Bruits de saison

MUSIQUES | Est-ce parce qu'on commence à être habitué à ce genre de cirque ? Toujours est-il que non, le bruit qui accompagnera la venue lyonnaise d'une Christine & the Queens au sommet du succès ne suffira pas à éclipser le reste d'une programmation de fort belle facture. Et vous savez quoi ? C'est tant mieux. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 6 janvier 2015

En matière de musique, la hate est un fruit de saison, savamment cultivée par les réseaux sociaux, par ce fléau mondial que constitue l'aigreur d'estomac – surtout en sortie de fêtes de fin d'année –, par quelques médias victimes d'hypocondrie culturelle et, il faut bien le dire, par ceux qui la provoquent. On a ainsi droit comme ça à un ou deux boucs émissaires par an cristallisant les crispations d'une certaine branchitude mal définie.

On ne vous fera pas languir plus longtemps : après Woodkid, Stromae et Fauve (qui reviendra, le 2 avril, en grande surface qui plus est, puisqu'à la Halle Tony Garnier, ramasser des forêts de cœurs avec les doigts et sans doute quelques seaux de merde), c'est au tour de Christine & the Queens (4 mars au Transbordeur) d'énerver son monde sur le thème : talent fou ou blague de l'année ?

Alors oui, dans ces cas-là, on dit qu'il faut bien passer ses nerfs sur quelqu'un – n'est-ce pas pour cela qu'on l'a inventé, ce fameux bouc ? Mais n'est-ce pas aussi un peu douteux ? Car le fait est qu'on peut aussi les passer autrement, ses nerfs.

Frisson violents

Option 1 de cette rentrée : se laisser secouer, par les deux Benjamin de la promo, Clementine et Booker, et leurs «frissons violents». Le premier, au Transbo le 17 mars, avait déjà retourné le Sucre fin 2013 avec son seul piano – il sera ici accompagné. Quant au second (le 13 mars au Marché Gare), on dit, avec raison, qu'il est l'une des meilleures nouveautés qui soient arrivées au blues. Au point de quasi ringardiser les Black Keys, eux aussi désormais rendus à l'occupation de hangars (la Halle, le 7 mars).

Option 2 : se faire broyer la moelle par un rouleau compresseur, du rock brumeux d'A Place to Bury Strangers (au Marché Gare, le 14 avril) aux petits temples grunges, toujours bien branlants de rage, que sont Earth et Mudhoney (24 janvier et 22 mai, Epicerie Moderne) en passant par les désormais indispensables rockeurs russes de Motorama (28 janvier, Transbordeur).

Option 3 : à l'image du foie gras du réveillon, choisir le mode dénervé et fondant, essentiellement proposé par l'Epicerie, façon Ariel Pink (5 mars), créature littéralement assez proche d'un mélange Petite sirène-Panthère Rose, Jacco Gardner (8 mai) psychédélico-lysergique-hollandais-planant ou surf revivaliste option bronzette à la Allah-Las (20 février). «Happy with the future you make» marmonne le toujours aussi bon Baxter Dury (6 mars) sur Pleasure. Le voilà le truc.

De toute façon, comme le dit Godspeed You! Black Emperor : «la seule chose qui est certaine c'est que tout ça va bientôt s'effondrer». Et sans doute dans le grand fracas du 15 avril que sera le concert tellurique des Montréalais au Transbo. Le genre d'événement qui souffre si peu de débat qu'il invite haters et zélateurs, détracteurs et thuriféraires en tout genre à fermer, de concert, leur claque-merde. Et à simplement écouter.

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Nastassja Martin : rouge baiser

Story | Dans un sublime récit baptisé Croire aux fauves, l'anthropologue Nastassja Martin raconte sa terrible rencontre avec un ours, sa reconstruction physique et psychologique et l'étrange métamorphose qu'elle induit. Un texte infiniment poétique qui est aussi une plongée dans l'intimité du travail des anthropologues, ces chamanes de notre temps.

Stéphane Duchêne | Mercredi 12 février 2020

Nastassja Martin : rouge baiser

«L’ours est parti depuis plusieurs heures maintenant et moi j’attends, j’attends que la brume se dissipe. La steppe est rouge, les mains sont rouges, le visage tuméfié et déchiré ne se ressemble plus. » Ainsi débute Croire aux fauves, sans exposition, sans les présentations d'usage, à vif, avec pour tout décor connu : la steppe. Une femme gît dans ce paysage, en sang, la mâchoire broyée et le cuir chevelu cisaillé. Elle vient de croiser un ours. De trop près. Drôle d'endroit pour une rencontre ? Plutôt deux fois qu'une : à cet endroit, sur un plateau glaciaire du Kamtchatka, d'ordinaire les ours ne s'aventurent guère – il n'y a rien pour faire bombance. Le truc, c'est que les humains non plus. Sauf ce jour-là donc, où la femme a vu l'ours et avec lui sa dernière heure arriver avant que l'animal, inexplicablement, ne se ravise. Cette femme, c'est l'autrice elle-même, Nastassja Martin, anthropologue élevée au savoir du grand Philippe Descola et spécialisée dans l'étude des peuples arctiques sur un terrain de jeu immense allant de l'Alaska à la Sibérie extrême-orientale. On avait ainsi pu lire, dans Les Âmes sauvages, le récit de son séjour chez

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Oui, Transfer

Indie Rock | Pour sa troisième édition, le festival Transfer, qui prend désormais ses aises sur trois jours, continue de creuser le sens du mot "exigence" et l'intrépidité esthétique de la production indé. S'affirmant comme un événement de plus en plus enthousiasmant d'édition en édition. Sélection forcément subjective, mais pas que, des incontournables de l'événement.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 mars 2019

Oui, Transfer

Jacco Gardner Avec Cabinet of Curiosities (2013), Jacco Gardner en avait éveillé pas mal, de curiosités. Un intérêt et un talent confirmés ensuite sur Hypnophobia (2015) qui avait achevé de placer le jeune homme sur le trône du psychédélisme rétro néerlandais – un concept en soi. Sur ce trône, Jacco aurait pû écraser quelques lauriers de son royal séant. Oh nee ! C'était mal le connaître. Car c'est en apesanteur et dans une veine rétro-futuriste – où le terme futuriste résonnerait plus fort – que nous est réapparu le koning de la pop prétendument vintage avec Somnium. Et en mode exclusivement instrumental – ce qui dans le domaine de la pop, fut-elle indé, équivaut à une forme de suicide dont les trompe-la-mort comme Gardner se rient allègrement. Un voyage fascinant dont il nous fait revivre la magie en concert avec un live en quadriphon

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15 concerts à ne pas louper cet automne

Bons Plans | Coming Soon Cela fait dix ans que le Scooby Gang baptisé Coming Soon a publié son premier album. Un petit peu plus que (fin 2006) le groupe (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 2 octobre 2018

15 concerts à ne pas louper cet automne

Coming Soon Cela fait dix ans que le Scooby Gang baptisé Coming Soon a publié son premier album. Un petit peu plus que (fin 2006) le groupe avait fait forte impression lors du tremplin Dandelyon. Sans doute à l'époque aviez-vous découvert ce groupe dans ces pages. Il a depuis fait du chemin, que ce soit à travers de nombreuses collaborations et en multipliant les projets parallèles. Surtout en ouvrant l'éventail de son anti-folk initial vers des esthétiques alors insoupçonnées dont leur dernier album Sentimental Jukebox semble être un concentré. Le passage de Coming Soon pour un French Kiss au Club Transbo (petit nom des release parties consacrées aux locaux et aux amis) est comme une manière de retour au bercail pour les plus Lyonnais des Anneciens. Au Club Transbo le mercredi 10 octobre The Apartments La date du très rare Peter Milton Walsh au Marché Gare à l'occasion d'un Petit Bulletin Live en 2016 aura sans doute contribué à débloquer le compteur lyonnais de celui qui incar

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Fertilité tourmentée en Méditerranée à l'IAC

Art Contemporain | La première exposition 2018 de l’IAC invite deux grands noms de l’art contemporain : l’Américain Jimmie Durham et la Brésilienne Maria Thereza Alvez pour une traversée de la mer intérieure chargée d’humilité et d’authenticité.

