Carlos

ECRANS | Olivier Assayas surprend et enthousiasme avec cette œuvre monstre retraçant l’itinéraire du célèbre terroriste international, de sa «naissance» à sa chute, avec un indiscutable sens de l’action et de l’épique. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 2 juillet 2010

Tout d'abord, précisons que ce Carlos-là est la version cinéma d'une trilogie télévisuelle de 5h30. S'il est conseillé de se procurer le DVD proposant l'intégrale, on ne peut que pousser à aller voir ce digest sur grand écran, ne serait-ce que pour apprécier le beau cinémascope utilisé par Assayas, définitivement inadapté à l'expérience télé. Au-delà de ces considérations finalement négligeables (et ayant déjà empoisonné sa sélection cannoise), Carlos témoigne de ce qui arrive quand un cinéaste mineur (et on reste poli), au formalisme embarrassant de vanité, croise soudain un sujet en or qui non seulement transcende son cinéma, mais éclaire d'une légitimité nouvelle son style. Cette reconstitution épique et fiévreuse du parcours d'Ilich Ramirez Sanchez dit Carlos, révolutionnaire beau gosse devenu terroriste international puis spectre avachi de sa propre légende, est un vrai film d'action. Non seulement parce qu'il réserve quelques inoubliables morceaux de bravoure (le carnage de la rue Toullier, la prise d'otages de l'OPEP), mais aussi parce que les personnages sont saisis dans un mouvement perpétuel, ce que la caméra agitée d'Assayas retranscrit à la perfection.

Un Tony Montana du terrorisme

La fiction pourrait être asphyxiée par ce souci factuel et cette absence de recul ; mais, au contraire, c'est une fine réflexion sur le déclin de l'idéal révolutionnaire que le récit dessine. Le film le saisit d'abord en jeune chien fou prêt à tout pour intégrer la cause pro-palestinienne. Homme de l'ombre, intrépide et réfléchi, Carlos apparaît à l'écran comme une icône vivant dans un narcissisme extrême, une contemplation satisfaite de lui-même, de ses idées, de son charme — en témoigne ce moment où il se lève nu et va se regarder fièrement dans un miroir. Alors que son ascension paraît sans limite, son péché sera d'accepter de l'argent plutôt que de se sacrifier pour la cause ; ce pacte capitaliste le condamne à l'errance, star encombrante d'une révolution dont plus personne ne veut. En transparence, c'est le triomphe de l'Ouest sur l'Est, de la social-démocratie sur le communisme, qui apparaît derrière le Carlos d'Assayas (et de son acteur, l'impressionnant Edgar Ramirez). La fascination qu'il exerce sur le spectateur n'exonère pas le film d'une issue morale, comme si l'ivresse procurée par cette œuvre démente devait durer jusqu'à la gueule de bois.

Carlos
D'Olivier Assayas (Fr, 2h45) avec Edgar Ramirez, Alexander Scheer…

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"Joel, une enfance en Patagonie" : un village pas très classe

ECRANS | de Carlos Sorín (Arg, 1h39) avec Victoria Almeida, Diego Gentile, Joel Noguera…

Vincent Raymond | Mercredi 3 juillet 2019

Cecilia et Diego ont enfin reçu une réponse favorable à leur demande d’adoption. L’enfant qu’on leur propose a 9 ans, et un passé chargé qui l’a traumatisé. Si eux l’acceptent avec amour, il n’en va pas de même pour le petit village glacial de Patagonie où ils viennent d’emménager… Est-ce le fait, pour le moins inhabituel, de voir une population sud-américaine évoluer dans un décor digne des pays nordiques (pourtant, c’est cela la Patagonie) ? Toujours est-il que ce film donne une impression de décalage, comme si l’histoire ne se déroulait pas au bon endroit. Un sentiment à prendre avec des pincettes car il peut tout aussi bien signifier que le potentiel de Joel… sera pleinement développé lorsque le film sera transposé dans un autre contexte à l’occasion d’un remake nord-américain ou européen (vu la trame, les possibilités sont hélas infinies). Ou bien que le malaise suscité par l’enfant, issu d’une famille marginale, a par capillarité diffusé dans tout le film. Car même si Joel… paraît un peu bancal, avec son développement un peu lent, l’essentiel est ailleurs : la description d’une exclusion banale, avec u

