordinaire des tenants de la société de la performance — ces gens qui, suivant la même ligne éthique, survalorisent le beau, éliminent le faible, traquent la dépense inutile, délocalisent… Mon père, ce golem Toni Erdmann est un film anar ;

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Houda Benyamina : une Caméra d’Or à Lyon

Avant-Première | Depuis sa vibrante intervention prolongée lors de la remise de la Caméra d’Or à Cannes, la réalisatrice Houda Benyamina n’est plus une inconnue. À présent que (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Houda Benyamina : une Caméra d’Or à Lyon

Depuis sa vibrante intervention prolongée lors de la remise de la Caméra d’Or à Cannes, la réalisatrice Houda Benyamina n’est plus une inconnue. À présent que la frénésie de la compétition et le happening sont passés, il est temps d’aller voir son (bon) film, Divines. Si vous n’arrivez pas à patienter jusqu’à sa sortie prévue le 31 août, des avant-premières sont prévues ce mardi 12 juillet suivies d’un échange avec la cinéaste. À l’UGC Confluence le mardi 12 juillet à 20h et au Pathé Bellecour à 20h45

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"Rester vertical" : en mode absurdo-comique

ECRANS | Un film de Alain Guiraudie (Fr, 1h40) avec Damien Bonnard, India Hair, Raphaël Thiéry…

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

On peut compter sur Alain Guiraudie pour montrer autre chose de la vie à la campagne qu’une symphonie pastorale avec bergère menant son troupeau sur le causse et paysan bourru labourant à bord d’un tracteur écarlate. Si dans ses films, le cultivateur est gay comme le bon pain et met volontiers la main sur la braguette du godelureau de passage (au cas où), l’homosexualité rurale, dévoilée ou contrariée, n’est pas sa seule source d’inspiration. Guiraudie parle en annexe de la pluie et du beau temps, c’est-à-dire de la misère des villes et des champs, des gens en lutte ou en solitude. Une sorte de chronique sur un mode absurdo-comique, scandée d’images oniriques, portée par son grand dadais de héros, un procrastinateur à l’impassibilité majuscule. Le tableau pourrait être très plaisant (comme dans so

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"Mimosas" : le prix de la Semaine de la critique à Cannes

ECRANS | de Oliver Laxe (Esp/Mar/Fr/Qat, 1h33) avec Ahmed Hammoud, Shakib Ben Omar, Said Aagli…

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

Si l’on voulait se montrer bienveillant, on dirait de Mimosas qu’il tente de transposer le mysticisme d’essence chrétienne irriguant le Stalker de Tarkovski dans un contexte musulman — mais franchement, ce serait lui faire infiniment d’honneur. Car le concentré de cinéma abscons dont se rend coupable Oliver Laxe, dont la plus remarquable faculté est sa capacité à dilater le temps — au point de donner l’illusion de l’éternité à ses spectateurs —, se révèle un monument d’hermétisme satisfait, dans notre monde comme dans tous les univers parallèles concernés par l’histoire de Mimosas. Pourquoi les esprits brillants présidés par Valérie Donzelli ont-il décerné à ce film autocontemplatif et puissamment soporifique le prix de la Semaine de la critique ? Le fait que la récompense soit dotée par une marque de café peut constituer un début d'explication, à défaut d’excuse…

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"La Tortue rouge" : enfin, Michael Dudok de Wit passe au long-métrage

ECRANS | Présenté en ouverture du Festival d’Annecy après un passage à Cannes dans la section Un certain regard, ce conte d’animation sans parole mérite de faire parler de lui : aussi limpide que la ligne claire de son trait, il célèbre la magie de la vie — cette histoire dont on connaît l’issue, mais dont les rebondissements ne cessent de nous surprendre.

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

Le Néerlandais Michael Dudok de Wit aura pris tout son temps avant de franchir le pas du long-métrage. Pourtant, il devait se douter que, loin de l’attendre au tournant, le public ayant découvert — et apprécié — ses films courts multi-primés Le Moine et le Poisson (1994) ou Père et Fille (2000) avait grand hâte de voir sa poésie muette empreinte de tendresse se déployer dans la durée. Étonnamment, c’est du côté des studios nippons Ghibli que l’ancien résident de Folimage aura trouvé asile — il s’agit au passage d’une belle ouverture pour la maison fondée par Takahata et Miyazaki, qui n’avait jusqu’alors jamais accueilli d’auteur non-asiatique. Une collaboration somme toute logique : Dudok de Wit se trouve en parfaite communion philosophique et spirituelle avec ses aînés, chantres comme lui d’une relation pacifiée, d’une osmose retrouvée entre l’Homme et son envir

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Cannes débarque au Comœdia

Première Vague | Si vous avez suivi d’un œil distrait la compétition cannoise au motif qu’elle concernait des œuvres encore éloignées des écrans, préparez-vous à l’écarquiller : une (...)

