Skyfall

ECRANS | C’était à prévoir : avec Sam Mendes aux commandes, ce nouveau James Bond n’est ni efficace, ni personnel, juste élégamment ennuyeux et inutilement cérébral. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 29 octobre 2012

Rappel des faits : avec Casino Royale, la plus ancienne franchise de l'histoire du cinéma tentait un lifting radical, à la fois retour aux origines du héros et volonté de lui offrir une mise à jour réaliste. Globalement salué, notamment à cause de l'implication de Daniel Craig pour camper un James Bond badass et pourtant vulnérable, ce premier volet s'est vu immédiatement entaché par une suite catastrophique, Quantum of Solace, qui courait pathétiquement derrière les Jason Bourne de Paul Greengrass et ne produisait que du récit indigent et de l'action illisible. Le prologue de Skyfall montre que les producteurs ont bien retenu la leçon : sans être révolutionnaire, il offre une scène d'action parfaitement claire et plausible, filmée avec calme et élégance — Roger Deakins, le chef op' des Coen, est à la photo et cela se sent. La conclusion montre une fois de plus un Bond fragile, qu'une balle pourrait bien envoyer ad patres — là encore, beau plan sous-marin qui embraye sur un générique tout de suite plus kitsch, mais c'est la loi du genre.

Débondade

Après, stupeur ! Les faiblesses d'un script vite torché apparaissent, flagrantes : la résurrection de Bond, l'attaque du MI6, puis l'escapade à Shanghai et à Macao conduisent à un surplace esthétisant de près d'une heure dont on ne saisit ni les enjeux, ni l'intérêt. Comme dans Jason Bourne : l'héritage, dont la série Bond semble suivre consciemment ou inconsciemment les traces, Skyfall apparaît alors comme un blockbuster dénué d'action, d'humour ou de tout ce qui s'apparente de près ou de loin à du spectacle. Le comble est atteint lorsqu'à Macao, James Bond drague une James Bond girl incroyablement fade, avant de se battre mollement contre deux gros bras qui se feront bouffer par des alligators numériques bien foireux. Cette reprise mi-ironique, mi-nostalgique de la mythologie 007, filmée à deux à l'heure et éclairée dans de jolis tons ocres et mordorés, donne surtout le sentiment qu'on est face à une version sous sédatif de la période Roger Moore.

On pense que passée cette première heure et avec l'arrivée (enfin !) du méchant campé par un Javier Bardem péroxydé, les choses vont prendre de la consistance. Mais non, car Skyfall se retrouve dans un grand écart impossible entre premier degré pontifiant et deuxième degré grotesque. Bardem donc, ex-agent visiblement queer, édenté et porté sur le hacking vengeur, cabotine dans tous les sens, mais Sam Mendes ne semble pas s'en apercevoir, faisant comme si ce vilain de cartoon était la plus grande menace que le monde ait jamais connue ou un Hannibal Lecte(u)r de Têtu. Quant à Bond, le voilà aux prises avec un passé traumatique, psychanalyse hollywoodienne du héros tellement simpliste qu'elle s'avère contre-productive ; là où Mendes pense donner de la profondeur à la série, il souligne au contraire à quel point elle a un besoin vital de légèreté sous peine d'ennui mortel.

Chute libre

De toute façon, est-ce vraiment ce qu'on lui demande ? Ou plus exactement, va-t-on, à chaque fois qu'un studio cherchera à redynamiser ses franchises les plus lucratives, se farcir le modèle Dark knight-Nolan, plus sombre, plus cérébral, plus long et plus lent ? C'est bien la question qui se pose au sortir de Skyfall, prototype appliqué de cette auteurisation du blockbuster qui est en train de ravager durablement le cinéma d'action américain. Nolan avait pour lui d'être un scénariste brillant, capable de compresser en un récit clair et trépidant un nombre impressionnant d'intrigues et de personnages, tous traités avec soin et attention. Pour Mendes, comme pour Gilroy dans le dernier Bourne, la distance face à ce qui est raconté est tellement visible qu'on a la sensation d'assister à des exercices de style désincarnés, sinon à de pures et simples formules.

