Le rire par l'absurde

Exercice de style impossible : parler d’un spectacle à pleurer de rire sans en révéler la fin, mais en occultant aussi le milieu voire le début pour que le public arrive vierge de toute idée préconçue. On essaie avec l'inénarrable Monsieur Fraize. Nadja Pobel

Monsieur Fraize facilite notre travail visant à ne pas raconter son spectacle : lui-même ne raconte à peu près rien. N’allez cependant pas croire que son solo est ennuyeux et lénifiant. Il est précisément tout le contraire : hilarant et imprévisible. Sauf que le comédien n’a aucune envie d’être là et nous le fait savoir. Il entre à reculons sur une chanson de Julien Clerc, Partir. Puis prend le chanteur au mot et part. Il n’aura de cesse de faire des allers et retours, penaud, gêné d’être ici. Alors pour combler le temps, il nous raconte des choses, improvise avec le public et le lieu, l’observe, le commente. Puis, déjouant son auditoire, il parle en aparté à quelqu’un, lui montre son livre de photos de son chat. Vous verrez cela. Ou autre chose tant Monsieur Fraize semble insaisissable. Il esquisse des situations, les arrête dès qu’elles semblent fonctionner. Surtout ne pas s’installer. Ou alors faire traîner, étirer le temps jusqu’à provoquer le rire.

Notre préférence

Sans avoir l’air d’y toucher, Monsieur Fraize sait pourtant où il va. À la télévision, l’an dernier, il séduisait le jury de l’émission de Laurent Ruquier (un télé-crochet de comiques), et le laissait coi, interdit. Qualifié dix semaines de suite à ce casting, il abandonnait de lui-même l’expérience et retournait à la scène, une considérable notoriété supplémentaire dans sa besace. Bien plus intelligent qu’il s’en donne l’air dans son éternel pantalon de velours côtelé trop court (sa salopette rayée à lui), Monsieur Fraize sait qu’il va à l’encontre des professionnels du milieu « qui réclament un rire toutes les quatre secondes ». Il connaît la technique selon laquelle il faut mettre le moins bon sketch du spectacle au milieu, « car les gens ne s’en souviennent pas vu qu’ils sont pas fut’ fut’ ». Mais de ces présupposés, il se fout comme de sa dégaine. Monsieur Fraize fait ce qu’il veut. Il ne joue pas les séducteurs, n’invente pas de refrains à faire tourner sur les réseaux sociaux. Il est là et c’est déjà pas mal, car ça n’avait pas l’air simple pour lui de venir. Il ne ferait « pas ça tous les jours » nous confie-t-il dans une fausse lassitude. Mais nous, on viendrait bien le voir tous les soirs.

Monsieur Fraize, vendredi 30 novembre et samedi 1er décembre, à la Basse cour

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