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Cannes débarque au Comœdia

Si vous avez suivi d’un œil distrait la compétition cannoise au motif qu’elle concernait des œuvres encore éloignées des écrans, préparez-vous à l’écarquiller : une déferlante s’annonce ! L’équipe du Comœdia a ramené de son séjour sur la Croisette un assortiment de neuf longs-métrages, issus des principales sections (ne manque que Un certain regard), qui feront l’objet durant une semaine d’avant-premières exceptionnelles. Entamée par The Neon Demon mardi 7, elle comprend notamment Tour de France de Rachid Djaïdani avec Depardieu (8 juin), L’Économie du couple de Joachim Lafosse, auteur du récent Les Chevaliers blancs (jeudi 9), mais aussi le Grand Prix de la Semaine de la Critique, Mimosas d'Oliver Laxe (11 juin) et le Prix SACD L’Effet aquatique, œuvre posthume de Sólveig Anspach. Dimanche 12, on notera la présence de la nouvelle réalisation de Justine Triet (

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Jean Labadie, ou le 7e art délicat de la distribution

Festival de Cannes | Sa société Le Pacte présentait cette année douze films à Cannes, dont la Palme d'Or, Moi, Daniel Blake de Ken Loach. Distributeur de Desplechin, Jarmusch, Kervern & Delépine, Jean Labadie est un professionnel discret mais loquace. Parcours d’un franc-tireur farouchement attaché à son indépendance.

Vincent Raymond | Dimanche 22 mai 2016

Jean Labadie, ou le 7e art délicat de la distribution

N’était l’affiche de Médecin de campagne, le dernier succès maison placardé sur le seul bout de mur disponible — les autres étant recouverts de bibliothèques — on jurerait la salle de réunion d’un éditeur. Rangées dans un désordre amoureux et un total éclectisme, des dizaines de livres s’offrent à la convoitise du visiteur : ici les BD (Jean Graton, Hergé, Larcenet…), là Péguy et Zola côtoyant Hammett et des essais historiques ; ailleurs Tomber sept fois se relever huit de Philippe Labro… « Une fois que j’ai fini des livres, je les amène ici. J’aime l’idée que les gens peuvent se servir », explique le maître des lieux, Jean Labadie. La soixantaine fringante, le patron de la société de distribution Le Pacte confesse « passer aujourd’hui davantage de temps à lire qu’à voir des films. » À voir. Animé d’une curiosité isotrope et d’une énergie peu commune dissimulée sous la bonace, l’homme suit avec acuité l’actualité et la commente, pince-sans-rire, sur son très actif compte twitter

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Julieta : une lettre à l'absente

Festival de Cannes | de Pedro Almodóvar (Esp, 1h36) avec Emma Suárez, Adriana Ugarte, Daniel Grao…

Vincent Raymond | Mercredi 18 mai 2016

Julieta : une lettre à l'absente

Accrochant un nouveau portrait de femme abattue aux cimaises de sa galerie personnelle, le cinéaste madrilène semble avoir concentré sur cette malheureuse Julieta toute la misère du monde. Avec son absence de demi-mesure coutumière, Almodóvar l’a en effet voulue veuve, abandonnée par sa fille unique, dépressive, en délicatesse avec son père et rongée par la culpabilité. Un tableau engageant — qui omet de mentionner son amie atteinte de sclérose en plaques… Construit comme une lettre à l’absente, Julieta emprunte la veine élégiaque de l’auteur de La Fleur de mon secret. On est très loin des outrances, des excentricités et des transgressions des Amants passagers (2013), son précédent opus façon purge s’apparentant à un exercice limite de dépassement de soi — et qui s’était soldé par un colossal décrochage. Revenu les pieds sur terre, Almodóvar se met ici au diapason de sa bande originale jazzy : en sourdine. Au milieu de ce calme relatif, seules les couleurs persistent à crier — les personnages et le montage faisant l’impasse sur l’hystérie mécanique emblématique de son cinéma et tellement épuisante. Alors oui, on a l’impressi