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"Yuli" : coup de barre

ECRANS | de Icíar Bollaín (Esp, 1h50) avec Carlos Acosta, Santiago Alfonso, Kevyin Martínez…

Vincent Raymond | Mardi 16 juillet 2019

Né dans une famille cubaine modeste, Carlos Acosta manifeste dès sa plus tendre enfance un talent inné pour la danse, qu’il pratique dans les rues. Forcé par son père à suivre des cours classiques, il devient le premier danseur étoile noir du Royal Ballet de Londres… Qui dit film sur un danseur/une danseuse dit forcément vocation contrariée par une autorité maltraitante. Soit un père (Billy Elliot), soit un double maléfique ou un maître de ballet pervers manipulateur (Black Swan), soit un État totalitaire (Noureev, pour citer le dernier en date). Même la prof de danse de la série Fame réclamait qu’on la paie en monnaie de sueur, c’est dire. Autrement dit, la danse est une école de souffrance pour masochistes et celles et ceux qui aiment à contempler ses pratiquants, rien moins que des sadiques. D’accord, on grossit un peu le trait, mais que dire d’autre de ce biopic si conventionnel ? Oui, Carlos aura été "le premier", il a bénéficié du concours d’un père opiniâtre et viva

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"Nuestro tiempo" : scènes (mexicaines) de la vie conjugale

ECRANS | de et avec Carlos Reygadas (Mex-Fr, 2h58) avec également Natalia López…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Poète reconnu, Juan s’est établi comme éleveur de taureaux de combat dans un vaste ranch familial. Lorsqu’il découvre que son épouse Esther a entamé une liaison avec un dresseur de chevaux, cet apôtre des mœurs libres les incite à vivre leur histoire. Très vite pourtant, il supporte mal leur romance… Apparu peu ou prou au même moment que ses trois compatriotes (del Toro, Cuarón et Iñárritu) dans le spectre du cinéma mondial, Carlos Reygadas est le premier à avoir émergé régulièrement sur les scènes festivalières et le seul à ce jour à n’avoir jamais conquis d’Oscar. À la différence de ses camarades lorgnant volontiers de l’autre côté du Rio Grande et se fondant dans la culture étasunienne, Carlos s’est en effet enfoncé à chaque fois plus intensément dans celle de son pays, s’investissant dans des projets où la dimension intime et auto-fictionnelle paraît grandissante. Ici, il interprète le mari plutôt antipathique piégé par sa jalousie, cet intello se piquant d’élevage, ce bobo rêvant d’une vie en bottes. Et se montre dans la peau du voyeur, du manipulateur à la petite semaine, mettant en scène un hypothétique consentement dans l’espoir inav

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"Doubles vies" : Olivier Assayas sous les couvertures...

ECRANS | de Olivier Assayas (Fr, 1h48) avec Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Dirigeant avec pugnacité et passion une maison d’édition, Alain (Guillaume Canet) s’interroge : sur ses publications – il vient de refuser l’énième opus de son ami nombriliste Léonard (Vincent Macaigne) –, sur l’évolution de son métier à l’heure du numérique, sur le couple qu’il forme avec Séléna (Juliette Binoche), une comédienne de série… Bonne nouvelle : après l’éprouvant Personal Shopper, Olivier Assayas a tourné la page pour évoquer en français deux sujets on ne peut plus hexagonaux : les chassés-croisés amoureux et le milieu du livre – deux passions tricolores qui se croiseront prochainement à nouveau dans Le Mystère Henri Pick de Rémi Bezançon prévu pour le 6 mars. L’approche est habile, car on ne sait en définitive s’il s’agit d’une réflexion profonde sur les mutations des industries culturelles (s’apprêtant, après avoir glissé du monde des lettres à celui des chiffres, à basculer dans celui, binaire, de la digitalisation) pas

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Carlos Saldanha : « En animation, la personnalité prend le pas sur l’aspect de l’animal »

ECRANS | Avec "Ferdinand", le sympathique créateur de "Rio" adapte pour la Fox un classique de la littérature enfantine ayant déjà inspiré les studios Disney… nouveaux patrons de la Fox. Un film familial qui reste dans la famille, en somme.

