Iron Man 3

ECRANS | Ce troisième volet des aventures de Tony Stark n’est pas à la hauteur des deux précédents, et l’arrivée de Shane Black derrière la caméra s’avère plutôt contre-productive, partagé entre retrouver son mauvais esprit années 80 et s’inscrire dans une ligne post-Avengers. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

Les deux premiers Iron Man avaient séduit par leur sens du contre-courant : à une époque où les super-héros au cinéma se devaient d'avoir une névrose intime et où le réalisme à la Nolan commençait à faire école, Jon Favreau, pourtant pas le cinéaste le plus fin de la terre, avait fait de Tony Stark un homme sans états d'âme, déconneur et flambeur, œuvrant pour la bonne cause comme un industriel exploiterait un marché juteux.

Surtout, Iron Man se confondait avec son acteur, Robert Downey Jr, dont le débit mitraillette et la décontraction affichée avaient dans le fond plus de poids que la lourde armure qui le transformait en justicier.

Une sorte de héros cool et pop dont ce troisième volet ne sait plus tellement quoi faire… Shane Black, scénariste culte dans les années 80 et 90, réputé pour son esprit badass et ses vannes provocatrices, par ailleurs auteur d'une très bonne comédie policière déjà avec Downey Jr, Kiss Kiss Bang Bang, a été appelé à la rescousse de la franchise, et se retrouve avec un fardeau à porter : faire le premier film de super-héros Marvel post-Avengers.

L'Avenger démasqué

Le script choisit de ne pas ignorer le méga-film de Joss Whedon, et multiplie les références à «ce qui s'est passé à New York». Iron Man 3 s'assume donc autant comme une suite du deuxième que d'Avengers ; pourtant le film a besoin de retourner en arrière, avant le premier volet, pour construire son intrigue. À Berne, en 1999, Stark drague une scientifique — Rebecca Hall, que l'on voit trop peu, ici comme ailleurs — travaillant sur une substance, Extremis, permettant au cerveau de développer des capacités de régénération mais qui, encore imparfaite, peut aussi métamorphoser ceux qui se l'injectent en bombes humaines. Le même soir, au même endroit, Stark pose un lapin à un geek qui, des années après, décide de se venger en détournant ladite substance à des fins terroristes — encore un numéro de transformisme bouffon signé Guy Pearce, dont on se demande vraiment ce qu'il cherche à faire de sa carrière.

À cela s'ajoute la figure du Mandarin, sorte de Ben Laden de carnaval, qui menace l'Amérique à coups d'attentats terroristes. On le voit, Black n'a pas lésiné sur les ingrédients pour donner du corps à cette troisième aventure. Mais cette débauche exponentielle de pistes scénaristiques — on ne les a pas toutes citées — ne résout pas un problème de fond : comment faire évoluer un personnage qui, par nature, n'a pas envie d'être autre chose que lui-même.

Docteur Downey et Mister Black

C'est là où le film échoue complètement. Dès la voix-off inaugurale, on découvre un Tony Stark soudain sérieux, en pleine séance psy — le post-générique en fera un gag bien lourdaud, qui témoigne d'un certain cynisme en la matière — et désireux de reprendre son autonomie face à son double de fer. Schizophrénie qui débouche sur la meilleure idée du film : Stark et Iron Man font la plupart du temps chambre à part, l'homme pilotant à distance l'armure ou la laissant dans le garage d'un gamin le temps que celle-ci se recharge.

Bonne idée sur le fond, mais contre-productive dans les faits, notamment pour Downey Jr qui tente assez vainement, au naturel, d'égaler les mythiques héros de Shane Black — le Martin Riggs de L'Arme fatale, en particulier. Iron Man 3 est alors tiraillé entre plusieurs voies contradictoires : donner de l'épaisseur psychologique à son héros ET ponctuer ses dialogues de punchlines vachardes — et inégales ; retrouver l'efficacité brute des films d'action à l'ancienne — l'irruption dans le quartier général du Mandarin — ET surenchérir dans la pyrotechnie dispendieuse des blockbusters contemporains ; tenter d'incorporer les peurs et fantasmes politiques de l'époque ET retrouver l'esprit potache et inconséquent des séries B 80's. Ces grands écarts sont difficiles à suivre, et autant on se réjouit du génial cabotinage de Ben Kingsley en Mandarin, autant on se demande si ce méchant en trompe-l'œil ne sert pas, dans le fond, à rallonger une sauce déjà assez laborieuse.

