Tip Top

ECRANS | De Serge Bozon (Fr, 1h46) avec Isabelle Huppert, François Damiens, Sandrine Kiberlain…

Christophe Chabert | Mercredi 4 septembre 2013

L'engouement critique autour du dernier Serge Bozon, déjà coupable d'avoir réalisé La France avec ses poilus entonnant des chansons mods, en dit long sur l'égarement dans lequel s'enfonce une partie du cinéma d'auteur français. Encenser avec une complaisance navrante le film le plus mal foutu de l'année, dont la vision relève de l'expérience narcotique tant ce qui se produit à l'écran n'a aucun sens, aucun rythme et passe son temps à se chercher des sujets en faisant mine de se rattacher à des genres – dans cette comédie policière, rien n'est drôle, et l'intrigue est racontée en se moquant de la plus élémentaire logique – c'est offrir à Bozon ce dont il rêve le plus : légitimer son discours en fermant les yeux sur son incompétence de réalisateur.

Disciple de Jean-Claude Biette et de son cinéma de la digression, Bozon en offre une version dandy, où les intentions maculent l'écran. Tip Top parle vaguement de son époque – du racisme à la perversion sexuelle, même si on ne sait trop ce que le cinéaste a à en dire – mais c'est dans une poignée de séquences what the fuck que l'on sent Bozon le plus content de lui, comme celle où, deux minutes durant, un gamin se plante devant une série de tableaux et décline le nom des chefs de guerre français représentés. Nul doute toutefois que le rejet dont son film fera les frais passera, pour cette bande de cinéastes confits dans l'autosatisfaction, pour une incompréhension de leur avant-gardisme !

Christophe Chabert


Tip Top

De Serge Bozon (Fr, 1h46) avec Isabelle Huppert, Sandrine Kiberlain…

De Serge Bozon (Fr, 1h46) avec Isabelle Huppert, Sandrine Kiberlain…

voir la fiche du film


Deux inspectrices de la police des polices débarquent dans un commissariat de province pour enquêter sur la mort d’un indic d’origine algérienne. L’une tape, l’autre mate, tip top.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Isabelle Huppert : « Au cinéma, on ment par définition »

ECRANS | Rencontre / Elle sourit quand on lui suggère que "La Daronne" (en salles le 9 septembre) pourrait changer son image. Isabelle Huppert en a vu d'autres et, une nouvelle fois, s'amuse à renverser les clichés.

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

Isabelle Huppert : « Au cinéma, on ment par définition »

Comment choisissez-vous vos rôles ? En fonction de ce que vous auriez envie de voir ou en rupture par rapport à ce vous avez fait auparavant ? Isabelle Huppert : C’est peut-être plus une question que se pose le metteur en scène que l’acteur. Parce qu’au fond, un acteur a peu de pouvoir sur la possibilité d'un film. Sinon, un peu tout dans la genèse m’attire : entrer dans un personnage, travailler avec un metteur en scène, le dialogue, une phrase qui vous reste dans la tête et pour laquelle on a envie de faire le film… C’est quand même à chaque fois une aventure un peu existentielle de faire un film : il y a tout un chemin qui vous y mène et qui n’est jamais le même… Quel a été le point de départ de La Daronne ? Le livre, que j’ai lu avant de savoir que Jean-Paul Salomé voulait faire le film. J’ai entendu Anne-Laure Cayre [l’autrice et coscénariste, NDLR] à la radio et, tout de suite, j’ai été très intéressée par ce qu’elle racontait. Je suis descendue en courant acheter le livre, que j’ai trouvé formidable et très bien écrit. Peu de temps après, il se trouve que Jean-Pierre, avec qui je voy

Continuer à lire

"La Daronne" : shit et chut !

ECRANS | ★★★☆☆ De Jean-Paul Salomé (Fr., 1h30) avec Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Farida Ouchani…

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

Interprète cachetonnant à la traduction d'écoutes policières, Patience Portefeux trouve un moyen de régler ses ardoises : écouler une cargaison de shit subtilisée à ses propriétaires et devenir fournisseuse en gros. La police va s’escrimer à identifier cette mystérieuse nouvelle "daronne"… Bardée de slogans qui claquent et d’un logo du festival de l’Alpe-d’Huez, l’affiche mettant en valeur une Isabelle Huppert voilée comme une riche Émiratie tend à faire passer La Daronne pour une comédie. En réalité, il s’agit là, comme pour le personnage de Patience, d’un déguisement dissimulant sa vraie nature de film noir à la croisée des mafias marocaines et chinoises et reposant sur des impératifs sociaux (payer l’Ehpad de sa mère, rembourser les dettes de son défunt mari, aider ses filles) : c’est la nécessité qui fait la hors-la-loi. Et sous cet épiderme de polar affleure un autre film encore, à la tonalité étonnamment mélancolique, nostalgique, où Patience (prénom décidément bien trouvé) peut enfin renouer avec son passé. Celle qui propose dans un langage fleuri mi argotique, mi arabe, à de petites

Continuer à lire

"Le Prince Oublié" : en fin de conte…

Cinema | Le combat de personnages pour pouvoir survivre après la défection de leur public épouse celui d’un père pour rester dans le cœur de sa fille. Beau comme la rencontre fortuite entre "Princess Bride" et une production Pixar dans un film d’auteur français signé Hazanavicius.

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Tous les soirs, Djibi raconte à sa fille Sofia des histoires qu’il crée pour elle, où un prince triomphe du diabolique Pritprout. Mais à son entrée au collège, Sofia se met à s’inventer ses propres histoires, causant la mise au chômage des personnages de l’univers imaginé par son père… De la même manière que l’histoire du Prince oublié navigue continûment entre deux mondes, la sphère du réel et celle de l’imaginaire, le cinéma de Michel Hazanavicius offre au public un double plaisir : suivre le spectacle déployé par la narration (à savoir les aventures/mésaventures des personnages) tout en l’incitant à demeurer vigilant à la mécanique du récit, à sa méta-écriture et aux fils référentiels dont il est tissé. L’approche hypertextuelle constitue d’ailleurs une composante essentielle de l'œuvre d'Hazanavicius depuis le matriciel La Classe américaine ; au point que le réalisateur semble avoir voulu illustrer par l’exemple les différentes pratiques recensées par Gérard Genette dans Palimpsestes : pastiche et travestissement pour les OSS 117, parodie et charge dans

