All is lost

All is lost
De J. C. Chandor (EU, 1h46) avec Robert Redford

Le réalisateur de "Margin call" surprend avec cet étonnant huis clos à ciel ouvert où un homme seul, sans nom et sans passé, lutte pour sa survie face à un océan hostile. Un film d’aventures minimaliste qui est aussi un documentaire sur son acteur Robert Redford. Christophe Chabert

« Je suis désolé. » Ce sont les premiers mots que l’on entend dans All is lost, et ce seront quasiment les seuls. Ils proviennent d’une lettre rédigée, après huit jours de survie, et au moment où il pense que « tout est perdu », par un homme dont on ne saura rien : ni son nom, ni son passé, ni le pourquoi de sa présence sur un voilier de plaisance baptisé le Virginia Jean qui a eu le malheur de heurter un container de baskets coréennes à la dérive.

Cet homme, « notre homm e» comme il est écrit au générique de fin, c’est Robert Redford. L’acteur, que l’on ne voyait plus trop sur les écrans sinon dans ses propres films mais dont on connaissait l’activisme (controversé) au sein du festival de Sundance, est donc seul à l’écran pendant une heure quarante. Et il y est impressionnant, magistral, fascinant. J. C. Chandor remet Redford non seulement au cœur d’un film, mais aussi au cœur de la légende du cinéma américain, aux côtés de Newman, Pacino, De Niro ; et All is lost, en plus d’être un passionnant film d’aventures minimaliste à côté duquel Gravity paraît presque emphatique, est un formidable documentaire sur le comédien Redford au travail.

L’humain à la dérive

Car face à la catastrophe qui se profile, le personnage – et donc l’acteur – reste d’un professionnalisme imperturbable, refusant de céder à la panique, tentant de sauver ce qui est encore sauvable : le bateau, puis un canot de survie et enfin lui-même. La caméra ne s’éloigne jamais de lui, sinon pour quelques plongées zénithales soulignant sa solitude au milieu de l’océan ; ou l’inverse, des contres plongées sous-marines où la faune aquatique poursuit, imperturbable, son cours.

Car si le récit adopte la linéarité d’un film catastrophe réduit à sa plus simple expression et à un mode de narration purement visuel, Chandor parvient à développer sans jamais le souligner un sous-texte qui lui confère une toute autre portée : entre cet ordre naturel et l’ordre économique, qui suit un flux qu’aucun accident ne doit venir perturber, l’humain n’est plus qu’une pièce rapportée, un élément en trop dont la perte est négligeable.

Comme dans son précédent Margin call, le geste de Chandor est de rendre, par la seule force du cinéma, sa dignité et sa grandeur à cette humanité perdue, à qui il suffirait de tendre la main pour la sortir définitivement des abîmes dans lesquels elle s’enfonce.

All is lost
De J. C. Chandor (ÉU, 1h40) avec Robert Redford.

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