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The Nice Guys : attachant polar

ECRANS | de Shane Black (E-U, 1h56) avec Ryan Gosling, Russell Crowe, Kim Basinger…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

The Nice Guys : attachant polar

On ne s’étonnera pas de voir derrière The Nice Guys le producteur Joel Silver, qui a bâti une partie de sa fortune grâce au buddy movie avec 48 heures et les quatre volets de L’Arme fatale — parler de tétralogie en l’occurrence risquerait de froisser Wagner. Il avait déjà accompagné Shane Black, scénariste de L’Arme fatale, pour Kiss Kiss Bang Bang (2005) — un précédent réussi narrant association entre une carpe et un lapin sur fond d’investigation privée — il remet donc le couvert avec un nouveau duo chien et chat. Pourquoi diable changer des recettes qui fonctionnent et qui, justement, en rapportent ? Une fois que l’on a admis que le tonneau sur pattes à la carrure depardieutesque est Russell Crowe, on embarque pour un plaisant voyage carrossé jusqu’au bout du col pelle-à-tarte vintage années 1970. Plutôt que d’enchaîner les refrains connus à tour de platines, la B.O. procède en finesse en distillant des intros funky, groovy et disco. Shane Black met aussi la pédale douce du côté des répliques, abandonnant l’épuisante distribution de vannes surécrites. Du coup, on s’attache davantage à ses person

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“Ma Loute” : à manger et à boire

Festival de Cannes | Si Roméo était fils d’un ogre pêcheur et Juliette travestie, fille d’un industriel de Tourcoing, peut-être que leur histoire ressemblerait à cette proto-comédie de Bruno Dumont. Un régal pour l’œil, mais pas une machine à gags. En compétition officielle à Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

“Ma Loute” : à manger et à boire

Quel accueil des spectateurs non francophones — et tout particulièrement les membres du jury du festival de Cannes — peuvent-il réserver à Ma Loute ? Grâce aux sous-titres, ils saisiront sans peine le dialogue de ce film dans son intégrité, mais ils perdront l’une de ses épaisseurs : la saveur des intonations snobinardes et des borborygmes modulés avec l’accent nordiste — forçant les non-Ch’tis à accoutumer leur oreille. Cela étant, si les mots seuls suffisaient à Bruno Dumont, il ne serait pas l’énigmatique cinéaste que l’on connaît ; d’autant plus indéchiffrable avec ce huitième long métrage, qui prolonge son désir de comédie engagé avec la série P’tit Quinquin. Dans le fond, Dumont ne déroge guère ici à ses obsessions : capter l’hébétude quasi mystique saisissant un personnage simple après une rencontre inattendue, puis observer ses métamorphoses et ses transfigurations. Certes, les situations se drapent d’un cocasse parfois outrancier et empruntent au burlesque du cinématographe ses ressorts les plus usés (chutes à gogo, grimaces à foison, bruitages-gimmicks…). Mais il ne s’agit que d’un habillage comique ; derrière une f

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Money Monster : Jodie Foster joue sur du velours

ECRANS | de Jodie Foster (E-U, 1h35) avec George Clooney, Julia Roberts, Jack O’Connell…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

Money Monster : Jodie Foster joue sur du velours

Auteure jusqu’alors de trois longs-métrages tournant autour d’une sphère domestique plutôt hétérodoxe — on frise la litote si l’on se remémore Week-end en famille (1996) ou Le Complexe du Castor (2011) —, la réalisatrice Jodie Foster marque avec Money Monster une vraie rupture en s’essayant à un registre qu’elle a souvent eu l’occasion de pratiquer en tant que comédienne : le thriller. Sans être bouleversant d’originalité, son film répond aux exigences du genre en combinant efficacité rythmique et interprétation zéro défaut. Cela dit, la roué Jodie a joué sur du velours en composant un couple ayant, depuis Soderbergh, une complicité avérée : Julia Roberts et George Clooney, au-delà de leur image glamour respective, semblent faits pour se donner la réplique sur un mode taquin. Leur cohésion ressemble à cette oreillette dont l’un ici est équipé, et à travers laquelle l’autre lui parle ; un lien invisible contribuant à consolider l’empathie éprouvée par le public pour leurs personnages. Permet-il par ricochet de mieux apprécier sa critique conjointe des relations incestueuses entre la finance et les médias, deux empires de l’imm

