Kill list

Aurélien Martinez | Vendredi 6 juillet 2012

Ce n'est que le deuxième film de Ben Wheatley (le troisième, Touristes !, déjà terminé et présenté à Cannes, le confirmera), mais Kill list l'impose déjà comme un des cinéastes contemporains à suivre de très près. Il accompagne ici deux Anglais de la classe moyenne, anciens soldats devenus tueurs à gage, d'abord dans leur quotidien un peu terne, puis dans une mission qui va s'avérer de plus en plus déroutante et ésotérique. Ce qui se joue ici, c'est la greffe entre les codes du thriller et une mise en scène atmosphérique et envoûtante faite de constants décalages entre le son et l'image, entre le présent de l'action et ses répercussions dans l'intrigue. De fait, au lieu de chercher artificiellement l'étrangeté ou la tension, Wheatley les fait surgir au milieu de la banalité ; un bref plan sur une femme dessinant un pentacle derrière un tableau suffit à amener le fantastique au milieu d'un repas entre amis où l'on parle politique, problèmes domestiques et relations amoureuses. Ce regard presque malickien, où l'improvisation des comédiens contraste génialement avec la ligne suivie par le scénario, donne au film sa profonde originalité, chose devenue rare sur les écrans. Dans le dernier tiers, la violence se déchaîne et le complot se dévoile sans pour autant apporter de réponses évidentes aux questions qui se posent : une autre manière pour Wheatley de déranger le spectateur, tout en le laissant sur un sentiment de fascination durable. Définitivement, un des grands films de l'année.

Christophe Chabert

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"Free Fire" : trop de la balle

ECRANS | de Ben Wheatley (Fr.-G.-B., int.-12 ans, 1h30) avec Brie Larson, Cillian Murphy, Armie Hammer…

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Un hangar, quelque part dans les années 1970. Justine a organisé une rencontre entre des membres de l’IRA (l'armée républicaine irlandaise) et des trafiquants d’armes. Au moment de la transaction, un grain de sable en forme d’histoire d’honneur familial (donc de fesses) met le feu aux poudres. Et c’est l’hallali… Certes moins composé que le précédent opus de Ben Wheatley (le vertigineux High-Rise en 2016), Free Fire y fait écho par son ambiance vintage (ah, les looks croquignolets de Brie Larson, Armie Hammer et Cillian Murphy !) et son inéluctable spirale de violence dévastatrice. À ceci près que le ton est ici à la comédie : les traits comme les caractères sont grossis, les répliques énormes fusent autant que les projectiles, mais il faut moult pruneaux pour faire calancher un personnage : c’est un jeu vidéo revu par Tex Avery. N’en déduisez pas une expurgation de toutes les scènes gore : Scorsese figurant tout même au générique en qualité de producteur exécutif, l’hémoglobine coule dru ; certaines exécutions valent même leur pesa

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High-Rise

ECRANS | L’architecture du chaos selon Ballard, avec Ben Wheatley en maître d’ouvrage servi par la charpente de Tom Hiddleston… Bâti sur de telles fondations, High-Rise ne pouvait être qu’un chantier prodigieux, petits vices de formes inclus. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

High-Rise

En septembre dernier, le ministère de la Défense français emménageait dans ses nouveaux quartiers, à la froideur grise et géométrique, sur le site Balard. Au même moment était projeté à Toronto la première du film High-Rise, adaptation d’un roman publié en 1975 par J.G. Ballard, décrivant l’inéluctable échec d’un projet urbanistique. Lier ces événements synchrones autrement que par leur vague homophonie semble insensé. Cependant, tous deux nous ramènent à cette éternelle obsession humaine pour l’édification ; ce tabou sans cesse transgressé depuis Babel par des créatures se rêvant créateurs, et fabriquant des citadelles… Mais laissons pour l’heure l’Hexagone-Balard : le film métaphorique de Wheatley a plus à dire que la grande muette – sur notre société d’hier, mais aussi sur la manière dont elle a accouché d’aujourd’hui. La cité rageuse Trouble mixte entre culte nostalgique pour un passé idéalisé et franche défiance vis-à-vis d’un futur instable, High-Rise revendique sans le dater précisément son ancrage dans les seventies. Jamais trop excentriques, décors et costumes portent la marque de ce temps révolu, instaurant cette distance favorab

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Touristes !

ECRANS | Quelques mois seulement après "Kill list", Ben Wheatley continue de frapper fort avec cette comédie très noire et très gore où un couple d’Anglais moyens se témoigne son amour en assouvissant ses pulsions les plus violentes. D’un salutaire mauvais esprit. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 20 décembre 2012

Touristes !

Pour ceux qui ont succombé au parfum sulfureux et aux énigmes ésotériques et irrésolues de son précédent Kill list, Touristes ! fera l’effet d’un étonnant pas de côté de la part de Ben Wheatley. Si Kill list affichait une évidente ambition de renouveler un genre (le thriller horrifique) par une mise en scène suspendue, proche par instants d’un Malick, Touristes ! est beaucoup plus direct : comme au temps des premiers Peter Jackson, il s’agit de faire rire le spectateur à travers une farce très noire où les excès sont bienvenus. À commencer par ceux des deux personnages principaux : un couple d’Anglais un peu beauf charriant un tas de névroses que seul le lien amoureux qui les unit semble capable de refouler. Elle vit avec une mère acariâtre, rongée par la culpabilité liée à la mort de son chien adoré ; lui ne supporte pas l’impolitesse, les pollueurs et plus globalement tout ce qui, de près ou de loin, entre en conflit avec ses valeurs. Alors qu’ils vont jouer les touristes dans l’Angleterre profonde (visitant des lieux aussi palpitants que le mu

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