"La Sociale" : C'est la lutte initiale

ECRANS | Le documentariste Gilles Perret rappelle la paternité du ministre communiste Ambroise Croizat dans la création de l’Assurance maladie, et légitime la préservation de ce système solidaire participant du progrès social. Un film méritant d’être remboursé par le patronat.

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Photo : Jolfred Frégonara © Rouge Productions


En France, on a la mémoire courte et sélective en diable, surtout lorsqu'il s'agit des événements survenus entre 1936 et 1946. Ainsi la création de la Sécurité sociale se trouve-t-elle imputée à l'omnipotent de Gaulle, tandis que son inspirateur Ambroise Croizat — qui l'a organisée, structurée et mise en place — a progressivement été relégué au second plan, puis dans les oubliettes de l'Histoire. Sa qualité d'ouvrier syndicaliste CGT et de militant communiste désintéressé, devenu ministre du Travail, n'y est sans doute pas étrangère…

Voulant rétablir une simple vérité (et donc dénoncer un furieux mensonge par omission), Gilles Perret retrace ici le parcours de cet individu intègre, dont la postérité se trouve aujourd'hui plus que jamais mise à mal. Toutefois, La Sociale n'a rien d'un docu muséal, ni d'un cénotaphe refermé sur un cortège d'archives ; au contraire, ce film s'ancre-t-il avec vigueur dans l'aujourd'hui, grâce à des intervenants combatifs et très contemporains… moins présents parmi le personnel politique ou syndical que parmi la société civile.

On se régale ainsi à écouter les témoignages et exhortations du grand ancien Jolfred Frégonara, le fruit des travaux du chercheur Michel Étiévent, le discours pragmatique d'une doctoresse humaniste et l'engagement d'étudiants idéalistes. Ils constituent des remparts solides face aux délires ultralibéraux des partisans de la désaffiliation — cette nouvelle engeance estimant que « la France est communiste » (sic) et encourageant les assurés sociaux à s'abandonner au chacun pour soi… enfin, surtout d'abandonner leurs cotisations à des firmes privées. Face à ce fléau, La Sociale agit aussi comme un puissant antidote.

La Sociale de Gilles Perret (Fr, 1h24) documentaire avec Michel Étiévent, Jolfred Frégonara…


La Sociale

De Gilles Perret et Michel Ethievent (Fr, 1h30) Documentaire Il y a 70 ans, les ordonnances promulguant les champs d’application de la sécurité sociale étaient votées par le Gouvernement provisoire de la République. Un vieux rêve séculaire émanant des peuples à vouloir vivre sans l’angoisse du lendemain voyait enfin le jour.
Cinéma Comœdia 13 avenue Berthelot Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Moteur, ça tourne ! : "J'veux du soleil"

Ciné-Tract | De François Ruffin & Gilles Perret (Fr, 1h16) avec des gilets jaunes

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Moteur, ça tourne ! :

Peu après le 1er Acte du mouvement des gilets jaunes, le cinéaste Gilles Perret et le député de La France Insoumise François Ruffin sont partis à la rencontre des manifestants occupant les ronds-points afin d’écouter leurs histoires personnelles et de collecter leurs revendications collectives… Tels des héros d’un road-buddy-movie militant, Gilles et François sillonnent donc l’Hexagone du nord au sud dans la voiture du second — on serait taquin, on leur rappellerait que d’un point de vue géographique, ils auraient eu plus de chance d’avoir le soleil tant désiré en ligne de mire en suivant un axe est-ouest. Rythmé par des chansons nostalgiques et désuètes — quand elles ne prennent pas un tour ironique (Nationale 7, Douce France… ) —, entrecoupé d’un florilège de la morgue verbale d’Emmanuel Macron à l’endroit du peuple, ce cahier de doléances audiovisuel contient des témoignages aussi concrets que poignants donnant des visages et des corps à la crise, à la misère, à la désertification rurale, à la désespérance ordinaire. De ce

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Un portrait un peu gauche : "L'Insoumis"

Documentaire | de Gilles Perret (Fr, 1h35) documentaire avec Jean-Luc Mélenchon

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Un portrait un peu gauche :

Au soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2017, on s’étonnait de ne pas avoir dès 20h de déclaration à chaud ni d’images de Jean-Luc Mélenchon. Cette absence médiatique du bouillonnant candidat, si présent durant la campagne, était-elle consécutive à la stupéfaction, la déprime ou une bouderie de se retrouver classé quatrième à l’issue du scrutin ? Près d’un an plus tard, cet instant d’actualité, devenu fragment d’histoire immédiate, nous parvient grâce à la “caméra embarquée” exclusive d’une production privée — le paradoxe s’avère pour le moins étrange concernant le champion de La France Insoumise — ; celle du documentariste Gilles Perret, alors en train de tourner son portrait. Las, on devrait parler d’hagiographie tant le film du bon camarade Perret, partageant les idées de Mélenchon, s’emploie à renvoyer du candidat un reflet flatteur, visant à rectifier la caricature de loup-garou ordinairement diffusée par ses adversaires. D’un côté comme de l’autre, il s’agit pourtant de propagande, et aucune n’est donc recevable. Proche idéo

