Argo

ECRANS | Pour son troisième film derrière la caméra, Ben Affleck s’empare d’une histoire vraie où un agent de la CIA a fait évader des otages en Iran en prétextant les repérages d’un film de SF. Efficace, certes, mais très patriotique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 1 novembre 2012

Photo : © 2012 WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC.


Acteur sujet à de nombreuses railleries, Ben Affleck est en train de gagner ses galons en tant que réalisateur. Il faut dire qu'il est du genre élève appliqué, et si ni Gone baby gone, ni The Town ne révolutionnaient le film noir, ils prouvaient une certaine intelligence de mise en scène et un goût prononcé pour les personnages mélancoliques, en équilibre instable sur les frontières morales. En cela, Affleck s'affichait comme un disciple de Michael Mann ; si The Town était un peu son Heat, Argo est de toute évidence son Révélations : un thriller politique où un preux chevalier en voie de décomposition personnelle regagne l'estime de soi en allant défier un pouvoir inflexible. Ici, c'est l'Iran en 1979, juste après la chute du Shah et l'accession au pouvoir de Khomeiny, en pleine crise diplomatique : une attaque de l'ambassade américaine entraîne une vaste prise d'otages, dont seuls six personnes réussissent à réchapper pour se réfugier chez l'ambassadeur canadien. La CIA fait donc appel à son meilleur agent, Tony Mendez (Affleck lui-même), pour élaborer un plan afin de les ramener au bercail. Après maintes hypothèses insatisfaisantes, Mendez a l'idée de monter un faux film de science-fiction, Argo, et de se faire passer pour le responsable des repérages, en vue de tourner le film sur les terres iraniennes.

Leurre de vérité

L'histoire est vraie  – le générique montre d'ailleurs à quel point Affleck a été scrupuleux dans son désir d'imiter réalité, physique des personnages compris  – mais elle fascine par ce qu'elle convoque de mensonges et d'illusions. C'est en faisant semblant de construire une fiction que Mendez et ses acolytes ont pu berner les autorités iraniennes. La première partie, où les écrans et les régimes d'images s'entrechoquent de manière virtuose, conduit ensuite Affleck vers un commentaire doucement ironique sur le spectacle hollywoodien, capable de distraire à tous les sens du terme le plus acharné des barbus. Le film lui-même témoigne de cette efficacité bulldozer, bâti sur un suspense archi-maîtrisé auquel il est difficile de ne pas se laisser prendre. C'est aussi sa grosse limite : Argo célèbre le courage sans limite de l'Amérique face à ceux qui veulent la détruire, baume au cœur patriotique redoublé par le trajet du héros, qui en profite pour reconquérir son fils et sa femme. On comprend mieux alors l'accueil triomphal réservé au film aux États-Unis ; ici, on se contentera d'en louer les vertus cinématographiques, et ce n'est déjà pas mal.

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Kids return

Théma | Faites le calcul : six mois sans cinéma pour un enfant de 7 ans équivaut pour un adulte de 35 ans à deux ans et demi de privation de salles obscures ! (...)

Vincent Raymond | Jeudi 20 mai 2021

Kids return

Faites le calcul : six mois sans cinéma pour un enfant de 7 ans équivaut pour un adulte de 35 ans à deux ans et demi de privation de salles obscures ! Autant dire qu’il y a des raisons légitimes d’y emmener vos chérubins à la première heure. Certains films profitant de l’occasion pour continuer leur existence raccourcie, il n’est pas défendu de leur rendre un hommage (Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary du toujours impressionnant Rémi Chayé pour les 8 ans et plus, les programmes Les Mal-aimés de Hélène Ducrocq et La Baleine et l'Escargote de Max Lang et Daniel Snaddon pour les 3-6 ans). Toutefois, quelques nouveautés alternatives – c’est-à-dire hors du périmètre tonitruant des blockbusters – méritent d’être signalées. À commencer par l’improbable (sur le papier) StarDog et TurboCat (photo) de Ben Smith, dans lequel Buddy, un chien expédié dans l’espace en 1969, atterrit de nos jours dans une ville où les animaux domestiques sont traqués. Mais avec l’aide de Félix, un chat hâbleur équipé comme Batman, il rétablira l’harmonie entre humains et bestioles. Plutôt

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"La Baleine et l'Escargote" : gastéro-potes

ECRANS | ★★★☆☆ De Max Lang, Daniel Snaddon, Filip Diviak (G.-B.-Tch.-Sui., 0h40) animation

Vincent Raymond | Mercredi 28 octobre 2020

Une aventureuse escargote devient la passagère d’une baleine et fait sur sa nageoire le tour du monde. Leur amitié improbable illustrera une morale bien connue : on a toujours besoin d’une plus petite que soi… Symphonie de bleus et de textures d’eaux, ce très délicat film d’animation à la réalisation somptueuse rappelle, en moins triste, L’Oiseau et la Baleine, vu en complément de programme de L’Odyssée de Choum. Lui aussi doté de deux ultra courts métrages de qualité, il constitue par ailleurs l’une des ultimes apparitions (vocales, dans sa V.O.) de la regrettée Diana Rigg.