Sans vouloir jouer les vieux cons, quand Bryan Singer s'attaquait aux X-Men ou quand Sam Raimi s'emparait de Spider-Man, c'était avec un vrai projet de mise en scène et de réelles thématiques d'auteurs. Au bout des interminables 2h23 de Skyfall, on cherche toujours en quoi le personnage de Bond intéresse Sam Mendes sinon pour, dans un dernier mouvement plus malin que véritablement inspiré, finir de le remettre dans les traces de l'auguste Sean Connery tout en le faisant basculer dans le XXIe siècle. Ce qui revient à dire qu'il faut — encore — attendre la suite. Comme dit le proverbe : la patience a des limites.

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"Mourir peut attendre", un dernier James Bond pour Daniel Craig : mourir et laisser vivre

JAMES BOND | Sorti de sa retraite pour contrer une pandémie terroriste (et se venger de Blofeld), Bond se découvre de nouveaux ennemis… et des allié·es inattendu·es. Retardé depuis 18 mois, l’ultime épisode interprété par Daniel Craig clôt par un feu d’artifice inédit son cycle d’aventures dans la peau de l’agent britannique. Défense de spoiler !

Vincent Raymond | Mercredi 6 octobre 2021

Après avoir porté un sérieux coup à l’organisation criminelle Spectre et capturé son chef Ernst Stavro Blofeld, James Bond s’octroie une escapade italienne en compagnie de Madeleine Swann. Leur tête-à-tête romantique va être contrarié par plusieurs fantômes de leurs passés respectifs, les contraignant à une rupture brutale. Cinq ans plus tard, Bond est tiré de sa retraite par son ami Felix Leiter de la CIA, après qu’un savant russe retourné par le MI6 a été enlevé avec une redoutable arme biologique de sa confection… Tourné et finalisé avant la pandémie, retardé à cause d’icelle, Mourir peut attendre traite donc d’une… pandémie. Ou du moins du combat de James Bond contre une puissance terroriste cherchant à déclencher une attaque bactériologique (pour faire simple) à l’échelle planétaire. Un argument réactualisant celui de

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Bond et rebonds

ECRANS | Pour se consoler du décalage de la sortie du 5e et ultime opus de la saga 007 à être interprété par Daniel Craig, Mourir peut attendre (désormais annoncé en (...)

Vincent Raymond | Jeudi 5 mars 2020

Bond et rebonds

Pour se consoler du décalage de la sortie du 5e et ultime opus de la saga 007 à être interprété par Daniel Craig, Mourir peut attendre (désormais annoncé en novembre pour cause de Covid-19), les Pathé Chavant et Échirolles proposent une révision générale avec Il était une fois James Bond : Casino Royale est déjà passé, mais on peut enchaîner avec Quantum of Solace (jeudi 19 mars), Skyfall (jeudi 26 mars) et enfin Spectre (jeudi 2 avril). Rien que pour vos yeux.

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"1917" : la guerre, et ce qui s’ensuivit

Cinema | En un plan-séquence (ou presque), Sam Mendes plonge dans les entrailles de la Première Guerre mondiale pour restituer un concentré d’abominations. Éloge d’une démarche sensée fixant barbarie et mort en face, à l’heure où le virtuel tend à minorer les impacts des guerres…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

1917, dans les tranchées de France. Deux caporaux britanniques sont dépêchés par un général pour transmettre au-delà des lignes ennemies un ordre d’annulation d’assaut afin d’éviter un piège tendu par les Allemands. Une mission suicide dont l’enjeu est la vie de 1600 hommes… Depuis que le monde est monde, l’humanité semble avoir pour ambition principale de se faire la guerre. Kubrick ne marque-t-il pas l’éveil de notre espèce à "l’intelligence" par l’usage d’une arme dans 2001 : l’Odyssée de l’espace ? Et quand elle ne se la fait pas, elle se raconte des histoires de guerre. Ainsi, les premiers grands textes (re)connus comme tels sont-ils des récits épiques tels que L’Iliade et L’Odyssée, ayant pour toile de fond le conflit troyen. À la guerre comme à la guerre Si la pulsion belliciste n’a pas quitté les tréfonds des âmes, comme un rapide examen géopolitique mondial permet de le vérifier, la narration littéraire occidentale a quant à elle suivi une inflexion consécutive aux traumatismes hérités des deux conflits mondiaux. Art plus jeune et régi par d’autres impératifs (celui de servir d’instrument de con