Car on s'ennuie devant cet Iron Man 3, comme on s'ennuyait déjà devant Captain America et Thor, autres projets mal ficelés et bourrés de compromis. On ne veut pas avoir l'air d'inventer l'eau froide, mais tout cela reste de la pâtisserie hollywoodienne, avec ce qu'elle implique de savoir-faire, mais aussi de fabrication industrielle et d'emballage marketing. À force d'en bouffer tous les quatre matins, on aurait tendance à l'oublier.


Iron Man 3

De Shane Black (Chi-ÉU, 2h10) avec Robert Downey Jr., Gwyneth Paltrow...

De Shane Black (Chi-ÉU, 2h10) avec Robert Downey Jr., Gwyneth Paltrow...

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Tony Stark, l’industriel flamboyant qui est aussi Iron Man, est confronté cette fois à un ennemi qui va attaquer sur tous les fronts. Lorsque son univers personnel est détruit, Stark se lance dans une quête acharnée pour retrouver les coupables.


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"Godzilla vs Kong" : monstres et compagnie

ECRANS | Malgré ses allures de nom de code pour le second tour de la prochaine présidentielle, Godzilla vs Kong est du genre de Fast and Furious : tout entier contenu dans son titre programmatique. Et monstrueusement convenu. En VOD avant (peut-être) une sortie sur grand écran à la réouverture des salles…

Vincent Raymond | Jeudi 29 avril 2021

En génétique, lorsque l’on croise des individus (animaux, végétaux…) porteurs de caractéristiques différentes et que leurs descendants bénéficient d’une recombinaison favorable les rendant plus performants que leurs parents, on parle de vigueur hybride. En cinéma, lorsqu’on a essoré une série et son protagoniste, y compris avec des reboots, on crée un cross over avec une autre série tout aussi usée dans le but de relancer doublement la machine en s’adressant potentiellement à deux audiences. Sur le papier et d’un point de vue strictement commercial, l’idée n’a rien de stupide et fonctionne depuis des décennies, des Universal Monsters à Alien vs Predator… jusqu’aux chapitres non encore publiés du MCU contemporain. Pour Godzilla vs Kong, lui-même aboutissement d’un double reboot, ce sont en sus des titans issus de deux traditions parallèles qui se rencontrent : la créature maison de la Warner (Kong) et l’emblématique kaijū nippon de la Toho (Godzilla). Une sorte de conférence internationale

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"Le Voyage du Dr Dolittle" : parle à mon zoo, ma reine est malade

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Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

Reclus dans son domaine depuis la disparition de son épouse bien-aimée, le Dr Dolittle (qui a le pouvoir de parler aux animaux) est appelé au chevet de la reine d’Angleterre, gravement malade. Découvrant qu’elle a été empoisonnée, il part en quête d’une plante légendaire pour la sauver… Troisième avatar cinématographique du personnage (extravagant par nature) créé par Hugh Lifting ce Dolittle a été cousu sur mesure pour Robert Downey Jr., puisque le comédien campe un scientifique aussi aventureux qu’autodestructeur, dont la mélancolie est mâtinée par un goût certain pour la dérision. Le rôle constitue une suite logique (et en redingote) aux aventures de son Iron Man, dans un décor paradoxalement plus "disneyen" que celui de la franchise Marvel. La séquence animée qui ouvre le film lui confère d’ailleurs une aura vintage de merveilleux enfantin. Dans ce festival de FX virtuose, où décors et personnages secondaires sont engendrés par numérique, Downey Jr. se trouve en pays de connaissance : devant le fond vert d’un studio. Près de trente ans après le film qui l’a consacré, Chaplin, on sourit en constatant que

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"Teen Spirit" : aux chants, élisez !

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Vincent Raymond | Lundi 24 juin 2019

Issue d’une famille immigrée polonaise vivant dans l’austérité et la foi sur une petite île britannique, la talentueuse Violet rêve de devenir chanteuse. Quand l’émission Teen Spirit organise des auditions près de chez elle, elle tente sa chance, escortée par un coach atypique… Bien qu’elle semble toute de probité candide et de lin blanc vêtue, la diaphane Elle Fanning doit posséder un je-ne-sais-quoi dans sa longiligne silhouette la désignant comme l’interprète idéale d’une ambition dévorante, mais inconsciente. Modèle à l’éclosion diaboliquement faramineuse pour Nicolas Winding Refn (The Neon Demon en 2016), elle mue ici d’oie blanche en popstar en étant propulsée au milieu d'une scintillante foire aux vanités fluo à la demande de l'acteur Max Minghella, qui signe ici son premier long-métrage. Si sa très crédible transfiguration constitue l’un des atouts du film, celui-ci ne se repose pas sur les talents de son interprète (dans tous les sens du terme). Version acidulée de A Star is born à l’heure des télé-crochets, Teen Spirit reprend la trame de la rédemption du vieux mentor en