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"Scandale" : télégénie du mâle

ECRANS | De Jay Roach (É.-U., 1h48) avec Charlize Theron, Nicole Kidman, Margot Robbie…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Patron de la très conservatrice chaîne d’infos Fox News, Roger Ailes impose à ses collaboratrices ses exigences et privautés, ainsi qu’une impitoyable loi du silence. Jusqu’à 2016, où la journaliste Gretchen Carlson, mise sur la touche, révèle ses pratiques. Peu à peu, les langues vont se délier… L’an passé, un familier du registre comique avait signé avec Vice un portrait aussi documenté que vitriolé de l’ancien vice-président républicain Dick Cheney. Rebelote aujourd'hui avec Jay Roach, dont on se souvient qu’il fut révélé par ses séries potacho-burlesques (Austin Powers, Mon beau-père et moi…) avant de se reconvertir dans le biopic politique. Dans Scandale, le cinéaste – qui ne peut cacher ses sympathies démocrates – monte au front pour épingler les travers de la frange la plus conservatrice de la société américaine à travers la bouche d’égout qui lui sert d’organe quasi-officiel. Au moment où le scandale éclate, nous sommes à la fois à la veille de #MeToo mais aussi (et surtout) en plein dans la campagne présidentielle qui vit Trump gag

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"La Vérité" : tout sur sa mère

ECRANS | De Hirokazu Kore-eda (Fr.-Jap., 1h47) avec Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Ethan Hawke, Margot Clavel…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Star de cinéma, Fabienne vient de publier ses mémoires titrés La Vérité et va entamer un nouveau tournage. Sa scénariste de fille, Lumir, son époux et leur petite Charlotte, débarquent alors de New York. Leur séjour permettra de régler de vieilles querelles, mais aussi panser des plaies… « On ne peut se fier à sa mémoire ». Aux allures de mantra, cette réplique est un peu la clef de La Vérité : on l’entend sortir de la bouche de Lumir (reprochant les arrangements de sa mère avec la vérité dans son livre), mais aussi de celle de la fantasque Fabienne, faisant remarquer en retour à sa fille que le point de vue d’une enfant est trompeur. Si l’actrice revendique dans sa vie comme son art le "mentir vrai" d’Aragon, en assumant également une incorrigible mauvaise foi et ses caprices, elle sait, par le bénéfice de l’âge, que toute vérité est relative, subjective. Que la perfection qu’elle suppose, forcément impossible à atteindre. Et que l’écrit est un pis-aller au jeu, donc à la vie. Acteurs 1, scénaristes 0 ? Difficile de savoir qui aura le dernier mot ! Kore-eda accomplit ici une œuvre d’une v

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"Once Upon a Time… in Hollywood" : Quentin se fait son cinéma

ECRANS | Les coulisses de l’usine à rêves à la fin de l’ère des studios, entre petites histoires, faits divers authentique et projection fantasmée par Quentin Tarantino. Une fresque uchronique tenant de la friandise cinéphilique (avec, en prime, Leonardo DiCaprio, Brad Pitt et Margot Robbie), mais qui s’égare parfois dans ses digressions.

Vincent Raymond | Jeudi 25 juillet 2019

Hollywood, 1969. Rick Dalton (Leonardo DiCaprio), vedette sur le déclin d’une série TV ; Cliff Booth (Brad Pitt), son cascadeur homme à tout faire ; leur voisine (Margot Robbie), la jeune comédienne Sharon Tate, épouse Polanski : trois destins parallèles et convergents dans une ville entre décors, faux-semblants et rêves brisés… Lors de l’une de ses venues au Festival Lumière de Lyon, Quentin Tarantino avait concocté une sélection de films portant l’estampille 1970. Au-delà du nombre rond, cette année charnière marque en effet l’ancrage définitif du Nouvel Hollywood, l’irrésistible ascension de ses nouveaux moguls et l’inéluctable déclin des anciens nababs. Autant dire que le choix de 1969 pour situer cette semi-fiction est signifiant : il correspond à la fin d’un âge d’or – en tout cas idéalisé par celles et ceux qui l’ont vécu a posteriori. Et à travers l’écran d’argent. Dans sa reconstitution appliquée, Tarantino est loin de tout repeindre en rose pailleté, même si la tentation est grande : le Hollywood de 1969 transpire de coolness ambiante, d’érotisme débridé, ruisselle

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"Marie Stuart, Reine d'Écosse" : reines à l’arène

ECRANS | de Josie Rourke (ÉU-GB, 2h04) avec Saoirse Ronan, Margot Robbie, Jack Lowden…

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Son récent veuvage renvoie la jeune reine de France Marie Stuart dans son Écosse natale, où son trône est convoité par sa parente Elizabeth Ière d’Angleterre, laquelle se verrait bien doublement couronnée. Marie lui fait part de ses vues sur Albion. Diplomatie, trahisons et guerre à l’horizon… La Favorite de Yórgos Lánthimos vient récemment de prouver qu’il était possible d’être fidèle à l’esprit d’une époque en adoptant une esthétique décalée et volontairement anachronique. Sur un sujet voisin (grandeurs et misères des monarques britanniques), Marie Stuart offre a contrario l’exemple d’un dévoiement calamiteux de l’Histoire à la limite du révisionnisme, gâchant un bon sujet par des intentions politiquement correctes nuisant à la véracité et à l’authenticité factuelles d’un film semblant, en apparence, soigner le moindre détail au nom de son idée du "réalisme". Ce n’est pas tant la lecture "féministe" – le terme est, là encore, anachronique – dans la gouvernanc

