Traité de Damonologie

MUSIQUES | C'est sous son propre nom et uniquement celui-ci que Damon Albarn revient fouler les pierres de Fourvière. Au menu, un album pas facile à appréhender de prime abord mais sublime comme une mise à nue. Et un concert que, connaissant l'animal, on promet à l'avenant. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Jeudi 26 juin 2014

Un quart de siècle d'activisme musical, un statut d'icône britannique et pourtant, à quarante-six ans, à l'âge où meurent les grands poètes (Wilde, Musset, Nerval, Baudelaire, Camus, Mishima, Orwell, Perec, Wallace..), l'ex-leader de Blur s'offre une seconde vie artistique, livrant son premier effort solitaire officiel. Son premier véritable album sous le nom de Damon Albarn, (enfin?) démasqué des nombreux avatars sous lesquels il a officié directement (Blur, Gorillaz, The Good The Bad & The Queen...) ou indirectement (Mali Music, les opéras Monkey : Journey to the West et Dr Dee, des BO collaboratives). Mais avec lesquels, il faut bien l'avouer, Albarn a déjà donné beaucoup de lui-même.

Comme l'était Think Tank pour Blur, dont on imaginait bien qu'il n'aurait pas de suite, Everyday Robots semble être la somme de ce qui nourrit depuis toujours le musicien. Soit un petit tas de paradoxes soigneusement rangés dans un cerveau à tiroirs. Fils spirituel et quasi naturel de Terry Hall et Ray Davies, deux des plus angliches songwriters britanniques, mais aussi du Martin Amis acide et nostalgique de London Fields, le Blur Damon, avec ses textes tongue-in-cheek débités en cockney et ses pastiches musicaux, s'est longtemps affiché plus brit que la Queen elle-même. Ce gaucher autocontrarié, boulimique de nouveaux médias, est pourtant également le compositeur anglais qui s'est le plus ouvert à d'autres univers – on sait qu'il voue une fascination partagée pour l'Islande, qui l'a adopté comme l'un des siens, et qu'il en est de même pour de nombreux endroits d'Afrique.

 

Grâce mélodique


De faux idiot du Village Green kinksien, Albarn est devenu citoyen musical du village global. Cela aurait pu donner naissance à un truc un peu boursouflé qui voudrait bouffer à tout les râteliers. C'est tout le contraire : un disque d'une simplicité évangélique mais où viennent se nicher des trésors de sophistication discrète. Mélangeant thématiques de l'enfance et évocations du monde actuel – se rappeler qu'Albarn est un immense auteur donc. Non, Everyday Robots ne se laisse pas attraper du premier coup mais porte en lui une grâce mélodique digne de Ray Davies (You & Me et Hollow Pounds). Et tout cela bien sûr fait sens, sans aucune couture apparente. On n'est presque plus surpris de voir Albarn venir présenter ce nouveau chapitre aux Nuits de Fourvière, tant il nous a habitué à la primeur de ses visites avec la plupart de ses projets – climax avec Blur en 2010. Mais quand on connaît le sérieux et la ferveur que le natif de Whitechapel met à éventrer les sens de son public en live, on ne peut s'empêcher de trépigner à l'idée de revoir une fois encore cet exemplaire unique de musicien qui se régénère en vieillissant.

 

Damon Albarn [+ Juana Molina]
Aux Nuits de Fourvière, samedi 5 juillet


Damon Albarn


Théâtres romains de Fourvière 6 rue de l'Antiquaille Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Damon Albarn et Thom Yorke reprogrammés en 2021

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CONNAITRE | 65 spectacles, 170 levers de rideau, des rendez-vous au TNG, à Gadagne ou à la Maison de la danse : les Nuits de Fourvière s'annoncent plus foisonnantes que jamais. Benjamin Mialot

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L'an passé, nous saluions le starpower de la soixante-huitième édition des Nuits de Fourvière. Maintenant que nous connaissons la teneur de la soixante-neuvième, nous voilà contraints de revoir notre jugement à la baisse : en termes d'éclat et de densité, la programmation de 2014 est à celle de 2013 ce que la Grande Nébuleuse d’Andromède est à la Voie Lactée. Le principal artisan de ce saut hyperspatial qualitatif n'est autre que Richard Robert, transfuge des Inrockuptibles qui semble avoir avoir définitivement trouvé ses marques de conseiller artistique. Impeccablement équilibré entre reconnaissance de phénomènes franco-belges (Phoenix,  Fauve et Stromae), concerts événementiels (un hommage à Robert Wyatt, Benjamin Biolay qui dirigera un orchestre pour sa nouvelle muse, Vanessa Paradis), rappels de la suprématie de la pop d'outre-Manche (le collectif multimédia Breton, Damon Albarn pour son premier album solo, Franz Ferdinand, Miles Kane), passages ob

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Disques / Sortir un album en début d'année c'est l'assurance d'être oublié par les palmarès de décembre. Alors pour ceux qui frappent les premiers, il n'y a qu'une solution : frapper fort. Après Mali Music et Gorillaz voici The Good, the Bad and the Queen (le 22 janvier), énième projet parallèle à concept bidon de Damon Albarn. L'écoute répétée du single The Herculean suffit à confirmer ce qu'on savait : Damon a certes une tête à claques mais elle est loin de sonner creux. Un peu comme les bruyants, mais pas si pouet-pouet, Klaxons, résolus à attaquer le dance-floor au pied de biche d'un happy hardcore fluo, futuriste et ravageur (Myths of the near future, le 29 janvier). Une démarche à l'opposé de l'autre révélation british du moment, le mal nommé Pop Levi dont le glam-blues fiévreux aurait tendance à faire oublier que Liverpool fut une terre de pop câline et enchanteresse (The Return To Form Black Magick Party, le 12 février). Moins de paillettes, dans le blues lillois de l'ex-Villeurbannais Red, mais autant de tripes : après le (trop ?) chiadé Nothin' to Celebrate, Social Hide and Seek semble opérer un retour salvateur aux sources viscérales de son artisanat rauque n'roll. (le 1

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