Continuer à lire

"Greta" : l'affaire est dans le sac

ECRANS | de Neil Jordan (ÉU-Irl, 1h38) avec Isabelle Huppert, Chloë Grace Moretz, Maika Monroe…

Vincent Raymond | Lundi 10 juin 2019

Serveuse à New York, Frances trouve un soir dans le métro un élégant sac à main. Il appartient à Greta, une excentrique vieille Française qui conquiert vite la jeune fille. Frances découvre alors combien Greta peut se montrer intrusive et inquiétante. Mais n’est-ce pas déjà trop tard ? Depuis combien de temps n'avait-il pas été plaisant de voir Isabelle Huppert à l'écran ; c'est-à-dire appelée pour autre chose qu'un rôle lui donnant le prétexte d'être soit une victime à la passivité suspecte (pour ne pas dire consentante), soit une épave bourgeoise – les deux n'étant pas incompatibles ? Le réalisateur irlandais Neil Jordan a eu le nez creux en pensant à elle : d'ordinaire agaçantes, les minauderies de son jeu se révèlent ici franchement inquiétantes et servent à asseoir la dualité de son personnage de prédatrice : sous des dehors lisses et respectables, sans âge, Greta tient du vampire, auquel il ne faut jamais ouvrir sa porte si l'on veut s'en prémunir, mais qui ne vous lâchera pas si vous l'invitez chez vous. Jordan s'y connaît sur le sujet. Le terme a beau paraître galvaudé, on peut parler en l'occurrence de suspense hitch

Continuer à lire

"Mon Bébé" : les liens du sans

ECRANS | de Lisa Azuelos (Fr., 1h27) avec Sandrine Kiberlain, Thaïs Alessandrin, Victor Belmondo…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Jade va passer le bac. Et ensuite ? Direction le Canada pour ses études. Comme elle est la dernière des trois enfants à quitter la maison, sa mère Héloïse commence à angoisser à l’idée de la séparation. Et de la solitude : Héloïse vit sans mec, et a de surcroît un père en petite forme… Il aura fallu à Lisa Azuelos une tentative d’éloignement d’elle-même (le faux pas Dalida en 2017) pour se rapprocher au plus près de ses inspirations, et signer ce qui est sans doute son meilleur film. En cherchant à exorciser son propre "syndrome du nid vide", la cinéaste a conçu un portrait de parent (pas seulement de mère ni de femme) dans lequel beaucoup pourront se retrouver : égarée dans l’incertitude du quotidien, redoutant le lendemain, son héroïne tente d’emmagasiner (avec son téléphone) le plus d’images d’un présent qu’elle sait volatil. Dans le même temps, elle est gagnée par une tendre mélancolie : des souvenirs de Jade petite se surimprimant par bouffées soudaines sur sa grande ado. Grâce à ces flash-back doucement

Continuer à lire

"Une jeunesse dorée" : jeunesse qui rouille fait l’andouille

ECRANS | De Eva Ionesco (Fr-Bel, 1h52) avec Isabelle Huppert, Melvil Poupaud, Galatea Bellugi…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

1979. Rose quitte le foyer où elle est placée pour vivre avec son amoureux, un peintre débutant. Seule condition : suivre son apprentissage. Qu’elle va vite déserter pour se fondre dans les folles nuits d'une boîte parisienne à la mode, en compagnie d’excentriques autodestructeurs… Poursuivant ici après My Little Princess la résurrection de ses souvenirs par le cinéma, Eva Ionesco aborde à présent la stupéfiante (!) époque du Palace, hantée de noctambules vaguement arty-dandy, à qui les années 1980 réservaient de mirifiques promesses – mais aussi son lot de morts violentes. D’où le ton crépusculaire de cet opus, façon gueule de bois et cendrier froid, traversé de fantômes plus ou moins nommément cités (Pacadis, Pascale Ogier ou encore Jacno s’y reconnaissent par flashes) et son cousinage avec les ambiances des Nuits de la pleine lune (1984) – tout de même, quel flair le vieux Rohmer avait eu en capturant en temps réel la joie triste de cette jeunesse. Mais hélas pour Ionesco, son auto-biopic décalé se trouve pénalisé par la fausseté de son interprète principale, la baby-doll Galatea Bellugi

Continuer à lire

"Pupille" : une aussi longue attente

ECRANS | de Jeanne Herry (Fr, 1h47) avec Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Élodie Bouchez…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Une jeune femme arrive pour donner naissance à un petit garçon dont elle ne veut pas et qui aussitôt est pris en charge par toute une chaîne d’assistantes sociales et d’assistants maternels. Au bout du compte, ce bébé né sous X sera confié à une mère célibataire en souffrance d’enfant… De l’amour irraisonné à l’amour inconditionnel. Tel est le chemin que la réalisatrice Jeanne Herry a suivi, troquant l’obsession érotomane destructrice de la fan de Elle l’adore (2014) contre le bienveillant désir d’une mère méritante, son opposée exacte. Documenté à l’extrême, suivant une procédure d’adoption dans ses moindres détails psycho-administratifs aux allures parfois ésotériques (le cérémonial de rupture entre la mère biologique et l’enfant peut ainsi laisser dubitatif), Pupille s’échappe heureusement du protocole jargonnant par la mosaïque de portraits qu’il compose. Diversité d’approches, de caractères ; espoirs et désespoirs ordinaires meublent l’existence des personnages intervenant dans la lente chaîne menant le bébé à sa future maman ; autant d’accidents heureux ou malheureux permettant de mesurer la ridicule probabilité

Continuer à lire

"Fleuve noir" : fascinant concerto noir orchestré par Erick Zonca

ECRANS | de Erick Zonca (Fr., 1h54) avec Vincent Cassel, Romain Duris, Sandrine Kiberlain…

