Les bottes de trente lieues d'Elisabeth Saint-Blancat

Théâtre des Clochards Célestes | Trente ans qu’Élisabeth Saint-Blancat est aux manettes du théâtre des Clochards Célestes, créé en 1978 : elle en a fait un lieu incontournable de découvertes pour petits et grands. Rencontre avec une directrice exigeante et épanouie.

Nadja Pobel | Mercredi 4 mai 2016

Photo : © Anne Bouillot


Quand Yves Barroz, qui avait fondé le théâtre des Clochards Célestes à la place d'une épicerie à la fin des années 70, demande à une jeune comédienne toulousaine de reprendre le lieu, elle hésite, n'ayant jamais trempé dans le volet administratif de son art. Mais elle accepte.

Nous sommes au printemps 1986 : Élisabeth Saint-Blancat, 40 ans, va pouvoir mettre sa curiosité insatiable au service d'une structure. Si elle n'a l'expérience que des grands lieux (son mari d'alors, Jacques Rossner, l'assistant de Planchon, était directeur du CDN du Nord), elle a chevillé au corps ce goût de la découverte qui l'amène à la fin des 60's à arpenter les coulisses du TNP où travaillent Samy Frey, Francine Bergé.

En 2016, elle voit toujours plus de 200 à 300 pièces par an ! C'est avec ce bagage irremplaçable qu'aux Clochards, elle fonde de nombreux (feu) festivals, dont les Aulecquiades consacré aux auteurs contemporains ou ETC dédié à la jeunesse (le Off des rencontres internationales pour le théâtre, l'enfance et la jeunesse initié au Théâtre des Jeunes Années).

Ces deux axes, ADN de son théâtre, sont aussi le socle de son exigence. Comédienne à Mouffetard devant des enfants, elle sait qu'on ne peut pas les truander. Pas plus que quiconque ne peut l'entourlouper. « J'aime le théâtre mais je l'aime vraiment » dit-elle. Et toute la clé de son travail est dans le « mais », comme si programmer des travaux passables était le plus sûr moyen de desservir le théâtre où « bien souvent on s'ennuie. »

« J'aime vraiment ce que je fais »

Bien sûr, il y a parfois des ratages. Mais désormais, elle ne programme rien sur dossier, ce qui relève de la gageure (héroïsme) dans le domaine de la découverte. Elle est partout (le soir de notre entretien, elle se rendait à l'ENSATT, elle était deux jours plus tôt à l'Iris...), reçoit trois propositions par jour pour programmer in fine 15 à 17 spectacles par an.

C'est elle qui a ouvert ses portes à Joris Mathieu et l'a gardé trois saisons à l'affiche, le temps que des programmateurs (Odile Grosbon du Polaris en l'occurrence) prennent le relais. Idem pour Olivier Maurin. Mais elle constate que son travail (désormais réalisé en équipe, après qu'elle ait longtemps assuré toutes les tâches sauf la régie) ne bénéficie pas d'une vraie reconnaissance du milieu : « les professionnels viennent, mais ils pourraient venir plus. »

Quand on lui demande quel est le spectacle le plus fort qu'elle ait soutenu, elle sourit, semble faire défiler toutes les années passées et, lumineuse, confie qu'elle ne peut pas répondre à cette question, car chaque programmation, dont elle a raison de dire qu'elles ne sont pas « anodines », annonce une « magnifique saison. » Tout en réfléchissant à son avenir à la tête de ce lieu, elle est la première à relayer En acte(s) (lire ci-dessous) : CQFD.


Grozny Panzani Paradis

De Samuel Pivo, par la Cie la Corde rêve. D'un côté le Kurdistan Syrien, de l'autre la France, quatre personnages dans une comédie des monstres
Théâtre des Clochards Célestes 51 rue des Tables Claudiennes Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Ton tendre silence me violente plus que tout

De Joséphine Chaffin, par la Cie La Corde rêve. En 2020, l'amour est un bien commercialisable
Théâtre des Clochards Célestes 51 rue des Tables Claudiennes Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Martha Spinoux-Tardivat, la pétillante nouvelle directrice des Clochards Célestes

Théâtre | À 34 ans, Martha Spinoux-Tardivat vient d’être nommée directrice des Clochards Célestes, où elle exerçait déjà en accompagnant avec entrain tant les artistes que les spectateurs et spectatrices. Portrait.

