Twixt

ECRANS | De Francis Ford Coppola (EU, 1h29) avec Val Kilmer, Elle Fanning, Bruce Dern...

François Cau | Vendredi 6 avril 2012

Adoptant l'adage bressonien voulant que le public ne sache pas ce qu'il veut, Francis Ford Coppola ne se soucie plus de plaire, il est libre. L'Homme sans âge et Tetro annonçaient cette nouvelle condition surgissant comme un long processus de maturation dans sa carrière. Twixt lui ouvre une nouvelle voie, plus escarpée, plus radicale, qu'il faut atteindre avec la même exigence folle que son auteur. On ne trouvera pas chez lui d'objet plus vertigineux que cet épisode des Contes de la crypte tourné comme un film d'avant-garde rétro futuriste. Chef-d' œuvre total aux allures de série B hybride, Twixt dresse une grande ligne verticale dans la filmographie de Coppola. Pour en sortir un méta-film onirique flottant sur les terres détournées de Stephen King ; un voyage mélancolique où le spectre d'Edgar Allan Poe guide Val Kilmer, écrivain sur le déclin, dans les limbes rêvées où gît le deuil de sa fille. Les grands motifs de l'auteur se mélangent : le temps, détraqué et ici gigogne, emboîte les images et son personnage dans un dédale dément de fondus enchainés. Des vampires aux airs de Rusty James traversent à moto des plans noir et argent sous une lune digitale où tout semble à la fois figé et diffus. Film mémoire et spectral au numérique cristallin, Twixt fait du récit d'horreur gothique une variation expérimentale. Une rencontre entre Roger Corman et Douglas Gordon qui n'appartient qu'à lui. Twixt ou l'œuvre d'un génie qui embrasse l'histoire du cinéma et la redéfinit.
Jérôme Dittmar

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"Le Parrain, 2ème partie" : Premiers pas dans la mafia

Reprise | La chose semblera aberrante à notre époque mondialisée, où n’importe quel film se retrouve simultanément sur tous les écrans du globe, mais il fut un temps où (...)

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

La chose semblera aberrante à notre époque mondialisée, où n’importe quel film se retrouve simultanément sur tous les écrans du globe, mais il fut un temps où les plus grandes productions états-uniennes prenaient plus de six mois pour traverser l’Atlantique. Ainsi, afin de découvrir la seconde époque de la saga mafieuse de Coppola, les spectateurs français durent attendre août 1975, soit 8 mois après la "première" californienne. Presque trois fois plus longtemps que ce que le public du Ciné-Club aura eu à patienter entre Le Parrain et sa suite ! Le film est programmé mercredi 8 décembre à 20h au Cinéma Juliet-Berto. C’est précédé d’une moisson d’Oscars inédite pour une suite, justement, que Le Parrain, 2e partie, débarque sur les écrans hexagonaux : auréolé de la statuette du meilleur film et meilleur réalisateur, doublement en lice avec Conversation secrète (qui avait ravi la Palme d’Or l’année précédente), le tout juste quadragénaire Francis Ford Coppola a triomphé d’une cérémonie consacrant le Nouvel Hollywood. Mais si les film

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"Un jour de pluie à New York" : Grosse Pomme à l’eau signée Woody Allen

ECRANS | De Woody Allen (É.-U., 1h32) avec Timothée Chalamet, Elle Fanning, Kelly Rohrbach…

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

Ashleigh (Elle Fanning) a obtenu d’interviewer un réalisateur arty pour le journal de sa fac… à condition d’aller à Manhattan. Bonne nouvelle pour son petit copain Gatsby (Timothée Chalamet), qui leur organise un week-end en amoureux dans son New York chéri. Sur place hélas, rien ne se déroulera comme prévu… Cette histoire d'un couple qui se remet en question à l’issue d’une nuit marquée par les tentations sentimentales erratiques de l’un des des deux partenaires dans un New York à la fois mondain et irréel, ça a un petit air de Eyes Wide Shut donc d’une relecture de La Nouvelle rêvée de de l'écrivain autrichien Arthur Schnitzler dont Stanley Kubrick s’était inspirée, accommodée à la sauce Allen. Mais Woody ayant déjà encensé son bien-aimé Manhattan dans toutes les hauteurs ne parvient plus à en offrir un regard qui ne soit à la limite de l’auto-citation, voire de l’auto-parodie. Et si l’on doit admettre de ne frayer ici (une fois encore) qu’avec des démocrates érudits ayant des névroses de couple et résidant autour d’un Central Park réchauffé par les couleurs l’automne, faut-il en plus supporter des dialogu

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"Teen Spirit" : aux chants, élisez !