Vincent Raymond | Lundi 18 décembre 2017

Carlos Saldanha : « En animation, la personnalité prend le pas sur l’aspect de l’animal »

Qu’est-ce qui vous convaincu de signer cette nouvelle adaptation animée de l’histoire de Ferdinand le taureau ? Votre lecture du livre ? Carlos Saldanha : Au Brésil, le livre de 1936 était moins connu qu’aux États-Unis. La première fois que j’ai entendu parler de l’histoire de Ferdinand, c’est à travers le court-métrage de 1938. Je l’ai vu à la télévision, sur les chaînes pour enfants. Quand je suis arrivé aux États-Unis, mes enfants ont lu cette histoire à l’école. Leurs copains de classe l’avaient déjà lue avec leurs parents, lesquels l’avaient lue avec leurs propres parents quand ils étaient petits. Plusieurs générations connaissaient donc cette histoire. Alors le jour où la Fox m’a dit avoir acquis les droits du livre et m’a demandé si en faire un film d’animation m’intéressait, j’ai été emballé par l’idée – en mesurant le défi immense d’adapter un classique. Comme c’était la première fois que j’adaptais un livre – mes films précédents, L’Âge de glace, Robots, Rio, étaient basés sur des i

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"Ferdinand" : les adieux à l’arène

ECRANS | de Carlos Saldanha (E.-U., 1h46) animation

Vincent Raymond | Lundi 18 décembre 2017

Depuis sa naissance, le taureau Ferdinand sait qu’il est destiné à combattre dans une arène. Mais à la différence de ses congénères, le jeune bovin préfère les fleurs à la violence. Alors il s’enfuit et grandit auprès d’une petite fille. Jusqu’au jour tragique où on le renvoie à son étable d’origine… Imaginé en 1936 par Munro Leaf, adapté par Dick Rickard en format court pour les studios Disney en 1938, ce petit conte a pris du volume entre les mains du réalisateur brésilien Carlos Saldanha (à qui l'on doit notamment les films Rio) qui, sans en changer l’esprit, l’a accommodé à l’air du temps. Il assume en effet d’y présenter la corrida comme un spectacle barbare ; quant au matador, il en prend davantage pour son grade que dans la chanson de Cabrel. Certes, cette version dilatée a recours à quelques facilités, notamment du côté des comparses du héros, tous déjà vus ailleurs sous des formes diverses : la gentille gamine qui l’adopte est d’un modèle standard, la vieille bique qui le coache évoque un mixte de Maître Yoda et d’Abraham Simpson ; enfin le trio de hérissons débrouillards ressemble, épines en sus, aux Pingouins de M

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"Gold" : mauvaise pioche cher Matthew McConaughey

ECRANS | de Stephen Gaghan (É.-U., 2h01) avec Matthew McConaughey, Bryce Dallas Howard, Édgar Ramírez…

Vincent Raymond | Mardi 18 avril 2017

Héritier poissard d’une famille de chercheurs d’or, Kenny Wells joue son va-tout en s’associant avec un géologue mystique… et découvre un filon extraordinaire en Indonésie. Devenu du jour au lendemain la coqueluche de Wall Street, il va pourtant choir pour escroquerie. Les Étasuniens raffolent de ce genre de conte de fées vantant l’obstination malgré les embûches : plus l’on trébuche, plus la sonnante récompense le sera aussi. Mais pour que ce conte "prenne" chez nous, il faut un minimum de notoriété du protagoniste, un destin réellement hors du commun ou bien un film résolument exceptionnel. Pas de veine, ce n’est pas le cas avec ce pensum dont on se moque comme un orpailleur de sa première pépite de pyrite de fer : le désir de revanche d’un fissapapa ruiné n’a rien d’exaltant. L’interprétation ne sauve rien : la mine des mauvais jours, Matthew McConaughey, en version chauve et bedonnante, semble mal remis de son Oscar. Moulinant des bras quand il n’écarquille pas des yeux figé sur place, il se perd dans un épouvantable jeu à la Tom Cruise. Seul intérêt du film : les costumes et décors, permettant de s’initier au vrai chic des nouveaux rich

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Le Ministère Pimenté est de retour avec DJ Mellow

Soirée | Rendez-vous samedi 25 mars au Drak Art pour retrouver ce fameux collectif de DJs locaux adeptes de musiques tropicales modernes.

