Les Apothicaires : l'antre des préparations magiques

GUIDE URBAIN | Début mars a ouvert le très attendu restaurant de Tabatha et Ludovic Mey. Les Apothicaires ? Déjà savoureux.

Adrien Simon | Mardi 15 mars 2016

Photo : © DR


Sur notre écran de télé, l'on découvrit Tabata un soir de 2012. Top Chef : elle, profilée "méchante-chiante", éliminée ; en pleurs dans les bras du Jedi Marx. Une sombre histoire de canard. « La vie, c'est pas un concours » dixit le sage Piège, juré de l'émission. Les personnages de M6 ont une vie hors du tube cathodique : pas tout à fait identiques, ils font quand même de la cuisine. Et ouvrent des restaurants.

Tabata, c'est cinq ans chez l'étoilé Le Bec. Au sortir des écrans, c'est à la tête de Marguerite (brasserie Bocuse) qu'on la retrouve. C'est là qu'elle fourbit son projet avec Ludovic Mey, son second ; bientôt son mari. Mais avant de s'installer dans le 6ème, dans ce local tout en longueur — fine banquette, cuisine ouverte, un grand comptoir/passe-plat en marbre noir — avant donc, le couple mûrit son projet sous le soleil de São Paulo... et à Copenhague.

Au Brésil, la patrie de Tabata, Alex Atala (l'un des meilleurs cuistots du monde, paraît-il), les expédie vers « la nouvelle frontière des saveurs », comme il dit : l'Amazonie et Belém. « On ne connaissait pas un cinquième des produits que l'on allait cuisiner », avoue Ludovic. S'ensuit le Danemark et les cuisines du R&D, le département Recherche & Déveloloppement du fameux Noma.

La part belle aux plantes

Restait à voir ce qu'ils avaient ramené de leurs pérégrinations. Le soir de l'ouverture des Apothicaires, en ce début mars, on découvrit le menu "3 plats". Après les amuses-bouches — un naan noirci à l'encre de seiche et fourré de tarama, puis de petit cubes de betterave rôtie baignant dans un dashi — subite montée en tension en forme de risotto... sans riz. S'ensuit un beau filet de féra du lac Léman, purée de patates douces, peaux frites, huile de raifort et beurre blanc au maté. Enfin, un pressé de pommes, tout doux, mignon, point trop sucré, glace au laurier, camomille et caramel de cidre.


Ce nom, Les Apothicaires c'est, d'accord, d'abord une idée déco. Des gravures d'herbiers, un grand meuble rempli de pots en faïence (vides d'opium), de grimoires (tiens, le livre de cuisine du Noma) et de bocaux Le Parfait, remplis eux — de fruits et légumes marinés, en pickles ou fermentés. Mais Les Apothicaires, précise Ludovic, c'est une référence à « nous, notre équipe, et c'est vrai à cette cuisine végétale » qui fait la part belle aux herbes et fleurs de Jean-Luc Raillon (Drôme) et des jardins de Vartan (Décines). Des plantes et des fruits devenus mixtures : comme ces huiles de camomille et de persil, cette cerise d'un an d'âge (« c'est vrai que le goût est puissant, on ne sait pas encore dans quel plat on l'utilisera ») ou ces sucrines : feuilles fermentées sous vide durant cinq jours et réduites en purée, pour rehausser d'une pointe d'acidité le risotto sus-cité.
« La cuisine aussi soigne ! [Tabata fit médecine] On essaye qu'elle rende heureux... ». Pour notre part, si on n'a pas encore ressenti ses effets curatifs, on peut tout de même affirmer que leur cuisine est déjà (si tôt) précise, et surtout secoue ; une thérapie par agitation. Adrien Simon

Les Apothicaires
23 rue de Sèze, Lyon 6e. T. 04 26 02 25 09
Midi et soir ; du lundi au vendredi

Fiche technique

Au déjeuner : Menu à 24€

Le soir : De 3 à 5 plats, de 39 à 50€

Un plat : Le risotto de graines. Des graines de tournesol chaudes quoique croquantes, de la verdure passée au barbecue, une huile de persil : c'est aigre et fumé, joyeux et rustique

À boire : Moulin-à-Vent de Labruyère ou chardo de Prieur, 6-8€ le verre. Rayas 2004, 210€ la bouteille. La bière d'Hexagone, cuvée spéciale, 5€

