Soïo Mundo : tour du monde en 80 tours (de piste)
Festival gratuit / Wagogo, ohayashi, borrèias et rond de Saint-Vincent : tous ces termes ne sont peut-être pas de l'ordre du connu, mais on va sûrement aimer. Le festival de musiques du monde Soïo Mundo revient avec une programmation éclectique, qualitative et entièrement gratuite. What else ?
Photo : The Zawose queens | Photo : Michael Mbwambo
Cette année, c'est (entre autres) le duo tanzanien The Zawose queens qui tiendra le haut de l'affiche. Programmées vendredi 3 juillet à 20h, les deux descendantes du célèbre musicien Hukwe Zawose, Pendo et Leah rendront compte de la richesse du répertoire Wagogo, tradition musicale et dansante unique, originaire du centre de la Tanzanie. Place à des instruments pour le moins méconnus : violon chizeze, piano à pouces illimba et tambours ngoma, accompagnés par un chant expressif, en kigogo. L'ensemble peut, de prime abord, dérouter tant les techniques de chant polyphonique employées varient au cours d'un même morceau : parallélisme, canon, superposition d'ostinato et même parfois hoquet... Il faudra lâcher le réflexe pavlovien qui consiste à chercher une architecture du son connue pour privilégier une véritable rencontre.
Soïo Mundo, kézaco ?
Soïo Mundo est organisé par le Centre des musiques traditionnelles Rhône-Alpes (CMTRA), structure pionnière dans la reconnaissance des musiques de l'immigration et labellisé "Ethnopôle" par le ministère de la Culture. Le festival dédié aux musiques du monde a pris la suite du festival au long cours Les jeudis des musiques en 2024, après 26 éditions au jardin des Chartreux (Lyon 1er). En 2025, l'événement avait rassemblé 19 000 festivalières et festivaliers, avec en tête d'affiche le trio d'electro-afro-futuriste Lovana, le très festif groupe de rumba congolaise Balu & Borumba ou le projet franco-palestinien World beat wahad.
Musiques amplifiées
On change (presque) de continent dimanche 5 juillet à 18h30. Presque ? Ajate est un groupe de musique traditionnelle japonaise  - l'ohayashi - mâtinée d'afrobeat. On part donc d'une base musicale nipponne, celle des fêtes folkloriques jouées souvent au shinobue et taikos (tambours japonais) qu'on mêle sans s'imposer de quelconque entrave ou frontière avec la musique traditionnelle nigériane, le jazz, le highlife ghanéen et la funk. C'est une cuisine fusion étonnante, et pourtant, ça fonctionne très bien, surtout en live. Les cordes pincées offrent à entendre quelque chose de très rock tandis que les percussions dessinent ce pont entre les rythmiques afro et celles japonaises. Ajate s'est d'ailleurs forgé une réputation de machine à lives déjantés, festival après festival.
Samedi 4 juillet à 21h45, voyage à l'intersection de l'Europe et de l'Asie : nous vous avions déjà évoqué dans ces colonnes, à plusieurs reprises, l'excellent groupe Altin Gün, des Néerlandais proposant un rock/folk psychédélique s'inspirant de la musique moderne turque des années 1960 à 1970 (et qui passent d'ailleurs au Transbordeur mercredi 1er juillet). On peut retrouver un peu d'Altin Gün dans Meral Polat. Déjà , parce que les deux groupes ont en partage cet ancrage anatolien et kurde, associé à une composition moderne. Ensuite, parce qu'on trouve chez les deux un sens de la poésie, empreinte d'une nostalgie dansante. C'est là que s'arrête la comparaison, car là où Altin Gün s'inscrit dans un son plutôt groovy, véhicule à pogos et autres sautillements survoltés, Meral Polat fait infuser sa ''nu-trad'' dans une matière sonore souvent improvisée, portée par la voix puissante de sa chanteuse, tantôt éthérée, tantôt gémissante, et toujours hypnotique, célébrant les parcours résistants, en vertu du célèbre adage du parti des travailleuses et travailleurs kurdes « femme, vie, liberté ». Fort.
France got talent (and traditions)
Soïo Mundo célèbre aussi le patrimoine musical traditionnel français, avec le hip-hop réunionnais de Lwanbe (samedi 4 juillet à 20h), mais aussi avec les polyphonies occitanes réinventées de Caroline Dufau et Lila Fraysse. Cocanha puise dans le répertoire traditionnel occitan (rondèus gascons, sauts et branles béarnais, borrèias, danses de couple...) avant de le réarranger, de le tordre et même, à plusieurs endroits, de le réécrire. Cette formation s'inscrit dans ce répertoire qu'on appelle celui des "musiques amplifiées", mêlant la puissance du chant trad avec une sonorisation contemporaine, des passages rappés et des percussions accentuant les basses, rappelant un peu la pop actuelle. Ce sera jeudi 2 juillet à 20h30.
Cap sur un autre littoral français : la Bretagne et le renouveau des musiques bretonnes, une bonne façon de s'assurer que - comme le disent si bien les Fatals Picards - « Dans tous les concerts, de Nolwenn à Scorpion, y aura toujours [quelqu'un] avec un drapeau breton ». Blague à part, le groupe phare qui passera jeudi 2 juillet à 22h15 a bâti ses mélodies à partir des rythmiques typiques bretonnes (plinn, fisel, andro, hanter dro, rond de Saint‑Vincent...) et donne à entendre des morceaux qui ont quelque chose de jazz, très contemporains, aux textures electro, où la clarinette, le piano électrique (Fender Rhodes) et la basse fabriquent des montées en puissance d'une rare intensité. Une réinvention pure et dure du genre ; et pourtant, croyez-nous, on en a fait des festnoz.
Au-delà des seuls concerts au parc Blandan (dont nous n'avons évoqué qu'une petite partie), le festival se présente sous d'autres formes dans toute la ville, comme la soirée ¡Pulso! au Transbordeur, samedi 6 juin, gravitant autour de l'Amérique du Sud avec Carlala, Izem et Dan'île ainsi que Karissa (gratuit avant 20h). On peut aussi citer les ateliers : chant vocal créole avec Lwanbe, atelier danses traditionnelles pour bal folk, atelier de découverte du daf d'Iran ou atelier vocal de polyphonies occitanes... Il y aura aussi des animations : arbres à casques audio, plateau radio live, contes racontés aux enfants (et même aux adultes !). En bref, c'est une proposition de qualité qui sera déroulée quatre jours durant à Lyon. Une véritable chance, d'autant plus qu'elle est entièrement gratuite.
Festival Soïo Mundo
Du 2 au 5 juillet 2026 au Parc Blandan (Lyon 7e) ; gratuit