Sarah Fouassier | Mardi 6 mars 2018

Fertilité tourmentée en Méditerranée à l'IAC

Terre-mère Depuis vingt ans, ce couple d’artistes migre au fil de leurs itinérances en territoire européen et méditerranéen. Jimmie Durham n’aurait plus remis les pieds les pieds dans la terre américaine de son enfance depuis 1994 ! Lui, militant engagé dans la cause des Amérindiens ; elle, activiste en perpétuelle recherche de dialogue intercommunautaire autour de problématiques sociétales et environnementales, sont réunis pour la première fois au sein d'une exposition à la forme inédite. Le parcours se veut éloigné de tout didactisme, laissant assez d'espace au spectateur pour construire son propre récit autour de la mare nostrum, mer tiraillée entre sa condition de berceau fertile des civilisations occidentales, et de sa disposition à être devenue un véritable cercueil à ciel ouvert. Dans un jeu de matière, de couleurs et d'objets, tous tangibles, Durham et Alvez tentent de décoloniser une certaine pensée historique et mythologique notamment en jouant avec les codes de la muséographie Primauté de la matière Libérer la pensée autour de cette mer

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"Prince of Tears" : les pleurs du mâle

Baxter Dury | Un classique de la pop que l'album de rupture, de Bob Dylan (Blood on the Tracks) à Peter Gabriel (Us) en passant par Bon Iver (For Emma, forever ago) (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 27 février 2018

Un classique de la pop que l'album de rupture, de Bob Dylan (Blood on the Tracks) à Peter Gabriel (Us) en passant par Bon Iver (For Emma, forever ago) ou même ABBA (The Visitors). Lequel intervient souvent à cet âge semi-mûr où la rupture se trouve en capacité de vous laisser bien en travers. De rupture, le sémillant Baxter Dury en a connu une qui l'a conduit à écrire dans la douleur Prince of Tears. Mais comme le Londonien ne fait jamais rien comme tout le monde, il a conçu la chose à sa manière, incorporant quelques éléments biographiques remontés à la surface à cette occasion et suffisamment d'autodérision maison pour appuyer sur la douleur autant que la masquer derrière des personnages de son invention, doppelgängers du chanteur qui sont autant de frères de souffrances que de marionnettes. C'est ainsi que le désordre et la colère qui l'ont habité au moment de cette rupture s'incarnent, sur ce Miami qui ouvre l'album, dans l'errance d'un type totalement pathétique qui se voit flamboyant quand il n'est qu'une mèche courte. Basse ronde, synthé, guitare funk, spoken word,

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Baxter Dury : « pointer nos contradictions et nos faiblesses »

Pop | Avec Prince of Tears, son dernier disque, vrai-faux album de rupture, et véritable œuvre existentielle, Baxter Dury a sans doute livré son album le plus abouti. Entre grandeur et décadence, mystère et transparence, le Londonien, également prince du cool, continue de passer les failles du mâle contemporain au révélateur de cette autodérision qui est sa marque de fabrique.

Stéphane Duchêne | Mardi 27 février 2018

Baxter Dury : « pointer nos contradictions et nos faiblesses »

Le sujet de Prince of Tears est celui d'une rupture amoureuse que vous avez vécu. Or vous avez beaucoup dit ne pas vouloir en faire un album trop personnel et encore moins un concept album. Avez-vous besoin de mettre à distance toute tentation de vous laisser aller au sentimentalisme ? Baxter Dury : Non, ce n'est pas vraiment ça... C'est surtout que cette rupture est un prétexte pour aborder plein d'autres sujets comme celui de l'enfance [comme sur la chanson Oï qui évoque un épisode de cour de récré où Baxter se fait casser la figure par un camarade, NDLR], ce genre de choses. En fait, j'ai surtout essayé de faire des chansons brillantes, de m'appliquer à leur donner une couleur, d'en travailler les détails pour faire naître et grandir un certain mystère. La tonalité de Prince of Tears est quand même nettement plus mélancolique que celle de votre précédent disque, It's a pleasure... C'est vrai que ces deux albums sont très différents mais je ne crois pas que Prince of Tears soit moins joyeux qu'It's a pleasure. Il est simplement plus honnête, il parle de la vraie vie

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La cité obscure de Rone au Transbordeur

Synth-Pop | Nouvel album enchanteur pour Rone, qui explore une ville imaginaire au sein de Mirapolis, disque nourri de guests : à savourer live au Transbordeur ce mercredi.

Sébastien Broquet | Mardi 30 janvier 2018

La cité obscure de Rone au Transbordeur

Patiemment, Rone se façonne son univers. Pas juste un son, mais un écosystème où naviguent d'autres explorateurs interconnectés, se nourrissant les uns des autres pour former une biomasse dont Rone serait le ferment. Avant même de jeter une oreille, on a déjà compris : le visuel de la cover est signé Michel Gondry et c'est comme une évidence, ces deux personnages totalement lunaires ne pouvaient que se reconnaître mutuellement... C'est le clippeur de Björk et Kylie Minogue qui a fait le premier pas, contactant le musicien. Le titre, ensuite, qui découle de cette pochette ébouriffée du réalisateur de Eternal Sunshine of the Spotless Mind : Mirapolis. Cinécompatible et bédéphile, assurément, tel un Fritz Lang old skool, une plongée science-fictionnesque dans une ville de

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Les concerts à ne pas louper

La Rentrée Musique | La trêve des confiseurs à peine achevée, la dinde à peine digérée, voilà que redémarre déjà la saison des concerts. Pour vous éviter une autre indigestion, nous avons sélectionné pour vous, d'une main innocente, incontournables et découvertes de cette nouvelle année.

Stéphane Duchêne | Mardi 9 janvier 2018

Les concerts à ne pas louper

Bertrand Burgalat & AS Dragon Avec l'album Les Choses qu'on ne peut dire à personne, le gentleman de la pop française et patron plénipotentiaire du label Tricatel a effectué l'an dernier un retour plutôt magistral, se livrant paradoxalement comme jamais. Musicalement, où le spectre burgalatien (comme on dirait martien) s'étend de la pop à la bossa, de l'électro à l'easy listening, ou au cœur de ses textes, rappelant parfois le Présence humaine de Houellebecq. Une bonne nouvelle qui en amène une autre puisque le maître se produira en concert avec son groupe de (presque) toujours : les redoutables AS Dragon. Au Sonic le mercredi 24 janvier (avec Catastrophe) Pierre Lapointe « La science du cœur est un objet d'abstraction propulsée par la volonté qu'ont les gens tristes à se laisser toucher » chante Pierre Lapointe en ouverture de son album La Science du cœur. Cette science, c'est peu de dire que

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Benjamin Clementine, le fantôme de la Liberté

Pop | Programmé à Fourvière, Benjamin Clementine, figure spectrale du piano-voix venu d'ailleurs, est enfin de retour sur scène et avec un single Phantom of Aleppoville qui lui va comme un linceul et annonce la suite, magnifique et toujours aussi aventureuse.

Stéphane Duchêne | Mardi 27 juin 2017

Benjamin Clementine, le fantôme de la Liberté

Benjamin Clementine s'est toujours avancé comme un spectre. Lorsqu'il arrive sur scène, orné de son manteau noir, c'est bien à une rencontre paranormale que l'on a l'impression d'avoir affaire. Or on le sait les spectres, fantômes ou esprits frappeurs, quelle que soit la manière dont on les nomme seraient avant tout des entités intranquilles coincées entre les vivants et les morts par un flot de souffrances irrésolues les empêchant de franchir la frontière d'un autre monde – si tant est que ce monde fut possible. C'est sans doute pourquoi sa musique est à ce point capable de nous hanter. Parce qu'elle est la complainte d'un spectre habillé de noir, une ombre sur de l'ombre, de la noirceur sur de la noirceur, de la souffrance sur de la souffrance. Ce n'est sans doute pas un hasard si l'un des morceaux qui a fait décoller la popularité du géant anglais avait pour titre Condolence, avec cette impression qu'on n'avait jamais rien entendu de tel, et que pourtant, il y avait là quelque chose de familier. Dans cette chanson, où il se disait né d'un néant consécutif à un orage, il chantait, cette drôle d'impression de déjà vu : « I swear, that you

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Le café Arsène casse la croûte

Restaurant | Les anciens tenanciers de l'Escarcelle convoquent l'esprit (pas suranné mais rénové) des bistrots à la française dans un ancien atelier de bijoutier du 1er arrondissement.

Adrien Simon | Mardi 28 juin 2016

Le café Arsène casse la croûte

On avait lu que deux trentenaires — déjà connus pour leur resto sous les Chartreux : l'Escarcelle, aujourd'hui fermé — voulaient se lancer dans le « vieux café-comptoir à la française, où l'animation ne s'arrêterait jamais. » Ils annonçaient, près de l'Opéra, un vrai (de vrai) bistrot, où l'on pourrait manger un sandwich au bar en lisant la presse ; boire une pression en consultant ses mails ; tenir le crachoir auprès du patron ; avaler un plat du jour sur des banquettes en skaï. Et les patrons de convoquer l'esprit des années 20 : café Arsène, donc. Avant d'arriver, on s'imaginait un vieux zinc en reprise, à l'instar du Café du Rhône, ou du Bistrot des Fauves. Pas du tout. On a l'impression d'un grand cube creusé directement dans la pierre, s'ouvrant via une grande double-porte en bois. Au centre, un énorme comptoir, tout neuf, massif et cubique lui aussi. Autour, des tables hautes, pour boire un coup vite fait. Le long des murs, quelques banquettes en cuir encore brillantes, et au plafond (haut, le plafond) une suspension monumentale. Ok : new look, le café-comptoir. C'est l'atelier d'architecte lyonnais D

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Pourquoi la Suède ignore-t-elle Jay-Jay Johanson ?