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Café Society : Hollywoody boulevard

ECRANS | Le 47e opus de Woody Allen-réalisateur semble avoir été taillé sur mesure pour effectuer l’ouverture de la 69e édition du festival de Cannes : glamour, artifices et nostalgie des vieilles bobines s’y bousculent. On passe un charmant moment, sans être transporté…

Vincent Raymond | Jeudi 12 mai 2016

Café Society : Hollywoody boulevard

Un film situé, au moins partiellement, dans les arcanes du Hollywood de l’âge d’or ne pouvait que finir (ou, à tout le moins, commencer sa carrière) sur la Croisette. Café Society tend une sorte de miroir temporel pareil à une vanité à la foule des producteurs, cinéastes, comédiens, agents qui se pressent aux marches du Palais et dans les réceptions pour participer à la gigantesque sauterie cannoise. Car du cinéma, il ne montre absolument rien si ce n’est un extrait de La Dame en rouge (1935) de Robert Florey. En cela, il se situe aux antipodes de Avé César des frères Coen qui avait effectué l’ouverture de la Berlinale. Ici, les stars demeurent cachées dans leurs résidences exubérantes, ou des noms évoqués par paquets de dix, d’éphémères symboles de puissance dans l’Usine à rêve, totalement privées de substance et d’incarnation. Woody et ses doubles C’est plus la nostalgie jazzeuse, l’élégance du cadre et les vestes cintrées qui intéressent Woody Allen dans ce décor-prétexte. Les plateaux, il leur a déjà réglé leur compte dans Hollywood Ending (2002), comédie décriée et pourtant débordant

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Jimmy’s Hall

ECRANS | Ken Loach retrouve sa meilleure veine avec ce beau film autour d’une utopie réconciliatrice dans l’Irlande du Nord encore meurtrie par la guerre civile, ruinée par les archaïsmes de l’église et l’égoïsme des possédants. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 1 juillet 2014

Jimmy’s Hall

On avait hâtivement présenté Jimmy’s Hall comme une suite au Vent se lève de la part de Ken Loach et de son fidèle scénariste Paul Laverty ; ce qu’il est sans l’être, au final, puisque s’il prolonge historiquement l’exploration de l’Irlande du Nord traumatisée par sa guerre civile, il le fait avec une humeur nouvelle. Tout tient finalement dans l’ellipse qui sert d’introduction mais aussi de parenthèse dans la vie de son héros Jimmy Gralton : ce militant communiste a passé dix ans comme ouvrier en Amérique et revient dans son Irlande natale chassé par la crise économique. La situation politique s’est en apparence pacifiée, même si les divisions au sein du peuple restent fortes. Loach choisit pourtant de montrer que cette fracture en dissimule une autre, reproduction de celle qui taraude son cinéma depuis ses débuts : c’est avant tout une question sociale, morale et culturelle. C’est à cela que va s’atteler Gralton : combler le fossé qui sépare générations, confessions et classes, à travers un lieu symbolique, un dancing abandonné qu’il transforme en foyer d’éducation populaire et de fête laïque. Jazz, whisky et lutte des classes Ji

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Le festival Lumière 2012 a fait le plein !

ECRANS | La 4e édition a été fréquentée par près de 100 000 personnes en six jours (du 15 au 21 octobre) avec 72 000 spectateurs de films, 27 000 visiteurs des villages (...)

Christophe Chabert | Jeudi 25 octobre 2012

Le festival Lumière 2012 a fait le plein !