Damien Grimbert | Mardi 21 mars 2017

Le Ministère Pimenté est de retour avec DJ Mellow

Depuis l’arrêt à l’automne dernier de leur fameuse résidence du mercredi au Canberra, on était restés sans nouvelles du Ministère Pimenté, foisonnant collectif de DJs locaux défendant avec ferveur les musiques tropicales modernes dans toute leur diversité – dancehall, grime, afrobeats, tropical bass, UK house, club music, jungle, ghetto funk… Avec l’arrivée du printemps, les voici enfin de retour au grand complet, le temps d’un Samedi (25 mars, à 23h) Pimenté exceptionnel au Drak-Art qui s’annonce propice aux pas de danse chaloupés. Une bonne nouvelle ne venant jamais seule, on retrouvera au line-up, aux côtés des dix DJs du Ministère, l’excellent DJ Mellow (en photo), co-fondateur du label bruxellois Lowup et spécialiste incontesté des rencontres entre bass music et sonorités afro-caribéennes, ainsi que BJF, jeune recrue du très bon blog musical Couvre x Chefs et des soirées Plage Club de Nancy qui se chargera pour sa part du warm-up de la soirée.

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"Personal Shopper" : Assayas invente le film fantastique-lol

ECRANS | de Olivier Assayas (Fr., 1h45) avec Kristen Stewart, Lars Eidinger, Sigrid Bouaziz…

Vincent Raymond | Mardi 13 décembre 2016

Avec Personal Shopper, Olivier Assayas s’essaie au "film fantastique-lol", truc si improbable qu’il devrait prêter à rire tant il se prend indûment au sérieux. Las, d’aucuns lui ont dû lui trouver une insondable profondeur, une beauté ineffable, au point de le juger digne de figurer dans un palmarès. En découle un aberrant Prix de la mise en scène à Cannes, dépouillant de fait Cristian Mungiu de l’intégrité de ses justifiés lauriers pour Baccalauréat. On suit donc ici une jeune Américaine, Maureen, chargée de garnir la penderie parisienne d’une quelconque vedette, entre une session d’emplettes et une vague séance de spiritisme. Car Maureen, plus ou moins médium ayant perdu son frère jumeau, guette sa manifestation post mortem… Prolongation morne et inutile du ticket Kristen Stewart-Olivier Assayas, après l’inégal

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Argentina

ECRANS | De Carlos Saura (Esp/Arg/Fr, 1h30) avec Chaqueño Palavecino, Soledad Pastorutti, Jairo…

Vincent Raymond | Mardi 22 décembre 2015

Argentina

Les aficionados des musiques et danses argentines apprécieront comme un présent de Noël le cadeau que leur délivre ici Carlos Saura à la façon d’un spectacle-encyclopédie. Mais quid des autres ? Le réalisateur espagnol capte comme un show télévisé rudimentaire des années 1970 (les applaudissements enregistrés en moins) une suite de numéros chorégraphiques et de mélopées, s’enchaînant avec une monotonie consternante dans un parfait coq-à-l’âne – les liaisons étant réduites à la portion congrue. Le néophyte restera totalement hermétique à ces étranges disciplines, qui réclament des danseurs (pour certains des sosies d’Hugues Aufray), lorsqu’ils ont des chaussures, qu’ils se tordent les chevilles en gémissant. Quel dommage de ne pas avoir été capable de transmettre le feu et la passion qui se devinent pourtant – comme l’avait fait Wenders dans son fascinant Pina (2011) et même… Saura dans Carmen (1983). On sauvera juste une "chacacera" saisissante, où le piano devient un instrument à sonorités variables, grâce à son interprète qui le transforme en percussion, avant de moduler des accords avec génie. Sortie le 30 décembre