Vincent Raymond | Mercredi 4 juillet 2018

Flic lessivé et alcoolo, le capitaine Visconti enquête sur la disparition de Dany. Très vite, il éprouve une vive sympathie pour la mère éplorée de l’ado, ainsi qu’une méfiance viscérale pour Bellaile, voisin empressé, professeur de lettres et apprenti écrivain ayant donné des cours privés à Dany… Des Rivières pourpres à Fleuve noir, Vincent Cassel a un sens aigu de la continuité : les deux films sont on ne peut plus indépendants, mais l’on peut imaginer que son personnage de jeune flic chien fou chez Kassovitz a, avec le temps, pris de la bouteille (n’oubliant pas de la téter au passage) pour devenir l’épave chiffonnée de Quasimodo au cheveu gras et hirsute louvoyant chez Zonca. Cette silhouette qui, entre deux gorgeons, manifeste encore un soupçon de flair et des intuitions à la Columbo ; ce fantôme hanté par ses spectres. Terrible dans sa déchéance et désarmant dans son obstination à réparer ailleurs ce qu’il a saccagé dans son propre foyer, ce personnage est un caviar pour un comédien prêt à l’investir physiquement. C’est le cas de Cassel, qui n’avait pas eu à habiter de

Continuer à lire

"Amoureux de ma femme" : et Daniel Auteil s’essaya au néo-vaudeville bourgeois

ECRANS | de et avec Daniel Auteuil (Fr, 1h24) avec également Gérard Depardieu, Sandrine Kiberlain, Adriana Ugarte…

Vincent Raymond | Lundi 23 avril 2018

Daniel a invité à dîner son meilleur ami Gérard afin qu’il lui présente, ainsi qu’à sa femme, sa nouvelle compagne. Lorsqu’il découvre sa jeunesse et sa beauté, Daniel se prend à imaginer des choses, sous l’œil de son épouse. Qui n’est pas dupe... Daniel Auteuil signe un film comme on fait plus. Un truc un peu inconscient et naïf, de l’époque où les sexagénaires exhibaient sans complexes leur nouvelle voiture, leur nouvelle montre, leur nouvelle minette, comme autant de gages de succès. Aujourd’hui, on dissimule tout ces "attributs" sous le vocable commun de "bonheurs" – cela fait moins égoïste et moins démon de seize heures. On assume moins que le personnage de Sydney Pollack qui vantait dans Maris et Femmes de Woody Allen (1992) les vertus de sa récente et jeune compagne : « sa bouche ? c’est du velours… » Adapté d'une pièce de Florian Zeller, Amoureux de ma femme raconte peu ou prou la même histoire que Woody Allen, mais corsetée par l’ère du politiquement correct dans un (vaste) appartement parisien, et se sert de l’imaginaire d’un époux rêveur pour fantasmer un adultère. Comme cela, il n’y a pa

Continuer à lire

"Madame Hyde" : Bozon maudit

ECRANS | de Serge Bozon (Fr., 1h35) avec Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia…

Vincent Raymond | Lundi 26 mars 2018

Prof de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil (Isabelle Huppert) est chahutée par ses élèves et méprisée par ses collègues. Un jour, un choc électrique la métamorphose en une version d’elle-même plus conquérante, capable parfois de s’embraser, voire de consumer les autres… Auteur de manifestes puissamment anti-cinématographiques (La France, Tip Top) et jouissant d’un prestige parisien aussi enviable qu’inexplicable au-delà du périphérique, le redoutable Serge Bozon confirme tout ce qu’il était permis de craindre d’une transposition du roman Docteur Jekyll et Mister Hyde de Robert Louis Stevenson revêtue de sa signature. Substance fantastique siphonnée (forcément, ce serait convenu), interprétation plate (la stakhanoviste du mois Isabelle Huppert poursuit ici le rôle qu’elle endosse depuis environ dix ans), vision de la banlieue telle qu’elle était fantasmée au début des années 1990, on peine à comprendre le "pourquoi" de ce film. Son "comment" demeure également mystérieux, avec ses séquences coup

Continuer à lire

"La Belle et la Belle" : moi, en pas mieux

Encore ? | de Sophie Fillières (Fr., 1h35) avec Sandrine Kiberlain, Agathe Bonitzer, Melvil Poupaud…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Quand Margaux, 20 ans, rencontre Margaux, 45 ans… Chacune est l’autre à un âge différent de la vie. La surprise passée, l’aînée paumée tente de guider la cadette en l’empêchant de commettre les mêmes erreurs qu’elle. Mais qui va corriger l’existence de qui ? À l’instar de nombreux "films du milieu" tels que Camille redouble de Noémie Lvovsky ou Aïe de la même Sophie Fillière, il flotte dans La Belle et la Belle comme une tentation du fantastique. Mais un fantastique un brin bourgeois, qui ne voudrait pas (trop) y toucher ; admettant sagement les faits disruptifs et restant à plat, en surface, sans déranger le moindre objet. Un effet de style ? Plutôt l’incapacité à créer une ambiance par la mise en scène, puisqu’ici tout se vaut. Vous qui entrez dans ce film, ne redoutez pas les atmosphères à la Ruiz, de Oliveira ou des Larrieu ; ne redoutez rien, d’ailleurs, si ne ce n’est le mol écoulement du temps. On a coutume de qualifier de "fantaisies" ces comédies d’auteur redondantes tournées dans des catalogues Ikéa à poutres apparentes et des TGV, en oubliant que ce mot même de "fantaisie

Continuer à lire

"La Caméra de Claire" : Croisette et (interminables) causettes

ECRANS | de Sang-Soo Hong (Cor. du S.-Fr., 1h09) avec Isabelle Huppert, Min-Hee Kim, Jang Mi Hee…

Vincent Raymond | Lundi 5 mars 2018

Dans les rues de Cannes, pendant un festival du film bien connu, Claire se promène avec son appareil à photo instantanées et sympathise avec Manhee, jeune Coréenne récemment virée par sa patronne. Grâce à l’entremise de Claire, les choses vont peut-être s’arranger… Le prolifique réalisateur sud-coréen Sang-Soo Hong semble ne plus pouvoir se passer de la comédienne Min-Hee Kim, au centre de ses trois dernières réalisations – c’est-à-dire celles de l’année. La voici endossant le rôle d’une malheureuse promenant sa superbe mine déconfite en bord de plage ou en terrasse de café, pendant qu’Isabelle Huppert vêtue d’une robe jaune caresse des chiens gris, en sur-souriant sans montrer ses dents. Le temps s’étire en palabres, en considérations sur l’acte photographique ou la jalousie, pendant que des instruments à cordes jouent une berceuse proposant une insidieuse sieste. Ne serait-ce que par courtoisie, il est inutile d’aller ronfler dans une salle.