ECRANS | De Max Minghella (ÉU, 1h32) avec Elle Fanning, Rebecca Hall, Elizabeth Berrington…

Vincent Raymond | Lundi 24 juin 2019

Issue d’une famille immigrée polonaise vivant dans l’austérité et la foi sur une petite île britannique, la talentueuse Violet rêve de devenir chanteuse. Quand l’émission Teen Spirit organise des auditions près de chez elle, elle tente sa chance, escortée par un coach atypique… Bien qu’elle semble toute de probité candide et de lin blanc vêtue, la diaphane Elle Fanning doit posséder un je-ne-sais-quoi dans sa longiligne silhouette la désignant comme l’interprète idéale d’une ambition dévorante, mais inconsciente. Modèle à l’éclosion diaboliquement faramineuse pour Nicolas Winding Refn (The Neon Demon en 2016), elle mue ici d’oie blanche en popstar en étant propulsée au milieu d'une scintillante foire aux vanités fluo à la demande de l'acteur Max Minghella, qui signe ici son premier long-métrage. Si sa très crédible transfiguration constitue l’un des atouts du film, celui-ci ne se repose pas sur les talents de son interprète (dans tous les sens du terme). Version acidulée de A Star is born à l’heure des télé-crochets, Teen Spirit reprend la trame de la rédemption du vieux mentor en

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"Nevada" : remise en selle

ECRANS | De Laure de Clermont-Tonnerre (Fr-ÉU, 1h36) avec Matthias Schoenaerts, Jason Mitchell, Bruce Dern…

Vincent Raymond | Mardi 18 juin 2019

Détenu asocial et mutique, enfermé dans sa colère et sa douleur, Roman arrive dans une prison du Nevada où sa juge le convainc de participer à un programme visant à dresser des mustangs. À leur contact, l’indomptable Roman renoue avec lui-même. Et les autres. Premier long-métrage d’une remarquable maîtrise, Nevada se révèle économe en mots, mais en dit long sur nombre de sujets connexes : d’une part, la situation carcérale, l’aménagement des longues peines, le travail de réinsertion des détenus ; de l’autre, la condition sociale et familiale de ceux qui ont été condamnés. Ces gens au col plus bleu que blanc payent parfois toute leur existence le prix d’une micro-seconde d’égarement – inutile d’insister sur la responsabilité du deuxième amendement garantissant le droit de porter une arme aux États-Unis, où se déroule le film. Si Nevada limite le dialogue, la réalisatrice Laure de Clermont-Tonnerre préserve cependant de l’espace et du temps afin que les spectateurs assistent à un groupe de parole de prisonniers durant lequel chacun explique pourquoi, et depuis quand, il est là. Non pour les ju

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"Galveston" : en v’là du noir, en v’là par Mélanie Laurent

ECRANS | de Mélanie Laurent (ÉU, 1h31) avec Ben Foster, Elle Fanning, Lili Reinhart…

Vincent Raymond | Mardi 9 octobre 2018

Crachant ses poumons, Roy s’imagine condamné par la maladie. En attendant, le caïd de la Nouvelle-Orléans dont il est l’homme de main cherche à le descendre. Alors Roy s’enfuit avec la jeune Rocky, une de ses prostituées et des papiers sensibles. Commence une cavale nerveuse… Au crédit de Mélanie Laurent réalisatrice, il faut tout d’abord placer son choix courageux de ne pas avoir engagé la comédienne Mélanie Laurent – et pourtant, elle aurait pu aisément caler un second rôle à l’accent franchie dans ce décor louisianais. L’ambiance poisseuse d’un motel dépeuplé, l’anti-héros lessivé par son absence de perspective et défiguré par les bourre-pifs, la femme fatale pour laquelle il est prêt à se sacrifier… On peut cocher un à un les items du film noirs, le contrat est globalement respecté et la réalisatrice s’en tirerait honnêtement s’il n’y avait cette aberrante scène où le personnage d’Elle Fanning se croit obligé d’avouer avec force détails ses traumatismes d’enfance (façon Chinatown) que tout un chacun a déduits des silences et des regards échangés lors des séquences précédentes. Ce besoin de passer par la case "grandes eaux" tradui

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"How to Talk to Girls at Parties" : retour en demi-teinte pour John Cameron Mitchell

ECRANS | De John Cameron Mitchell (GB, 1h42) avec Elle Fanning, Alex Sharp, Nicole Kidman...