MUSIQUES | Avant le concert du Suédois au Transbordeur, on pose cette question capitale.

Stéphane Duchêne | Mercredi 7 octobre 2015

Pourquoi la Suède ignore-t-elle Jay-Jay Johanson ?

The Hives ; Loney, Dear ; I'm from Barcelona ; Jose Gonzales ; The Knife ; Peter Björn and John ; The Tallest Man on Earth ; Peter Von Poehl ; Frida Hÿvonen ; The International Noise Conspiracy... Même en ne s'en tenant qu'aux artistes déjà cités dans ce journal (on en oublie sûrement et on vous épargne les mastodontes passés et présents toutes disciplines confondues – ABBA, Roxette, Ace of Base, Don et Neneh Cherry, Robyn, EST...), les Suédois sont aussi présents dans nos oreilles que les Anglo-Saxons. D'ailleurs c'est simple, la Suède est le troisième exportateur de musique au monde. Et c'est à Stockholm que l'on compte le plus de studios d'enregistrement par habitant, abritant une armée de faiseurs de tubes pop que les plus grandes stars US s'arrachent pour transformer une mélodie en son de tiroir-caisse. Sauf qu'à vivre et produire dans un pays d'exportation, on en vient à n'être pas soi-même importé. Tel un Patrick Devedjian victime collatérale de l'« ouverture » sarkozyste, Jay-Jay Johanson, qui connut ses premiers succès en France (au point d'y vivre un temps, à Strasbourg, et de constater qu'on ne s'y ennuyait pas assez pour écrire) et a toujours enre

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Gerson fait son cirque

SCENES | Cette semaine au café-théâtre, on nous rejoue l'affrontement de David et Goliath – mais en match amical, d'après les intéressés. Dans le rôle du mastodonte, la (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 30 septembre 2015

Gerson fait son cirque

Cette semaine au café-théâtre, on nous rejoue l'affrontement de David et Goliath – mais en match amical, d'après les intéressés. Dans le rôle du mastodonte, la "succursale" lyonnaise de Juste pour Rire, dont nous vous détaillions ici-même le programme la semaine dernière. Dans celui du poids plume, l'Espace Gerson qui organise en frontal la troisième édition de son festival maison à la Salle Rameau. Pas sûr qu'il terrasse son "adversaire", d'autant que l'événement est cette année ramassé sur deux dates (vendredi 2 et samedi 3 octobre), mais peu importe, l'essentiel est qu'il demeure fidèle à sa vocation d'offrir de l'exposition aux humoristes en développement. Six d'entre eux prendront part au traditionnel tremplin ouvrant chaque soirée. Nos favoris : Bruce Fauveau et ses sketchs astucieusement minimalistes (un tour du monde bruité, un mime de la ponctuation d'une lettre de rupture) et Larry Benzaken, écrivain inaccompli au cynisme joliment verbeux, qui auront l'honneur d'ouvrir, respectivement, pour le procrastinateur au grand cœur Arnaud Cosson et Warren Zavatta, pet

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Au Fest, il va y avoir de l'Esport

CONNAITRE | Initialement programmée le dernier week-end d'avril, la première édition du Fest devait, avec ses 50 000€ de cash prize et ses centaines de (...)

Benjamin Mialot | Mardi 7 juillet 2015

Au Fest, il va y avoir de l'Esport

Initialement programmée le dernier week-end d'avril, la première édition du Fest devait, avec ses 50 000€ de cash prize et ses centaines de participants prêts à en découdre impassiblement sous les vivats de commentateurs aguerris (le crew O'Gaming), l'imposer d'emblée comme l'un des rendez-vous majeurs du eSport – et de la prévention du syndrome du canal carpien – en France. Tout ne s'est pas passé comme prévu : critiqué dans ses méthodes promotionnelles par quelques pro gamers réputés, lâché par une tête d'affiche musicale dont tout le public cible se fichait comme de son premier modem (Skip the Use, le Bloc Party de la génération télé-crochet) et moins rassembleur qu'escompté, l'événement a été repoussé à la dernière minute. Un mal pour un bien : resserré sur une journée, le Fest a, sur le papier, gagné en lisibilité et en intensité. Côté musique d'abord, l'after étant désormais aux mains de spécialistes locaux de la convergence ludo-électronique, Danger et 2080 – et, plus anecdotique, de Kristian Nian, plus connu des fans de cette réécriture shakespearienne des Goonies qu'est Game of Thrones sous le nom

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Musilac – Du 10 au 12 juillet – Aix-les-Bains (73)

MUSIQUES | Il est des festivals qui parviennent à concilier l'inconciliable. C'est le cas de Musilac qui, en bordure d'un lac cher à Lamartine, parvient à mélanger l'eau de l'exigence populaire et l'huile d'actes de bravoure artistiques, nécessité économique et prise de risques, David Guetta et Alt-J. Sélection pas complètement au débotté. Stéphane Duchêne

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Musilac – Du 10 au 12 juillet – Aix-les-Bains (73)

Alt-J Dans Alt-J, le "J", se prononce "Djé" à l'anglaise, mais aussi comme dans "genius". Car c'est un peu ce qu'est le quatuor de Leeds : une bande de petits génies à laquelle il n'est pas toujours aisé d'être sensible, tant cette pop versatile est sophistiquée et trompeuse. Sournoise presque, dans sa manière de nous embarquer – incroyable morceau que Every Other Freckle sur This Is All Yours. Alt-J, c'est la confirmation en 2015 que la pop peut se compliquer la vie et avoir la folie des grandeurs, du moment qu'elle se donne les moyens de les atteindre.

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Foreztival, une drôle de ménagerie

MUSIQUES | Dans la forêt lointaine, on entend le hibou, d'accord. Mais dans le Forez lointain, qu'entend-on ? Cette année, principalement le Birdy Nam Nam, drôle (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Foreztival, une drôle de ménagerie

Dans la forêt lointaine, on entend le hibou, d'accord. Mais dans le Forez lointain, qu'entend-on ? Cette année, principalement le Birdy Nam Nam, drôle d'oiseau à six pattes – depuis que DJ Pone est allé voir ailleurs si le ciel y était plus bleu – qui n'a de cesse d'emmener le hip-hop instrumental vers de nouveaux horizons, là où ses suiveurs, paresseuses poules aux œufs d'or, se contentent d'en picorer les racines black ad nauseam. Mais aussi le Fauve, inoffensive bestiole dont le cri, sorte de logorrhée de fan de Diabologum en pleine mue, a tendance à nous rendre fou de la gâchette (de fusil hypodermique, on n'est pas des bêtes). Et puis des punks en voie d'extinction (Les Sheriff), une chimère afro-funk (Vaudou Game), un ex-lion au régime strict de vers libres (Kacem Wapalek), des mélodies électroniques serpentines (charmées par Fakear) ou encore des animaux migrateurs se repérant par écholocalisation de basses fréquences (les pionniers du french dub High Tone, featuring le MC halluciné Oddateee)

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Mudhoney : oubliés du grunge

MUSIQUES | Dans la grande mais courte histoire du grunge, le pionnier Mudhoney a été oublié autant qu'il s'est oublié. Et s'affiche encore aujourd'hui comme l'alpha et l'oméga d'un genre qui n'est plus. Ce furieux paradoxe spatio-temporel est à Lyon cette semaine. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 19 mai 2015

Mudhoney : oubliés du grunge

Il doit bien y avoir, parmi les lecteurs du Petit Bulletin, quelques amateurs de sport/supporters en mesure d'imaginer ce que cela peut faire de voir son équipe de toujours déménager sous d'autres cieux, avec armes sportives et bagage historique. C'est arrivé en 2008 aux fans de l'équipe NBA des Seattle Supersonics quand leur équipe, hautement constitutive de l'identité de la ville, est partie sans crier gare et pour de sombres raisons de business jouer à Oklahoma City, avec sous le bras une superstar naissante (Kevin Durant) et un futur doré à l'or fin, laissant aux locaux une salle vide et des fantômes en guise de palmarès. Eux, les supporters, sont restés comme deux ronds de flan hagards. Syndrome de Seattle ? Il est arrivé la même chose à Mudhoney avec le grunge. Sauf qu'eux étaient tout autant acteurs que ceux qu'ils ont vu quitter l'aéroport, direction le monde, la corne d'abondance, l'Histoire avec une grande hache. Car dans les balbutiements d'un grunge qui ne disait pas encore son nom, leur titre Touch Me I'm Sick (1988) peut être considéré comme une première goutte d'eau sur pierre brûlante et Mark Arm et sa bande le premier groupe de cette