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"Moi, Tonya" : grâce et disgrâce sur glace

ECRANS | De Craig Gillespie (ÉU, 2h) avec Margot Robbie, Allison Janney, Sebastian Stan…

Aurélien Martinez | Lundi 19 février 2018

L’histoire se souvient de Tonya Harding comme de la première patineuse étasunienne à avoir fait un triple axel en compétition : classe. Mais aussi – plus que tout même – pour avoir été mêlée à un scandale quelques jours avant les Jeux olympiques de 1994 à Lillehammer : l'agression de sa rivale Nancy Kerrigan à coups de barre en métal, dont les images filmées après l’attaque (et les « Why ? Why ? Why ? » de Kerrigan) ont fait le tour du monde. Moins classe. Tonya Harding est une de ces figures controversées que les États-Unis adorent produire à la chaîne. Une figure à laquelle le cinéaste australien Craig Gillespie vient de consacrer un biopic passionnant, justement parce que ce n’est pas tant un biopic (même si les acteurs et actrices ressemblent parfaitement aux véritables protagonistes) qu’un film sur le rêve américain et, surtout, l’une de ses faces les plus sombres – les blancs pauvres, appelés "white trash", représentés ici de la pire des manières. Du coup, l’agression comme le patinage ne sont presque que secondaires pour Craig Gillespie : il s’attache principalement à montrer une battante qui fait tout pour s’

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"Ami-ami" : viens pas chez moi, j’habite avec une copine

ECRANS | de Victor Saint Macary (Fr., 1h26) avec William Lebghil, Margot Bancilhon, Camille Razat…

Vincent Raymond | Lundi 15 janvier 2018

Vaste famille ayant donné naissance au meilleur (L’Auberge espagnole) comme au pire (Five), la comédie-de-colocation-entre-potes s’enrichit d’un nouveau rejeton tentant le vaudeville contemporain sans pour autant recourir à la grivoiserie. Louable effort compensant les maladresses d’usage d’un premier film alternant potacherie classique et audaces scénaristiques. Le cœur brise par son ex, le "héros" de ce badinage s’installe avec sa meilleure copine, en tout bien tout honneur. Une nouvelle histoire d’amour lui cause un double embarras : il n’ose avouer à sa conquête qu’il "vit" avec une amie, laquelle se montre plus que jalouse : possessive. Si le côté Guerre des Rose (film de Danny DeVito sorti en 1990) avec saccage majuscule de l’appartement sent le réchauffé, reconnaissons que le réalisateur Victor Saint Macary surprend en renversant une situation très convenue : ici, ce n’est plus le mec qui rompt un pacte d’amitié homme-femme et en détruit l’harmonie mais bien l’amie éconduite – ce qui sort le film du schéma du m

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"Bad Buzz" : #navet pour Éric et Quentin

ECRANS | de Stéphane Kazandjian (Fr., 1h17) avec Éric Metzger, Quentin Margot, Razane Jammal…

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

Pourquoi toutes les demi-gloires télévisuelles éprouvent-elles le besoin de "faire du cinéma" ? Le goût du lucre ou les exigences d’un ego tyrannique peuvent expliquer, à défaut de justifier, la présence de ces notabilités météoritiques sur grand écran. Semblant considérer comme négligeable la nécessité d’avoir au préalable une idée à défendre ou une histoire à raconter, elles accouchent de films présentant moins d’intérêt que le support vierge sur lequel ils sont projetés. Derniers marioles à tenter l’aubaine, les duettistes Éric et Quentin, habitués à pondre au kilomètre des sketches en prise directe avec l’actualité pour l’émission Quotidien. Le ton volontiers impertinent du magazine les autorise à se montrer parfois corrosifs, en réaction aux outrances ordinaires des "puissants" qu’ils brocardent. La brièveté des saynètes compense la réalisation de bric-et-de-broc, à l’amateurisme potache plus que revendiqué : exagéré. Au cinéma aussi on a le droit de faire les cons, mais sérieusement. Et il faut se montrer autrement costaud dans l’écriture pour être perçus comme transgressifs : la somme des contraintes (surtout celles imposées p

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"Going to Brazil" : un "Very Bad Trip" français au féminin

ECRANS | de Patrick Mille (Fr, 1h34) avec Alison Wheeler, Vanessa Guide, Margot Bancilhon…

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Après un drame césarisable (Mauvaise Fille), virage à 180° pour l'acteur réalisateur franco-portugais Patrick Mille qui s’essaie à la comédie populaire moderne. Invitées à Rio de Janeiro au mariage de leur amie enceinte Katia, Agathe, Chloé et Lily voient leur séjour virer au cauchemar lorsqu’elles défenestrent accidentellement un homme dans une soirée. Assumant sans gêne sa filiation avec la farce U.S trash (Todd Phillips et ses Very Bad Trip par exemple), Going to Brazil brasse tous ses codes visuels et narratifs, frôlant presque le racolage. On peut déplorer ci et là les facilités des gages gores, certains d’entre eux vus ailleurs en mieux, mais un plaisir sincère s’en dégage. Le "trip" possède un rythme tenu venant de répliques jouissives, larguées par un quatuor d’actrices habité. Naviguant dans les zones risquées de la comédie dramatique avec une certaine aisance, le concept a le mérite d’aller jusqu’au bout de ses ambitions.

