Avengers

ECRANS | La réunion des super-héros Marvel, pas toujours très bien servis séparément lors de leurs aventures individuelles, trouve en Joss Whedon l’homme de la situation : un amoureux des récits multiples et des comics, un cinéaste à la fois efficace, intelligent et élégant. Une vraie réussite. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Jeudi 26 avril 2012

C'était une gageure : comment faire tenir dans un seul film de 2h20 cinq héros de comics ayant donné chacun un ou plusieurs films autonomes, sans tomber dans le zapping frénétique dicté par leur temps de présence à l'écran ? Avengers y répond sur la fin par un plan qui fait figure de déclaration d'intention : au beau milieu d'une bataille épique, monstrueuse, où les super-héros affrontent des centaines d'aliens, Joss Whedon s'offre un looping visuel magistral où il relie, par la grâce du numérique, chacun d'entre eux luttant à sa façon contre les envahisseurs. Le plaisir n'est pas que celui de la virtuosité technique : il tient aussi à ce prodige enfin accompli, qui consiste à leur donner l'épaisseur nécessaire — et l'iconisation qui va avec —  pour qu'aucun ne puisse bénéficier des faveurs du spectateur. Tous égaux, tous unis ; tous respectés par le cinéaste, qui cherche avant tout à prendre au sérieux (même si le film ne s'interdit ni l'humour, ni l'ironie) les figures qu'il déploie à l'écran.

Esprit de sérieux

Pour en arriver là, Whedon commence par installer patiemment les diverses lignes de son récit. Une scène très réussie lui permet notamment de trouver enfin la bonne représentation (et le bon comédien, Mark Ruffalo, fantastique) pour le Docteur Banner, alias Hulk. Ruffalo lui apporte une réelle fragilité, une introversion qui manquait jusque-là au versant humain du personnage. Mais il arrive avec la même intelligence à faire vivre l'histoire d'amour entre Stark et Potts, à rendre crédibles les origines mythologiques attachées à Thor ou à désamorcer le reliquat patriotique qui colle aux basques de Captain America. Si la réussite d'Avengers tient beaucoup à la digestion par le cinéaste de la culture geek, jamais recrachée comme une série de clins d'œil pour initiés mais utilisée comme un réservoir d'imaginaire, elle réside aussi dans la science feuilletonesque de l'auteur (créateur, rappelons-le, de Buffy contre les vampires).

En cela, alors que les précédentes adaptations Marvel avait privilégié les yes men derrière la caméra (Leterrier, Johnston) ou les artisans hors de leur périmètre de prédilection (Branagh ou Favreau), Avengers ose laisser les commandes à un vrai passionné, encore novice certes, mais qui s'avère étonnamment doué, brillant et efficace — on pense beaucoup à Abrams revitalisant la franchise Star Trek. Ces préliminaires élégamment posés et filmés (le prodige Seamus MacGarvey est à la photo, et la 3D, sans être bouleversante, ne vient jamais nuire à la parfaite lisibilité de l'action), Whedon peut alors se lancer dans le programme obligé de son blockbuster : les super-héros, réunis, vont lutter contre un ennemi décidé à plonger le monde dans le chaos — ce qui implique destruction, baston, fracas, etc.

Forces et faiblesses

Or, le film réserve encore quelques surprises : chaque épisode est l'occasion d'opérer des équations où les pouvoirs des héros conduisent à des combinaisons gagnantes ou perdantes, entraînant un surcroît de puissance ou produisant l'échec ou la dispersion. Comme si, en jouant avec ses jouets favoris, Joss Whedon expérimentait sous nos yeux (ébahis) des scénarios enfantins : si Hulk se met en colère, est-ce que le marteau de Thor va pouvoir le calmer ? Si le Captain America peut foutre une bonne rouste à son adversaire, est-ce qu'il serait capable d'utiliser la technologie d'Iron Man, alors qu'il est resté bloqué dans les années 50 ? Peu à peu, Whedon joue autant sur les faiblesses que sur la force de ses héros, appuyant sur leurs talons d'achille autant que sur leurs talents extraordinaires. Et il faudra donc attendre le dernier acte pour que, telle une mécanique dont on aurait enfin déniché le mode d'emploi, ceux-ci trouvent une complémentarité les conduisant à être invincibles.