Damien Grimbert | Mardi 19 juin 2018

Par le biais de ses deux premiers films (Hedwig and the Angry Inch en 2001 et, surtout, Shortbus en 2006), John Cameron Mitchell s’est d’emblée distingué comme un réalisateur singulier, porté par une approche aussi iconoclaste que généreuse des questions de genre. Après un long hiatus (Rabbit Hole, son dernier long-métrage, remonte à 2010), le voici de retour avec l’adaptation d’une nouvelle du célèbre auteur de fantasy britannique Neil Gaiman (Sandman, American Gods) portée par un casting prestigieux (Elle Fanning, Nicole Kidman…), mais dont la modestie d’ambition réduit malheureusement l’attrait. Histoire d’amour touchante entre un jeune ado punk révolté et une extraterrestre de passage sur terre au sein d’une colonie régie par des règles hautement absurdes, How to Talk to Girls at Parties évolue en permanence sur le fil entre un script se prêtant volontiers à l’humour distancié et une foi sans limite dans son histoire d’amour improbable. D’où un résultat sympathique, généreux mais fatalement un peu bancal, qui peine à marquer durablement les mémoires.

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"The Neon Demon" : beauté fatale

ECRANS | Retour en grâce pour Nicolas Winding Refn alias NRW (puisque c’est ainsi qu’il sigle son nom au générique) avec un conte initiatique : celui d’une gamine partant à la conquête du monde de la mode. Le récit d’une ambition dévorante et dévorée, à la superbe… superbe.

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Comme une promesse, ou une métaphore de cette foire aux vanités qu’est l’industrie de la mode, la première séquence de The Neon Demon offre un condensé glaçant de sang, de flashs et de voyeurisme. Mais on aurait tort de se fier à ce que l’on a sous les yeux : derrière la splendeur et la perfection sans défaut de l’image ; derrière les surfaces lisses et les miroirs, tout est factice. La beauté pure n’existe pas, et lorsqu’elle surgit sous les traits de Jesse, elle est perçue comme une anomalie, une monstruosité dans cet empire des apparences et de l’illusion. Un élément discordant qui va se corrompre en pervertissant son entourage – la pomme cause-t-elle le ver, ou bien le ver détruit-il la pomme ; toujours est-il que la réunion des deux gâte l’ensemble. Aux antipodes de la superficialité clinquante de l’ère des supermodels et de sa foule de mondains papillonnant dans la lumière déjà croquée par Altman dans Prêt-à-porter (1994), Nicolas Winding Refn signe une œuvre nocturne, i

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Qui es-tu Nicolas Winding Refn?

ECRANS | Petite bio du réalisateur de "The Neon Demon", en salle ce mercredi 8 juin.

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Qui es-tu Nicolas Winding Refn?

1970 : Naissance le 29 septembre à Copenhague. Son nom composé le prédestine au cinéma : son père Anders Refn est monteur et sa mère Vibeke Winding photographe. 1978 : Suit sa mère aux États-Unis où il étudie à l’American Academy of Dramatic Arts (New York). 1996 : Pusher, son premier long métrage, révèle Mads Mikkelsen, qui sera tête d’affiche de Pusher 2 (2004). 2009 : Après Pusher 3 (2005), il signe un biopic aussi brillant qui violent sur un prisonnier britannique rebelle, Bronson, qui révèle Tom Hardy au grand public. 2011 : Drive lui vaut sa première sélection en compétition au Festival de Cannes et un Prix de la Mise en scène. Ryan Gosling y perd définitivement son étiquette Disney et Kavinsky y gagne une notoriété mondiale

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Nicolas Winding Refn : «Un film divertissant, glamour et vulgaire»

ECRANS | Revenu bredouille de Cannes, "The Neon Demon" avait pourtant tout pour plaire à George Miller, puisque c’est un film d’horreur adolescent. Explications par ce pince-sans-rire élégant qu’est Nicolas Winding Refn, à qui l'on doit également "Drive", "Only God Forgives" ou encore "Pusher".