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Voreppe croise les regards cinématographiques

ECRANS | Le cinéma Art et Plaisirs lance son cycle mensuel Regards Croisés avec un bijou des frères Coen : "Fargo". Rendez-vous vendredi 9 septembre.

Vincent Raymond | Mardi 6 septembre 2016

Voreppe croise les regards cinématographiques

Après une fin août proprement caniculaire, on aurait presque hâte de goûter à des températures inversement extrêmes. Quoi de plus rafraîchissant qu’une virée dans le Minnesota hivernal pour l’un des polars les plus frappés tournés par les frères Coen ? Sorti (bien emmitouflé) il y a déjà vingt ans, Fargo est un bijou d’humour noir au milieu des étendues blanches, où le sordide le dispute à l’absurde. On y suit la pathétique combine d’un vendeur de voitures ayant ourdi l’enlèvement de son épouse par des demi-sel pour renflouer ses finances. Évidemment, rien ne se déroule comme prévu : les cadavres tombent en avalanche, jusqu’à ce qu’une placide policière enceinte jusqu’à la mandibule fasse cesser ces floconneries… Prix de la mise en scène à Cannes, Oscar pour la comédienne Frances McDormand et pour le scénario signé par les Coen, Fargo est un must de la comédie macabre. Un excellent choix pour entamer la nouvelle saison du rendez-vous Regards Croisés institué par le cinéma Art et Plaisirs de Voreppe, qui propose chaque mois un grand film du patrimoine, ayant en général bénéficié d’une restauration récente et présenté par Laurent Huyart.

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"Dalton Trumbo" : plaisir gourmand pour cinéphiles

ECRANS | de Jay Roach (E.-U., 2h04) avec Bryan Cranston, Diane Lane, Helen Mirren…

Vincent Raymond | Mardi 26 avril 2016

Vissé à sa machine à écrire, l'écrivain, scénariste et réalisateur américain Dalton Trumbo a signé parmi les plus grandes pages du cinéma hollywoodien (Vacances romaines, Spartacus, Exodus…). Mais il a aussi mené une vie personnelle et citoyenne romanesque. Le biopic que lui consacre Jay Roach, avec Bryan Cranston (Walter White dans la série Breaking Bad), relate le parcours de ce blacklisté haut en couleur, qui défia la chasse aux sorcières en industrialisant l’écriture sous prête-noms et glanant des Oscars à la barbe de McCarthy et de ses séides. S’il est enlevé et jouissif, à l’image du personnage, le film n’est qu’un instantané de son existence. Il se penche uniquement sur la période aussi conflictuelle qu’héroïque de l’après-guerre (Trumbo auteur reconnu et installé, a déjà publié Johnny Got His Gun), et fait l’impasse sur la fin de sa carrière (son passage à la réalisation avec Johnny Got His Gun). Un plaisir gourmand pour les cinéphiles, ravis de naviguer dans les coulisses hollywoodiennes parmi les légendes (sont ici convoqués Otto Preminger, John Wayne…) et un joli tour de force pour l’auteur de la série Austin Powers qui m

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Five

ECRANS | de et avec Igor Gotesman (Fr., 1h42) avec Pierre Niney, François Civil, Margot Bancilhon, Idrissa Hanrot…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Five

À chaque époque, sa vision de la colocation. Revendiquant L’Auberge espagnole (2002), Five se veut un film de joyeux potes idéalisant une chouette vie autarcique d’enfants gâtés sans contraintes, habitués qu’ils sont à voir leurs moindres caprices assouvis par Sam (justement surnommé "Sam régale") l’amphitryon de la bande – lequel dupe son père pour disposer à l’envi de la fortune familiale, avant d’être démasqué par celui-ci. D’une morale déjà douteuse, le tableau s’aggrave lorsque le fameux Sam trouve dans le mensonge et surtout le trafic de drogue la solution naturelle à ses problèmes ; et que ses "amis pour la vie" manifestent leur profonde solidarité en se dissociant de lui dès qu’il plonge. On résume : des personnages profiteurs, individualistes, arnaqueurs, délateurs ; une vision caricaturale de la banlieue où les trafiquants sont arabes et barbus, de l’argent facile sans beaucoup se fatiguer, une crudité du dialogue en dents de scie (malgré quelques audaces, le ton demeure timoré), et un manque de fond. Si Klapisch avait assorti son film d’un questionnement sur le processus de maturation personnelle, Gotesman reste loin de tou

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10 Cloverfield Lane

ECRANS | Dan Trachtenberg s’inscrit dans les pas du fameux film catastrophe apocalyptique "Cloverfield", sans pour autant en présenter une suite. Et défend plutôt un minimalisme bienvenu.