Le comics à l'âge adulte

On l'a dit, tout cela ne serait pas possible sans un amour infini pour la culture des comics. Mais Whedon ne s'en tient pas là, et paraît parfois vouloir la déborder, l'inscrire dans un programme encore plus large : le cameo d'Harry Dean Stanton ou l'apparition, surréaliste, de Jerzy Skolimowski (oui, le Skolimowski d'Essential killing, ce cas unique de film d'action contemplatif), prouve qu'il a aussi l'envie de s'adresser au spectateur non pas comme à un éternel adolescent, mais comme à un adulte — le Dark knight de Nolan est passé par là… Au début, Captain America se demande si sa tenue à base de bannière étoilée n'est pas passée de mode. On lui répond qu'effectivement, l'Amérique n'est plus ce qu'elle était (comprenez, que sa propagande nationaliste a pris un coup dans l'aile), mais que les gens ne sont jamais contre un peu de nostalgie. Le blockbuster hollywoodien, rutilant, numérique et décérébré à la Michael Bay est alors renvoyé ad patres, et Whedon propose une nouvelle voie, faite d'emprunts au passé et de sève tirée des séries télé. Et il y arrive, le bougre !

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Clip sur porcelaine

Insolite | Les lieux de culture étant très largement fermés, pourquoi ne pas se laisser surprendre par la dernière proposition de la galerie Showcase ? On est allé faire faire un tour du côté de ce drôle d'endroit pour une rencontre artistique...

Benjamin Bardinet | Vendredi 22 janvier 2021

Clip sur porcelaine

Ce lieu d’exposition singulier est tout à la fois le plus petit de l’agglomération, mais aussi le plus visible et finalement celui qui rassemble le plus large public, puisque, ouvert sept jours sur sept, 24 heures sur 24, il se situe en plein cœur du centre ville historique de Grenoble. La galerie Showcase (puisque c’est donc son nom) est une ancienne vitrine étrangement incrustée dans un mur de la place aux herbes investie par l’Association pour l’agencement des activités (AAA). Depuis 2012, cette énigmatique association y programme régulièrement des interventions d’artistes contemporains qui sont libres d’y faire des propositions de micro-installations ou de mini-expositions. Cette vitrine est ainsi devenue un îlot de résistance culturel au cœur d’une zone piétonne essentiellement dédiée au commerce. Et même si les interventions proposées sont exigeantes, et parfois un poil abscons, il est toujours assez réjouissant, en tant que promeneur, de se laisser surprendre par leur univers artistique – ceci d’autant plus en ces temps troubles où la culture est gentiment remisée au placard. Jusqu’à la fin du mois, on peut donc découvrir dans la fameuse vitrine une série de six

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"Mon ninja et moi" : doudou et dur à la fois

Animation | De Anders Matthesen & Thorbjørn Christoffersen (Dan., 1h21) animation

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Depuis que sa mère s’est remise en ménage, Alex a hérité d’un "demi-frère" de son âge qui le tyrannise à la maison et au collège. Quand son oncle excentrique lui offre une poupée de ninja magique ramenée de Thaïlande, Alex pense tenir sa revanche. Mais la contrepartie sera rude… La toute neuve société de distribution Alba Films tient sa première authentique pépite avec ce long métrage danois méritant d’être le succès d’animation de l’été 2020. Mon ninja et moi marque en effet une réjouissante révolution dans l’univers plutôt corseté et policé des productions destinées au "jeune public" (vocable flou qui rassemble des bambins jusqu’aux ados). À présent que tous les studios d’animation ont globalement atteint une excellence technique comparable à celle développée par Blue Sky, Dreamworks ou Pixar et uniformisé leur style graphique, le récit (et son traitement) est devenu l’ultime refuge de la singularité. Un retour aux fondamentaux pour spectateurs blasés des prouesses visuelles asymptotiques. Auteur et coréalisateur de Mon ninja et moi,

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"Avengers : Endgame" : la fin justifie les grands moyens

ECRANS | Les Avengers s’unissent pour défaire l’œuvre destructrice de Thanos. Après un "Infinity War" en mode “demande à la poussière“, ce "Endgame" boucle (quasiment) par un grand spectacle philosophique la 3e phase de l’univers cinématographique Marvel.

Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

Après que Thanos a, grâce au gantelet orné des six Pierres d’Infinité, exterminé la moitié des êtres de l’univers, les Avengers survivants tentent de se rassembler. Il faudra attendre cinq ans que Ant-Man sorte accidentellement de l’infiniment petit quantique pour que Tony Stark accepte de joindre ses forces à leur plan fou : remonter dans le temps afin d’empêcher Thanos de s’emparer des Pierres… Où l’ensemble des fils et arcs narratifs laissés en suspens depuis 21 films et 3 phases par les différentes franchises Marvel sont appelés à se boucler. Mais de même qu’« il faut savoir finir une grève » comme disait Thorez, mettre un terme à un cycle ne s’improvise pas. Avengers : Infinity War (2018) avait laissé entrevoir une bienheureuse inflexion dans la série : à la surenchère de combats de colosses numériques entrelardés de punchlines boutonneuses (Captain America Civil War) avait succédé une dimension plus sombre, volontiers introspective grâce à l’intégration de Thanos. Un antagoniste moins manichéen qu’il y semblait, semant une mort arbitraire à des fins sélectives quasi-d

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"Border" : la pas si monstrueuse parade

ECRANS | La rencontre de deux êtres à la monstruosité apparente, une enquête sur des monstruosités cachées et des éveils sensuels peu humains… Chez Ali Abbassi, la Suède est diablement fantastique et plus vraie que nature.

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Dotée d’un physique ingrat, Tina possède un odorat hors du commun lui permettant de repérer les fraudeurs à la frontière où elle est douanière. Un jour, elle détecte Vore, suspect au physique aussi repoussant que la sien. En sa compagnie, elle va découvrir qui elle est réellement… Par ses personnages rivalisant avec l’immonde Jo "Le Ténia" Prestia (Irréversible) ou le répugnant Willem "Bobby Peru" Dafoe (Sailor & Lula), le cinéaste Ali Abbasi interroge ici en premier chef la féconde question de la monstruosité, travaillant le traditionnel syntagme affichée/effective : la disgrâce physique n’étant pas le réceptacle obligé d'une âme hideuse. Le fantastique abonde d’exemples contraires : souvenons-nous de Freaks ou de La Belle et la Bête. Mais s’il tient du conte initiatique, Border ne se borne pas à traiter des seules apparences et oppositions ; il explore cette zone grise, intermédiaire, aux contours indistincts et flous constituant la frontière, dans les nombreuses acceptions du concept. Et montre que toute démarcation doit être perçue comme relative, surtout quand on la donne

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"Woman at War" : en vert et contre tout

ECRANS | de Benedikt Erlingsson (Is, 1h41) avec Halldora Geirhardsdottir, Davíd Thór Jónsson, Magnús Trygvason Eliassen…

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Avec son arc, ses flèches et son culot, la combative Halla sabote les installations électriques islandaises afin de pénaliser l’industrie de l’aluminium et surtout préserver l’environnement. Parallèlement, elle espère depuis trois ans obtenir un feu vert pour adopter une petite fille… Les cinémas du Nord usurpent rarement leur réputation d’excentricité, pas plus qu’ils ne manquent une occasion de valoriser leurs territoires. En prenant pour héroïne une activiste écolo cheffe de chœur et quasi quinquagénaire, Benedikt Elingsson met donc la barre haut question singularité ; dommage qu’il incorpore à son récit une sœur jumelle, vieille lune scénaristique dont il est évident dès son apparition à l’écran qu’elle aura un rôle décisif dans le dénouement. Cela gâche, sinon la férocité du propos politique et poly-militant (en faveur de l’adoption par des femmes seules, contre la marchandisation des ressources naturelles, contre le délit de faciès...), la qualité globale du film. Même s’il va dans le sens de l’Histoire ; même s’il est joliment emballé dans une esthétique ultra-léchée (avec bande originale visible car jouée à l’image par un trio d’enfer

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"We blew it" : les États-Unis entre le road movie et la mort

ECRANS | Comment a-t-on pu passer de "sex, summer of love & rock’n’roll" au conservatisme le plus radical ? Sillonnant la Route 66, le réalisateur français Jean-Baptiste Thoret croise les témoignages d’Étasuniens oubliés des élites et désillusionnés avec ceux de hérauts du Nouvel Hollywood. Balade amère dans un pays en gueule de bois.