La 4e édition a été fréquentée par près de 100 000 personnes en six jours (du 15 au 21 octobre) avec 72 000 spectateurs de films, 27 000 visiteurs des villages du festival, des expositions, de la bourse «Cinéma Monplaisir» et des animations et rencontres organisées autour des projections.Achevé devant 4000 spectateurs ayant assisté à la projection de La Porte du paradis en présence du réalisateur Michael Cimino et de l’actrice Isabelle Huppert, le festival a couronné cette année Ken Loach.Le réalisateur britannique s’est vu remettre des mains d’Eric Cantona, son acteur dans Looking for Richard, le Prix Lumière. Il succède ainsi à Clint Eastwood, Milos Forman et Gérard Depardieu.L'ex-joueur, devenu comédien, a décrit le cinéaste comme «un homme à la hauteur des convictions qu'il défend. Un des deux êtres exceptionnels rencontrés dans [sa] vie avec Alex Ferguson [entraîneur de Manchester United].» De son côté, le récipiendaire a voulu redire tout ce que la France et le Festival de Cannes avaient fait pour lui et, sou

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L’esprit Loach

ECRANS | Pour avoir suivi de près les trois premières éditions de Lumière, on sait d’expérience à quel point le choix de la personnalité pour recevoir le Prix Lumière influe (...)

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

L’esprit Loach

Pour avoir suivi de près les trois premières éditions de Lumière, on sait d’expérience à quel point le choix de la personnalité pour recevoir le Prix Lumière influe sur l’esprit général du festival. La star Eastwood avait tout écrasé en 2009, et Depardieu avait laissé planer un parfum de nostalgie plombante sur l’édition 2011. En revanche, la simplicité et la vitalité de Milos Forman, son envie intacte de faire du cinéma au présent, expliquaient grandement la réussite de Lumière 2010, équilibré, joyeux et populaire. On s’avance sans doute, mais on pressent que l’édition 2012 sera du même acabit, tant Ken Loach est lui aussi un cinéaste peu enclin à regarder en arrière. C’est l’âme même de ses films, qui ne baissent jamais les bras même lorsqu’ils sondent des abîmes de noirceur et de désespoir. Mais son engagement politique et citoyen, sa passion pour le foot, son humour british, tout cela devrait irradier la fin de la manifestation. Dans la rétrospective de son œuvre, il y a de belles perles à découvrir pour toute une génération de spectateurs : Kes, bien sûr, mais aussi Raining stones, Ladybird, Land and freedom, Sweet si

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Eric Cantona remettra le Prix Lumière à Ken Loach

ECRANS | Eric Cantona, l'ex-footballeur de Manchester United devenu acteur, qui fut dirigé par Ken Loach pour Looking for Eric (projeté au cours de cette soirée), a (...)

Christophe Chabert | Mardi 18 septembre 2012

Eric Cantona remettra le Prix Lumière à Ken Loach

Eric Cantona, l'ex-footballeur de Manchester United devenu acteur, qui fut dirigé par Ken Loach pour Looking for Eric (projeté au cours de cette soirée), a donc été choisi pour remettre le quatrième Prix Lumière au cinéaste britanique lors de de la soirée qui se déroulera le 20 octobre à 18h45 à la Salle 3000 de la Cité Internationale. De nombreux autres invités viendront témoigner de leur affection pour le réalisateur et son œuvre.  

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Lumière est un long film fleuve tranquille

ECRANS | Plus éclatée que lors des éditions précédentes, la programmation de Lumière 2012 ménagera films monstres, raretés, classiques restaurés, muets en musique et invités de marque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Lumière est un long film fleuve tranquille

Elle aura tardé à arriver, mais la voici, presque définitive — manquent encore le film d’ouverture et le film choisi pour la remise du Prix Lumière à Ken Loach : la programmation du festival Lumière 2012. Autant dire tout de suite que par rapport à ce qui avait été annoncé en juin, beaucoup de choses ont changé ou se sont affinées : ainsi, la rétro Ken Loach se concentrera sur la deuxième partie de sa carrière, de Raining stones à Route Irish, avec en guise de curiosité le téléfilm Cathy Come Home. En revanche, plus de traces des raretés du cinéma américain des années 70, remplacées par l’intégrale de la saga Baby Cart, fameux sérial cinématographique hongkongais avec son samouraï promenant un bébé dans une poussette. Six films qui auront droit à une journée de projection au Cinéma opéra, ce qui marque d’ailleurs une des tendances du festival cette année : les marathons cinématographiques. Que ce soient les quinze heures de The Story of film (documentaire monstre sur l’histoire du cinéma), les 4h15 d’Il était une fois en Amérique dans sa versio