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"Everybody knows" : Asghar Farhadi à la recherche de ce qui nous liait

ECRANS | Sous le délicieux présent transperce le noir passé… Le cinéaste iranien Asghar Farhadi retourne ici le vers de Baudelaire dans ce thriller familial à l’heure espagnole où autour de l’enlèvement d’une enfant se cristallisent mensonges, vengeances, illusions et envies. Un joyau sombre porté par Penélope Cruz et Javier Bardem, en compétition à Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 8 mai 2018

Comme le mécanisme à retardement d’une machine infernale, une horloge que l’on suppose être celle d’une église égrène patiemment les secondes jusqu’à l’instant fatidique où, l’heure sonnant, un formidable bourdonnement précipite l’envol d’oiseaux ayant trouvé refuge dans le beffroi. C’est peut dire que l’ouverture d’Everybody knows possède une forte dimension métaphorique ; sa puissance symbolique ne va cesser de s’affirmer. Installée au sommet de l’édifice central du village, façon nez au milieu de la figure, cette cloche est pareille à une vérité connue de tous, et cependant hors des regards. Elle propage sa sonorité dans les airs comme une rumeur impalpable, sans laisser de trace. Battant à toute volée sur une campagne ibérique ensoleillée, telle une subliminale évocation de l’Hemingway période espagnol, cette cloche rappelle enfin de ne « jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour [soi]“. Pour l’illusion du bonheur et de l’harmonie, également, dans laquelle baignent Laura (Penélope Cruz) et ses enfants, elle qui revient en Espagne pour assister au mariage de sa sœur. Et retrouver sa famille : d’anciens

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"Kings" : Los Angeles, 1992

Historico-urbain | de Deniz Gamze Ergüven (Fr-ÉU, 1h32) avec Halle Berry, Daniel Craig, Kaalan Walker…

Vincent Raymond | Jeudi 5 avril 2018

Mère courage, Millie (Halle Berry) accueille sans compter tous les gamins à la rue. Si la tension est continue entre les forces de l’ordre et les habitants de son quartier de Los Angeles, la tenue du procès des policiers ayant tabassé le jeune Afro-américain Rodney King déclenche des émeutes. Et Millie a peur pour ses enfants… Le succès international de Mustang (2015) ayant ouvert grandes les frontières à sa réalisatrice Deniz Gamze Ergüven, celle-ci a consenti à franchir l’Atlantique… sans pour autant succomber à l’appel des studios : projet personnel porté de longue date, Kings n’aurait sans doute pas correspondu, dans sa forme et son fond, aux critères hollywoodiens. Volontiers hybride avec ses surimpressions visuelles, ses inclusions d’images d’actualités, ses parenthèses lyriques, drolatiques ou abstraites venant éclater le réalisme contextuel, cette chronique chorale d’un quartier populaire rappelle la tension moite et revendicative des Spike Lee ou John Singleton d’antan, autant qu’elle évoque

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"Mother!" : la (vaniteuse) vie d’artiste

ECRANS | Thriller fantastique aux échos polanskiens, cette réflexion sur les affres effroyables de la création signée Darren Aronofsky ("Black Swan", "Requiem for a Dream"...) est aussi une puissante création réflexive. Et le récit du voyage aux enfers promis à celles et ceux qui gravitent trop près autour d’un·e artiste. Métaphorique, hypnotique et bourré de stars – Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Michelle Pfeiffer...

Vincent Raymond | Lundi 11 septembre 2017

Un poète en panne d’écriture vit à l’écart du monde dans la vaste demeure que sa jeune et aimante épouse achève de rafistoler. L’arrivée d’un couple d’inconnus perturbe leur intimité. Mais si la maîtresse de maison est troublée par ces sans-gênes, le poète se montre des plus exaltés… À croire qu’une internationale de cinéastes s’est donné pour mot d’interroger les tourments de l’inspiration littéraire : après Jim Jarmusch (Paterson), Pablo Larraín (Neruda), Mariano Cohn et Gastón Duprat (Citoyen d’honneur), voici que Darren Aronofsky propose sa vision du processus d’écriture. Vision divergée, puisqu’épousant les yeux de la muse plutôt que celle de l’auteur. Mais pas moins douloureuse : afin d’accomplir l’œuvre lui permettant