Côté déco : Bérangère Mey (architecte), Olivier Charrier (ébéniste), Xavier Forêt (tapissier)

Sur la playlist : Moomin, Aquarama

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Food Traboule ou la Tour Rose rebootée

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Les petits panneaux destinés aux touristes perdus indiquent encore La Tour Rose. Il faudra bientôt rajouter "2.0" : l'institution prestigieuse n'est plus. Depuis le départ de Philippe Chavent, qui fit beaucoup dans les 90's pour ne pas laisser la gastronomie lyonnaise s'encroûter, elle allait de mal en pis. Mais la voilà rénovée ! Et scindée en deux entités : MiHotel gérant 14 suites, à mi-chemin entre l'appart' et l'hôtel, et donc le Food Traboule. Qu'est-ce ? Un food court, une "aire de restauration", comme on en trouve dans la plupart des grandes métropoles (genre le Mercado da Ribeira de Lisbonne ou le Grand Central Market de L.A.), habituellement dans d'anciennes halles ou hangars. Ici c'est un food court "à la Lyonnaise" donc fier de son passé. Notez : on est à la fois en plein cœur du quartier Unesco, dans les murs d'un ancien étoilé Michelin, lui-même dans la rue (du Bœuf) la plus étoilée de France. L'Ovni a été baptisé en grande pompe ce mardi 14 janvier. On aurait dit qu'on inaugurait la Cité de la Gastronomie, la vraie — celle de l'Hô

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Sapnà et Les Apothicaires récompensés à Omnivore

Le festival Omnivore, dédié à la jeune cuisine, s'est tenu ce week-end à Paris. Résultats du palmarès : deux prix sur les dix ont été attribués à des Lyonnais. Rémy Havetz du tout nouveau restaurant Sapnà a obtenu le prix Pâtissier tandis que le duo à la tête du restaurant Les Apothicaires, Tabata et Ludovic Mey, a obtenu le prix Rebelle. Une belle reconnaissance pour deux tables qui renouvellent la cuisine de la ville.

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Le Lyon Street Food festival revient

Street Food | Le Lyon Street Food festival #2 revient début septembre aux Subsistances

Lisa Dumoulin | Jeudi 6 juillet 2017

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Le Lyon Street Food festival revient les 8, 9 et 10 septembre aux Subsistances après le succès de la première édition. Cette année les invités sont Hong Kong, la Colombie dans le cadre de l’année France-Colombie mais aussi Puebla au Mexique, dont la gastronomie est classée au patrimoine de l’Unesco (c’est le seul pays avec la France). Des chefs et cuisiniers de tous horizons viennent donc préparer des plats “de rue”, aux côtés de nos chefs lyonnais tels Les Apothicaires, Mathieu Viannay, Christian Têtedoie, Mamasan, Joseph Viola ou encore le grand Régis Marcon. Nouveauté cette année, le “sugar hangar” dédié aux pâtisseries et mets sucrés, la “cocktail factory” avec des spécialistes de la mixologie (L’Antiquaire, le Black Forest Society, le Groom, la Vermuteria) et aussi un BBQ corner et des food trucks. Mai

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Mat Gallet : « On a la brigade éphémère la plus dingue et la plus brillante qui soit »

Grand Cuisine Cinéma Club | Ce dimanche a lieu la seconde édition du Grand Cuisine Cinéma Club, un festival de films culinaires, durant lequel on n’oublie pas de manger. Interview avec Mat Gallet, l’un des organisateurs de l’événement.

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Mat Gallet : « On a la brigade éphémère la plus dingue et la plus brillante qui soit »

Un mot sur l’année dernière : en plus des dix films présentés (six documentaires, deux films d’animation, un long-métrage de fiction et un court-métrage) on pouvait manger des petites assiettes en rapport direct avec les projections : du houmous préparé par Simon Huet pour suivre le film Make hummus not war, des ramens de Yomogi avec Tampopo, une salade thai de Têtedoie en accompagnement de Farang. Le dispositif va changer ? Mat Gallet : Au Grand Cuisine Cinéma Club, on essaye d’imaginer un format d’événement propre à chaque thématique. La première édition tournait autour des foodmaniacs. On l’avait donc construite comme une expérience quasi boulimique : douze heures non stop, une orgie de films et de tapas un peu sexy. Là, avec l’édition #disruption, on se devait de tester un nouveau modèle. Vu les films programmés, il nous semblait important que les cuisiniers puissent vraiment donner leur interprétation des films. On a donc pris le contrepied de tous les conseils qu’on nous donnait. Et plutôt que de faire un événement plus gros, on a choisi de proposer un événement plus concent