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La Niña de fuego

ECRANS | Deuxième film du dessinateur de BD espagnol Carlos Vermut, "La Niña de fuego" impressionne par sa beauté vénéneuse, sa construction mystérieuse et sa singularité cinématographique, faisant pleinement confiance au spectateur pour s’orienter dans son labyrinthe. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 juillet 2015

La Niña de fuego

Il est finalement assez rare de voir débarquer sur les écrans un pur ovni, un film qui ne ressemble à aucun autre et qui se paye même le luxe de prendre à rebrousse-poil toutes les modes actuelles. C’est d’autant plus délectable que La Niña de fuego est un deuxième film signé par un inconnu qui possède manifestement une certaine réputation dans son pays, l’Espagne, en tant que dessinateur de BD. Cette notation biographique-là pourrait pousser paresseusement à expliquer son goût des cadres fixes et rigoureux ; on est pourtant tout aussi loin de l’idée de cases que de la pratique de certains cinéastes autrichiens, avides de plans implacables enfermant les personnages dans des prisons filmiques. Ce qui intéresse Carlos Vermut, ce n’est pas tant ce qui s’exprime à l’intérieur des plans que ce qui n’y figure pas ; et lorsqu’il pratique des ruptures spectaculaires d’axe, comme dans un prologue étrange qui ne trouvera d’écho qu’en toute fin de métrage, c’est pour faire circuler du mystère et de la magie. « Magical girl » : c’est le surnom d’une héroïne de manga qui fascine une jeune fille de 12 ans, Alicia, atteinte d’une leucémie. Son père aimerai

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Deux ans et tous ses piments

MUSIQUES | L'incontournable soirée hebdomadaire du mercredi fête ses deux ans avec l’intégralité des résidents du Canberra aux platines.

Damien Grimbert | Lundi 27 avril 2015

Deux ans et tous ses piments

Apparus sans crier gare au printemps 2013, les Mercredis pimentés se sont rapidement imposés comme la soirée incontournable du milieu de semaine à Grenoble. Il faut dire aussi que ses atouts ne manquent pas : un cadre idyllique en plein air (l’immense terrasse en hauteur du Canberra, qui jouxte la piscine du campus), un sound-system au son à la fois propre et massif et quatre équipes de DJs se passant le relais de semaine en semaine pour diffuser une sélection musicale rafraîchissante (dancehall, tropical, grime, bass music, afrobeats, jungle, cumbia, jersey club, reggaeton, UK house, ghetto funk, électro-swing et on en passe). Toutes les conditions étaient donc réunies pour aboutir à une ambiance à la fois chaleureuse, festive et décontractée. Après un premier anniversaire qui avait déjà mis la barre très haut l'an passé, ce second mercredi 29 avril promet de battre de nouveaux records : BBQ light-shows, fumée, lance-flammes, concours en tout genre (limbo, street-golf, twerking…), et bien sûr l’intégralité des résidents du lieu aux platines.

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La Belle jeunesse

ECRANS | Jaime Rosales continue son chemin très personnel fait d’expérimentations formelles et de constat socio-politique sur l’Espagne actuelle, même si "La Belle jeunesse", hormis quelques éclairs de génie dans la mise en scène, patauge un peu dans un naturalisme éventé. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 décembre 2014

La Belle jeunesse

Filmer la crise en Espagne, ses conséquences sur une jeunesse qui tente, malgré les impasses sociales, d’avancer et d’élaborer un projet d’avenir : c’est l’ambition de Jaime Rosales et c’est plutôt étonnant de le voir viser si frontalement une question d’actualité. Jusqu’ici, son cinéma parlait de son pays de biais, à travers des dispositifs formels très forts : les split screens de La Soledad, les plans-séquences au téléobjectif d’Un tir dans la tête, le noir et blanc et les ellipses de Rêve et silence. Cinéaste passionnant, Rosales est aussi un metteur en scène aventureux et en quête d’expérimentations. Sa façon de suivre Natalia et Carlos, le couple de La Belle jeunesse en quête laborieuse de jobs foireux et mal payés, surprend donc par le cliché visuel qui lui sert de forme : caméra à l’épaule et image HD mal éclairée, soit l’ordinaire d’un naturalisme dont nous Français avons sérieusement fait le tour. Rosales tient donc l