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

10 Cloverfield Lane

En 2008, Matt Reeves électrochoquait le principe du film catastrophe apocalyptique en hybridant faux "found footage" et monstres exterminateurs dans Cloverfield : une expérience de cinéma aussi accomplie du point de vue théorique que spectaculaire. Ni suite, ni spin-off classique, 10 Cloverfield Lane s’inscrit dans sa lignée en combinant atmosphère de fin du monde, huis clos sartrien avec potentiel(s) psychopathe(s)… et monstres exterminateurs. Producteur des deux volets, J.J. Abrams pourrait lancer une franchise en s’attaquant ensuite au mélo, à la comédie musicale, au polar : tout peut convenir, du moment qu’on ajoute “Cloverfield” dans le titre et intègre des monstres en codicille ! Si Cloverfield montrait une fiesta virant au massacre, puis au survival, 10 Cloverfield Lane démarre privé de toute insouciance par une rupture pour se précipiter, très vite, dans le confinement subi d’un bunker et sa promiscuité. C’est que les temps ont changé : l’inquiétude et la paranoïa règnent. Plus pressante, la menace n’est plus le seul fait d’entités étrangères ; elle émane aussi de bon gros "rednecks" se révélant immédiatement plus dangereux m

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"Salafistes" : l’un des deux réalisateurs sera lundi au Club

ECRANS | François Margolin viendra pour une projection-débat. Et le directeur du Club explique pourquoi il a choisi de diffuser ce documentaire controversé.

Aurélien Martinez | Vendredi 29 janvier 2016

Salafistes de François Margolin et Lemine Ould Salem, c’est le documentaire qui suscite de nombreux débats en ce moment en France ; débats remontant même jusqu’au ministère de la culture qui l’a interdit aux moins de 18 ans. À Grenoble, il est diffusé depuis ce mercredi (jour de sa sortie) au Club : un cinéma qui a eu la bonne idée d’inviter l’un des deux réalisateurs (François Margolin) pour une projection-débat. Rendez-vous lundi 1er février à 20h15. « Proposer aux spectateurs des œuvres qui parfois dérangent mais toujours interrogent » Sur le Facebook de son cinéma, le directeur Patrick Ortéga a publié un long texte expliquant pourquoi il a choisi de diffuser ce film. Extrait : « Le 11 janvier 2016, un jeune lycéen a attaqué avec une machette un professeur portant la kippa et une Torah près d'une école juive à Marseille. Cette action me paraissait tellement incompréhensible qu'il me fall

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Diversion

ECRANS | John Requa et Glenn Ficarra revisitent le film d’arnaque dans une comédie pop fluide et élégante portée par le couple glamour Will Smith / Margot Robbie. Divertissement longtemps irrésistible, "Diversion" rate de peu sa sortie. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 mars 2015

Diversion

Fondre en un seul geste la forme et le fond pour distraire le spectateur : c’est un programme de cinéma mais aussi une méthode d’arnaque éprouvée. Diversion en a conscience et c’est un beau tour de passe-passe qu’orchestre le duo John Requa et Glenn Ficarra, ici un cran au-dessus de leurs deux premiers films – I love you Philip Morris et Crazy stupid love. Le titre original, Focus, plus que son équivalent français, marque d’ailleurs cette parenté entre la mise en scène (du film) et les coups montés par Nicky avec sa bande et sa nouvelle partenaire – et amante – Jess : il s’agit de déplacer la focale et d’orienter le regard pour mieux tromper la victime-spectateur. Cela nécessite souplesse, charme et élégance ; il faut donc avant tout un couple glamour au possible : ici, Will Smith, dans un exercice sobre d’underplaying appris chez Shyamalan, et Margot Robbie, qui confirme après Le Loup de Wall Street

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Gone Girl

ECRANS | Film à double sinon triple fond, "Gone Girl" déborde le thriller attendu pour se transformer en une charge satirique et très noire contre le mariage. Et permet ainsi à David Fincher de compléter une trilogie sur les rapports homme / femme après "The Social Network" et "Millenium". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Gone Girl

Dans le commentaire audio de The Game, David Fincher affirme qu’il avait tourné là son dernier film pensé pour le soir de sa « première ». Tournant majeur qui consiste à ne plus vouloir scotcher le spectateur sur son siège par une succession d’effets de surprise, mais à s’inscrire dans un temps plus long où le film gagnerait en profondeur et en complexité, révélant à chaque vision de nouvelles couches de sens. C’est ce qui a fait, en effet, le prix de Fight club, Zodiac et The Social Network. Gone Girl, cependant, a les apparences du pur film de « première » : le calvaire de Nick Dunne, accusé de la disparition de sa femme le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, repose sur un certain nombre de retournements de situations importés du roman de Gillian Flynn qu’il convient de ne pas révéler si l’on veut en préserver l’efficacité. La matière est donc celle d’un bon thriller psychologique : un écrivain raté et falot est transformé en coupable idéal par des médias avides de

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"Le Loup de Wall Street" : voyage au bout de l'enfer (du capitalisme)

ECRANS | La vie de Jordan Belfort, courtier en bourse obsédé par les putes, la coke et surtout l’argent, permet à Martin Scorsese de plonger le spectateur trois heures durant en apnée dans l’enfer du capitalisme, pour une fresque verhovenienne hallucinée et résolument burlesque, qui permet à Di Caprio de se transcender.