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007 Spectre

ECRANS | 24e opus de la franchise officielle James Bond, "007 Spectre" n’a rien d’une fantomatique copie. À la réalisation comme pour "Skyfall", Sam Mendes poursuit son entreprise subtile de ravalement du mythe, consistant à jouer la continuité tout en reprenant le mâle à la racine…

Vincent Raymond | Lundi 9 novembre 2015

007 Spectre

De tous les "serials" modernes, James Bond est le seul dont on puisse garantir la survie, quelles que péripéties que connaisse le monde. À l’écran depuis 1962, s’il a connu une seule éclipse entre 1989 et 1995, elle n’était même pas liée à la fin de la Guerre froide et n’a eu aucune incidence sur son succès – à peine dût-elle troubler son cocktail martini. Davantage qu’un personnage, 007 est une marque, un label en soi, dont l’aura dépasse celle de tous les interprètes prenant la pose dans son smoking. D’avatars en résurrections, chaque épisode parvient à battre des records techniques, artistiques ou, le plus souvent, économiques. Le dernier en date, Skyfall (2012), ne s’est pas contenté de dépasser le milliard de dollars de recettes au box office ni de glaner (enfin) l’Oscar de la chanson originale grâce à Adele – on pourrait parler là de bénéfices collatéraux. Il s’était surtout distingué par une écriture renouvelée, qui coupait court avec les incertitudes et les bricolages de Casino Royale (2006) et de

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Cartel

ECRANS | La rencontre entre Cormac McCarthy et le vétéran Ridley Scott produit une hydre à deux têtes pas loin du ratage total, n’était l’absolue sincérité d’un projet qui tourne le dos, pour le meilleur et pour le pire, à toutes les conventions hollywoodiennes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 novembre 2013

Cartel

Il y a sans doute eu maldonne quelque part. Comment un grand studio hollywoodien a-t-il pu laisser Cormac McCarthy, romancier certes adulé mais absolument novice en matière d’écriture cinématographique, signer de sa seule plume ce Cartel, le faire produire par la Fox et réaliser par un Ridley Scott réduit ces dernières années à cloner sans panache ses plus grands succès (Robin des Bois, sous-Gladiator, Prometheus, sous-Alien…) ? Le film est en tout point fidèle à la lettre et à l’esprit de ses œuvres littéraires : omniprésence de la corruption morale, déliquescence d’un monde livré à la sauvagerie et s’enfonçant dans une régression inéluctable vers le chaos, voilà pour l’esprit ; pour la lettre, c’est là que le bât blesse, tant McCarthy se contrefout éperdument des règles élémentaires de la dramaturgie cinématographique. Pas d’expositions des personnages, de longues conversations plutôt virtuoses dans leur façon d’exprimer les choses sans vraiment les nommer, mais qui versent aussi dans une emphase sentencieuse explicitant autant les intentions de l’auteur que la réalit

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À la merveille

ECRANS | L’amour naissant et finissant, la perte et le retour de la foi, la raison d’être au monde face à la beauté de la nature et la montée en puissance de la technique… Terrence Malick, avec son art génial du fragment et de l’évocation poétiques, redescend sur terre et nous bouleverse à nouveau. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 27 février 2013

À la merveille

Les dernières images de Tree of life montraient l’incarnation de la grâce danser sur une plage, autre monde possible pour un fils cherchant à se réconcilier avec lui-même et ses souvenirs. C’était sublime, l’expression d’un artiste génial qui avait longuement mûri un film total, alliant l’intime et la métaphysique dans un même élan vital. Autant dire que Terrence Malick était parti loin, très loin. Comment allait-il revenir au monde, après l’avoir à ce point transcendé ? La première scène d’À la merveille répond de manière fulgurante et inattendue : nous voilà dans un TGV, au plus près d’un couple qui se filme avec un téléphone portable. Malick le magicien devient Malick le malicieux : l’Americana rêvée de Tree of life laisse la place à la France d’aujourd’hui, et les plans somptueux d’Emmanuel Lubezki sont remplacés par les pixels rugueux d’une caméra domestique saisissant l’intimité d’un homme et d’une femme en voyage, direction « la merveille » : Le Mont Saint-Michel. La voix-off est toujours là, mais dans la langu

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Millénium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes

ECRANS | Avec cette version frénétique du Millenium de Stieg Larsson, David Fincher réussit un thriller parfait, trépidant et stylisé, et poursuit son exploration d’un monde en mutation, où la civilisation de l’image numérique se heurte à celle du photogramme et du récit. Critique et retour sur le premier livre consacré à ce cinéaste majeur. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 13 janvier 2012

Millénium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Avant de voir Millenium, il faut d’abord oublier le médiocre (télé)film suédois sorti en 2009, première adaptation du best-seller de Stieg Larsson. Ce n’est pas difficile, tant la mise en scène de David Fincher, impressionnante de fluidité et de rapidité, laisse loin derrière les laborieuses velléités illustratives de Niels Arden Oplev. Mais il faut aussi oublier le livre lui-même, et se comporter comme Fincher et son scénariste Steven Zaillan l’ont fait : doubler le plaisir feuilletonesque créé par une intrigue aux ramifications multiples d’un autre récit, purement cinématographique, qui n’aurait été qu’esquissé par l’auteur entre les lignes de son propre roman. De fait, si on a pu s’interroger un temps sur l’intérêt que Fincher portait à Millénium, et se demander s’il n’allait pas, comme à l’époque de Panic room, s’offrir un exercice de style récréatif avec cette nouvelle version, le générique (comme souvent chez lui) dissipe immédiatement les soupçons : sur une musique hardcore de Trent Reznor, Atticus Ross et Karen O., des corps noirs et liquides comme du plastique fondu s’interpénètrent et se mélangent à des câbles et des circuits électroniques. C’est beau, violent, furieux

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Les Noces rebelles

ECRANS | de Sam Mendes (ÉU, 2h05) avec Leonardo Di Caprio, Kate Winslet…

François Cau | Lundi 19 janvier 2009

Les Noces rebelles

Ben Stiller a décidemment joué un mauvais tour au cinéma américain avec son dévastateur Tonnerre sous les tropiques. En voyant Les Noces rebelles, on pense sans arrêt à Satan’s alley, le faux film dont on voyait la vraie bande-annonce au début : du cinéma à oscars balisé, où clignote sans arrêt dans le coin du cadre «Attention sérieux», où les acteurs tirent en permanence la tronche sur une musique dramatique et dans une lumière chiadée. C’est très beau tout cela, mais aussi terriblement ennuyeux, surtout quand le propos du film, progressiste à souhait, vire constamment au pontifiant. Dans les années 50, un jeune couple veut casser la routine du "papa travaille pendant que maman brique la baraque" en partant pour l’Europe accomplir ses rêves de bohème. Mas le poids des conventions sera plus fort, et Les Noces rebelles tourne à la scène de ménage façon Qui a peur de Virginia Woolf. Théâtrale au possible, la mise en scène de Sam Mendes coule tout dans un béton infernal, à commencer par les deux comédiens principaux, en roue libre de grimaces et d’émotions surjouées. Pénible spectacle, mais qu’on prend l’habitude de voir en début

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"Vicky Cristina Barcelona" : sous l'espagnolade, la vérité sociale

ECRANS | En visite à Barcelone, Woody Allen propose une nouvelle variation, faussement convenue, autour de ses thèmes favoris : le couple et la fatalité culturelle.

Christophe Chabert | Jeudi 2 octobre 2008

Deux amies américaines sont en visite estivale à Barcelone, l’une pour ses études, l’autre pour se remettre de son énième déconfiture sentimentale. La brune Vicky (Rebecca Hall), solidement assise sur ses principes, est promise au mariage avec un jeune cadre new-yorkais ; la blonde Cristina (Scarlett Johansson) se cherche quelque part entre cinéma et photographie, célibataire par indécision plus que par choix. Woody Allen, après une trilogie londonienne au propos social détonnant, semble avoir mis le cap vers l’Espagne pour des raisons similaires à celles de ses héroïnes : s’offrir un break ensoleillé et touristique (de Gaudí à la guitare au clair de lune, les clichés sont à la fête), le temps de retrouver ses thèmes de prédilection : l’incertitude sentimentale et les aléas du couple. Avec un classicisme très sage, la première partie de Vicky Cristina Barcelona se pose en comédie romantique sans réel enjeu, notamment quand Juan Antonio (Javier Bardem), peintre bohème assumant son désir pour les deux demoiselles, sort le grand jeu et emballe toutes les pistes lancées par le récit. Niv

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