"Tomboy" : naissance d'une cinéaste

ECRANS | De Céline Sciamma (Fr, 1h22) avec Zoé Héran, Malonn Levana…

Christophe Chabert | Mercredi 13 avril 2011

« — Comment tu t'appelles ? — Mickaël. » C'est ainsi que le tout jeune héros de Tomboy se présente à Lisa, sa première amie après un énième déménagement familial. Mais Mickaël s'appelle Laure et son androgynie lui permet d'abuser sans peine ses camarades, mais Céline Sciamma ne dissimule pas longtemps l'imposture au spectateur (le titre, malgré son anglophonie, est en soi une forme d'aveu). Plus énigmatiques sont les raisons de ce changement d'identité sexuelle : envie d'intégration ou réelle ambivalence ?

L'intérêt de Tomboy réside partiellement dans ce refus de donner des réponses aux questions qu'il soulève. Cette incertitude se déporte vers un autre terrain une fois le secret dévoilé (comment Mickaël-Laure maintiendra-t-il l'illusion auprès de ses copains ?) et permet à Sciamma de s'écarter du naturalisme à la française (défaut principal de son premier film, Naissance des pieuvres) par des scènes installant un vrai suspense.

Il faut saluer aussi la direction d'acteurs, laissant ce qu'il faut de naturel aux enfants pour rendre la mise en scène fluide et empêcher au discours de s'inviter dans le film — la réalisatrice ne l'évite pas toujours, ses intentions prenant parfois le pas sur la crédibilité des situations. Tomboy finit par être passionnant quand on se rend compte que c'est plus l'ordre social que les individus qui ne sait pas quoi faire de ce garçon-fille en fin de compte bien sous tous rapports (affectifs, amicaux et amoureux).

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"Portrait de la jeune fille en feu" : consumée d’amour

ECRANS | Sur fond de dissimulation artistique, Céline Sciamma filme le rapprochement intellectuel et intime de deux femmes à l’époque des Lumières. Une œuvre marquée par la présence invisible des hommes, le poids indélébile des amours perdues et le duo Noémie Merlant / Adèle Haenel, qui a récolté le Prix du scénario au dernier Festival de Cannes.

Vincent Raymond | Lundi 16 septembre 2019

Fin XVIIIe. Officiellement embauchée comme dame de compagnie auprès d’Héloïse, Marianne a en réalité la mission de peindre la jeune femme qui, tout juste arrachée au couvent pour convoler, refuse de poser car elle refuse ce mariage. Une relation profonde, faite de contemplation et de dialogues, va naître entre elles… Il est courant de dire des romanciers qu’ils n’écrivent jamais qu’un livre, ou des cinéastes qu’ils ne tournent qu’un film. Non que leur inspiration soit irrémédiablement tarie au bout d’un opus, mais l’inconscient de leur créativité fait ressurgir à leur corps défendant des figures communes, des obsessions ou manies constitutives d’un style, formant in fine les caractéristiques d’une œuvre. Et de leur singularité d’artiste. Ainsi ce duo Héloïse-Marianne, autour duquel gravite une troisième partenaire (la soubrette), rappelle-t-il le noyau matriciel de Naissance des pieuvres (2007) premier long-métrage de Céline Sciamma : même contemplation fascinée pour une jeune femme à l’aura envoûtante, déjà incarnée par Adèle Haenel, mêmes souffrances dans l’affirmation d’une ide

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Quand on a 17 ans

ECRANS | Deux ados mal dans leur peau se cherchent… et finissent par se trouver à leur goût. Renouant avec l’intensité et l’incandescence, André Téchiné montre qu’un cinéaste n’est pas exsangue à 73 ans. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Quand on a 17 ans

On avait un peu perdu de vue André Téchiné depuis quelques années : le cinéaste a pourtant tourné sans relâche (et en rond), s’inspirant volontiers de faits divers pour des films titrés de manière la plus vague possible – La Fille du RER, L’Homme qu’on aimait trop… Un cinéma à mille lieues de ses grandes œuvres obsessionnelles et déchirantes des années 1970-1990, de ses passions troubles, lyriques ou ravageuses. Comme si le triomphe des Roseaux sauvages (1994), puisé dans sa propre adolescence, avait perturbé le cours initial de sa carrière… Cela ne l’a pas empêché d’asséner de loin en loin un film pareil à une claque, à une coupe sagittale dans l’époque – ce fut le cas avec Les Témoins (2007), brillant regard sur les années sida. Le chenu et les roseaux De même que certains écrivains trouvent leur épanouissement en tenant leur journal intime, c’est en prenant la place du chroniqueur que Téchiné se révèle le plus habile, accompagnant ses personnages de préférence sur un

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"Bande de filles" : girl power

ECRANS | Céline Sciamma suit l’ascension d’une jeune noire de banlieue qui préfère se battre plutôt que d’accepter le chemin que l’on a tracé pour elle. Ou comment créer une héroïne d’aujourd’hui dans un film qui se défie du naturalisme et impose son style et son énergie.

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Au ralenti et sur la musique (électro-rock) de Para One, des filles disputent la nuit une partie de football américain. Virilité et féminité fondues dans une parenthèse sportive au milieu de la vie monotone d’une cité ; Céline Sciamma marque dès l’entame de Bande de filles son territoire, loin des sentiers étroits du naturalisme propre au banlieue-film hexagonal. Pas question de sombrer dans le misérabilisme social ou le cinéma à thèse, mais au contraire de le déborder par l’action et la rêverie. De fait, chaque fois que Merieme, adolescente noire de 16 ans, verra cette réalité-là lui barrer la route (conseiller scolaire cherchant à l’orienter vers une filière pro, grand frère veillant depuis son canapé sur sa moralité, amoureux maladroit, filles du quartier résignées à n’être que des mères au foyer), elle cherchera à la renverser de toutes ses forces, préférant combattre et s’échapper plutôt que de courber l’échine. Le film enregistre cette volonté farouche comme une constante création d’énergie, révélant dans un même mouvement une ino

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