Christophe Chabert | Vendredi 27 décembre 2013

« Greed is good. » C’était la maxime de Gordon Gecko / Michael Douglas dans le Wall Street d’Oliver Stone. Un film de dénonce balourd qui a eu pour incidence contre-productive de transformer Gecko en héros d’une meute d’abrutis cocaïnés et irresponsables, trop heureux de se trouver un modèle ou un miroir selon le degré d’avancement de leur ambition. Jordan Belfort, auquel Martin Scorsese consacre cette bio filmée de trois heures et à qui Leonardo Di Caprio prête ses traits, est de cette génération-là, celle qui a eu Gecko pour modèle et son slogan comme obsession. Le film, passé son prologue provocateur (grosse bagnole et coke à même l’anus d’une prostituée) attrape d’ailleurs son héros dans un instant paradoxal : le lundi noir de 1989 où, alors qu’il s’apprête à concrétiser son rêve et devenir courtier à Wall Street, la bourse plonge et avec elle une partie de l’économie mondiale. Faux départ, retour à zéro : l’itinéraire de Jordan Belfort s’édifie sur un moment de purge financière supposée assainir le système et qui ne fait que préparer l’avènement d’une corruption plus grande encore, par de jeunes loups ayant tiré

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Fargo, du sang sur la neige

ECRANS | On continue cette semaine notre rétrospective "20 ans de PB, 20 ans de ciné" en se téléportant en 1996, mais surtout en rendant hommage à un tandem de cinéastes (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 décembre 2013

Fargo, du sang sur la neige

On continue cette semaine notre rétrospective "20 ans de PB, 20 ans de ciné" en se téléportant en 1996, mais surtout en rendant hommage à un tandem de cinéastes régulièrement loués dans nos colonnes : Joel et Ethan Coen. Fargo leur permet de revenir sur leurs terres natales, le Minnesota froid et enneigé, où un fait divers sordide se transforme devant leur caméra en tragédie de la bêtise et de la cupidité. Jerry Lundegaard (William H. Macy), médiocre vendeur de voitures, paie deux tueurs dégénérés, l’un (Steve Buscemi) volubile et agité, l’autre (Peter Stormare) peu loquace et impassible, pour enlever sa propre femme et demander une rançon à son beau-père blindé mais radin. Bien sûr, le plan tourne au cauchemar et seule une femme flic enceinte (Frances McDormand) tente de résister à cette spirale de violence. Le génie des Coen éclate à tous les étages de Fargo : le dialogue, vertigineux, la construction scénaristique, particulièrement audacieuse avec ses digressions imprévisibles – notamment via un personnage de Japonais dépressif et mythomane – et bien sûr la mise en scène, fabuleuse. En pleine symbiose avec leur chef opérateur Roger Deakins, les Coen

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Lundi 16 décembre, 20h30 : "Fargo" (1995 — Joel et Ethan Coen)

ECRANS | Un vendeur de voitures décide, pour payer ses dettes, de faire enlever sa femme et de faire payer la rançon à son beau-père riche et radin. Il fait appel à deux (...)

Christophe Chabert | Mercredi 2 octobre 2013

Lundi 16 décembre, 20h30 :

Un vendeur de voitures décide, pour payer ses dettes, de faire enlever sa femme et de faire payer la rançon à son beau-père riche et radin. Il fait appel à deux tueurs, l’un volubile, l’autre mutique, mais le plan parfait va se transformer en une longue cavale sanglante. Prix de la mise en scène à Cannes, Fargo est un des films les plus forts de frères Coen. À partir d’un fait-divers réel, ils en font une tragédie sur un monde livré au hasard et à l’absurde, qu’ils tournent dans les grandes étendues enneigées du Dakota du Nord. Le génie des dialogues, le casting parfait — Steve Buscemi, Peter Stormare, Willaim H. Macy et la fidèle Frances MacDormand en femme flic enceinte jusqu’aux dents — la musique bouleversante de Carter Burwell et bien sûr une mise en scène majestueuse, font de Fargo un des classiques du cinéma américain des années 90.

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Le tour du monde en 34 courts

ECRANS | Le 36e festival du film court en plein air affiche une belle santé cette année, grâce à une compétition portée par des films aux propositions cinématographiques fortes, et par un beau programme de courts tournés dans la région. Textes : Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 28 juin 2013

Le tour du monde en 34 courts

Une compétition réussie, dans un festival consacré au court-métrage, c’est la garantie de prendre des nouvelles du monde et dans le même temps de voir comment les jeunes cinéastes l’appréhendent avec leurs outils. En 2013, du côté de la Salle Juliet Berto et de la Place Saint-André, on verra donc comme le monde ne va pas fort : les films n’hésitent pas à empoigner des sujets contemporains qui font mal, dans une litanie qui serait déprimante si les réalisateurs n’avaient l’intelligence de les transcender par leur mise en scène. Prostitution, immigration, chômage, violences conjugales, racisme, terrorisme, précarité, inquiétudes écologiques, il ne manque quasiment rien de ce qui travaille les consciences politiques et sociales actuellement ; même les comédies se déploient sur un fond de noirceur évoquant vieillesse, mort, solitude ou incommunicabilité. Si les thèmes dessinent une unité sans doute représentative de la production dans sa globalité, cette sélection internationale – on y trouve des films belges, américains, anglais, russes, espagnols, québécois et, bien sûr, français – s’avère en revanche d’une belle diversité esthétique, avec des propositions de cinéma fortes