Continuer à lire

"Happy End" : du Michael Haneke en quitte

ECRANS | de Michael Haneke (Fr.-Aut.-All., 1h48) avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz…

Vincent Raymond | Lundi 2 octobre 2017

Après avoir causé la mort de sa mère dépressive par surdose d’anxiolytique, une pré-adolescente débarque chez son chirurgien de père, qui partage la demeure familiale calaisienne avec un patriarche réclamant l’euthanasie, une sœur entrepreneuse en plein tracas professionnels… Toujours aussi jovial, Michael Haneke convoque ici des figures et motifs bien connus pour une mise en pièce classique d’une caste déclinante, résonnant vaguement avec l’actualité grâce à l’irruption un tantinet artificielle de malheureux migrants. Dans le rôle du patriarche appelant la mort, Jean-Louis Trintignant joue une extension de son personnage de Amour – il y fait explicitement allusion. Quant à Isabelle Huppert, elle fronce le museau, écarquille les sourcils et incarne un bloc de béton congelé – quelle surprise ! Happy End ressemble hélas à du Haneke en kit : si

Continuer à lire

Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

ECRANS | "Ôtez-moi d'un doute", film au casting quatre étoiles (François Damiens, Cécile de France, André Wilms, Guy Marchand...), c'est la très bonne surprise de cette rentrée cinématographique. Rencontre avec sa réalisatrice.

Vincent Raymond | Lundi 4 septembre 2017

Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

Avec Ôtez-moi d’un doute, vous abordez le thème du secret de famille, très fécond au cinéma… Carine Tardieu : Au fur et à mesure de l’écriture de cette histoire, je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de famille dans lesquelles il y avait des secrets – beaucoup autour de la paternité, car on sait qui est la mère d’un enfant. On en entend davantage parler depuis que les tests ADN existent. Des gens m’ont raconté leur histoire : certains ont eu envie de chercher leur père biologique, d’autres n’ont jamais voulu savoir… Paradoxalement, découvrir que son père n’est pas son père biologique permet à votre héros de mieux connaître le premier… Absolument. J’ai eu moi-même la sensation de rencontrer mon père assez tard, alors que mon père je le connais depuis toujours. Parfois, la rencontre se fait à un moment précis de la vie : quand on devient soi-même père ou mère, on se demande quel homme et quelle femme nos parents ont été. On projette de

Continuer à lire

"Ôtez-moi d’un doute" : mes beaux pères

ECRANS | Un démineur breton se trouve confronté à de multiples "bombes" intimes, susceptibles de dynamiter (ou ressouder) sa famille déjà bien fragmentée. Autour de François Damiens, la réalisatrice Carine Tardieu convoque une parentèle soufflante, qui a été nommée à la dernières Quinzaine des Réalisateurs cannoise.

Vincent Raymond | Lundi 4 septembre 2017

Démineur de métier, Erwan a fort à faire dans sa vie privée : il vient d’apprendre que son père l’a adopté et que sa fille (qu’il a élevée seul) est enceinte. Alors qu’il enquête en cachette sur Joseph, son père biologique, Erwan rencontre Anna dont il s’éprend. Las ! C’est la fille de Joseph. Carine Tardieu a de la suite familiale dans les idées. Depuis ses débuts avec La Tête de Maman (2007) et Du vent dans mes mollets (2012), elle s’intéresse à cette sacro-sainte famille. Un microcosme à part, connu de chacun et cependant toujours singulier, ayant surtout la particularité d’être facilement chamboulé. Tant mieux pour qui veut raconter des histoires. Plateau de fruits de père(s) Pour Ôtez-moi d’un doute, la cinéaste conserve son approche favorite consistant à observer une petite tribu de l’intérieur et à hauteur d’enfant. L’enfant a ici quelque peu grandi, puisqu’il s’agit d’un – gigantesque – adulte, en situation de devenir grand-père de surcroît. Mais le scénario le replace justement

Continuer à lire

"La famille Bélier" en plein air à Voiron le 12 juillet

ECRANS | Tout le monde a déjà vu La Famille Bélier – "sauf les aveugles, bien entendu" dirait Brassens. Mais qui peut se targuer d’avoir assisté à une projection en (...)

Vincent Raymond | Dimanche 3 juillet 2016

Tout le monde a déjà vu La Famille Bélier – "sauf les aveugles, bien entendu" dirait Brassens. Mais qui peut se targuer d’avoir assisté à une projection en plein air du film d’Éric Lartigau ? La saison chaude se prêtant aux veillées à rallonge en famille, emmenez marmaille, voisins et cousins à cette séance démarrant à la nuit tombée, organisée dans le cadre des Passeurs d’images. Bon, après, il reste toujours le problème Sardou : difficile de faire abstraction de ses chansons laissant ici autant d’impacts qu’il y a de cratères sur la Lune. Cela doit être le prix à payer, puisque la séance est gratuite. Rendez-vous mardi 12 juillet, cour de l'école Jean Moulin, place Salvador Allende, à Voiron donc.

Continuer à lire

"Tout de suite maintenant" : Bonitzer entre famille et finance

ECRANS | de Pascal Bonitzer (Fr., 1h38) avec Agathe Bonitzer, Vincent Lacoste, Lambert Wilson…

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Intrigante, cette propension qu’a Bonitzer à s’enticher de héros peu sympathiques, et à les sadiser pour faire bonne mesure – cette perversion d’auteur doit certainement revêtir un nom ; elle a en tout cas un public. Ici, il jette son dévolu sur Nora, une Rastignac froide (pour ne pas dire frigide) jouant les Électre dans le monde tortueux de la finance, où tous les coups sont recommandés. Le rôle de cette jeune arriviste, au plan de carrière contrecarré par l’irruption d’affects personnels aussi divers que la possession amoureuse ou le désir de venger son père, il le confie à sa fille à la ville, Agathe – histoire d’ajouter une grille de lecture psychanalytique trouble à son film. Nora n’est pas la seule à être peu aimable : ses aînés sont une bande de socio-traîtres ayant remisé leurs idéaux au profit… du profit, justement, ou bien des névropathes devenus dépressifs, déments ou alcooliques. Bref, personne ou presque ne semble digne d’être sauvé. Disséminant çà et là quelques-unes de ces démonstrations professorales dont il raffole (comme s’amuser à prédire les comportements), Bonitzer confirme surtout son goût de moraliste et s’offre même une envolée fantastique inat