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Jacco Gardner : l'insomaniaque

MUSIQUES | Second album et concert lyonnais en deux ans pour le jeune Hollandais planant Jacco Gardner, la nostalgie musicale toujours chevillée à l'âme mais explorant d'autres territoires du spectre, pour ne pas dire du fantôme psychédélique. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 mai 2015

Jacco Gardner : l'insomaniaque

L'hypnophobie, qui donne son titre au tout récent Hypnophobia de Jacco Gardner, démiurge maniaque faisant tout lui-même, fait référence à la peur de s'endormir (ou d'être hypnotisé, ce qui revient à peu près exactement au même). L'hypnophobique ne craint pas le réveil mais la perte de conscience qu'induit l'endormissement. Autrement dit, il y a là quelque part, la crainte d'un lâcher prise dont on ne reviendrait pas. On reste donc bien en terrain furieusement psychédélique, puisque s'il est des expériences dont beaucoup ne sont pas revenus, soit parce qu'ils n'ont pas pu, soit parce qu'ils n'ont pas voulu, ce sont bien les expériences psychédéliques. Lors d'un précédent article consacré au jeune batave obsédé par les sixties, nous faisions ainsi référence à la figure tutélaire de Syd Barrett, jamais redescendu de son arbre à LSD, pas plus qu'il n'est sorti de sa cage à folie. Étrange titre donc de la part d'un jeune gars qui n'a que le rêve, l'expérience de décorporation et le voyage mental dans le temps pour moteurs. Claust

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King Dude, roi du dark

MUSIQUES | Allez donc grandir entre une mère païenne pratiquant le spiritisme à haut niveau et un père fervent chrétien (mais aussi guitariste) sans être mu par des forces (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 5 mai 2015

King Dude, roi du dark

Allez donc grandir entre une mère païenne pratiquant le spiritisme à haut niveau et un père fervent chrétien (mais aussi guitariste) sans être mu par des forces contradictoires et obligatoirement schizophrènes. C'est ce qui est arrivé au natif de Seattle Thomas Jefferson Cowgill qui a fait de sa vie et de son œuvre un tout régi par des vents contraires. D'abord, TJG est graphiste pour la marque de vêtement qu'il possède (il faut bien vivre), ensuite il est chanteur et musicien, à moins d'ailleurs que ce ne soit l'inverse. Sur ce terrain, il a atteint la grève de plusieurs territoires tous résolument sombres, pour ne pas dire dark. Le black metal avec Black Book of Earth ou le harcord avec Teen Cthulu (coucou Lovecraft). Sous le nom de King Dude, c'est au rayon dark folk qu'il opère, alterne les cris d'orfraie mort-vivante et des ballades ésotériques évoquant la rencontre en profondeur (de voix) entre Mark Lanegan et Johnny Cash, comme avec le sublime Maria sur l'album Fear, où il croone sur fond d'arpèges angéliques, de cordes élégiaques et de chœurs séraphiques. Inutile de dire que King Dude est "habité" comme peu de ses pairs – e

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Les black tripes de Benjamin Booker

MUSIQUES | Phénomène garage-blues poussé comme un champignon atomique en à peine quelques mois, Benjamin Booker a dégommé la critique rock en quelques riffs de guitare enragée et une voix venue du fond des âges et du bout du Sud. Et quand est venu le temps de la confirmation, a enfoncé le clou avec une maturité impressionnante. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 10 mars 2015

Les black tripes de Benjamin Booker

De Benjamin Booker, on a dit qu'il était un peu les White Stripes à lui tout seul, ce qui n'est pas rien. Les White Stripes ou même les Black Keys originels, pré-stadium, qui livraient des concerts furieux dans des culs de bouteilles ou des boîtes à chaussures. Booker est dans cette ligne et pourtant il a l'air de porter l'innocence en pavois sur son visage juvénile – il a 26 ans, il en fait 16. C'est avec le single Violent Shiver que ce petit gars de Virginia Beach émigré en Floride puis installé à la Nouvelle Orléans a déclenché un ouragan pas forcément nommé Katrina mais porteur de quelques beaux dégâts collatéraux dans les esgourdes non préparées – c'est-à-dire celles d'à peu près tout le monde. Il y a la violence et la cadence, frissonnante donc, de ses riffs de guitare entre blues garage (claviers fous un peu partout), punk et rockabilly assorti d'éclats glam – référencés Gun Club, T. Rex (le terrible Chippewa) et Blind Willie Johnson, preuve que les mélanges se digèrent parfois d'un trait. Deep South Mais il y a aussi cette voix, tellement pas à sa place à l'embouchure de ce physique de

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Benjamin Clementine : le patient anglais

MUSIQUES | L'étape de l'album devait être celle de la confirmation pour Benjamin Clementine, et ce d'autant plus qu'il laissait planer un doute joueur. C'est chose (bien) faite avec "At Least for Now". Au point que c'est à guichets fermés que l'Anglais va opérer pour son deuxième concert lyonnais. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 10 mars 2015

Benjamin Clementine : le patient anglais

Au printemps dernier, alors qu'il s'apprêtait à faire fondre le Sucre en PB Live, Benjamin Clementine, attendu au tournant du premier album après tant de promesses précoces basées sur si peu de matériel, nous confiait : «Je ne me sens pas en demeure de tenir la moindre promesse : je pourrais très bien décider de publier mon album dans dix ans.» Tout en se disant qu'un feu trop grand brûlait en cet homme pour qu'il ne l'alimente pas à sa juste mesure, on se demandait quand même si une telle tête de pioche n'était pas tout à fait capable de tenir cette parole-là : attendre dix ans avant de sortir un album, au risque de l'oubli. Bon, évidemment, ça ne s'est pas fait. Ou du moins l'album, lui, s'est fait. Et si Benjamin pensait devoir prendre son temps pour combler les attentes immenses placées en lui par les observateurs, bref parvenir à assumer ce talent qu'il venait en quelques semaines à peine de jeter à la face du monde, eh bien le résultat montre que la gestation a duré juste le temps nécessaire. Cascades vocales Porté par des arrangements de très grand luxe mais jamais ostentatoires – la

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Pink rock

MUSIQUES | Sur "pom pom", son dernier album barré comme un catamaran de compét', Ariel Pink concentre tout son art plus que décennal du n'importe quoi. Mais dans le sens d'un aboutissement, si un tel terme peut convenir à ce freak, de passage à l’Épicerie Moderne cette semaine. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 3 mars 2015

Pink rock

Pour comprendre la discographie d'Ariel Pink (anciennement Ariel Pink's Haunted Graffiti, raccourci quasi par accident), il faut maîtriser l'art du puzzle, le maniement du pied à coulisse et du saut de puce de label en label, son premier véritable album étant sorti après le quatrième et le cinquième, qui eux sont sortis les premiers avant d'être réédités. Pour comprendre sa musique, à supposer qu'on le veuille tant l'oeuvre est vaste (une quinzaine d'albums en douze ans), foisonnante, changeante, il est nécessaire d'avoir les chakras grand ouverts sur le cosmos musical. Ariel Pink fait souvent référence à Kim Fowley et Todd Rundgren comme maîtres en folie et en magie pop (il faut entendre pop au sens le plus large possible, avec un très gros "o") et il y a un peu de cela. Pink voulait d'ailleurs co-écrire entièrement son pom pom avec le génial Fowley (songwriter et producteur entre autres du Freak Out! des Mothers of Invention, de The Runaways, The Modern Lovers...), mais l'état de santé de ce dernier – qui est d'ailleurs décédé en février, c'est dire s'il ne simulait pas – ne leur a permis de collaborer que sur deux titres (Plastic Rain

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Pour le plaisir

MUSIQUES | Avec "It's a pleasure", son dernier album, la démarche (faussement) coolissime de Baxter Dury ne varie gu-re depuis le gros succès d'estime de "Happy Soup" : elle reste souple, chaloupée et juste ce qu'il faut de tubesque. Démonstration le 6 mars à Feyzin. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 3 mars 2015