Nadja Pobel | Jeudi 18 février 2021

Martha Spinoux-Tardivat, la pétillante nouvelle directrice des Clochards Célestes

Depuis six années, Martha Spinoux-Tardivat est un phare aux Clochards Célestes. Enjouée, professionnelle tant à l’égard des compagnies invitées que du public, des professionnels et des étudiants qui parfois font halte pour leur formation dans ce théâtre de 49 places. Martha est arrivée sous l’ère d’Élisabeth Saint-Blancat et aura prolongé son apprentissage aux côtés de Louise Vignaud dans la foulée. Le 27 août dernier, elles étaient réunies sur la place Chardonnet pour un hommage à la comédienne-directrice décédée d’un cancer six jours plus tôt. Une cérémonie simple, chaleureuse et émouvante pour celle qui porta haut, de 1986 à 2017, cette maison fondée en 1978. Alors, quand Louise Vig

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Les Clochards Célestes annulent leur saison

Théâtre | Ils sont les premiers à Lyon, certainement pas les derniers. À l'instar de ce qu'a fait le Centre Dramatique National de Toulouse en janvier, le théâtre des Clochards Célestes annonce tirer un trait sur le reste de sa saison face à l’incertitude perpétuelle d’une date de réouverture des lieux culturels.

Nadja Pobel | Mercredi 3 février 2021

Les Clochards Célestes annulent leur saison

Aux Clochards Célestes, 14 spectacles sont reportés à l’an prochain — dont le Subutex, adapté de Virginie Despentes, qui devait clore le calendrier à l’orée de l’été. Tant d’autres depuis septembre avaient déjà dû rester au placard... « Alors qu'on nous demande de rester en suspens, prêts à ouvrir quand on nous donnera enfin le feu vert, à une date indicible, je fais le choix de reporter intégralement la saison du Théâtre des Clochards Célestes à l'année prochaine. Puisque cette saison est exceptionnelle, assumons-la comme telle. Attendre le mois de mai pour savoir s'il sera possible ou non de jouer en juin, c'est demander aux compagnies programmées de se maintenir dans le qui-vive ; leur proposer d'ores et déjà un report, c'est leur offrir la possibilité de penser l'avenir. Et c'est nous l'offrir aussi » affirme la directrice Louise Vignaud dans un communiqué paru ce mercredi 3 février. Et c’est probablement là, la plus grande marque de considération due aux spectateurs et spectatrices comme a

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Élisabeth Saint-Blancat est décédée

Disparition | Élisabeth Saint-Blancat s'en est allée. Celle qui fut la directrice de 1986 à 2017 du Théâtre des Clochards Célestes est décédée des suites d'un cancer le 19 août, (...)

Nadja Pobel | Vendredi 28 août 2020

Élisabeth Saint-Blancat est décédée

Élisabeth Saint-Blancat s'en est allée. Celle qui fut la directrice de 1986 à 2017 du Théâtre des Clochards Célestes est décédée des suites d'un cancer le 19 août, à 75 ans. Elle n'aura cessé de voir des spectacles (plus de 200 par an) dans les grandes structures mais aussi les MJC, les hangars pour voir ce que les jeunes artistes fabriquaient et les accompagner dans leur éclosion. Joris Mathieu (cie Haut et Court), Ivan Pommet (Théâtre Mu), Quentin Dubois et tant d'autres sont nés auprès d'elle. Un chaleureux hommage lui a été rendu sur la place Chardonnet au soir de ses obsèques, jeudi 27. Ses proches ont rappelé à quel point cette comédienne, danseuse, chanteuse était obsédée par la justesse et clamait à l'envi « Merci la vie ! »

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Louise Vignaud : « Du temps pour créer ! »

Les Clochards Célestes | C'est ce qui s'appelle une passation de pouvoir réussie. À 29 ans, la metteuse en scène Louise Vignaud succède à Élisabeth Saint-Blancat à la tête des Clochards Célestes avec bienveillance et cohérence et propose une saison plus qu'alléchante dédiée à la jeune création.