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

Sans doute Jean-Baptiste Thoret aurait-il aimé ne jamais avoir à réaliser ce documentaire. Mais par l’un de ces étranges paradoxes dont l’histoire des idées et de la création artistique regorge, son édification a découlé d’une déprimante série de constats d’échec – ou d’impuissance. Elle se résume d’ailleurs en cette sentence laconique donnant son titre au film : « We Blew it » – « On a merdé ». Empruntée à Peter Fonda dans Easy Rider (1969) de Dennis Hopper, la réplique apparaît à bien des égards prémonitoire, voire prophétique. Roots et route La route est longue de Chicago à Santa Monica : 2450 miles. Prendre le temps de la parcourir permet de mesurer (au sens propre) l’accroissement incessant de la distance entre les oligarques du parti démocrate et la population. De constater la paupérisation et la fragilité de celle-ci. D’entendre, également, son sentiment de déshérence ainsi que sa nostalgie pour un "âge des possibles" (et de toutes les transgressions) révolu. Une somme de frustrations capitalisées par un Donald Trump prompt à faire miroiter le rétroviseur : dans son « Make America Great Again »

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Folk panoramique signé Andy Cartwright

MUSIQUES | Le musicien anglais officiant maintenant sous le nom de Seabuckthorn sera vendredi 3 juin à la Casse, à l'invitation des Grenoblois de [reafførests].

Damien Grimbert | Mardi 31 mai 2016

Folk panoramique signé Andy Cartwright

Pour son dernier concert de la saison, ce vendredi 3 juin à 19h30 à la Casse, la valeureuse équipe de [reafførests] propose une soirée « sous le signe des déserts intérieurs et guerres extérieures ». Une jolie formule pour un très beau plateau, qui réunira sur la même scène Lynwood, projet solo de Chloé Della Valle combinant « voix cristalline, boucles vibrantes et basse à l'archet », Torticoli, trio post-punk instrumental lyonnais à mi-chemin entre nervosité et tentation prog-rock, et enfin Seabuckthorn (en photo), projet solo de l'Anglais Andy Cartwright dont l’écoute du dernier album (They Haunted Most Thickly, sorti l’an dernier chez Bookmaker Records) nous a laissés durablement envoûtés. Auteur de paysages musicaux subtils, inspirés et mélodiques, évoluant quelque part entre folk traditionnel et ambient, Seabuckthorn compose une musique qui marque instantanément, et évoque chez l’auditeur une sensation diffuse de dépaysement et de familiarité mélangées. De quoi expliquer l’étiquette, finalement assez juste, de "folk panoramique" qui lui est souvent associée.

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"The Revenant" : littérature grandeur nature

ECRANS | Alors que sort cette semaine sur les écrans "The Revenant" d'Alejandro González Iñárritu, on s'intéresse au livre qui a inspiré le film.

Vincent Raymond | Mardi 23 février 2016

Aux racines du film d'Iñárritu se trouve un livre éponyme récent de Michael Punke, romançant l’épopée de Hugh Glass. Car l’histoire extraordinaire du trappeur de la Rocky Mountain Fur Company, abandonné vivant en 1823 par ses compagnons (pensant qu’il ne survivrait pas à ses blessures infligées par une ourse), est authentique. Elle appartient même à ces légendes fondatrices du continent nord-américain, circulant de bouche (édentée) de pionnier à oreille (déchiquetée) de maréchal-ferrant, colportées de péripatéticienne en tenancier de saloon. L’auteur évoque d’ailleurs dans son ouvrage d’autres figures emblématiques de la conquête de l’Ouest (tel George Drouillard) ayant payé de leur vie leur soif de grands espaces, de fortune et d’aventures. Disposant de sources lacunaires, Punke reconnaît avoir laissé son inspiration galoper : sa trame se révèle d’une tonalité plus noire, moins mystique et complexe que celle développée dans le film. Iñárritu a ajouté la concurrence de pilleurs de peaux, histoire brodée sur le passé f