Pour le plaisir

Il fallait être à son concert de décembre 2011 à l'Epicerie Moderne pour mesurer le pouvoir d'attraction et de séduction un peu j'men-foutiste de Baxter Dury. Et ses qualités de showman aussi. C'était l'époque Happy Soup, celle de la re(co)naissance – Dury ayant publié dans la décennie précédente deux formidables albums que presque personne ne prit le temps d'écouter –, Baxter, fils de Ian, s'était mis à dérouler une sorte de démarche un peu schlass (sans doute contractée pendant 6 ans de traversée du désert pieds nus), de classe fatiguée et marmonnée, sur des chansons pour la plupart tubesques sans en avoir conscience car par avance trop fatiguées pour le succès. Et ce fut pourtant le succès qui l'emporta, sans doute de par la torpeur irrésistible dans laquelle Dury venait de plonger tout le monde, confisquant ainsi la force nécessaire à toute tentative de l'ignorer. En France surtout, où son charme cockney fait so élégamment british qu'on en connaît qui tartineraient volontiers du lemon curd sur son torse couleur crumpet. A côté de ses pompes Au premier abord, on pourrait voir en

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Allah-Las ou le désordre du Temple Solaire

MUSIQUES | Avec l'album "Worship the Sun", leur deuxième, empreint d'une nostalgie quasiment programmatique, les Allah-Las reviennent à l’Épicerie Moderne en tête d'affiche pour nous persuader que l'été où notre époque a grandi ne finira jamais. Ou du moins qu'on peut faire comme si. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 17 février 2015

Allah-Las ou le désordre du Temple Solaire

«De la neige en été», chantait il y a dix huit ans, dans un élan plus ou moins prophétique, Diabologum dont on se réjouit de la réédition du troisième album, ce chef-d'oeuvre. Sauf que non, bien sûr : non seulement il ne neige plus en été mais en plus, il neige de moins en moins en hiver. Nous voilà vivant dans une sorte d'été perpétuel induit à parts égales par le réchauffement climatique – le fameux – et la nostalgie d'un âge d'or qui réchauffe d'autant plus qu'on ne l'a pas connu  et qu'on a tendance nous-mêmes à vouloir le réchauffer pour le revivre. Or, en matière de rock et de bien d'autres choses, tout se passe comme si l'Endless Summer était revenu et entendait bien cette fois-ci ne jamais finir. Les Allah-Las, de Californie, là où le soleil est une quasi-divinité, n'en sont pas la plus négligeable incarnation, loin de là. Car à voir se multiplier les avatars rock vintage option garage option psyché option surf option etc. – barrez la mention inutile – c'est l'évidence : le soleil que les Allah-Las vénèrent sur leur deuxième album Worship the Sun n'est pas prêt de s'éteindre. Et ce sont eux qui semblent, si ce n'est avoir ses faveurs, d

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Rockorama

MUSIQUES | Avec "Poverty", leur troisième album, les Russes de Motorama confirment ce que l'on pensait déjà d'eux : on peut être pétri d'influences visibles comme le nez d'Eltsine au milieu de la figure et avoir un style inimitable. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 27 janvier 2015

Rockorama

Et revoilà nos amis d'outre-Don. Don comme le fleuve qui parcourt la Russie en charriant des saumons – et sans doute pas que. Motorama, depuis Rostov-sur-le(dit)-Don continue lui de charrier son rock nationaliste avec une classe de super tsar. Attention, quand on dit nationaliste, on ne fait pas allusion au phénomène de repli (ou même d'ailleurs d'expansion) qui semble traverser la société russe (et malheureusement pas que celle-ci). Non, on parle ni plus ni moins que de l'un des meilleurs groupes du monde de ces dernières années, leurs jumeaux-miroirs nés de l'autre côte du monde, ces types qu'ils auraient pu reluquer et réciproquement par-dessus le détroit de Béring il y a encore quelques décennies en se disant : «mince, qu'est-ce qu'ils nous ressemblent, ces gars.» On parle de The National. Car oui, on l'a déjà écrit ici précédemment, il y a quelque chose de la grâce grave d'un Matt Berninger dans la voix de Vladislav Parshin, et c'en est parfois troublant. C'est d'ailleurs sans doute aussi ce que pense l'indispensable label bordelais Talitres, qui nous a déniché ce groupe comme il l'avait fait

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Benjamin Clementine de retour à Lyon

MUSIQUES | Il était venu, en PB Live en mars dernier au Sucre, on l'avait vu et il avait vaincu. Cette fois, enfin armé d'un album et accompagné d'un violoncelle, (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 4 décembre 2014

Benjamin Clementine de retour à Lyon

Il était venu, en PB Live en mars dernier au Sucre, on l'avait vu et il avait vaincu. Cette fois, enfin armé d'un album et accompagné d'un violoncelle, l'empereur Benjamin Clementine, son panache capillaire et sa voix panoramique s'attaquent au fort Transbo pour une date qui s'annonce exceptionnelle. La vie étant une affaire de libre arbitre, vous pouvez faire ce que vous voulez de votre soirée du 17 mars prochain, ne pas vous précipiter sur la billetterie déjà ouverte, mais vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas.

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La Halle Tony Garnier a 100 ans

MUSIQUES | C'était en 1914, souvenez-vous (mais si, faites un effort) : sur une commande du maire Edouard Herriot, Tony Garnier mettait la touche finale à la fameuse (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 2 octobre 2014

La Halle Tony Garnier a 100 ans

C'était en 1914, souvenez-vous (mais si, faites un effort) : sur une commande du maire Edouard Herriot, Tony Garnier mettait la touche finale à la fameuse halle qui porte aujourd'hui son nom, censée abriter abattoirs et marché aux bestiaux. La Première Guerre mondiale en décida temporairement autrement. Réquisitionnée, elle  casernes et usine d'armement avant de retrouver sa fonction. Devenu à terme une salle de spectacles, l'endroit fête donc ses cent ans. Et c'est nous qui sommes bien contents. Déjà parce que la Halle en profitera, comme vous le savez, pour "investir" toutes les salles qui comptent à Lyon (Breton au Marché Gare le 21 novembre, Deltron 3030 au Transbordeur le 27, Owen Pallett à l’Épicerie Moderne le 6 décembre...). Mais aussi parce que la fête se prolongera en 2015 avec l'accueil de belles pointures parmi lesquelles le duo blues-rock The Black Keys (7 mars), les vieilles gloires du nu-metal System of a Down (14 mars, date unique en France qu'on espère plus calme que celle de 2005), Ennio Morricone (18

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Fauve qui peut

MUSIQUES | Il est peu de groupes cultes qui peuvent se permettre le luxe de décevoir dès leur premier album. Après le buzz grandissant né fin 2012 sur le net, un EP cinglant baptisé "Blizzard" et un véritable raz-de-marée de concerts sold out, la montagne Fauve a, avec "Vieux Frères", accouché d'une souris. "Génie" déjà essoufflé ou créature en pleine mutation ? Il faudra attendre la suite pour le savoir, annoncée pour l'automne. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 25 mars 2014

Fauve qui peut

Lors de la première venue de Fauve dans les environs, au Théâtre de Villefranche, on avait souligné dans ces pages-même l’éventualité qu’à plus ou moins court terme, de cette étincelle devenue feu de forêt il ne resterait plus qu’un paysage désolé. Piétiné par l’élan des fans, parti en torche. Fauve avait tout pour exploser en vol et on était près à souffler sur les braises, à balancer de l’essence, parce que c'est ainsi que ç'aurait été le plus beau – «Better to burn out than to fade away» chanta Neil Young, offrant ainsi bien malgré lui à Kurt Cobain la plus mauvaise des idées et la meilleure des épitaphes, éclaboussée sur un mur. C’était au moment de Blizzard, EP en forme de coups au foie et de retour d’une certaine foi. Et si au final "le phénomène Fauve", décortiqué façon papillon jusque dans les pages "Evénement" de Libération – assorti d'une courte critique écrite «du bout des doigts» – cloué aussi, au mur, au pilori, par bien d’autres - y compris dans les pages du même Libération par l’inénarrable "Bourre-paf" de Garrigos et Roberts -, parodié, moqué – bien maigre rançon de la gloire à vrai dire – connaissait la pire d

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Nuits de Fourvière 2014 - La programmation

CONNAITRE | 65 spectacles, 170 levers de rideau, des rendez-vous au TNG, à Gadagne ou à la Maison de la danse : les Nuits de Fourvière s'annoncent plus foisonnantes que jamais. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 13 mars 2014

Nuits de Fourvière 2014 - La programmation

L'an passé, nous saluions le starpower de la soixante-huitième édition des Nuits de Fourvière. Maintenant que nous connaissons la teneur de la soixante-neuvième, nous voilà contraints de revoir notre jugement à la baisse : en termes d'éclat et de densité, la programmation de 2014 est à celle de 2013 ce que la Grande Nébuleuse d’Andromède est à la Voie Lactée. Le principal artisan de ce saut hyperspatial qualitatif n'est autre que Richard Robert, transfuge des Inrockuptibles qui semble avoir avoir définitivement trouvé ses marques de conseiller artistique. Impeccablement équilibré entre reconnaissance de phénomènes franco-belges (Phoenix,  Fauve et Stromae), concerts événementiels (un hommage à Robert Wyatt, Benjamin Biolay qui dirigera un orchestre pour sa nouvelle muse, Vanessa Paradis), rappels de la suprématie de la pop d'outre-Manche (le collectif multimédia Breton, Damon Albarn pour son premier album solo, Franz Ferdinand, Miles Kane), passages ob