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"Avengers : Endgame" : la fin justifie les grands moyens

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Vincent Raymond | Mercredi 24 avril 2019

Après que Thanos a, grâce au gantelet orné des six Pierres d’Infinité, exterminé la moitié des êtres de l’univers, les Avengers survivants tentent de se rassembler. Il faudra attendre cinq ans que Ant-Man sorte accidentellement de l’infiniment petit quantique pour que Tony Stark accepte de joindre ses forces à leur plan fou : remonter dans le temps afin d’empêcher Thanos de s’emparer des Pierres… Où l’ensemble des fils et arcs narratifs laissés en suspens depuis 21 films et 3 phases par les différentes franchises Marvel sont appelés à se boucler. Mais de même qu’« il faut savoir finir une grève » comme disait Thorez, mettre un terme à un cycle ne s’improvise pas. Avengers : Infinity War (2018) avait laissé entrevoir une bienheureuse inflexion dans la série : à la surenchère de combats de colosses numériques entrelardés de punchlines boutonneuses (Captain America Civil War) avait succédé une dimension plus sombre, volontiers introspective grâce à l’intégration de Thanos. Un antagoniste moins manichéen qu’il y semblait, semant une mort arbitraire à des fins sélectives quasi-d

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Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

ECRANS | Quels sont les cinéastes et, surtout, les films à ne pas louper avant la fin de l'année ? Réponses en presque vingt coups – dix-neuf pour être précis.

La rédaction | Mardi 4 septembre 2018

Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

Les Frères Sisters de Jacques Audiard Sortie le 19 septembre Escorté par son inséparable partenaire et coscénariste Thomas Bidegain, Jacques Audiard traverse l’Atlantique pour conter l’histoire de deux frères chasseurs de primes contaminés par la fièvre de l’or. Porté par l’inattendue fratrie John C. Reilly/Joaquin Phoenix (à l’œil puant le vice et la perversité), ce néo-western-pépite empli de sang et de traumas ne vaut pas le coup, non, mais le six-coups ! Climax de Gaspar Noé Sortie le 19 septembre Une chorégraphe a réuni une équipe internationale de danseurs pour son nouveau projet qu’elle achève de répéter dans une salle isolée. Après un ultime filage, la troupe s’octroie un réveillon festif sur la piste, s’enivrant de musique et de sangria. Mais après quelques verres, les convives se mettent à vriller sérieusement. Qu’y avait-il donc dans cette satanée sangria ? Noé compose un cocktail de survival et de transe écarlate à déguster séance hurlante.

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"My Wonder Women" : Gloria aux lassos

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Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Université de Harvard, années trente. Chercheur en psychologie avec son épouse, le Pr Marston recrute pour l’assister une étudiante, qui devient l’amante du couple. Ce ménage à trois leur vaut d’être virés. Marston rebondit en instillant ses théories dans une BD féministe, Wonder Woman… La première authentique héroïne de comics méritait bien qu’on rétablisse les conditions particulières de sa genèse faisant d’elle un personnage ontologiquement transgressif, épousant les penchants SM et le goût pour le bondage de son créateur que la censure et le politiquement correct tentèrent d’atténuer à plusieurs reprises. Dominatrice, indépendante, désinhibée, dotée d’un audacieux caractère, Wonder Woman est un fantasme accompli en même temps qu’un modèle d’émancipation. Hélas, le révisionnisme esthétique dont la fiction s’est fait une spécialité ordinaire (notamment en glamourisant à outrance les protagonistes) résonne ici comme une contradiction absolue. Plutôt que de préférer l’évocation réaliste (on ne parle pas de ressemblance ni de mimétisme), la réalisatrice Angela Robinson a opté pour un trio de mannequins aux mensurations parfaites, qu’e

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"Le BGG - Le Bon Gros Géant" : la nouvelle créature de Spielberg

ECRANS | de Steven Spielberg (É.-U., 1h55) avec Ruby Barnhill, Mark Rylance, Rebecca Hallplus…