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1001 grammes

ECRANS | De Bent Hamer (Norv-All-Fr, 1h30) avec Ane Dale Thorp, Laurent Stocker…

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

1001 grammes

Marie, scientifique norvégienne, a une mission : protéger précieusement le kilo national pour l’amener à la conférence du Bureau International des Poids et Mesures à Paris, où tous les pays viennent étudier les infimes variations subies par leur étalon au fil des ans. À la différence de ce travail soigneusement organisé, la vie de Marie est un chantier : la santé de son père est vacillante et ses amours sont au point mort. Lorsqu’elle croise un jardinier philosophe nommé Pi (le frenchy Laurent Stocker de la Comédie-Française), elle entame un marivaudage en sourdine, que Bent Hamer choisit de mettre en scène à la Norvégienne, c’est-à-dire avec cet humour à froid embastillé dans des cadres calculés au micromètre. La comédie se joue donc à deux à l’heure, tandis que la romance se déploie moins vite encore ; on peut trouver ça charmant, mais c’est surtout un peu gentillet. Les jeux de répétition — de plans, de lieux, de déplacements — rajoutent à ce petit précis d’horlogerie sentimentale, où tout n’est que calcul de précision — c’est le sujet, mais c’est aussi la forme du film. Christophe Chabert

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Rentrée ciné 2015 : l’Amérique au firmament…

ECRANS | Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas : de janvier à juin, c’est le retour des super auteurs du cinéma américain avec des films qu’on dira, par euphémisme, excitants. À l’ombre de ces mastodontes vrombissants, une poignée de cinéastes d’ici devraient leur donner le change. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

Rentrée ciné 2015 : l’Amérique au firmament…

Les Wachowski, Clint Eastwood, Alejandro Gonzalez Iñarritu, Paul Thomas Anderson, Michael Mann, Tim Burton, George Miller, à qui on ajouterait bien James Wan et Josh Whedon : le premier semestre 2015 se pose en miroir inversé du dernier semestre 2014. Fini le renouvellement générationnel, les cinéastes du monde entier qui arrivent à une forme de maturité créative, les francs-tireurs décidés à faire trembler le cinoche mainstream ou son frère jumeau, le world cinéma… Certes, il y en aura quelques-uns d’ici à fin mai ; mais ce sont bien les super-auteurs américains qui risquent de faire la pluie et le beau temps sur l’actualité cinématographique d’ici là. Après un mois de janvier en forme de tour de chauffe, ce sont donc Larry et Lana Wachowski qui ouvrent le bal avec leur Jupiter ascending le 4 février – que son distributeur français a, de manière particulièrement débile, rebaptisé Jupiter : le destin de l’univers. Après la fresque spatio-temporelle de Cloud Atlas, génial puzzle d’une a

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Captain America : le soldat de l’hiver

ECRANS | Moins foireux que les derniers "Iron Man" et "Thor", ce nouveau "Captain America" séduirait presque par sa tentative de croiser son héros avec un film d’espionnage sombre et politique. Mais, comme d’hab’, ce sont les effets spéciaux et les incohérences qui l’emportent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 30 mars 2014

Captain America : le soldat de l’hiver

Que ferait un héros 100% patriotique comme Captain America face au scandale des écoutes de la NSA ? Prendrait-il parti pour Obama et le gouvernement américain, ou jouerait-il les contre-pouvoirs au nom d’une démocratie bafouée ? Dans le fond, ce Soldat de l’hiver ne raconte pas autre chose. Désormais bien intégré au XXIe siècle, Captain America doit faire face à un complot d’ampleur nationale dont les ficelles sont tirées par un gouverneur corrompu et dont le but est de détruire le S.H.IE.L.D. et d’éliminer son directeur, Nick Fury. Le tout repose sur l’accomplissement tardif du projet nazi Red Skull, qui formait le centre du premier volet, et qui devient ici une arme pour effectuer une drastique sélection pas naturelle du tout entre les êtres humains. Évidemment, le scénario est proche du grand n’importe quoi, comme l’était déjà celui de Thor 2, ce qui n’est pas loin d’être un énorme problème quand on sait que tous ces films post-