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Nicolas Winding Refn : «Un film divertissant, glamour et vulgaire»

Pourquoi avoir jeté votre dévolu sur le milieu de la mode – The Neon Demon suit les traces d’une jeune fille débarquant à Los Angeles pour devenir mannequin ? Nicolas Winding Refn : En fait, je ne l'ai pas choisi, je voulais faire un film sur la beauté. Parce que tout le monde a un avis sur cette notion de beauté : soit pour la considérer comme étant dépourvue d’intérêt, soit comme étant une valeur absolue. Même si elle apparaît largement dans de nombreuses facettes de notre vie, c’est évidemment dans l'univers de la mode qu’elle est la plus célébrée. Nous vivons dans un monde totalement obnubilé par la beauté, où elle est devenue une obsession artistique et générale. Cette "monnaie" n’a jamais été dévaluée, mais sa durée de vie devient de plus en plus éphémère et se récolte de plus en plus jeune. The Neon Demon n’est-il pas plus particulièrement un film sur l’intoxication par la beauté –​ ce qui, au passage, vous a fait encourir un risque de surdose en dirigean

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Le Pathé Chavant se la joue "Parrain"

ECRANS | Le deuxième volet de la trilogie signée Francis Ford Coppola sera projeté vendredi au Pathé Chavant. Plus qu'une suite, un chef-d'œuvre à lui tout seul.

Vincent Raymond | Mardi 31 mai 2016

Le Pathé Chavant se la joue

Le Pathé Chavant vous fait une proposition que vous ne pouvez refuser : découvrir sur grand écran la plus flamboyante suite que le Nouvel Hollywood n'ait jamais produite – et la seule à avoir remporté comme le premier opus l’Oscar du meilleur film. Davantage qu’une simple suite, Le Parrain 2e Partie est hanté par le premier volet, dont il constitue à la fois le prologue et la prolongation. Coppola y déploie une dramaturgie lente et implacable, montrant l’avènement parallèle des deux chefs de la “famille“ : Vito, le père construisant l’empire (campé par le jeune Bob DeNiro, récoltant comme Brando une statuette pour son interprétation du personnage, mais celle du second rôle) et Michael Corleone, le fils contraint de récupérer l’encombrant héritage… parvenant à le faire fructifier malgré ses scrupules initiaux. Coppola, comme touché par la grâce, traverse sa décennie prodigieuse. Composée comme un opéra, rythmée par les thèmes envoûtants de Nino Rota et Carmine Coppola, sa fresque virtuose ne se résume pas à une histoire folklorique de gangsters, certes matricielle de toute évocation ultérieure de la mafia ; elle dépeint tout un pan

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Nebraska

ECRANS | D’Alexander Payne (ÉU, 1h55) avec Bruce Dern, Will Forte…

Christophe Chabert | Mardi 1 avril 2014

Nebraska

Avec Sideways et The Descendants, Alexander Payne semblait avoir mis un frein à l’écueil qui guettait son cinéma : une tendance au ricanement sardonique sur le dos de ses personnages, signe d’une douce misanthropie – ce n’est pas Ulrich Seidl, quand même. Nebraska voit ce penchant ressurgir à grands pas, alors que tout dans ce "petit" film laissait penser le contraire ; cette balade entre un père vieillissant en voie de sénilité et son fils déprimé partis chercher ensemble un gros lot imaginaire avait tout pour installer une petite musique de feel good movie folk façon Une histoire vraie. S’inscrivant dans le sillage du Nouvel Hollywood, de ses marginaux et de son mélange de spleen et de comédie – le noir et blanc et la présence du mythique Bruce Dern en attestent –, Payne finit toutefois par déraper lorsque le tandem fait étape dans la ville de naissance du père, où il retrouve sa famille de ploucs débiles. Le cinéaste déverse sur eux une charge incompréhensible, notamment les deux gamins obèses et idiots, cibles privilégiées

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