Les Rayons et les ombres, le bûcher des vanités
Alliés / Une fresque tragique et fastueuse magistralement interprétée, écrite et réalisée. L'événement cinématographique français de ce début d'année.
Photo : Le Rayon et les ombres © Waiting for Cinema - Curiosa Films - Gaumont - France 3 Cinéma
Après avoir porté Balzac à l'écran avec succès (Illusions perdues) et s'être essayé à la série télé (D'argent et de sang), Xavier Giannoli adapte l'histoire vraie de Jean et Corinne Luchaire. Le récit fleuve d'un père, patron de journal, et de sa fille, actrice débutante, qui se retrouvent pris dans l'engrenage de la collaboration. Une période longtemps occultée ou romancée par le cinéma français, que le réalisateur investit pleinement et frontalement, qui plus est dans une superproduction accessible et grand public.
Paris brûle-t-il ?
Les Rayons et les ombres saisit dès les premières minutes, tant son ambition formelle et narrative s'impose immédiatement et durablement. Xavier Giannoli fait une nouvelle fois montre d'un talent de mise en scène qui cherche le grandiose sans jamais être démonstrative. La méticulosité de la reconstitution, la beauté de la photographie ou l'élégance de ses mouvements de caméra, sont avant tout au service d'une histoire et de la trajectoire des personnages. Sur une durée inhabituelle de plus de trois heures, il relate dans un élan romanesque les années d'avant-guerre à celles de la libération. Il retrace les évolutions de la société française à travers le prisme d'individualités imparfaites. L'antihéros, campé par un Jean Dujardin impérial, mêlant capital sympathie naturel et rigueur de jeu, se révèle aussi moralement condamnable que pathétique et touchant. Pour autant, jamais le long-métrage n'entretient d'ambiguïté de regard vis-à-vis du collaborateur, nouvel avatar de la figure d'escroc chère au réalisateur. Mieux, en filigrane, il développe un propos en miroir avec l'actualité, courageux et stupéfiant de limpidité.
L'œil de Vichy
Loin de la reconstitution sage et appliquée, le long-métrage se pare d'une modernité de fond et de forme. Il dépeint un climat de violence feutrée où la haine se dissimule sous des oripeaux respectables. Un monde déliquescent, délesté de toute boussole morale, sombrant peu à peu dans l'horreur. La maladie qui contamine les protagonistes agit telle une épée de Damoclès symbolique suspendue au-dessus de leur tête. Ils ont beau faire la fête avec insouciance lors de scènes frénétiques, le mal est déjà à l'œuvre et n'épargnera rien ni personne. Sans prendre de gants, le réalisateur tisse ainsi des liens manifestes entre la situation nationale et internationale présente, et ce passé honteux. La montée d'un fascisme que certains préfèrent ne pas voir, par intérêt ou pour s'accrocher à une paix illusoire, ne peut que résonner. Cette dialectique passionnante n'entrave jamais un récit captivant et glaçant, spectaculaire et émouvant, hissant le cinéma populaire à un niveau d'exigence et d'intensité admirables.
Les Rayons et les ombres
De Xavier Giannoli (France, 3h15) avec Jean Dujardin, Nastya Golubeva, August Diehl...En salle le 18 mars 2026