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Lueurs et Lumière

ECRANS | Prix Lumière à Ken Loach, hommages à Max Ophüls, Vittorio De Sica, Dean Martin et Max Von Sydow, versions intégrales et restaurées de "La Porte du Paradis" et d’"Il était une fois en Amérique", ciné-concert autour de "Loulou" : le prochain festival Lumière a déjà ses contours, en attendant d’en remplir le centre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 27 août 2012

Lueurs et Lumière

Tombée en plein milieu du mois de juillet, l’annonce du Prix Lumière aura donc été précédée de trois semaines de suspens et de rumeurs. C’est finalement Ken Loach qui viendra chercher le trophée à la Salle 3000 de la Cité Internationale le vendredi 19 octobre, et aura droit durant le festival à une rétrospective de son œuvre. Loach peut se réjouir : il vient de connaître un de ses plus grands succès public en France avec La Part des anges (en plus d’un très généreux Prix du jury à Cannes). Les cinéphiles semblent prêts à faire le tri dans sa filmographie, qui a avancé depuis vingt ans au pas de course, un film par an ou presque, dans des registres assez divers, avec comme dénominateur commun une vision politique de l’histoire passée et contemporaine de son pays, l’Angleterre. On s’amusera de l’ironie qui veut qu’un cinéaste d’ultra-gauche prenne la succession d’un acteur (Depardieu) qui, cette année, aura surtout fait parler de lui par son soutien tonitruant à Nicolas Sarkozy au cours de la dernière présidentielle : l’alternance, c’est aussi ce

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Ken Loach : un Prix Lumière en rouge et noir

ECRANS | Après trois semaines de suspense, c’est finalement le réalisateur anglais, chef de file d’un cinéma social plus noué qu’on ne le croit, qui se verra décerner le quatrième Prix Lumière en octobre prochain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 12 juillet 2012

Ken Loach : un Prix Lumière en rouge et noir

Les rumeurs laissaient entendre que le quatrième lauréat du Prix Lumière serait à chercher du côté des États-Unis. Surprise : c’est finalement un nouveau cinéaste européen qui fait figure d’heureux élu, puisqu’il s’agit du Britannique Ken Loach, 76 ans en juin dernier, et une filmographie imposante d’une trentaine de longs-métrages, dont la production s’est accélérée à l’aube des années 90, sans doute sa période la plus incontestablement passionnante. Loach démarre, comme beaucoup de ses compatriotes cinéastes à l’époque (Frears, Mike Leigh…) à la télévision, avant de franchir le cap du grand écran en 1967 avec Poor cow (Pas de larmes pour Joy), beau mélodrame avec un formidable Terence Stamp. Dès ce premier film, Loach, à travers un réalisme synchrone avec les nouvelles vagues qui naissent un peu partout dans le monde, s’intéresse aux classes populaires anglaises et à leurs difficultés d’existence, même si le film cherche aussi à capter l’élan amoureux de la jeunesse dans un mouvement pop typique de l’Angleterre sixties. Deux ans plus tard, Kes propulse Loach dans la cour des grands. Le film e

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La Part des anges

ECRANS | Décidément, la comédie n’est pas le fort de Ken Loach et de son scénariste Paul Laverty ; cette pochade à l’optimisme forcé sur les tribulations dans le monde du whisky d’une bande de petits délinquants écossais relève du bâclage paresseux et du téléfilm laborieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 25 juin 2012

La Part des anges

On le disait déjà à l’époque de Looking for Eric, mais La Part des anges le confirme : Ken Loach semble oublier totalement le grand cinéaste qu’il est lorsqu’il décide de faire une pure comédie. Et si le film qui avait relancé sa carrière (Raining stones) reposait sur une certaine légèreté (du moins dans sa peinture de l’Angleterre prolo), c’est bien quand il aborde la face la plus noire et désespérée de son œuvre que Loach signe ses meilleurs opus (pour nous, Family life, Ladybird, Sweet sixteen et It’s a free world). Ce qui frappe d’abord dans La Part des anges, c’est la sensation de caricature qui émane des protagonistes : des petits délinquants qui ont forcément bon fond et toujours leurs raisons d’avoir mal agi — ils sont un peu cons et n’ont pas d’instruction, la faute à vous savez qui. Cette absolution sans frais tue tout le dialectisme que Loach attache d’ordinaire à sa peinture des classes populaires. Ce premier écueil est révélateur de la suite : le cinéaste et son scé