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À la merveille

ECRANS | L’amour naissant et finissant, la perte et le retour de la foi, la raison d’être au monde face à la beauté de la nature et la montée en puissance de la technique… Terrence Malick, avec son art génial du fragment et de l’évocation poétiques, redescend sur terre et nous bouleverse à nouveau. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 27 février 2013

À la merveille

Les dernières images de Tree of life montraient l’incarnation de la grâce danser sur une plage, autre monde possible pour un fils cherchant à se réconcilier avec lui-même et ses souvenirs. C’était sublime, l’expression d’un artiste génial qui avait longuement mûri un film total, alliant l’intime et la métaphysique dans un même élan vital. Autant dire que Terrence Malick était parti loin, très loin. Comment allait-il revenir au monde, après l’avoir à ce point transcendé ? La première scène d’À la merveille répond de manière fulgurante et inattendue : nous voilà dans un TGV, au plus près d’un couple qui se filme avec un téléphone portable. Malick le magicien devient Malick le malicieux : l’Americana rêvée de Tree of life laisse la place à la France d’aujourd’hui, et les plans somptueux d’Emmanuel Lubezki sont remplacés par les pixels rugueux d’une caméra domestique saisissant l’intimité d’un homme et d’une femme en voyage, direction « la merveille » : Le Mont Saint-Michel. La voix-off est toujours là, mais dans la langu

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Flight

ECRANS | L’héroïsme d’un pilote d’avion est remis en cause lorsqu’on découvre ses penchants pour la boisson et les stupéfiants. Délaissant ses expérimentations technologiques, Robert Zemeckis signe un grand film qui célèbre l’humain contre les dérives religieuses, judiciaires et techniques. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 7 février 2013

Flight

Au commencement était la chair : celle d’une femme nue qui déambule au petit matin dans une chambre d’hôtel pendant que son amant se réveille en s’enfilant une ligne de coke qui lui permet d’évacuer sa gueule de bois. Ce long plan d’ouverture sonne comme une déclaration d’intention de la part de Robert Zemeckis : après trois films à avoir essayé de recréer par le numérique, la 3D et la motion capture les émotions et le corps humain, le voilà revenu à des prises de vues garanties 100% réelles et incarnées. Son cinéma a depuis toujours été obsédé par les limites plastiques de la figuration : les corps troués, aplatis, étirés comme des chewing-gums de La Mort vous va si bien, les cartoons vivants de Roger Rabbit, Forrest Gump se promenant dans les images d’archives ou le Robinson supplicié de Seul au monde… Flight introduit une subtile variation autour de ce thème : ici, la chair est fragile, mais cette fragilité signe en définitive la grandeur humaine. Y a-t-il un pilote dans le pilote ? Whip Whitaker (fabuleux Denzel Washington) prend donc son service comme pilote de ligne et réussit un exploit : un atterrissage en pl

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Avec la Basse cour, on ne demande qu’à en rire

SCENES | Un véritable café-théâtre à Grenoble ? Cette semaine ouvre, quartier de l’Estacade, la Basse cour, « lieu dédié à l’humour et au rire ». Une idée séduisante sur le papier, dans une ville où humour rime souvent avec grosses têtes d’affiche lourdingues. Rencontre avec deux des membres de l’équipe pour en savoir plus.

Aurélien Martinez | Lundi 10 septembre 2012

Avec la Basse cour, on ne demande qu’à en rire

Vous investissez les anciens locaux du Théâtre Coccinelle, qui sont vacants depuis moins d’un an. À savoir depuis la fermeture du Fitzcarraldo, le « lieu de vie et de pratiques artistiques » qui avait ouvert en octobre 2012 et fermé quelques semaines plus tard… Les deux projets ont-ils un lien ? Erwan Flageul, administrateur du conseil d’administration de la Basse cour : Non, puisque ce n’est pas du tout la même équipe. L’association la Basse cour est propriétaire des lieux, que l’on a rachetés au Théâtre Coccinelle [qui a déménagé en septembre 2011 – NdlR]. Le Fitzcarraldo était locataire. Mais on est là parce que ce lieu était vide, ce qui nous a donné l’idée de monter ce projet. C’est l’opportunité d’un tel endroit, bien équipé pour le culturel [l’équipe du Fitzacrraldo avait rénové le théâtre – NdlR], qui a concrétisé l’envie que l’on avait en tête depuis longtemps. Monter un café-théâtre à Grenoble… EF : Oui. Au départ, on s’est dit

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Le monde est là

SCENES | Le Congolais Faustin Linyekula sera par deux fois sur les planches de l’Hexagone ce semestre, avec un solo chorégraphique (Le Cargo) et une création (More (...)

François Cau | Vendredi 6 janvier 2012

Le monde est là

Le Congolais Faustin Linyekula sera par deux fois sur les planches de l’Hexagone ce semestre, avec un solo chorégraphique (Le Cargo) et une création (More more more… future) mêlant musique et danse, programmée dans le cadre du festival Les Détours de Babel. Un artiste qui rencontre un succès croissant sur les scènes européennes. Dans ses spectacles, il évoque les tumultes rencontrés par son pays – il vit aujourd’hui à Kisangani, où il est très actif (il y a fondé Les Studios Kabako, première structure pour la danse en République Démocratique du Congo). « L’histoire peut être abordée sous l’angle de l’évolution des formes de violence faites au corps » explique-t-il. Une expression singulière, où l’art se confronte aux problématiques les plus contemporaines.