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À mater & à manger

Grand Cuisine Cinéma Club | Le Grand Cuisine Cinéma Club retend la toile et remet le couvert pour un second festival de mets et de films, dont une avant-première goûtue : à savourer sans modération.

Adrien Simon | Mardi 13 décembre 2016

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C’était en septembre de l’année dernière : un festival de cinéma (le premier du genre) offrant autant à voir qu’à manger. Pour la première édition du Grand Cuisine Cinéma Club, les spectateurs-dîneurs enchaînaient douze heures de films (documentaires, animation, fiction et courts-métrages) sur la cuisine, et de tapas apparus à l'écran (du houmous pour accompagner Hummus not war, des ramens pour suivre Tampopo...). Mat Gallet (Nuits sonores, Le Sucre) et sa bande recommencent ce week-end dans une formule moins boulimique, avec un nombre restreint de convives et une sélection filmique plus resserrée. En parallèle, quelques-uns des jeunes chefs lyonnais les plus en vue du moment « cuisineront en live, pendant les séances, dans la salle » pour (en plus de nombreuses surprises) servir un vrai repas, à table.

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Aux Subsistances, la street cred' sauce Hong Kong

Lyon Street Food Festival | Au premier Lyon Street Food Festival ce week-end, l'on croisera la route des meilleurs food trucks du coin mais pas seulement : des Apothicaires à la Mère Brazier, les top chefs de la ville se la jouent street credibility. Fameux.

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Les food trucks lyonnais se radinent ce week-end aux Subsistances, pour un festival de trois jours autour de la "gastronomie nomade". Les habitués des marchés lyonnais seront ravis de retrouver le bar à jus l’Estanco, le triporteur de Trop Chou ou encore The Rolling Cantine (photo). Ce dernier transformé pour l’occasion en jonque flottante, afin de coller au thème de cette première édition : Hong Kong. Les camions-cuisines assureront le ravitaillement des visiteurs dans la cour, et l'on retrouvera sous la grande verrière des cuisiniers sédentaires s’essayant eux aussi à la bouffe en barquette : les cuistots très en vue du Café Sillon (le dépotant-déroutant resto du 7e), de La Bijouterie (qui joue déjà avec les dim sums dans le 1er), et des Apothicaires (le nouveau spot à ne pas manquer du 6e) y officieront. Tous promettent de se mettre au diapason hongkongais, avec du côté de Tabata et Ludovic Mey (les Apo

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Bistronomie : ces chefs qui bousculent la tradition

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Adrien Simon | Mardi 22 mars 2016

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Il fut un temps où la cuisine, en France, n'était pas "cool". Un temps d'avant Instagram, les blogueuses et les yelpeurs ; avant Top Chef, Jamie et Cyril ; avant la "food" (porn, ing, ista) ; avant les brunchs électro, les soirées fooding, les chefs en jean-baskets et tablier bleu. La cuisine en France, à défaut d'être branchée, pouvait être gastronomique, patrimoniale, référence mondiale. Quoique... Fin 90, une certaine presse étrangère la juge « rigide », « ennuyeuse », trop chère. En 2014, le New York Times s'acharne encore : la cuisine française a définitivement implosé ! Mais ses débris sont précieusement ramassés par une flopée de jeunes chefs, (notamment) adeptes de la bistronomie, qui explosent les codes du restaurant de papa et envoient des assiettes mode. À Lyon, parler de bistronomie revient à évoquer En Mets Fait ce qu'il te Plait, improbable chalet au coin des rues Chevreul-Gryphe (la façade a depuis été refaite). Improbable bazar aussi, que son hall d'entrée. Katsumi s'y installe en 1999, seul en cuisine : il décrète que l'on viendra chez lui pour ce qu'il y a dans l'assiette (et les verres) — un point c'est

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