Continuer à lire

Isabelle Huppert en neuf rôles marquants

ECRANS | Alors que sort ce mercredi sur les écrans "Elle", film du revenant Paul Verhoeven ("Basic Instinct") dans lequel elle tient le premier rôle, on s’intéresse à Isabelle Huppert, actrice qui illumine et torture le cinéma français depuis plus de trente ans. La preuve par neuf. Aurélien Martinez et Vincent Raymond

La rédaction | Mardi 24 mai 2016

Isabelle Huppert en neuf rôles marquants

Les Valseuses (1974) Si la carrière de cette jeune fille bien née (dans le très huppé XVIe arrondissement de Paris) débute doucement au début des années 1970 avec des seconds rôles chez Nina Companeez et Claude Sautet, on la retrouve dès 1974 à l’affiche d’un drôle de film aujourd’hui devenu culte : Les Valseuses de Bertrand Biler. L’espace de quelques minutes, elle incarne Jacqueline, « pauvre petite chérie de 16 ans qui n’a pas encore baisé » comme s’en inquiète Miou-Miou. Depardieu et Dewaere la réconforteront à leur manière. Violette Nozière (1978) 1978 est l’année de la première collaboration entre Isabelle Huppert et le réalisateur Claude Chabrol. Sept autres suivront – Madame Bovary, Merci pour le chocolat, L’Ivresse du pouvoir… Un Chabrol qui lui permettra ainsi d’obtenir son premier Prix d’interprétation cannois à 25 ans avec ce drame dans lequel elle incarne une fille convaincue d’empoisonnement et de parricide : un rôle intense comme elle en a

Continuer à lire

"Elle" : petit Verhoeven pour petite Huppert

ECRANS | Curieuse cette propension des cinéastes étrangers à venir filmer des histoires pleines de névroses en France. Et à faire d’Isabelle Huppert l’interprète de cauchemars hantés par une sexualité aussi déviante que violente. Dommage que parfois, ça tourne un peu à vide.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Près d’un quart de siècle après avoir répandu une odeur de soufre à Cannes grâce à Basic Instinct, Paul Verhoeven est donc revenu sur la Croisette dégourdir des jambes un peu ankylosées par dix années d’inactivité, escortant un film doté de tous les arguments pour séduire le jury ou, à défaut, le public français : un thriller sexuel adapté de Philippe Djian et porté par Isabelle Huppert. Titré comme une comédie de Blake Edwards (1979) avec Bo Derek et Dudley Moore, le Elle de Verhoeven ne prête pas à sourire : l’héroïne Michèle (qui assume déjà depuis l’enfance d’être la fille d’un meurtrier en série) se trouve violée chez elle à plusieurs reprises par un inconnu masqué. Mais comme c’est Huppert qui endosse ses dentelles lacérées, on se doute bien qu’elle ne subira pas le contrecoup normal d’une telle agression (effondrement, rejet de soi, prostration etc.), et se bornera à afficher une froideur indifférente à tout et à tous – sa fameuse technique de jeu "plumes de canard", les événements petits ou gros glissant en pluie égale sur ses frêles épaules, lui arrachant au mieux un “oh…” surpris. Basique

Continuer à lire

L’Avenir

ECRANS | de Mia Hansen-Løve (Fr, 1h40) avec Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinka…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

L’Avenir

Triste exemple de régression artistique, ce film bien mal nommé voit Mia Hansen-Løve retomber dans les travers de ses débuts, dont on la croyait guérie depuis le lumineux Le Père de mes enfants (2009). Ce cinéma sorbonnard, construit dans l’imitation admirative des aînés Eustache, Garrel ou Assayas (évidemment), s’ingénie à aligner des saynètes froides censées capturer la vie dans sa crue réalité, des séquences de comédie pathétique (avec la vieille grand-mère qui perd la boule), entrelardant le tout de tunnels verbeux bilingues franco-allemands fourrés à la dialectique. Parfaitement formaté pour les festivals : la Berlinale lui a décerné un Ours d’argent… Très proche du personnage qu’elle interprétait (on aurait du mal à dire “incarner” tant son corps physique paraît de plus en plus s’effacer à l’écran) dans Villa Amalia (2009) de Benoît Jacquot, Isabelle Huppert affiche ici la même indifférence face aux événements ; à peine semble-t-elle concernée comme spectatrice. Postulons qu’il s’agit d’une straté

Continuer à lire

Quand on a 17 ans

ECRANS | Deux ados mal dans leur peau se cherchent… et finissent par se trouver à leur goût. Renouant avec l’intensité et l’incandescence, André Téchiné montre qu’un cinéaste n’est pas exsangue à 73 ans. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Quand on a 17 ans

On avait un peu perdu de vue André Téchiné depuis quelques années : le cinéaste a pourtant tourné sans relâche (et en rond), s’inspirant volontiers de faits divers pour des films titrés de manière la plus vague possible – La Fille du RER, L’Homme qu’on aimait trop… Un cinéma à mille lieues de ses grandes œuvres obsessionnelles et déchirantes des années 1970-1990, de ses passions troubles, lyriques ou ravageuses. Comme si le triomphe des Roseaux sauvages (1994), puisé dans sa propre adolescence, avait perturbé le cours initial de sa carrière… Cela ne l’a pas empêché d’asséner de loin en loin un film pareil à une claque, à une coupe sagittale dans l’époque – ce fut le cas avec Les Témoins (2007), brillant regard sur les années sida. Le chenu et les roseaux De même que certains écrivains trouvent leur épanouissement en tenant leur journal intime, c’est en prenant la place du chroniqueur que Téchiné se révèle le plus habile, accompagnant ses personnages de préférence sur un

Continuer à lire

Encore heureux

ECRANS | De Benoît Graffin (Fr., 1h33) avec Sandrine Kiberlain, Édouard Baer, Bulle Ogier…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Encore heureux