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La migration des escargots

SCENES |

François Cau | Lundi 2 mai 2011

La migration des escargots

L’an passé, les Arts du Récit (dont la nouvelle édition débute ce mardi 10 mai – plus d’infos dans notre prochain numéro) et le conteur Vaber Douhouré (cie de l'Île désirée) passaient commande à l’auteure grenobloise Anaïs Escot ; cette dernière devant livrer un texte dont le sujet serait les SDF. Cette année, Vaber Douhouré s’est attelé à le porter sur le plateau : vu ce que nous avons pu en apercevoir (un filage incomplet), on a simplement pu constater que le metteur en scène et comédien a souhaité une forme distanciée, à l’aide notamment de deux musiciens qui l’accompagnent intensément dans son voyage imagé. Un voyage que fait un homme, spectateur du destin de trois personnages que l’on découvre à travers son regard. Ce parti pris proche du conte, s’il fonctionne sur la durée du spectacle et arrive à sortir une dramaturgie du texte, pourrait s’avérer judicieux. Réponse du jeudi 5 au samedi 14 mai au Théâtre de Création (représentations seulement les jeudis, vendredis et samedis).

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The company men

ECRANS | De John Wells (EU, 1h44) avec Ben Affleck, Chris Cooper…

François Cau | Vendredi 25 mars 2011

The company men

La crise, c’est mal. Des gens souffrent. Prenez le personnage de Ben Affleck dans ce film : cadre lourdé par sa boîte, il peine à retrouver un job aussi bien payé, doit passer des stages de motivation, ne peut plus jouer au golf, et doit même renoncer à sa Porsche. Pardonnez l’ironie, mais à côté des vraies victimes de ce scandale financier toujours impuni, on a beaucoup, beaucoup de mal à sympathiser avec les “héros“ de ce film, grande entreprise de déculpabilisation apparemment vouée à montrer que les cols blancs ont une âme et même, parfois, des cas de conscience quand ils sont au pieu avec leur blonde. Taillé à la serpe lorsqu’il s’agit de décrire l’évolution psychologique de ses protagonistes, The company men devient franchement gênant dans la caractérisation de son personnage principal, contraint de la jouer humble en acceptant un boulot sur un chantier, après que son fiston ait vendu sa X-Box (il finira par découvrir que son beauf rustaud est en fait un bon gars). Coupé de la réalité, à côté de la plaque et par moments franchement indécent, le film de John Wells ne peut compter que sur son ahurissant casting pour se garantir un minimum de crédit. Et même face à cet improbabl

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Largo Winch II

ECRANS | De Jérôme Salles (Fr-All-Belg, 1h59) avec Tomer Sisley, Sharon Stone…

François Cau | Jeudi 10 février 2011

Largo Winch II

Dans cette suite, Largo Winch voyage à travers le monde, joue au milliardaire philanthrope, démasque des complots internationaux impliquant oligarques russes et junte birmane, fait de l’humanitaire et tombe une belle asiate… Ce James Bond des riches est cinématographiquement un James Bond du pauvre, avec des incohérences de scénario constantes, des scènes d’action où la caméra est tellement secouée qu’on se demande s’il y a vraiment de l’action dedans, des dialogues nanardesques et un manque d’imagination coupable (Sharon Stone porte la même robe que dans Basic instinct). Quant à Tomer Sisley, il semble ne plus jouer du tout ; il balance ses répliques avec un sourire charmeur, point. Enfin, le film piétine un mythe : pour sa dernière apparition à l’écran, Laurent Terzieff doit se coltiner un personnage ridicule conduisant à un twist minable. Triste fin pour un immense acteur ! CC

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Speed Racer

ECRANS | De Larry et Andy Wachowski (EU, 2h07) avec Emile Hirsch, Christina Ricci, Matthew Fox, John Goodman…

François Cau | Lundi 16 juin 2008

Speed Racer

Speed Racer sort en France après s’être ramassé avec fracas dans tous les territoires où le film a été distribué, à commencer par son Amérique d’origine. Rude atterrissage pour les Wachowski après la trilogie Matrix… Entre temps, les frangins s’étaient illustrés en produisant leur adaptation de V pour Vendetta, une fable stupéfiante d’audace politique, dont ils avaient laissé la sage réalisation à James MacTeigue. Speed Racer, c’est l’anti-V pour Vendetta : un film décérébré mais d’une extrême sophistication formelle, un blockbuster expérimental pour enfants de 5 ans. Transposant une série d’animation japonaise sur de futuristes courses automobiles et leurs pilotes iconisés, ils inventent un univers ripoliné, où le virtuel est omniprésent au point que les acteurs, tous talentueux, ne ressemblent plus qu’à des papiers découpés perdu au milieu des effets spéciaux. Le scénario accumule les clichés, les situations sirupeuses, les bons sentiments et les méchants caricaturaux (à noter cependant que le mal absolu est une incarnation du capitalisme broyant les petits artisans passionnés !). Débile, et même débilitant, le

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