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Benjamin Clementine : un prophète

MUSIQUES | Talent brut et incandescent, parti à la conquête du monde avec seulement un EP trois titres et quelques concerts inoubliables, Benjamin Clementine donne le tournis au paysage musical. Loin d'en avoir fini avec son ascension fulgurante, la révélation piano-soul de 2013 sera l'invité exceptionnel du prochain Petit Bulletin Live le 27 mars prochain au Sucre. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 11 mars 2014

Benjamin Clementine : un prophète

Le 22 octobre 2013, un bel et sombre inconnu de vingt-quatre ans a les honneurs de Later... with Jools Holland, la Rolls musicale de la BBC où se pressent stars internationales et en devenir. Il y a là les Arctic Monkeys, néo-bourgeois du rock anglais après en avoir été les petites frappes, et même Sir Paul McCartney. Le prince noir qui s'installe au piano est un géant, au sens propre : son mètre quatre vingt dix est surélevé d'une Pompadour portée comme une couronne. Ses doigts sont interminables et, lorsqu'il entame ce qui ressemble à une étude de Philip Glass, semblent totalement indépendants du reste de son corps, comme de cette voix ahurissante qui jaillit soudain. Tee-shirt décolleté sous un immense manteau noir, les pieds nus, le hobo au port aristocratique semble directement sorti de la rue, d'où un incontournable storytelling l'a arraché à une vie de galère et de bohème. Est-ce parce que la transition est un peu violente d'un monde à l'autre que Benjamin Clementine irradie d'une présence aussi intense tout en donnant le sentiment d'être ailleurs, regard absent de somnambule en complet contraste avec une interprétation littéralement hantée ? Cett

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Fauve aux Nuits de Fourvière

MUSIQUES | Alors qu'il est en passe de remplir une vingtaine de fois le Bataclan, on apprend que le phénomène Fauve (dont nous avions causé à l'occasion de sa première (...)

Benjamin Mialot | Mardi 4 février 2014

Fauve aux Nuits de Fourvière

Alors qu'il est en passe de remplir une vingtaine de fois le Bataclan, on apprend que le phénomène Fauve (dont nous avions causé à l'occasion de sa première incursion en terres lyonnaises), dont le premier album vient de sortir, se produira aux Nuits de Fourvière dimanche 15 juin. Il rejoint ainsi Etienne Daho, Phoenix, les Pixies et Stromae, premières têtes d'une affiche musicale qui s'annonce colossale.

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Benjamin Clementine en Petit Bulletin Live

MUSIQUES | Le Londonien Benjamin Clementine a été la sensation de l’hiver musical, enflammant notamment les Transmusicales de Rennes. Il y a de fortes chances qu’il en fasse de même au Sucre pour la deuxième édition du Petit Bulletin Live. Attention claque en vue. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 28 janvier 2014

Benjamin Clementine en Petit Bulletin Live

Ses mains courent sur le clavier comme deux veuves noires aux pattes explosives. Autour s'enroule une voix qui semble charrier les tourments de mille vies, serpente en terrain miné, susurre avant d’exploser. Il n’y a pas de mesure chez Benjamin Clementine, pas de retenue. Il s’agit de mettre son cœur sur la table, quitte à ce qu’il soit suffisamment lourd pour la renverser, suffisamment leste pour voler le vôtre, ou peut-être lui infliger des détonations tachycardes. Clementine est un casse-cou qui tord celui de la norme et de la normalité. L'un de ces monte-en-l’air et autres équilibristes de l’interprétation qui n'en sont pas moins prêts à se jeter dans le vide, en saut de la foi, si c’est là le prix du frisson, de la rédemption, de l'émotion. On ne va pas vous refaire le coup du type désoeuvré mais génial découvert dans le métro parisien, ça n’impressionne plus grand monde tant c’est quasiment monnaie courante. Le chanteur londonien d'origine ghanéenne a sans doute de quoi toucher par son histoire, peut-être digne du Pip des Grandes Espérances dickensiennes. Mais serait-elle une page blanche, cette histoire, que l’expérience Clementine n’en serait pas m

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Le petit Syd

MUSIQUES | Très tôt barré dans les late 60's triomphantes, gonflées de psychédélisme et gonflées tout court, nourri de ces disques révolutionnaires qui ont changé la face de la pop, le néerlandais Jacco Gardner apparaît tout autant comme le fantôme d'une époque révolue que comme son descendant prodigue. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 17 janvier 2014

Le petit Syd

On sait qu'une fois que Syd Barrett eut fermé la porte de sa chambre, plus rien ne fut jamais comme avant. Cerveau grillé, âme abductée, corps camisolé dans un bad trip éternel, inspiration évaporée. Si seulement quelqu’un lui avait ouvert cette porte derrière laquelle il s’était condamné. C'est arrivé quarante ans plus tard, en la personne du Néerlandais Jacco Gardner, réapparu en lieu et place de l'Anglais cramé avec son album Cabinet of Curiosities. Comme après une aventure digne des frères Grimm, quête "cantique" et initiatique de plusieurs années passées à composer ce coup de maître. Le type avoue s’être perdu dans le temps, du jour où il a écouté Barrett – qui aura donc été ironiquement son fournisseur de champignon magique – avant de se boulotter tout ce que les 60’s ont produit de meilleur. En chemin, il aurait croisé tous les génies qui ont fait de l'année 1967 l'année zéro de la pop, le point de départ d'un ruban de Moebius qui toujours ramènerait, en guise de morale, aux mêmes chefs-d’œuvre : Barrett donc (See Emily Play), Floyd (Piper at the Gates of Dawn), Beatl

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La Loi du retour

MUSIQUES | A force de la pratiquer, on le sait, la programmation musicale n’est régie par rien d’autre que les antiques lois de l’éternel retour. Nouvelle année, nouveau printemps, perpétuel recommencement. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Jeudi 2 janvier 2014

La Loi du retour

On peut, en cette période d’Epiphanie généralisée et à la manière de Nietzsche dans le Gai Savoir, voir l’«éternel retour du même» comme une malédiction ou une bénédiction. C’est tout l’enjeu de l’expérience humaine. Pour ce qui nous intéresse ici, gageons qu’il faille prendre le mouvement renouvelé des saisons musicales, la succession des «cycles de manifestation», pourrions nous-dire en tordant un concept si cher à l’essayiste Pacôme Thiellement, comme une chance de (re)vivre des instants essentiels. A ceux pour qui rater un concert équivaut à passer à côté de sa vie, quelle belle saison s’ouvre devant vous après un automne de carême : auriez-vous loupé, en vrac, le lutin démiurgique Woodkid (le 21 février à la Halle), les exorcistes de la «Mauvaise Nouvelle» Fauve («Ne crains rien, car je suis avec toi. (…) Je te fortifie, je viens à ton secours, je te soutiens de ma droite triomphante

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Trouver la voix

MUSIQUES | Si l'on excepte Woodkid et Fauve qui ont fait sauter la banque en quelques heures et ne sont plus à présenter – pour cela il faudrait que leurs fans (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 15 novembre 2013

Trouver la voix

Si l'on excepte Woodkid et Fauve qui ont fait sauter la banque en quelques heures et ne sont plus à présenter – pour cela il faudrait que leurs fans laissent un peu de places aux autres –, Nouvelles Voix est, comme son nom l'indique et avec la même régularité que le Beaujolais Nouveau, voué à la découverte d'artistes en devenir. Le tout étant de savoir où exactement est placé le curseur du "devenir". Pour le reste, Nouvelle Voix étend cette raison sociale à un champ toujours plus élargi d'esthétiques : chanson bien sûr avec Maissiat, Barcella et Sophie Maurin, rock (celui pour enfants de The Wackids et celui qui leur fait peur par Darko), pop(s) (Edward Barrow, Pegase, Puggy) et même country-folk québécois avec Lisa Leblanc, quelque part entre Linda Lemay (non, ne partez pas !) et Mama Rosin. Sans oublier la place laissée à la scène locale avec le duo du bayou jurassien Catfish, les propositions indécentes d'Erotic Market, l'inépuisable catch & shoot de Taïni & Strongs et Victor, le régional de l'étape

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J'aime (pas) la chanson française

MUSIQUES | Au Petit Bulletin nous avons cette réputation, en laquelle nous croyons parfois nous-mêmes, qui veut qu’à l’instar du titre des opus du dessinateur Luz, «[On] n'aime (toujours) pas la chanson française». La preuve que si, un peu. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