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Gilles Perret : « Faire un film de cinéma incarné sur le créateur de la Sécu »

3 questions à... | Gilles Perret retrace la genèse de son tonique documentaire, un salutaire hommage au fondateur de la Sécu tourné dans une indépendance farouche pas totalement volontaire.

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Gilles Perret : « Faire un film de cinéma incarné sur le créateur de la Sécu »

Vous auriez pu appeler ce documentaire Vive la Sociale !, si Gérard Mordillat n’avait pas déjà utilisé le titre… Gilles Perret : (rires) Ç’aurait été totalement adapté, en effet ! On avait dans l’idée de prendre un titre positif, beau, jouissif, parce que c’est quand même une belle histoire que celle de la Sécu. La Sociale est plus modeste, mais on a pris le parti d’une affiche sans Carte Vitale, mais moderne et combative, qui donne envie aux spectateurs hésitants. Pour qu’ils ne soient pas rebutés par un côté trop noir et blanc ni militant. On ne saura jamais si c’est une bonne idée ou pas… Comment vous êtes-vous intéressé à ce personnage historique qu’était Ambroise Croizat ? J’en avais déjà parlé dans De mémoires d’ouvriers, et c’était pour moi une injustice qu’on ne le connaisse pas davantage. Je me suis donc appuyé sur le travail de Michel Étiévent — l’historien que l’on voit dans le film — qui a fait un énorme boulot pour le réhabiliter. J’avais aussi envie de faire un film de cinéma inc

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"La Sociale" : histoire d’un avantage acquis

Avant-Première | Comment la retraite, les congés maladie et maternité vinrent aux salariés ? Grâce à un communiste, secrétaire général de la Fédération des travailleurs de la (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Comment la retraite, les congés maladie et maternité vinrent aux salariés ? Grâce à un communiste, secrétaire général de la Fédération des travailleurs de la métallurgie CGT et ministre de de Gaulle, Ambroise Croizat (photo), créateur de la “Sécu”. Ce grand oublié, dont chacun devrait louer l’opiniâtre combat, voit sa contribution sociale célébrée par Gilles Perret dans La Sociale, édifiant documentaire que le réalisateur présente au Zola en primeur. Au Zola le jeudi 23 juin à 20h30 Au Cinéma Saint-Denis le 1er juillet

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Quoi de neuf, en doc ?

ECRANS | Dans le documentaire comme dans les autres genres, certains arbres au feuillage outrageusement vert et au tronc gentiment creux captent (...)

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Quoi de neuf, en doc ?

Dans le documentaire comme dans les autres genres, certains arbres au feuillage outrageusement vert et au tronc gentiment creux captent indument une lumière méritant de se répandre sur d’autres pousses de la forêt. Heureusement, il existe des manifestations telles que Les Écrans du Doc pour aller au-delà de cette canopée et faire état d’une diversité parfois insoupçonnée. En une petite semaine, quatorze films vont se succéder au Toboggan décinois, pour la plupart accompagnés par des animations. Si la moitié de la programmation est constituée d’avant-premières — dont Il m’a appelé Malala de Davis Guggenheim et No Land’s Song de Ayat Najafi à l’occasion de la soirée d’ouverture, coïncidant avec la Journée internationale des Droits des Femmes —, on se réjouit des coups de projecteurs braqués sur des œuvres nécessaires telles que les récents Merci patron ! de François Ruffin, astucieuses représailles à l’avidité des milliardaires, ou

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Merci Patron !

ECRANS | Jusqu’alors peu connu du grand public, le journal alternatif Fakir s’offre un splendide coup de pub en divulguant son opération de flibuste victorieuse contre la deuxième fortune française, Bernard Arnault. De l’extorsion de fonds ? Non point : de justes représailles…

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

Merci Patron !

