Trois perles noires signées Joseph L. Mankiewicz

Piochés dans une carrière où l’éclectisme des genres le dispute à la maîtrise formelle et à l’élégance visuelle, les trois films de Mankiewicz proposés par le Ciné-club rappellent combien moderne (et essentiel) demeure son cinéma. On fonce !

On vitupère souvent les "fils et filles de…" dans le milieu du cinéma, en feignant d’oublier que le 7e art fut conçu par deux frères. Certes, il n’est pas rare de retrouver des fratries œuvrant conjointement derrière la caméra (des Coen aux Safdie, des Boukherma aux Nasser…) mais les Mankiewicz constituent une exception notable. L’aîné Herman (1897-1953) – le "Mank" auquel Fincher a consacré un biopic – fut le premier à percer à Hollywood comme scénariste, coécrivant Citizen Kane avec Welles. S’il incita son puîné à venir tenter sa chance, Joseph Leo (1909-1993) travailla de son côté, le surclassa en quelques années en devenant auteur à succès, producteur de prestige, et dès 1946 un prolifique réalisateur – 16 films en 13 ans, pour la plupart tous des classiques – avant de ralentir la cadence et de se retirer en 1972 sans céder au "film de trop". Choisir trois œuvres seulement dans sa filmographie tient de la torture ou de l’exploit ; un de plus pour le Ciné-club.

Trois perles noires

Adapté de Tennessee Williams, Soudain l’été dernier (mercredi 13 avril à 20h) est un thriller psychanalytique aussi fascinant par sa beauté – celle des comédiens sublimés par la photo de Jack Hildyard – que par la trouble noirceur d’une histoire où les malades ne sont pas qui l’on pense, et où le désir mâtiné d’interdit peut se transformer en poison fatal. Moins sombre en apparence, Chaînes conjugales (4 mai 20h) écorne joyeusement les institutions maritales en se jouant des hypocrisies américaines et du Code Hays ; sa narration en voix off par un personnage invisible (Desperate Housewives n’a rien inventé) et la révélation Kirk Douglas en font un incontournable. Enfin, dans L’Affaire Cicéron (11 mai à 20h), JLM réinvente le film d’espionnage avec James Mason et Danielle Darrieux ; l’humain passe avant l’idéologie à travers un récit romantique non dépourvu d’ironie tragique. À enchaîner sans discuter.

Cycle Joseph L. Mankiewicz projections les 13 avril, 4 mai et 11 mai au cinéma Juliet-Berto, 5, 5€/7€/12€

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