Nadja Pobel | Mardi 5 septembre 2017

Louise Vignaud : « Du temps pour créer ! »

Quelles étaient vos intentions lorsque vous avez postulé à ce théâtre ? Louise Vignaud : En tant que jeune metteuse en scène, je me suis demandée ce qui était important pour ma génération. Du temps pour créer ! Ici, c'est donc un lieu de découvertes (NdlR, il est labellisé comme tel par les tutelles Ville-Région-DRAC) il faut le maintenir et soutenir la nouvelle création. Comment le faire, concrètement ? J'ai choisi des compagnies qui seront présentes deux mois (un mois de plateau, douze soirs de représentations) pour mener à bien une recherche et qui changeront tous les deux mois. On soutient le processus de répétitions car je sais en tant que metteuse en scène que j'en ai besoin. Il s'agit du Théâtre Oblique, de la Compagnie Démembrée, du collectif la Onzième, des Non-alignés et la Doze. Pendant leur présence, quatre d'entre eux vont montrer d'autres projets : ils

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Nadja Pobel | Vendredi 9 décembre 2016

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Après avoir fait en trente ans du théâtre des Clochards Célestes un lieu incontournable pour la jeune création, Élisabeth Saint-Blancat reprend son métier de comédienne et passe la main en douceur à Louise Vignaud, officiellement en fonction cet été. Issue du département mise en scène de l'ENSATT, elle a déjà assisté Michel Raskine, Richard Brunel ou récemment Claudia Stavisky sur Tableau d'une exécution. Elle signera dans la Célestine en janvier son quatrième spectacle, Tailleur pour dames de Feydeau.

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Vont, vivent et deviennent

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Nadja Pobel | Mercredi 4 mai 2016

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Grozny Panzani Paradis, de Samuel Pivo ; Ton tendre silence me violente plus que tout, de Joséphine Chaffin : que se trame-t-il, derrière ces titres singuliers ? Ce sont des textes de théâtre écrits sur commande, passée par Maxime Mansion, un comédien sorti de l’ENSATT, ancien membre de la troupe permanente du TNP et initiateur du projet En Acte(s) avec la compagnie La Corde rêve, qu’il dirige avec Elisa Ruschke. Objectif : donner la possibilité à de jeunes auteurs de se confronter directement à la scène, les sortir du confinement de leur chambre d’écriture puisque les classiques (Shakespeare, Marivaux, Molière…) écrivaient pour être portés très rapidement au plateau, rappelle Maxime Mansion. Depuis octobre 2014, à raison d’un lundi par mois (huit par saison), une pièce sur un thème libre mais lié à l’actualité, ne devant pas dépasser une heure de jeu et ne mobilisant pas plus de cinq comédiens est présentée. Pas d’effet technique ni de mise une scène — mais une mise en espace —, trois semaines d’apprentissage de texte pour les comédiens et à peine plus de huit jours de répétition avant la publication de la pièce : voilà les ingrédients d

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Scènes découvertes en quête d'avenir

SCENES | Les Scènes découvertes craignent des lendemains sombres. Enquête au sein de celles dédiées au théâtre et à la danse, malmenées depuis que l’accord Ville-État-Région n’a pas été reconduit sous sa forme initiale en ce début d'année : du Croiseur à l'Espace 44, l'inquiétude prime.

Nadja Pobel | Mardi 22 mars 2016

Scènes découvertes en quête d'avenir

La culture est une affaire de passionnés. André Sanfratello, directeur de l'Espace 44, a été contraint de vivre de sa retraite quand la DRAC s'est retirée du projet, en 2010 : il a ainsi pu maintenir le salaire de ses cinq salariés en supprimant le sien. Mais la Ville vient de lui retirer 5000€ supplémentaires. Désolé, il constate qu’on lui « prend les petites sommes qu’il a pour survivre. » Ce qui ne l’empêchera pas de fêter les trente ans de son théâtre, du 26 avril au 30 mai. Au Croiseur, seule Scènes découvertes dédiée à la danse, un salarié est devenu bénévole pour pérenniser l'activité d'un lieu subissant la même punition de la DRAC. La plus grande salle de ce dispositif, située dans un quartier moins central à Gerland, est privée de ses 37 000€ annuels, en plus des 5000€ déjà amputés en 2015. Son directeur et fondateur Didier Vignali s'est séparé de deux de ses six permanents. Pour trouver de la trésorerie, il loue la salle à des organisateurs de concerts (cf. Cobra en janvier, organisé par les Briques du Néant). Malgré un « flou absolu » quant à son avenir, il maintient une programmation, dont la Biennale off de la danse et le Frako (avec les

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Chanson de gestes

SCENES | Théâtre / Parfois avec trois bouts de ficelles, un texte ardu en prose, il est possible de faire un très bon spectacle. Encore faut-il avoir une bonne (...)