Vincent Raymond | Lundi 18 juillet 2016

Ni club de foot, ni grand magasin parisien ; ni philosophe va-t-en guerre et encore moins chaîne de fast food, l’acronyme BGG désigne la nouvelle créature intégrant l’écurie de Spielberg – déjà fort remplie. Né en 1982 dans l’esprit fécond de l'écrivain britannique Roald Dahl, Le Bon Gros Géant avait tout pour l’inspirer, puisqu’il convoque dans un conte contemporain les solitudes de deux "doubles exclus" (une petite orpheline et un monstre rejeté par les siens), du merveilleux spectaculaire et de l’impertinence. Le cinéaste en tire une œuvre conventionnelle au début, qui s’envole et s’anime dans sa seconde moitié, lorsqu’entre majestueusement en scène une Reine d’Angleterre à la cocasserie insoupçonnée. Spielberg est coutumier de ces films hétérogènes, changeant de ton après une ligne de démarcation nette (A.I. Intelligence Artificielle en 2001) comme d’intrigantes scènes de sadisme sur les enfants, qu’il semble apprécier de recouvrir de détritus ou de mucosités : les crachats de brontosaures dans Jurassic Park (1993) étant ici remplacés par de la pulpe infâme de "schnocombre". L’humour pot-de-chambre ira d’ailleurs assez loin – jusqu’au tr

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The Rover

ECRANS | Après "Animal kingdom", David Michôd pratique un étonnant hara-kiri commercial avec ce film post-apocalyptique qui tient autant de Beckett que de "Mad Max", c’est-à-dire une véritable provocation au divertissement-roi. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

The Rover

The Rover, c’est Mad Max qui rencontre En attendant Godot. Rien que ça. Dès le carton pré-générique, on nous annonce que l’action se déroule en Australie quelques années « après la chute ». La chute de quoi ? Du pays ? Du monde ? De l’économie ? Peu importe, car ce futur est saisi au présent, dans toute sa désolation, avec paysages arides et personnages hagards dont les motivations paraissent dérisoires. C’est le cas d’Eric, vagabond errant dans une bagnole qu’il a le malheur de se faire piquer par une bande de gangsters hallucinés, ayant laissé pour mort un des leurs, Rey, après un braquage qui a mal tourné. L’impassible Eric (sobre et étonnante composition de la part de l’ordinairement cabotin Guy Pearce) va donc former un tandem improbable avec Rey (Robert Pattinson, excellent, dont la carrière post-Twilight prend un virage passionnant), soit un homme froidement brutal et un autre à moitié idiot et à moitié crevé, qui vont passer une heure quarante à arpenter les routes australiennes pour retrouver une voiture. Post-cinéma Si

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Une promesse

ECRANS | De Patrice Leconte (Fr-Ang, 1h38) avec Rebecca Hall, Alan Rickman, Richard Madden…

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

Une promesse

En Allemagne en 1912, Friedrich, un jeune homme, intègre une grande usine de sidérurgie dont le directeur, malade, lui confie un rôle de secrétaire particulier. Il va tomber amoureux de la très belle – et beaucoup plus jeune – femme de son patron et mentor, mais c’est une relation platonique et chaste qui s’instaure, longuement interrompue par le départ de Friedrich au Brésil, puis par le début de la guerre. Adapté de Stefan Zweig, Une promesse souffre d’abord de sa fidélité un peu compassée à la nouvelle originale (Le Voyage dans le passé), le film déposant un peu partout une petite poussière culturelle et chic liée sans doute au caractère propret de sa reconstitution. Le mélodrame y est constamment corseté par une espèce de rigidité mortifère qui évacue humour, trouble et érotisme. Surtout, là où le cinéaste avait pris l’habitude de styliser à outrance ses films sérieux, Une promesse manque désespérément de personnalité visuelle, à la lisière d’un téléfilm arte. De plus, Wes Anderson vient de prouver avec

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Des hommes sans loi

ECRANS | De John Hillcoat (ÉU, 1h55) avec Shia LaBeouf, Tom Hardy, Jessica Chastaing…

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Des hommes sans loi

Un casting en or, un scénario signé Nick Cave, un cinéaste (John Hillcoat) jusqu’ici connu pour son intégrité, l’envie de transposer les codes du western à l’époque de la prohibition : sur le papier, Des hommes sans loi semblait être le film idéal, à la fois ambitieux et divertissant. Et pourtant, il n’est rien de tout ça. Phagocytée par la maniaquerie de sa reconstitution historique, la mise en scène ne prend jamais son envol, ne développe aucun style et échoue à rendre crédible ce qui se passe à l’écran. Le lien entre les trois frères est purement théorique, les relents mythologiques (l’invincibilité de Tom Hardy) sont si maladroitement amenés qu’ils finissent par virer au gag involontaire. Le sommet est atteint avec la prestation, à hurler de rire, de Guy Pearce en méchant dont l’acteur souligne à très gros traits l’homosexualité refoulée. Il faut dire qu’Hillcoat achève de lui savonner la planche lors d’une scène qui, au lieu de révéler au grand jour ce que tout le monde avait compris, noie stupidement le poisson pour éviter de se fâcher avec la censure. Timoré, impersonnel, d’une inexplicable lenteur, Des hommes sans loi n’est même pas un bon film de multi