Quand des petits-bourgeois s’attellent à l’écriture d’une comédie vaguement sociale (chacun des mots mérite d’être pesé : on suit ici une famille dont le père, cadre-sup’ au chômage depuis 2 ans, squatte un studio des beaux quartiers parisiens) en faisant l’économie d’un "script doctor", la vraisemblance et la dignité en prennent pour leur grade. Quelques exemple à la volée ? L’histoire est censée se passer autour du réveillon de Noël, de surcroît en week-end ; or tout est ouvert fort tard, y compris les administrations, qui n’hésitent pas à menacer, d’ailleurs, d’expulsion… en pleine trêve hivernale. Un besoin urgent d’argent se fait sentir ? La mère s’en va troquer ses faveurs contre un chèque auprès d’un bellâtre de supérette – ah, le romantisme de la prostitution occasionnelle ! Même en ajoutant un macchabée voyageur en guise d’hypothétique ressort macabre (au point où l’on en est…), le scénario continue de tirer à hue et à dia, atteignant à peine la cheville brisée de la moindre pochade d’humour noir belge. Miséricorde pour les comédiens ; ils devaient avoir faim… VR

Continuer à lire

Le Tout Nouveau Testament

ECRANS | De Jaco van Dormael (Be/Fr/Lux, 1h50) avec Pili Groyne, Benoît Poelvoorde, Yolande Moreau, François Damiens, Catherine Deneuve…

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Le Tout Nouveau Testament

La vérité fait parfois mal à entendre : Dieu est misanthrope, sadique et résident bruxellois. S’épanouissant dans la création de catastrophes, ce pervers se double d’un tyran domestique séquestrant son épouse et sa fille de dix ans, Éa. Celle-ci, qui en a plein le Graal de ce monstre gorgé de bière, décide de suivre l’exemple de son aîné barbu, J.-C. Elle s’évade donc afin d’enrôler des apôtres et d’écrire son propre Nouveau Testament. Non sans avoir mis le bazar dans l’ordinateur paternel, en révélant à toute l’humanité l’heure de sa mort. Une plaisanterie qui lui vaut d’avoir un Dieu le père furibard (et en sandales) à ses trousses… Ténue, la filmographie de Jaco van Dormael ne compte que trois longs métrages depuis Toto le héros (1991), où s’affirmaient déjà pleinement son style comme ses influences. L’homme ayant biberonné au surréalisme belge mâtiné de burlesque et d’onirisme nébuleux, son œuvre en est traversée, parfois illuminée : ici, la farce iconoclaste (un Dieu façon Gros Dégueulasse de Reiser) peut côtoyer le sublime éthéré ou le franchement potache lorsqu’il s’agit d’illustrer des métaphores. Affectionnant la forme du conte porté par une

Continuer à lire

Valley of love

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h32) avec Gérard Depardieu, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Valley of love

« Putain, la chaleur ! » dit Gérard (Depardieu) transpirant sous le soleil californien lorsqu’il retrouve son ex-compagne Isabelle (Huppert). Qui sont-ils et que viennent-ils faire là ? La première réponse est la plus complexe : Depardieu et Huppert sont comme des hybrides du couple qu’ils formèrent à l’écran à l’époque de Loulou et des comédiens qu’ils ont été ensuite. Ce mélange-là, entre ce que l’on sait de leur vie (étalée et commentée pour Depardieu, plus discrète pour Huppert) et les rôles que leur fait jouer Guillaume Nicloux, est la meilleure idée de Valley of love, son mystère le plus persistant. Il repose sur l’idée que certaines stars ont un besoin minimal de fiction pour exister à l’écran, charriant leur légende avec eux. Cette fiction a minima répond à la deuxième question et s’avère plus problématique : convoqué post-mortem par un fils gay, exilé aux États-Unis et récemment suicidé, le couple traverse le désert en attendant un signe de cet enfant disparu qui leur promet de revenir. On sent que Nicloux aimerait retourner aux sources atmosphériques et inquiétantes de ses premiers polars (notamment le beau Une affaire privée

Continuer à lire

Comme un avion

ECRANS | Bruno Podalydès retrouve le génie comique de "Dieu seul me voit" dans cette ode à la liberté où, à bord d’un kayak, le réalisateur et acteur principal s’offre une partie de campagne renoirienne et s’assume enfin comme le grand cinéaste populaire qu’il est. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 juin 2015

Comme un avion

Qu’est-ce qu’un avion sans aile ? Un kayak… Drôle d’idée, qui surgit par paliers dans la tête de Michel (Bruno Podalydès lui-même, endossant pour la première fois le rôle principal d’un de ses films). À l’aube de ses cinquante ans, il s’ennuie dans l’open space de son boulot et dans sa relation d’amour / complicité avec sa femme Rachelle (Sandrine Kiberlain, dont il sera dit dans un dialogue magnifique qu’elle est « lumineuse », ce qui se vérifie à chaque instant à l’écran). Michel a toujours rêvé d’être pilote pour l’aéropostale, mais ce rêve-là est désormais caduque. C’est un rêve aux ailes brisées, et c’est une part de l’équation qui le conduira à s’obséder pour ce fameux kayak avec lequel il espère descendre une rivière pour rejoindre la mer. Une part, car Bruno Podalydès fait un détour avant d’en parvenir à cette conclusion : son patron (Denis Podalydès), lors d’un énième brainstorming face à ses employés, leur explique ce qu’est un palindrome. Pour se faire bien voir, tous se ruent sur leurs smartphones afin de trouver des exemples de mots se lisant à l’endroit et à l’envers. Plus lent à la détente, Michel finira in extremis par tomber sur le mot "kayak"

Continuer à lire

La Famille Bélier

ECRANS | Bons sentiments à la louche, pincée d’humour trash, mise en orbite d’une star de télé-crochet, célébration de l’art de Michel Sardou, regard pataud sur le handicap, populisme facile : Éric Lartigau signe un film dans l’air moisi du temps, qui donne des envies d'hara-kiri critique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

La Famille Bélier

«Bélier : n. m. 1) Mâle non châtré de la brebis. 2) Machine de guerre des anciens servant à battre les murailles en brèche.» Cette double définition piquée dans le Robert sonne comme la meilleure critique possible de La Famille Bélier. 1) Le nouveau film d’Éric Lartigau s’apparente à une comédie sentimentale mi-chèvre, mi-chou, qui met les pieds dans le purin campagnard et la tête dans les étoiles de la réussite, les mains dans le cambouis du populisme et le nez dans la grande cause du handicap, via une famille de sourds-muets avec en son centre Paula, jeune adolescente qui non seulement parle et entend, mais en plus chante d’une voix d’or. Lartigau emprunte d’abord la piste gonflée du comique trash, avec une scène chez le médecin où les parents s’engueulent à cause de la mycose de madame et de l’appétit sexuel de monsieur. Admirateur des frères Farrelly, Lartigau est loin de leur humanisme par la provoc’ : le vrai gag de la séquence, ce sont les traductions de Paula et les reproches qu’elle adresse à ses géniteurs. Ce qui compte, ce n’est pas que le spectateur s’identifie aux parents sourds, mais à la petite valide. Qui, comme le spectateur, n’