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Route Irish

ECRANS | Sombre histoire de vengeance d’un ancien mercenaire anglais en Irak, "Route Irish", malgré son évident manque de moyens, s’inscrit dans la meilleure veine du cinéma de Ken Loach, comme un remake social et british de "Rambo". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 9 mars 2011

Route Irish

Il fallait se douter que Ken Loach, cinéaste politique ET britannique, aille fourrer sa caméra dans le grand fiasco des années Blair : l’engagement militaire des forces anglaises dans le bourbier irakien. Mais on ne s’attendait pas à ce qu’il prenne le sujet par l’angle qu’il adopte dans Route Irish. À savoir le rôle joué par d’anciens soldats sur le théâtre des opérations où ils deviennent des agents grassement payés par des sociétés privées pour maintenir l’ordre et faire place nette au business des entreprises anglaises. À la solde de ces multinationales, Fergus et Frankie sont partis là-bas pour se faire du blé, mais seul Fergus en est revenu. Lorsqu’il apprend la mort de son ami d’enfance et frère d’arme sur la très dangereuse Route Irish qui mène à Bagdad, il décide de confondre coûte que coûte ceux qu’il pense responsables du carnage. La Bête de guerre Dans la première moitié du film, Loach semble se cogner aux limites de son économie de cinéaste : l’évocation du sort de Frankie se fait avec un maigre enregistrement vidéo amateur, et l’enquête avance par une suite de conversations téléphoniques ou avec des écrans connectés via S

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Looking for Éric

ECRANS | De Ken Loach (Ang-Fr, 1h57) avec Steve Nevets, Éric Cantona…

Christophe Chabert | Jeudi 21 mai 2009

Looking for Éric

D’une idée originale d’Éric Cantona, soumise sans obligation d’achat à Ken Loach et à son fidèle scénariste Paul Laverty, est sorti ce Looking for Éric, qui ressemble furieusement à son making of. Deux films y coexistent sans jamais vraiment se rencontrer : un film de Ken Loach assez banal, plus clairement orienté vers la comédie que d’habitude, où un facteur en plein marasme social et existentiel tente de reconquérir le cœur de sa femme, et un film avec Éric Cantona, où il apparaît en sphinx fantomatique prodiguant ses conseils sous forme d’aphorismes absurdes à ce supporter de Manchester qui l’adule. Le procédé, systématique, lasse très vite, mais c’est la faiblesse générale de ce feel good movie qui pose le plus question. Après un film aussi fort que It’s a free world, qui avait l’audace de briser le manichéisme loachien, le cinéaste embraye sur un recyclage sans génie de ses propres ficelles. Une chose saute aux yeux : plus il cherche à être léger, plus il est lourd. Particulièrement dans sa direction d’acteurs, puisque Steve Nevets en fait des tonnes dans le registre gueulard généreux assez monotone à l’arrivée. Même le corps de Cantona s

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It's a free world

ECRANS | Ken Loach s'immerge dans le quotidien d'une jeune et jolie femme transformée en vaillant petit soldat du libéralisme sauvage, sans changer pour autant son regard empathique et réaliste. La première gifle cinématographique de 2008. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 9 janvier 2008

It's a free world

À l'époque où notre cher pays n'avait pas encore vu l'électorat FN absorbé par une droite résolument décomplexée, certains cinéastes "politiques" (si, il y en a quelques-uns...) se demandaient comment filmer cet ennemi intérieur sans le fustiger, ni lui accorder de circonstances atténuantes. Aujourd'hui, la question ressurgit tandis que, mondialisation économique oblige, les méfaits d'un libéralisme sauvage masqué se font durement sentir. La Question humaine, récent essai de Nicolas Klotz, fournissait une réponse à moitié probante à ce délicat problème. Ken Loach, avec It's a free world, surprend son monde en filmant au plus près un petit soldat de l'esclavagisme économique moderne, d'autant plus dangereux qu'il prend les traits d'une blonde décolorée à forte poitrine et au minois séduisant. Une fille d'à côté qui pourrait tout à fait bosser comme secrétaire ou comme barmaid, si elle n'avait aussi bien retenu la leçon ambiante : pour être libre (comprenez, avoir du pognon), il faut asservir son prochain (entendez, exploiter plus faible que soi). Sa petite entreprise Rappelons qu'on avait laissé le cinéaste anglais avec une palme d'or sur les b

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