Milieu de vie, c'est loin d'être fini
Essai / Dans son premier ouvrage "Passer l'âge. La crise de la quarantaine entre mythes et réalités" paru aux éditions Hors d'atteinte, Alexia Soyeux évoque ce cap impensé de la quarantaine, et esquisse une analyse intime et éclairante.
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On a parcouru les citations polémiques de Yann Moix, de Donald Trump, de Roman Polanski, de Woody Allen, de George Clooney ou d'Hugh Hefner (fondateur de Playboy) pour entamer du bon pied cette critique de l'ouvrage d'Alexia Soyeux. Elles sont d'une banalité presque risible, flirtent pour certaines avec l'apologie de la pédocriminalité, et surtout, ne nous apprennent pas grand-chose : dans les sociétés patriarcales et capitalistes, on aime moins les femmes quand elles s'éloignent de l'image de "la jeune fille". Cependant - même si elle évoque ce concept saugrenu et néanmoins collectivement accepté de "date de péremption" - ce n'est pas vraiment comme cela qu'Alexia Soyeux aborde l'enjeu de la crise de milieu de vie, majoritairement chez les femmes. Elle part de son expérience intime et de celle de proches, pour questionner ce moment : cette crise n'existe-t-elle qu'en raison de l'injonction à séduire et à avoir une vie amoureuse et (hétéro)sexuelle ? Plus précisément, elle se demande : « La façon dont ces niveaux sont mesurés nous dit-elle quelque chose des stéréotypes associés au bonheur, ou cette crise de la quarantaine n'est-elle qu'un mythe alimentant nos névroses et l'idéologie consumériste ? ».
La grande désillusion
L'ouvrage ne donne évidemment pas de réponse univoque, mais plutôt une foultitude de pistes, référencées, féministes, pour aider à décortiquer ce moment. Déjà, Alexia Soyeux souligne une conjoncture qui n'est pas évoquée par les magazines lifestyle et les livres de développement personnel. Passé 40 ans, l'éventuel sentiment de mal-être ne survient pas forcément d'une baisse de libido ou de l'apparition de la fameuse ride du lion (Florence Foresti, si tu nous entends) mais aussi de la conjonction de dynamiques économiques et sociales, amplifiées par l'intensité de la vie familiale, encore largement supportée par les femmes. Les études épidémiologiques montrent bien que 40 ans, c'est l'âge du divorce, de la rupture professionnelle, et des premières angoisses de mort. C'est l'âge où beaucoup réalisent s'être fait·es "arnaquer" par le couple hétérosexuel. Pendant qu'ils payaient le crédit de la maison, elles prenaient en charge les courses, pendant qu'ils travaillaient à temps plein - et cotisaient pour leurs retraites -, elles prenaient des temps partiels pour élever les enfants - ce qui nous donne l'occasion de rappeler qu'il n'est jamais trop tard pour lire l'excellent Le couple et l'argent, de Titiou Lecoq. À 40 ans, on est aussi un peu plus sage. C'est donc la désillusion sur le plan intime, mais aussi sur le plan politique. Alexia Soyeux retrace ce que le philosophe britannique Mark Fisher appelle "le réalisme capitaliste" : « La dépression est politique, il est plus facile d'envisager la fin du monde que la fin du capitalisme ».
L'autrice n'égraine pas que des constats cafardeux, elle trace aussi des pistes de mieux, des pistes pour vieillir heureux·se, avec ou sans chat. Elle cite les penseuses et artistes qui se sont « donné naissance à elles-mêmes » au cours de ce cap (béni ?) du milieu de vie. Elle l'articule comme un portail possible vers une radicalité féministe épanouie. Hâte d'y être.

Passer l'âge. La crise de la quarantaine entre mythes et réalités par Alexia Soyeux aux éditions Hors d'atteinte ; 22€
Rencontre organisée par le collectif Balafre jeudi 15 janvier 2026 à 19h à la librairie Adrienne (Lyon 2e) ; gratuit