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Sils Maria

ECRANS | D’Olivier Assayas (Fr, 2h03) avec Juliette Binoche, Kristen Stewart…

Christophe Chabert | Mardi 19 août 2014

Sils Maria

La prétention qui suinte de la première à la dernière image de Sils Maria ne surprendra pas ceux qui, comme nous, ont pris en grippe le cinéma d’Olivier Assayas. Il y raconte, sans le moindre scrupule de crédibilité, comment une star entre deux âges (Juliette Binoche, qui pose tout du long en alter ego de Juliette Binoche) décide de reprendre la pièce qui l’a rendue célèbre et dont l’auteur s’est éteint, comme par hasard, au moment où elle allait lui rendre hommage en Suisse. Elle laisse le rôle de la jeune première à une nymphette hollywoodienne (Chloë Grace Moretz) et endosse celui de la femme mûre, ce qui déclenche chez elle un psychodrame dont le souffre-douleur sera son assistante (Kristen Stewart, la seule à surnager en adoptant un très respectable profil bas au milieu du désastre). « Tu l’as vu, mon Persona ? » (film de Bergman) nous susurre Assayas tout du long avec une finesse éléphantesque, des coquetteries stylistiques de grand auteur (le faux film muet, la musique classique) et une manière très désagréable de désigner ce qui est de l’art et ce qui n’en est pas. Les blockbusters de super-héros ? Des merdes à regarder avec des lunettes 3D ridi

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Cannes 2014, jours 9 et 10 : La fin - enfin !

ECRANS | "Jimmy’s hall" de Ken Loach (sortie le 2 juillet). "Alleluia" de Fabrice Du Welz (date de sortie non communiquée). "Whiplash" de Damien Chazelle (sortie le 24 décembre). "Sils Maria" d’Olivier Assayas (sortie le 20 août). "Leviathan" d’Andrei Zviaguintsev (sortie le 24 septembre).

Christophe Chabert | Dimanche 25 mai 2014

Cannes 2014, jours 9 et 10 : La fin - enfin !

Il faut savoir arrêter une guerre, dit-on. Un festival de cinéma aussi, avec comme bilan chiffré 32 films vus (plus trois vus avant d’y aller), et quelques blessés légers — après une telle foire, on se dit chaque année qu’on ne nous y reprendra plus. Et, quand on relit ce qu’on a écrit à chaud, on se lamente de notre propre médiocrité en se répétant obstinément que ce métier est aussi vain que stupide — peut-être la conséquence de cette arrogance insupportable qui règne à Cannes, où personne ne salue les gens qui travaillent à faire vivre le festival, mais où tout le monde saute au cou du premier imbécile friqué venu. Film de combat Il faut savoir arrêter une guerre. Oui, mais après, comment fait-on pour réconcilier les combattants ? C’est la question posée par Ken Loach dans son dernier film, Jimmy’s Hall — son dernier, disait-il avant de le présenter, mais ça avait l’air moins clair lors de la conférence de presse. Ce n’est pas une suite au Vent se lève, mais un prolongement, ce moment où, la guerre terminée, la nation irlandaise, divisée par des crimes fratricides, doit réapprendre à vivre ensemble et reformer une communaut

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Post Tenebras Lux

ECRANS | De Carlos Reygadas (Mex, 1h53) avec Rut Reygadas, Eleazar Reygadas…

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Post Tenebras Lux

Une petite fille qui court dans un ciel zébré d’éclairs en murmurant « perro, perro… » ; un diable rouge qui s’avance avec une caisse à outils dans une maison ; un couple qui se rémémore sa visite dans un sauna échangiste français ; un homme qui s’arrache la tête à mains nues… Autant d’images, à la fois indélébiles et un peu débiles, qui constellent le dernier film de Carlos Reygadas, couronné par un généreux Prix de la mise en scène à Cannes après s’être fait lyncher par la presse. Cela résume assez bien le problème : Post Tenebras Lux est un film pour festivals qui s’ingénie à en reprendre les scories – radicalité formelle, récit avançant par blocs de séquences disjointes, ésotérisme volontaire du propos, discours politique naïvement provocateur – quand il ne copie pas carrément sur ses voisins – de Weerasethakul à Sokourov en passant par Lars Von Trier. Reygadas vaut mieux que cela, ses œuvres précédentes – et même son stupéfiant court pour le film à sketchs