Continuer à lire

Abus de faiblesse

ECRANS | Avec ce film autobiographique évoquant l’AVC qui l’a laissée partiellement paralysée et sa rencontre avec l’escroc Christophe Rocancourt, Catherine Breillat se livre à un portrait en bourgeoise aveuglée et humiliée, qui manque de saillant cinématographique mais pas de cruauté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 février 2014

Abus de faiblesse

Ce n’est pas la première fois que Catherine Breillat met son cinéma en abyme ; Sex is comedy rejouait ainsi le tournage compliqué d’À ma sœur… Mais jusqu’ici, Breillat elle-même se tenait à l’écart de ce jeu dont on sait à quel point il peut être vain – qu’on se souvienne du Château en Italie de Valeria Bruni-Tedeschi… Or, Abus de faiblesse ne cache pas sa nature autobiographique, malgré toutes les précautions d’usage ; les noms ont été changés, mais Maud-Isabelle Huppert, cinéaste victime d’un AVC qui la laisse à moitié paralysée, c’est évidemment Breillat. Et l’escroc Vilko-Kool Shen (subtil redoublement que d’avoir distribué un non-acteur pour jouer un non-acteur), à qui elle veut offrir le rôle principal de son prochain film, c’est Christophe Rocancourt. Celui-ci va lui soutirer des sommes de plus en plus colossales, jusqu’à la plonger dans la précarité. La bourgeoise et l’arnaqueur L’ouverture du film décrit l’accident de Maud comme une scène de cauchemar – effectivement tétanisante – puis la rééducati

Continuer à lire

Awards 2013 cinéma

ECRANS | L'award du meilleur film : Gravity d’Alfonso CuarónDepuis Les Fils de l’homme, on savait que Cuarón était un visionnaire… Avec Gravity, il l’a démontré au-delà de (...)

Christophe Chabert | Vendredi 20 décembre 2013

Awards 2013 cinéma

L'award du meilleur film : Gravity d’Alfonso CuarónDepuis Les Fils de l’homme, on savait que Cuarón était un visionnaire… Avec Gravity, il l’a démontré au-delà de toutes les attentes, créant un spectacle cinématographique inédit tout en prolongeant ses obsessions d’auteur, réussissant à la fois une œuvre intimiste et immersive, simple et ouverte sur l’infini. Par ailleurs, le cinéaste mexicain a inventé une sorte de blockbuster minimaliste ; on est curieux de savoir quelles leçons Hollywood tirera de cette expérience…  L'award du pire film : Tip Top de Serge Bozon C’est devenu une habitude : l’award du pire film de 2013 revient à une grosse arnaque, qui déguise son incompétence derrière de la fausse légèreté. Il n’y a rien de plus lourd, pourtant, que ce

Continuer à lire

Le Top Flop de la rédaction 2013

ECRANS | Top 10 1/ Gravity d’Alfonso Cuarón2/ Inside Llewyn Davis de Joel & Ethan Coen3/ Mud de Jeff Nichols4/ Spring breakers d’Harmony Korine5/ L’Inconnu (...)

Christophe Chabert | Vendredi 20 décembre 2013

Le Top Flop de la rédaction 2013

Top 10 1/ Gravity d’Alfonso Cuarón2/ Inside Llewyn Davis de Joel & Ethan Coen3/ Mud de Jeff Nichols4/ Spring breakers d’Harmony Korine5/ L’Inconnu du lac d’Alain Guiraudie6/ La Vie d’Adèle : chapitres 1 & 2 d’Abdellatif Kechiche7/

Continuer à lire

L’ultra-terrestre

ECRANS | François Damiens, comédien belge adopté par le cinéma français, doublement à l’affiche du plaisant "Je fais le mort" et du magnifique "Suzanne", est passé en six ans de «sorti de nulle part» à «présent partout», sans dévier de ses principes et de ses saines convictions. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 13 décembre 2013

L’ultra-terrestre

Décembre 2007. À quelques jours de la sortie de Cow-Boy, joli film un peu oublié de Benoît Mariage, le réalisateur et ses deux comédiens Benoît Poelvoorde et François Damiens sont en pleine tournée promo. On demande à l’attachée de presse un entretien en tête-à-tête avec un des membres de l’équipe et elle pense qu’on va naturellement réclamer quelques minutes avec la tornade Poelvoorde, au sommet de sa gloire… Mais non, c’est Damiens qui nous intéresse, et nous voilà partis pour une discussion d’une demi-heure avec ce comédien qui, à l’époque, n’avait que quatre films à son actif et dont les caméras cachées commençaient à peine à faire le buzz. L’entretien est mémorable, d’une franchise rare ; il y expose sa candeur face à un métier dont il ne connaît rien et dans lequel il s’engouffre avec un mélange de curiosité et de scepticisme. Six ans plus tard, François Damiens est devenu une vedette – on préfère ce mot à celui de star, ne serait-ce que parce qu’il désigne aussi une bière belge – et parvenir à s’entretenir avec lui est devenu pl

Continuer à lire

Suzanne

ECRANS | Peut-on faire un mélodrame sans verser dans l’hystérie lacrymale ? Katell Quillévéré répond par l’affirmative dans son deuxième film, qui préfère raconter le calvaire de son héroïne par ses creux, asséchant une narration qui pourtant, à plusieurs reprises, serre le cœur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 décembre 2013