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Beaucoup de bruit pour rien

ECRANS | Adaptation surprenante et réussie de la pièce de Shakespeare par Joss Whedon qui, après "Avengers", fait circuler son artisanat pop du centre d’Hollywood à ses marges avec la même sincérité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 27 janvier 2014

Beaucoup de bruit pour rien

Hasard des sorties : la même semaine, alors que le shakespearien Kenneth Branagh continue ses peu probantes aventures hollywoodiennes initiées avec Thor, Joss Whedon, le réalisateur d’Avengers, s’attaque à Shakespeare en adaptant avec un budget minimal et dans sa propre villa à Los Angeles Beaucoup de bruit pour rien, dont la précédente version cinématographique était signée Branagh… Certes, les lecteurs des ouvrages de Pierre Berthomieu savent que la frontière est poreuse entre Shakespeare et Hollywood, et qu’Avengers, tout comme ses séries télé, étaient pour Whedon des descendances pop des pièces shakespeariennes. C’est d’ailleurs ce qui fait le prix de Beaucoup de bruit pour rien ; avec une modestie non feinte, le réalisateur ne fait pas le malin avec le texte original, conservant la langue élisabéthaine tout en transposant le contexte dans le monde contemporain dont il ne souligne que rarement les éléments les plus actuels. Il y a bien une

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Thor : le monde des ténèbres

ECRANS | Écrit n’importe comment et sans aucune ligne artistique, ce nouveau "Thor" est sans doute ce que les studios Marvel ont fait de pire. Mais est-ce vraiment du cinéma, ou seulement de la télévision sur grand écran ? Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 2 novembre 2013

Thor : le monde des ténèbres

Une intro pompée sur Le Seigneur des anneaux, du rétrofuturisme médiéval, de la comédie romantique, de la destruction massive, des monstres… Le brassage de ce nouveau Thor pourrait être qualifié de «pop» si on considérait qu’il y avait autre chose que des décideurs derrière. On préfèrera donc parler de pot-pourri marketing où une armée de scénaristes réunis en pool tentent de faire entrer des carrés dans des ronds avant qu’un cinéaste venu de la télé n’aille illustrer l’affaire à la va-comme-je-te-pousse — qui pourra par exemple expliquer cette succession de mises au point ratées, à moins que ce ne soit la post-production qui ait saccagé certains plans ? Il n’est pas compliqué de mettre en pièces ce blockbuster poussif et vain à côté duquel le premier volet signé Kenneth Brangah, pourtant très moyen, prend soudain une intégrité indéniable. Par exemple, son absence totale de ligne artistique, qui peut passer d’un combat titanesque platement mis en scène dans un champ banal et sans ligne de fuite à un univers e

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Iron Man 3

ECRANS | Ce troisième volet des aventures de Tony Stark n’est pas à la hauteur des deux précédents, et l’arrivée de Shane Black derrière la caméra s’avère plutôt contre-productive, partagé entre retrouver son mauvais esprit années 80 et s’inscrire dans une ligne post-Avengers. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

Iron Man 3

Les deux premiers Iron Man avaient séduit par leur sens du contre-courant : à une époque où les super-héros au cinéma se devaient d’avoir une névrose intime et où le réalisme à la Nolan commençait à faire école, Jon Favreau, pourtant pas le cinéaste le plus fin de la terre, avait fait de Tony Stark un homme sans états d’âme, déconneur et flambeur, œuvrant pour la bonne cause comme un industriel exploiterait un marché juteux. Surtout, Iron Man se confondait avec son acteur, Robert Downey Jr, dont le débit mitraillette et la décontraction affichée avaient dans le fond plus de poids que la lourde armure qui le transformait en justicier. Une sorte de héros cool et pop dont ce troisième volet ne sait plus tellement quoi faire… Shane Black, scénariste culte dans les années 80 et 90, réputé pour son esprit badass et ses vannes provocatrices, par ailleurs auteur d’une très bonne comédie policière déjà avec Downey Jr, Kiss Kiss Bang Bang, a été appelé à la rescousse de la franchise, et se retrouve avec un fardeau à porter : faire le premier film de super-héros Marvel p

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Aux micros citoyens

CONNAITRE | Documentaire / Le documentariste Jean-Pierre Thorn fait mouche en 2011 avec la sortie de son 93 la belle rebelle, manifeste militant qui dit la fougue (...)