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"Les Amants passagers" : Pedro Almodóvar en mode low cost

ECRANS | De Pedro Almodóvar (Esp, 1h31) avec Javier Camara, Carlos Areces…

Christophe Chabert | Jeudi 21 mars 2013

Après un incident technique, un avion est en perdition au-dessus de Tolède, attendant une solution pour un atterrissage forcé. Le personnel de bord, stewards plus ou moins ouvertement pédés, drogue les passagers de la classe éco et tente de régler la situation avec les "privilégiés" (un tueur, un banquier corrompu, une mère maquerelle, un couple en voyage de noces, un homme volage). On voit bien la métaphore filée par Pedro Almodóvar derrière ce récit de pure fantaisie : alors que les mœurs évoluent en Espagne (un des stewards a même un mari !), l’économie régresse vers un archaïsme de classe dirigé par des puissants en pleine déréliction. Point de vue intéressant, mais qui se heurte très vite au désir du cinéaste de retrouver l’esprit movida de ses premiers films. Ce maître du scénario invente ainsi un récit complètement décousu, qui n’avance pas vraiment et se contente d’empiler les saynètes inégales. Les Amants passagers ne trouve jamais sa vitesse de croisière, même si l’ensemble n’est jamais déplaisant à suivre. Alors que

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Zero Dark Thirty

ECRANS | Sur la traque de Ben Laden par une jeune agent de la CIA, Kathryn Bigelow signe un blockbuster pour adultes, complexe dans son propos, puissant dans sa mise en scène de l’action, personnel dans le traitement de son personnage principal. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 17 janvier 2013

Zero Dark Thirty

Dans Démineurs, Kathryn Bigelow montrait avec un mélange de fascination et de distance critique le travail de quelques GIs en Irak drogués à l’adrénaline guerrière. La soif d’action et d’efficacité de la cinéaste concordait avec leur propre plaisir du danger, jusqu’à ce qu’un vide existentiel vienne les aspirer dans la dernière séquence. Zero Dark Thirty est comme une variation autour du même thème, à ceci près que le sujet est encore plus explosif : comment, durant dix longues années, Maya (Jessica Chastain), va pister Oussama Ben Laden, d’abord comme une jeune agent de la CIA intégrant une équipe chevronnée, puis seule face à l’inertie de sa hiérarchie. Écrit en épisodes scandés par les nombreuses défaites occidentales contre cet ennemi fantomatique, Zero Dark Thirty raconte dans un même geste l’enquête, ses erreurs, ses impasses et son succès final, et l’apprentissage de Maya, ce qui pour Bigelow revient à lui conférer l’aura d’une héroïne. Défaite intérieure Dès le premier mouvement, une longue et éprouvante séquence de torture : May

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Jours de pêche en Patagonie

ECRANS | De Carlos Sorin (Arg, 1h18) avec Alejandro Awada, Victoria Almeida…

Christophe Chabert | Jeudi 20 décembre 2012

Jours de pêche en Patagonie

La Patagonie, Carlos Sorin la connaît bien ; c’est là qu’il tourna le film qui l’a rendu célèbre – et qu’il n’a jamais réussi à dépasser depuis – Historias Minimas. Jours de pêche en Patagonie est aussi une de ces "petites histoires" façon Raymond Carver. Un quinquagénaire prend la route pour s’offrir un week-end de pêche au requin, mais ce n’est qu’un prétexte pour retrouver sa fille, qu’il n’a pas vue depuis longtemps. Mauvais mari, alcoolique repenti, Marco tente maladroitement de renouer le contact et cela donne quelques séquences d’une belle justesse, très bien écrites et interprétées au cordeau, où les silences trahissent tout le ressentiment de la fille envers son père. Sorin emporte le morceau par la modestie de son propos et son amour pour ses personnages ordinaires, notamment quelques beaux seconds rôles comme ce manager grande gueule d’une boxeuse taciturne, eux aussi promis à la désillusion. Christophe Chabert