Nadja Pobel | Mercredi 16 novembre 2011

Chanson de gestes

Théâtre / Parfois avec trois bouts de ficelles, un texte ardu en prose, il est possible de faire un très bon spectacle. Encore faut-il avoir une bonne dose de talent et un sens du spectacle (au sens noble du terme). C’est précisément ce que possède la jeune compagnie La Nouvelle Fabrique. Issus de l’ENSATT, les acteurs, scénographe et créateur-son qui la composent s’amusent avec l’écrivain absurde russe Daniil Harms. C’est déjà la quatrième fois qu’ils triturent ses écrits de la première moitié du XXe siècle. Dans La Vieille (aux Clochards Célestes jusqu’au 3 décembre), le récit grince, couine, rugit, se murmure. Outre Thomas Fitterer, acteur principal en grande forme, ses acolytes, la pianiste Anne Rauturier et le bruitiste metteur en scène Colin Rey, donnent à la pièce des airs de film d’animation. Pourtant l’univers n’a rien de commun avec celui de Tex Avery ou Woody Woodpecker. Une vieille dame meurt chez un jeune homme qui cherche à se débarrasser de cet encombrant cadavre en même temps qu’il laisse filer la jeune femme pour qui il vient d’avoir un coup de foudre. En une heure de temps, sa cavale effrénée dans les rues de Saint-Pétersbourg ne manque jamais de souff

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Courtes scènes

SCENES | Ils sont seuls en scène et, pour une durée de spectacle inférieure à une heure, ils se lancent sur un plateau presque nus, quasiment sans accessoire. De (...)

Nadja Pobel | Jeudi 31 mars 2011

Courtes scènes

Ils sont seuls en scène et, pour une durée de spectacle inférieure à une heure, ils se lancent sur un plateau presque nus, quasiment sans accessoire. De jeunes acteurs et metteurs en scène proposent au Théâtre des Clochards Célestes trois pièces par soir, jusqu'au dimanche 10 avril. Hormis «Pénélope et vice-versa» que nous n'avons pas vu, qui est un spectacle de clowns, les deux autres sont du théâtre. Dans «Monologue sans titre» et «Ta lettre, enfin !», les comédiens Baptiste Jamonneau et Guillaume Pigé campent des personnages en attente, l'un de son père qui ne vient pas le sauver de la misère dans laquelle il s'enfonce et l'autre, sur un ton moins réaliste et plus romantique, attend des nouvelles de sa fiancée. Malgré des maladresses dues à l'aridité de l'exercice (un seul en scène), ces deux jeunes artistes font aussi preuve de beaucoup d'inventivité. NP

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Théâtre Suppose que la mer soit sucrée

SCENES | Il est quasiment impossible de trouver des spectacles pour les touts petits. Avec "Suppose que la mer soit sucrée" Carine Pauchon propose une pièce pour (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 12 février 2010

Théâtre
Suppose que la mer soit sucrée

Il est quasiment impossible de trouver des spectacles pour les touts petits. Avec "Suppose que la mer soit sucrée" Carine Pauchon propose une pièce pour les bébés à partir de 6 mois. Un texte contemporain, un travail sur la langue des signes, des camaïeux de couleur, une création sonore et une robe de douze mètres qui se transforme au fil du spectacle. Un spectacle à découvrir au Théâtre des Clochards Célestes, jusqu'au 19 février.

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Bal des festivals

SCENES | Théâtre / Plutôt que de débuter une saison par le premier spectacle d'une longue liste, de plus en plus en de théâtres choisissent de faire place aux jeunes compagnies et aux découvertes lors d’un festival de rentrée. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 28 août 2009

Bal des festivals

Le Théâtre des Clochards Célestes n'a pas attendu la nouvelle «mode» des festivals de rentrée. Depuis douze ans, Élisabeth Saint-Blancat, la programmatrice du lieu, tente de mélanger différents publics. La formule est immuable : un spectacle jeune public à 18 heures puis deux ou trois autres pour les adultes dès 19 heures. Et, contrairement aux années précédentes, l'horaire de chaque spectacle n'est pas précisé afin que les spectateurs ne viennent pas faire leur marché en piochant juste un concert ou une pièce. Le but est bien de réunir le public sur l'ensemble de la soirée comme le prouve le tarif attractif de 11€ par soir. Au programme, du théâtre bien sûr mais aussi des lectures, de la musique, des contes par de très jeunes compagnies qui ont répondu à un appel à projets ou par des artistes plus expérimentés. Parmi eux, Guy et Yves Prugnier vont lancer leur nouvelle création, «Correspondances». Fabrique de théâtreOffrir un patchwork de créations au public et une rampe de lancement pour les compagnies : voilà le double objectif des toutes les structures d'accueil. «Nous pouvons ainsi donner une échéance de représentation aux artistes ou leur proposer un lieu de représ

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