Laetitia Giry | Vendredi 22 juin 2012

Aux micros citoyens

Documentaire / Le documentariste Jean-Pierre Thorn fait mouche en 2011 avec la sortie de son 93 la belle rebelle, manifeste militant qui dit la fougue et l’énergie positive émanant des zones de banlieue communément stigmatisées. Recentré sur le département du 9-3, le documentaire a l’énorme avantage d’aborder la "cité" par une sorte d’histoire de la musique, du punk au hip-hop, en passant par le slam, illustrée par des extraits d’émissions télé qui viennent constituer le tout en mine d’archives intelligemment ordonnées. Dans un entretien de novembre 2011 mené par le Couac (collectif urgence d’acteurs culturels), Thorn évoque pour expliquer l’impopularité des quartiers populaires une « politique délibérée des classes dominantes depuis toujours, d’ostraciser le peuple », une « volonté délibérée et systémique de rabaisser le peuple, dire qu’il ne produit rien, qu’il n’a pas de culture », regrettant le fait que « traiter les classes populaires de voyous, de racailles est une constante. » C’est contre ces préjugés que la lutte est dirigée, prouvant à chaque image que la force de création et de culture n’est pas le propre d’une élite mais appartient

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Thor

ECRANS | De Kenneth Branagh (ÉU, 1h54) avec Chris Hemsworth, Natalie Portman…

François Cau | Jeudi 21 avril 2011

Thor

L’association Marvel / Kenneth Branagh avait de quoi faire ricaner sur le papier… Pourtant, le début de Thor donne tort aux rieurs tant on y trouve un souffle inattendu qui n’a pas seulement à voir avec le blockbuster de super-héros en 3D (inutile, au passage). Branagh filme ses Dieux avec sérieux et arrive à rendre l’environnement rétrofuturiste crédible, piochant du côté de la mythologie grecque et nordique mais aussi, bien sûr, de Shakespeare. Au bout de ces trente minutes pas mal du tout, Thor est déchu et envoyé sur terre et là, le film amorce comme lui une irréversible dégringolade. Le choix du panel humain (des abrutis gonflés à la bière, des men in blacks rigides et une équipe de scientifiques) conduit soit à de la comédie style Les Visiteurs en Amérique, soit à des conflits dramatiques mous — le personnage faiblard de la chercheuse Natalie Portman est vite acquise à la cause de Thor. Quand les potes de Thor débarquent d’Asgard avec leurs costumes ridicules poursuivis par un robot géant, Branagh s’embourbe dans la série Z et laisse sa mise en scène aller à vau-l’eau, se contentant de faire des cadres penchés. Même le climax final, dont l’enjeu est la destruction d’un pon

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Iron Man 2

ECRANS | Blockbuster ludique, théorique et même politique, Iron Man 2 confirme la bonne surprise de son premier volet : la naissance d’un super-héros différent dont les aventures sont aussi divertissantes que riches de sens. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 22 avril 2010

Iron Man 2

Le blockbuster de printemps annonce l’arrivée des beaux jours et la promesse d’un été américain, souvent en deçà de ce coup d’éclat inaugural. Évidemment, le Iron Man 2 de 2010 est moins surprenant que le Star Trek de 2009 ou… le Iron Man de 2008 ! Et pourtant, il est encore mieux… Il y a deux ans, on ne misait pas grand-chose sur cette énième adaptation de comics, lassés par trop de sous Spider-man (dont le 3e du nom !) et plutôt flippés par la présence derrière la caméra de Jon Favreau, acteur comique de seconde zone reconverti dans la mise en scène de navets. Contre toute attente, Iron Man nous avait épatés : le film se payait le luxe de repenser la manière de construire un super-héros en affichant, dans une posture aussi ludique que théorique, son making of à l’écran. D’abord choisir un acteur ; pas n’importe lequel, le génial Robert Downey Jr, revenu de la came et de l’alcool pour s’établir en comédien ultra-populaire aussi à l’aise chez les grands auteurs — Fincher — les francs-tireurs — Stiller — que dans cette machine moins lourde qu’on ne le pensait. Downey Jr, comme i

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