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Après mai

ECRANS | D’Olivier Assayas (Fr, 2h02) avec Clément Métayer, Lola Creton, Carole Combes…

Christophe Chabert | Mercredi 7 novembre 2012

Après mai

De L’Eau froide à Carlos, la révolution politique avortée des années 70 hante le cinéma d’Olivier Assayas. Aujourd’hui, il s’y attaque de front à travers un récit aux relents autobiographiques où la jeunesse de son époque prend la route et le maquis pour contester la société conservatrice et prôner le marxisme et le maoïsme. Ce devrait être une fresque portée par un souffle romanesque fort ; ce n’est à l’arrivée qu’un film d’Assayas, où les états d’âme amoureux des personnages prennent le pas sur l’esprit d’une période, réduite à un simple folklore. Aux clichés hallucinants des scènes d’ouverture (manif, gaz lacrymo, pochettes de disques rock, lycéen faisant de la peinture abstraite dans sa chambre, créature garrellienne en longue robe blanche ânonnant un texte incompréhensible) succède un récit mal raconté, bourré de symboles transparents (la jeunesse se consume, alors tout brûle autour d’elle) et joué par des acteurs peu convaincants (exception faite de Lola Creton). Surtout, le film prend acte d’une démission de son auteur face à son sujet : Gilles, alter

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À cœur ouvert

ECRANS | De Marion Laine (Fr, 1h28) avec Juliette Binoche, Edgar Ramirez…

Aurélien Martinez | Mardi 17 juillet 2012

À cœur ouvert

Un couple de chirurgiens spécialisés dans les opérations du cœur s’aime, puis se déchire, l’alcoolisme du mari entrant en conflit avec la maternité non désirée de sa femme. Sur le papier, c’est assez banal, et c’est effectivement tout le problème : Marion Laine ne sait jamais trop s’il faut contourner le cliché (option psychodrame) ou s’y enfoncer (option mélodrame), et À cœur ouvert louvoie longuement entre ces deux écueils, jusqu’à un dernier acte complètement raté, avec une embardée onirique mal maîtrisée et passablement cucul. Pourtant, dans la première partie, elle réussissait l’impossible : rendre crédible à l’écran le couple Binoche-Ramirez, en arrivant à instaurer une troublante complicité physique entre eux. Si elle s’était contentée de suivre ce fil-là (le détail amoureux et sa destruction), si elle ne l’avait recouvert d’une pelle de psychologie facile, elle aurait sans doute transcender ce que son argument avait d’anecdotique. C’est, à l’arrivée, très loin d’être le cas. Christophe Chabert

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Revolucion

ECRANS | De Gael Garcia Bernal, Carlos Reygadas, Rodrigo Pla, Rodrigo Garcia… (Mex, 1h50)

François Cau | Vendredi 6 mai 2011

Revolucion

Le film collectif à thème semble condamné à produire des œuvres inégales, et c’est une fois de plus le cas avec Revolucion, évocation du centenaire de la révolution mexicaine par la crème des cinéastes locaux. On est même dans le bas du panier, puisque peu de courts-métrages méritent vraiment qu’on s’y arrête. Certains réalisateurs se saisissent de l’occasion pour faire du style sans véritable fond (c’est plutôt bien avec Gerardo Naranjo, plutôt nul avec Rodrigo Garcia, qui conclue le film par un clip esthétisant assez ridicule), d’autres veulent faire passer un message mais oublient de le mettre en scène. Globalement, tous donnent de la révolution mexicaine une vision au mieux nostalgique, au pire résignée. Emblématique, le segment (pas mal du tout) de Rodrigo Pla où un héritier de la révolution mexicaine est promené comme un pantin de cérémonies commémoratives en festivités ringardes, sans jamais avoir le droit de s’exprimer. Le seul cinéaste qui pense que la révolution est encore possible, ici et maintenant, c’est Carlos Reygadas. Son film, furieux, anarchique, explosif, montre le peuple mexicain se réunir pour un grand raout transgressif aux abords d’une maison protégée et inac

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