J'aime (pas) la chanson française

On a beau eu noircir des Unes sur Françoiz Breut, la révélation Daisy Lambert, faire des ronds de jambes à Emilie Loizeau, Jean-Louis Murat, Benji Biolay, ou même ce drôle d'animal qu'on appelle Fauve – qui revient d'ailleurs déverser sa bile casse-gueule au Festival Nouvelles Voix à Villefranche – rien n'y fait. Une réputation, ça vous colle à la peau comme le pansement du Capitaine Haddock, tout ça parce qu'on n'est pas à fond sur Calogero – et ce n'est pas avec Circus, son opéra pop, que ça va s'arranger – ou que Jean-Jacques Goldman n'est pas notre français préféré. Le truc c’est qu’appréhender la notion de chanson française c’est comme essayer d’attraper un

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After Earth

ECRANS | Étrange sensation face à cette rencontre entre la dynastie Smith et l’ex-prodige déchu Shyamalan, celle d’assister à un film dont la simplicité le tire à la fois vers la beauté et vers l’ennui, à une œuvre coincée entre l’épure et l’esbroufe, la sincérité et les arrières pensées. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 5 juin 2013

After Earth

La première surprise d’After Earth, c’est qu’il n’y a à proprement parler aucune surprise. Comprenez : pas de twist spectaculaire, pas de grands morceaux de bravoure, pas de 3D débordante. Même les décors, soigneusement choisis pour représenter une terre revenue à l’état sauvage après une catastrophe écologique ayant obligé l’humanité à la déserter, ne sont jamais regardés comme des éléments d’exotisme rétro-futuriste, mais dans l’ordinaire d’une nature ayant repris ses droits ancestraux. Ça, c’est pour le versant M. Night Shyamalan, et on peut voir After Earth comme un autodafé de son horrible Dernier maître de l’air : là où hier, la surenchère était de mise pour tenter de retrouver le crédit des studios, c’est un principe déflationniste qui s’applique ici, mais qui conduit paradoxalement à retrouver l’éclat de ses premières œuvres. Même lenteur calculée, mêmes dialogues chuchotés comme si les personnages se réveillaient d’un accident en état

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Le beau Blizzard

MUSIQUES | Passé en quelques mois du statut de buzz autogéré à celui de phénomène de foire perpétuellement sold out, le collectif Fauve redéfinit les contours du rock français à coups de spoken word qui se mord la langue. A n'écouter qu'au premier degré. Comprendre : en grelottant dans le "Blizzard", du titre de son premier EP. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 24 mai 2013

Le beau Blizzard

«Toutes choses égales par ailleurs», comme disent les sociologues, Fauve n'est égal à rien, cultive la différence jusqu'à porter le signe "≠" en blason. Quand certains clament «on boit et puis on danse», ici, on vomit d'avoir trop trinqué ; on régurgite des logorrhées dégorgées sans filtre, à ravaler comme telles au risque du dégoût ; on cristallise moins la pensée par le verbe qu'on ne la dynamite pour en ramasser les miettes. Se ramasser soi-même à la petite cuiller pour charrier des tractopelles d'illusions à retrouver. Raviver une lueur d'espoir à laquelle on s'accroche comme à la poignée d'herbe qui nous suspend à la falaise. Les influences sont pourtant là, prégnantes et avouées comme les Pixies, le Wu-Tang, Lou Reed, ou fantomatiques : on ne peut s'empêcher d'entendre là l'écho, c'est le mot, d'une formation de jeunes révoltés qui ne disait pas son nom, The Feelies. Fauve, c'est The Boy with the Perpetual Nervousness au carré.

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Motorama

MUSIQUES | Calendar (Talitres)

Stéphane Duchêne | Lundi 12 novembre 2012

Motorama

On a tous reçu un jour dans notre boîte aux lettres le prospectus d'un marabout africain comme il en existe des milliers, des prospectus en tout cas (on en connaît même qui en font collection). Lequel voyant-médium-génie-marabout promet de faire revenir l'être aimé en trois jours, de redresser les pénis tordus (un accident est si vite arrivé, et allez donc trouver un redresseur de pénis un dimanche) ou même de régler un problème informatique, bref de réduire un certain nombre de problèmes de la vie courante auxquels chacun finit un jour par être confronté. Il en existe même, ne nous demandez pas pourquoi, qui font « redémmaré les motos russes », en Français dans le texte, ce qui n'est pas la moins fascinante des facultés, vous en conviendrez. Bien sûr, encore faut-il disposer d'une moto russe et que celle-ci soit en panne. La probabilité en est il est vrai assez faible, encore que le fait de remplir la première condition (posséder une moto russe), accroît considérablement la seconde (qu'elle soit en panne). Vous avez déjà vu rouler une moto russe, vous ? CQFD.   Le fait est que le

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Nuits sonores – Dimanche 20 - Report

MUSIQUES | Sept lieux, six sessions de 9h de live, trois concerts spéciaux. Il fallait bien ça pour fêter les dix ans de Nuits sonores, fleuron européen de la musique électronique (et plus si affinités). Compte-rendu du jour 5.

Benjamin Mialot | Lundi 21 mai 2012

Nuits sonores – Dimanche 20 - Report

L'envie n'y était plus. Dans le même état d'inadéquation au monde et de fatigue émotionnelle qu'un explorateur de retour d'un continent jusqu'alors inconnu, on ne se voyait pas embarquer pour une nouvelle destination. Il y avait encore tant à découvrir de la première. Surtout, on ne voyait pas comment New Order, malgré toute la symbolique entourant sa venue, allait pouvoir soutenir la comparaison avec le parangon d'hédonisme que fut la nuit précédente. C'est le concert de Mudhoney qui a commencé à nous ouvrir les yeux. Un vrai beau concert de rock'n'roll, économe en artifices et généreux en décibels, donné dans le club du Transbordeur devant un petit comité d'enthousiastes du Seattle sound. Tout ce qu'on attendait, en somme, des guignolos with an attitude que ce sont révélés être les cautions électriques des NSDays. De New Order, «simple» légataire de Joy Division devenu dès sa troisième année d'existence (soit en 1983) l'une des formations les plus influentes de la planète, on n'attendait en revanche pas grand-chose. En tout cas ri

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Concerts (très) spéciaux

MUSIQUES | RE : ECM, samedi 19 mai au Théâtre des Célestins Prenez une référence de la minimale et un pionnier de l'ambient, à savoir Ricardo Villalobos et Max (...)

Benjamin Mialot | Mardi 8 mai 2012

Concerts (très) spéciaux

RE : ECM, samedi 19 mai au Théâtre des Célestins Prenez une référence de la minimale et un pionnier de l'ambient, à savoir Ricardo Villalobos et Max Loderbauer. Confiez-leur le catalogue du visionnaire label de jazz ECM. Vous obtenez ce qui promet d'être l'un des moments les plus stimulants du festival. Mudhoney, dimanche 20 mai au Transbordeur Mudhoney, c'est d'abord une belle bande de losers, qui fuit toute sa carrière le microcosme grunge pour être finalement considérée comme son modèle. C'est surtout, près d'un quart de siècle après sa première répèt', un fuckin' grand groupe de rock'n'roll. New Order, dimanche 20 mai à la Sucrière «On n'a pas l'habitude d'inviter des têtes d'affiche de cette ampleur. On fait une exception, car New Order est pour nous un groupe matriciel, qui non content d'avoir fait la musique indé anglaise vers la dance, fait la synthèse entre les différents points de vue de l'équipe».

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Les Invites de Villeurbanne 2012 : Invites pour tout le monde

CONNAITRE | Programmation des Invites de Villeurbanne 2012 : Le festival villeurbannais « pas pareil » vient de dévoiler sa foisonnante, éclectique programmation entre théâtre, danse, spectacles de rue, mimes, marionnettes, veaux, vaches, cochons, couvées, Didier Super en Christ sur BMX, des Grumaux, des carottes, et bien sûr de la musique de qualité à savourer en famille pour pas un rond. Stéphane Duchêne

Christophe Chabert | Lundi 23 avril 2012

Les Invites de Villeurbanne 2012 : Invites pour tout le monde

«Les Grumaux sont toujours là où on ne les attend pas». Il n'y a qu'aux Invites que l'on peut vous présenter de cette manière un (ou des) artiste(s) présent(s) – en l'occurrence, ici, des voltigeurs à mi-chemin de Mad Max et des Marx Brothers, les Demi-frères Grumaux. Bienvenue au festival pas pareil qui, dans les rues de Villeurbanne et pour la modique somme de rien, opère un retour à ces festivités d'antan où l'on montrait des ours à la foule pendant qu'un acrobate cracheur de feu tentait de prendre le dessus sur un joueur de flûte. On exagère à peine. Didier Christ Superstar Or donc, les Invites viennent de dévoiler leur programmation, qui contient de Grumaux mais pas que. Au rayon saltimbanque bien bancal, Didier Super devrait faire le boulot avec sa désormais célèbre – bien que non encore joué à Broadway, sans doute pour d'obscures histoires de contrats – comédie musicale, sobrement intitulée Didier Super La Comédie Musicale! (Et si Didier Super était la réincarnation du Christ ?). Où il est question de milliardaire dépressif, de témoins de Jéhovah, et d'un président de la Républ