Le patron de Fakir, François Ruffin, doit jubiler du bon tour qu’il joue à l’inflexible capitaine d’industrie, aussi jaloux de ses profits que de sa discrétion. Car avec son documentaire branquignolesque, tenant plus du carnet de notes potaches filmé que de l’investigation orthodoxe, non seulement il dresse un bilan de “l’action bienfaisante” du brillant milliardaire au sein des filatures de Nord-Picardie, mais surtout il donne des visages et des noms à ses victimes directes : les Klur, une famille d'ouvriers déclassés, promis à une misère noire. Puisqu'Arnault a fabriqué sa fortune en pratiquant de-ci de-là des entorses à la vérité — prétendant que sa marque Kenzo fabriquait en France alors que les usines étaient délocalisées en Pologne, par exemple — et de grosses fractures à l’éthique (si ce n’est pas amoral d’entasser autant de fric par pure avidité, en laissant crever toute une région…), Ruffin use de ruses pour lui faire restituer une partie de son butin. Ses armes principales étant la menace de bruit médiatique et son air de crétin inoffensif, parfait pour tourner en ridicule un hyper-patron. Comment se payer sur la bête Avec son

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Le Grand retournement

ECRANS | De Gérard Mordillat (France, 1h17) avec Jacques Weber, François Morel, Patrick Mille...

Jerôme Dittmar | Vendredi 18 janvier 2013

Le Grand retournement

À chaque crise ses films d'époque. C'est en suivant cet adage, pour mieux le renverser par le langage et nos traditions, que Gérard Mordillat adapte la pièce de Frédéric Lordon, D'un retournement l'autre - comédie sérieuse sur la crise financière. Par le langage, le verbe et donc l'écriture, puisque tout dans cette relecture des évènements sous l'ère Sarkozy (ici roitelet égaré entouré de banquiers peu scrupuleux et bardé de conseillers zélés) est joué comme du Molière et de façon purement théâtrale, jusqu'au décor épuré. On n'a rien contre ce genre d'expérience (d'autres l'ont fait depuis belle lurette), mais il faut dire que le procédé, pas très malin cinématographiquement, se révèle vite assez saoulant. Entendre chanter en alexandrins la novlangue bancaire pour s'en moquer joyeusement amuse deux minutes, mais l'ironie du dispositif ne va pas très loin. Pire, les banalités satiriques s'enchaînent jusqu'à transformer le tout en petite pochade pouet-pouet bien de chez nous. Jérôme Dittmar

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De mémoires d’ouvriers

ECRANS | De Gilles Perret (Fr, 1h19) documentaire

Christophe Chabert | Jeudi 23 février 2012

De mémoires d’ouvriers

C’est peu dire que Gilles Perret a choisi ici le bon angle pour aborder les sujets les plus brûlants de notre actualité politique : mondialisation, délocalisations, abandon de la classe ouvrière par les multinationales et leurs actionnaires… Et pourtant, c’est en braquant ses projecteurs sur un tout petit bout de France, les Alpes, et en retournant dans le passé qu’il éclaire avec une réelle pertinence les incertitudes de l’avenir. C’est là-bas que la conscience ouvrière contemporaine est née, après une répression sanglante orchestrée conjointement par le patronat et les pouvoirs publics ; c’est là-bas aussi que l’industrie a pris son essor, les paysans se muant en ouvriers pour répondre à la ruée vers l’or blanc, construisant barrages, lignes ferroviaires et stations de ski ; c’est là-bas, enfin, que les fusions-acquisitions et autres consortiums ont transformé les travailleurs en «ligne sur un bilan comptable», variable d’ajustement pour les profits des actionnaires. À travers une passionnante collecte d’archives et des entretiens avec les témoins de cette époque bénie et aujourd’hui oubliée, Perret signe un documentaire qui, s’il n’est pas d’une fulgurante pertinence

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Walter, retour en résistance

ECRANS | De Gilles Perret (Fr, 1h26) documentaire

Dorotée Aznar | Lundi 2 novembre 2009

Walter, retour en résistance

«Qu’avons-nous fait des idéaux du Conseil national de la Résistance ?», se demande le réalisateur Gilles Perret. En suivant Walter Bassan, un ancien résistant communiste, le réalisateur souhaite ainsi démontrer que notre pays a volontairement oublié les valeurs issues de la Résistance, et notamment les acquis du CNR (comme la sécurité sociale pour tous). Il se lance alors dans une diatribe en pointant ouvertement du doigt le gouvernement actuel et son président omnipotent. À ce titre, la scène du film servant de produit d’appel – le député Bernard Accoyer en pleine langue de bois – serait censée illustrer le propos par l’image : mouais. Car au final, on comprend aisément où Perret souhaite nous emmener quand on l’écoute parler : à un rejet des hommes politiques actuels (droite et gauche confondues), responsables de la «casse sociale» ; le salut venant selon lui des mouvements sociaux et des partis de gauche plus radicaux, les seuls capables de «résister» aujourd’hui. C’est un point de vue respectable, mais il faudrait alors annoncer la couleur d’emblée, et ne pas se servir d’un témoignage fort (celui de Walter) comme prétexte, au risque de tout mélanger.

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