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Lock out

ECRANS | De James Mather et Stephen St-Leger (Fr, 1h36) avec Guy Pearce, Maggie Grace, Peter Stormare…

François Cau | Vendredi 13 avril 2012

Lock out

Comme s’il voulait absolument ressembler à sa caricature des Guignols, Luc Besson continue de torcher à toute blinde des scripts débiles qu’il refourgue à d’obscurs réalisateurs pressés de rentrer dans le métier, débauchant quelques gloires sur le retour au casting et tournant l’ensemble dans le coin de l’Europe où la main-d’œuvre est la moins chère (ici, la Serbie). Lock out est donc le digne héritier des séries Z italiennes, avec plus de pognon mais tout autant de cynisme, repiquant sans vergogne l’argument de Los Angeles 2013, transformant Snake en Snow et l’envoyant dans une prison intergalactique à la place d’une ville prison. Pauvre Guy Pearce obligé de jouer les héros badass jusqu’au ridicule, balançant des vannes à chaque réplique comme le Chuck Norris de la grande époque. Le scénario, plein de trous, est régulièrement impossible à suivre, l’action se dissout dans des effets spéciaux numériques même pas à la hauteur d’un jeu vidéo et le tout se traîne de retournements de situation en retournements de situation jusqu’à une résolution pitoyable. Même bourré dans un multiplexe, vous trouverez le temps long… Christophe Chabert

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Iron Man 2

ECRANS | Blockbuster ludique, théorique et même politique, Iron Man 2 confirme la bonne surprise de son premier volet : la naissance d’un super-héros différent dont les aventures sont aussi divertissantes que riches de sens. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 22 avril 2010

Iron Man 2

Le blockbuster de printemps annonce l’arrivée des beaux jours et la promesse d’un été américain, souvent en deçà de ce coup d’éclat inaugural. Évidemment, le Iron Man 2 de 2010 est moins surprenant que le Star Trek de 2009 ou… le Iron Man de 2008 ! Et pourtant, il est encore mieux… Il y a deux ans, on ne misait pas grand-chose sur cette énième adaptation de comics, lassés par trop de sous Spider-man (dont le 3e du nom !) et plutôt flippés par la présence derrière la caméra de Jon Favreau, acteur comique de seconde zone reconverti dans la mise en scène de navets. Contre toute attente, Iron Man nous avait épatés : le film se payait le luxe de repenser la manière de construire un super-héros en affichant, dans une posture aussi ludique que théorique, son making of à l’écran. D’abord choisir un acteur ; pas n’importe lequel, le génial Robert Downey Jr, revenu de la came et de l’alcool pour s’établir en comédien ultra-populaire aussi à l’aise chez les grands auteurs — Fincher — les francs-tireurs — Stiller — que dans cette machine moins lourde qu’on ne le pensait. Downey Jr, comme i

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"Vicky Cristina Barcelona" : sous l'espagnolade, la vérité sociale

ECRANS | En visite à Barcelone, Woody Allen propose une nouvelle variation, faussement convenue, autour de ses thèmes favoris : le couple et la fatalité culturelle.

Christophe Chabert | Jeudi 2 octobre 2008

Deux amies américaines sont en visite estivale à Barcelone, l’une pour ses études, l’autre pour se remettre de son énième déconfiture sentimentale. La brune Vicky (Rebecca Hall), solidement assise sur ses principes, est promise au mariage avec un jeune cadre new-yorkais ; la blonde Cristina (Scarlett Johansson) se cherche quelque part entre cinéma et photographie, célibataire par indécision plus que par choix. Woody Allen, après une trilogie londonienne au propos social détonnant, semble avoir mis le cap vers l’Espagne pour des raisons similaires à celles de ses héroïnes : s’offrir un break ensoleillé et touristique (de Gaudí à la guitare au clair de lune, les clichés sont à la fête), le temps de retrouver ses thèmes de prédilection : l’incertitude sentimentale et les aléas du couple. Avec un classicisme très sage, la première partie de Vicky Cristina Barcelona se pose en comédie romantique sans réel enjeu, notamment quand Juan Antonio (Javier Bardem), peintre bohème assumant son désir pour les deux demoiselles, sort le grand jeu et emballe toutes les pistes lancées par le récit. Niv

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