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Allo Lyon, ici la Terre

MUSIQUES | On a cherché partout. Dans la moindre ligne de code de son site web, entre les lignes de ses plaquettes, dans le blanc des yeux de sa directrice. Mais (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 15 mars 2012

Allo Lyon, ici la Terre

On a cherché partout. Dans la moindre ligne de code de son site web, entre les lignes de ses plaquettes, dans le blanc des yeux de sa directrice. Mais on n'a rien trouvé. Aucune mention, de la part de l’Épicerie Moderne, d'une "Année Kurt Cobain", comme il peut y avoir une "Année Jean-Jacques Rousseau" du côté de l'Hôtel de Région. On aura pourtant vu, en l'espace de quelques mois et d'ici la fin de la saison, défiler tout l'entourage du défunt poster boy du grunge. D'abord Chokebore, son groupe préféré. Ensuite The Melvins, son autre groupe préféré, dont le frontman à tête de champignon atomique, Buzz Osbourne, fut le bassiste du premier groupe de Cobain, Fecal Matter. Bientôt Steve Albini, nerd en chef du trio noise Shellac et producteur de l'album le plus corrosif de Nirvana (Bleach). Peut-être, cela tiendrait du miracle, Mark Lanegan, mythe vivant du desert rock avec lequel Cobain grattouilla un temps des reprises du bluesman Leadbelly (dont le fameux Where Did You Sleep ? du concert Unplugged in New

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Nouvel ordre sonore

MUSIQUES | Nouveaux programmes, nouveaux rythmes, nouveaux lieux, du 16 au 20 mai, c'est ainsi que se résumera cette année la 10e édition de Nuits sonores qui vient de dévoiler ses première pépites en attendant l'annonce à venir de la programmation complète. Stéphane Duchêne

Dorotée Aznar | Jeudi 26 janvier 2012

Nouvel ordre sonore

Ne faisons pas durer le suspense plus longtemps. Oh et puis si. Attention... Suspense. Ayé. C'est l'une des premières grandes nouvelles de cette 10e édition de Nuits Sonores, forcément porteuse de symbole – l'édition comme la nouvelle – l'événement du festival cette année : la venue exceptionnelle, le 20 mai, de... New Order ! Quel meilleur candidat que le groupe de Manchester, nés sur les cendres de Joy Division – ou plutôt de son chanteur Ian Curtis, savant mélange né des premiers balbutiements de l'électro et de l'âge d'or de l'indie rock anglais pour résumer 10 ans d'exploration électro et indie du petit festival lyonnais devenu grand ? Quand on songe en plus que le groupe inaugura le Transbordeur il y a plus de 20 ans, on boucle une sacrée boucle. Vagabondage L'autre des premières grandes nouvelles de la décennie anniversaire de Nuits Sonores c'est le «déménagement» du festival. Après plusieurs éditions au Marché Gare, désormais en voie de destruction, Nuits Sonores reprend ses vieilles habitudes vagabondes, du moins en partie. Toujours installé à l'Hôtel de ville (Village sonore et Labo), à la Galerie des Terreaux (accuei

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Soupe pop'

MUSIQUES | Désenchanté et déglingué, Baxter Dury est sans doute le plus attachant des popeux venus d'outre-manche. Si ce n'est le plus doué comme en témoigne sa dernière livraison, "Happy Soup", à déguster en concert. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 25 novembre 2011

Soupe pop'

Nul n'ignore ce que le terme "soupe" recouvre dès lors qu'il s'agit de pop music. Pour peu qu'on lui accole l'adjectif "joyeuse", on s'imagine immédiatement tomber sur une intégrale de la Bande à Basile ou, pire, la bien nommée "Tournée entre nous" avec Emile & Images. Et puis il suffit qu'on aperçoive la petite tête d'oisillon en garde à vue de Baxter Dury sur la pochette de son album Happy Soup pour que notre perception s'en trouve bouleversée. En toute discrétion, Happy Soup s'est glissée entre les gouttes parmi les meilleurs albums de l'année. Comme d'ailleurs ses deux précédents, injustement boudés.Mais le talent du bonhomme, qui ne se laisse pas démonter, est intact. Ses obsessions aussi. Qu'il s'agisse de Lisa said ou de Francesca's Party sur le précédent Floor Show ou d'Isabel et Claire (deux des tubes dégingandés de cette joyeuse soupe 2011), il y a chez Baxter une propension à rouler sur la jante (féminine) en rauquant le prénom des filles. À les aimer bien balancées, sur des lignes de basse rondes comme des queues de pelle de fin de biture.

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Baxter Dury

MUSIQUES | Happy Soup EMI

Benjamin Mialot | Jeudi 8 septembre 2011

Baxter Dury

Écouter le troisième album de Baxter Dury, c'est comme se prendre une décharge de neuralizer. Vous savez, cet espèce de suppositoire chromé permettant aux Men in Black de faire oublier leurs bévues. On appuie sur play, un flash nous sature l'esprit et tout ce qui précède disparaît. Oublié le proto-punk Ian Dury, prestigieux paternel de ce natif du Buckinghamshire. Effacées, les six longues années à attendre un successeur de Floor Show, atoll pop devenu Atlantide suite au passage de la déferlante new new (neuneu ?) wave du mitan des années 2000. Envolée, la tentation de le comparer à un Jarvis Cocker revenu de son obsession du cool ou à un Serge Gainsbourg sans autre tremblote que celle induite par le pouls d'une basse bien cambrée. Qu'obtient-on en retour ? D'abord un parfait disque de rentrée, Happy Soup passant en permanence de la concupiscence estivale au bourdon automnal, du tube pour dancefloor brûlant à la BO pour fin de soirée imbibée. On gagne surtout le droit d'assister à la floraison d'un grand songwriter cockney comme seule l'Angleterre en nourrit. Floraison qui, claironnée à coup de chœurs de sirènes à peine pubères et de rythmes secs comme des compressions thoraciqu

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Little Big Man

MUSIQUES | Musique / Actuellement, l'homme le plus grand du monde est, officiellement, Sultan Kosen, 2, 47m. On n'est pas certain que Kristian Matsson, 28 ans, (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 20 mai 2011

Little Big Man

Musique / Actuellement, l'homme le plus grand du monde est, officiellement, Sultan Kosen, 2, 47m. On n'est pas certain que Kristian Matsson, 28 ans, petit suédois à la bouille de panda roux, atteigne 1, 70m. Ce qui le place à peu près à équidistance de l'homme le plus grand du monde et du plus petit. Mais allez donc prendre comme nom d'artiste «L'homme à la taille la plus moyenne du monde». Ça fait tarte. Alors Matsson a choisi d'assumer : il serait The Tallest Man on Earth, ce que quiconque aura accès à sa musique, ne cherchera pas à lui contester. Mais c'est vers un autre grand homme que les comparaisons le portent depuis ses débuts : Bob Dylan lui-même. Matsson le Suédois a développé comme le chanteur de Duluth (Minnesota) un truc probablement provoqué par la rudesse des hivers nordiques  : une voix nasillarde et un timbre nourri à la sciure qui permettent à ses chansons d'arracher le cœur tout en frottant les oreilles (comme on le faisait en hiver aux potes qui n'avaient pas de bonnet). Musicalement, c'est davantage le Dylan des débuts auquel on pense, ne serait-ce que par le dépouillement des arrangements et la simplicité (apparente) des chansons. Mais Matsson y met une

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Earth

MUSIQUES | S’il existait un Musée d’Histoire Naturelle du grunge où exposer carcasses d’amplis fracassés et peaux de bêtes à carreaux, les biens nommés Earth seraient (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 27 mars 2009

Earth

S’il existait un Musée d’Histoire Naturelle du grunge où exposer carcasses d’amplis fracassés et peaux de bêtes à carreaux, les biens nommés Earth seraient sûrement placés quelque part à l’origine des temps, entre dinosaures et rhinocéros à cheveux gras. Formé non loin de Seattle, à Olympia, Earth, le 3 avril à l’Epicerie Moderne, a connu et probablement initié les premières secousses qui ont fait sortir le grunge de la terre boueuse de l’Etat de Washington. Le groupe de Dylan Carlson est ainsi l’une des principales influences de groupes aussi importants que The Melvins ou Nirvana, le jeune Kurt Cobain ayant même enregistré avec eux.

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