Suzanne

Suzanne, le deuxième film de Katell Quillévéré après le timide Un poison violent, choisit son héroïne dès son titre. Mais ce seront autant ses absences que sa présence qui vont intéresser l’auteur, autant les questions que son comportement instable suscite que les réponses qu’on pourrait apporter pour expliquer sa fuite en avant. D’où provient le mal-être de Suzanne ? D’une mère morte très jeune ? Trop facile… Autour d’elle, son père (François Damiens, exceptionnel, qui irradie de beauté et de bonté) et sa sœur (Adèle Haenel, qu’on espère bientôt reconnue à sa juste et haute valeur parmi les jeunes comédiennes françaises) forment une famille aimante, dévouée, compréhensive. Pourquoi choisit-elle de garder cet enfant au père inconnu, alors qu’elle est encore lycéenne ? Là aussi, Quillévéré décide de laisser le mystère sombrer dans un des nombreux vides narratifs soigneusement entretenus, comme un trou noir qui aspirerait toutes les tentatives d’explications, psychologiques ou sociologiques, qui voudraient percer à peu de frais l’opacité de son

Continuer à lire

Je fais le mort

ECRANS | De Jean-Paul Salomé (Fr-Belg, 1h42) avec François Damiens, Géraldine Nakache, Lucien Jean-Baptiste…

Christophe Chabert | Mardi 3 décembre 2013

Je fais le mort

Le premier mérite de Je fais le mort est l’originalité de son point de départ : un acteur dans la dèche, souffrant d’une réputation détestable sur les plateaux, accepte d’aller « faire le mort » pour la reconstitution judiciaire d’un triple homicide du côté de Megève. Une fois sur place, entre drague maladroite de la juge d’instruction et volonté de « réalisme » sur la scène du crime, il provoque une série de catastrophes mais révèle aussi les approximations de l’enquête. Au milieu d’un genre sinistré, celui de la comédie hexagonale ici matinée de polar, Je fais le mort tire son épingle du jeu. Pas tellement par sa mise en scène, même si son artisanat télévisuel lui confère une modestie bienvenue ; surtout par le portrait de ce comédien égocentrique et vaniteux qui conduit à quelques réflexions bien vues sur un monde du cinéma où même le plus pitoyable des losers se prend pour un génie de « l’acting » – on sent que Salomé a vu Extras, la formidable série de Ricky Gervais. C’est bien sûr une partition parfaite pour un François Damiens en grande forme, trop heureux de pouvoir être à la fois l’acteur de cinéma su

Continuer à lire

9 mois ferme

ECRANS | Annoncé comme le retour de Dupontel à la comédie mordante après le mal nommé "Le Vilain", "9 mois ferme" s’avère une relative déception, confirmant que son auteur ne sait plus trop où il veut amener son cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 10 octobre 2013

9 mois ferme

Avec Enfermés dehors, grand huit en forme de comédie sociale où il s’amusait devant la caméra en Charlot trash semant le désordre avec un uniforme d’emprunt, mais aussi derrière en lui faisant faire des loopings délirants, le cinéma d’Albert Dupontel semblait avoir atteint son acmé. Le Vilain, tout sympathique qu’il était, paraissait rejouer en sourdine les envolées du film précédent, avec moins de fougue et de rage. 9 mois ferme, de son pitch (une avocate aspirée par son métier se retrouve enceinte, après une nuit de biture, d’un tueur «globophage» amateur de prostituées) à son contexte (la justice comme déversoir d’une certaine misère sociale) semblait tailler sur mesure pour que Dupontel y puise la quintessence à la fois joyeuse et inquiète de son projet de cinéaste. Certes, on y trouve beaucoup d’excès en tout genre, une caméra déchaînée et quelques passages ouvertement gore, mais aussi des choses beaucoup plus prévisibles, sinon rassurantes. Il y a surtout un mélange de registres comiques dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils

Continuer à lire

Gare du Nord

ECRANS | Claire Simon tente une radiographie à la fois sociologique et romanesque de la gare du nord avec ce film choral qui mélange documentaire et fiction. Hélas, ni le dialogue trop écrit, ni les récits inventés ne sont à la hauteur de la parole réelle et des vies rencontrées… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 28 août 2013

Gare du Nord

Pensant probablement le naturalisme en bout de course pour raconter le monde contemporain, deux réalisatrices tentent en cette rentrée de faire se croiser réalité documentaire et fiction intime. Si Justine Triet avec sa Bataille de Solférino (en salles le 18 septembre) s’en tire grâce à l’élan vital débraillé qui irrigue sa fiction, le dispositif de Gare du Nord échoue à hisser le romanesque à la hauteur de la réalité. Il y a d’abord un prétexte très artificiel véhiculé par le personnage de Reda Kateb, étudiant en sociologie faisant une thèse sur la gare du Nord comme «place du village global», justification scénaristique facile pour le montrer abordant commerçants et usagers. Ensuite, la structure chorale du film, avec ses trois histoires entremêlées – une femme malade tombe amoureuse d’un homme plus jeune qu’elle, un père cherche sa fille fugueuse, une agent immobilière ne supporte pas d’être séparée de son mari et de ses enfants – paraît là aussi dictée par une intention trop appuyée, celle de faire se croiser dans un microcosme à la fois unique et globalisé des destins singuliers. Que Claire Simon ait recours à un procédé devenu éculé pour

Continuer à lire

La Belle endormie

ECRANS | De Marco Bellocchio (It-Fr, 1h51) avec Toni Servillo, Isabelle Huppert, Alba Rohrwacher…

Christophe Chabert | Dimanche 7 avril 2013

La Belle endormie

Avec La Belle endormie, Marco Bellocchio s’empare d’un fait-divers qui a embrasé l’Italie – la décision de mettre un terme à la vie d’Eluana Englaro, dans un état végétatif depuis 17 ans – provoquant manifestations cathos et débats au Parlement. Mais il n’en fait que le lien entre trois histoires de fiction qui, chacune à leur manière, traitent aussi de la question. On y voit un sénateur berlusconien prêt à voter contre son groupe, tandis que sa fille va se joindre au cortège des manifestants réclamant la survie d’Eluana ; une actrice veillant en illuminée mystique sa fille dans le coma ; et une droguée qui tente de se suicider et se retrouve surveillée de près par un médecin têtu. Bellocchio tombe dans les mêmes travers scénaristiques que les fictions chorales engagées américaines genre Collision : les personnages ne semblent exister qu’à l’aune de la démonstration du cinéaste et le dialogue, notamment dans la partie à l’hôpital, fait preuve d’un didactisme sentencieux assez indigeste. En revanche, La Belle endormie montre à quel point il reste un metteur en

Continuer à lire

Dead Man Down

ECRANS | De Niels Arden Oplev (ÉU, 2013) avec Colin Farrell, Noomi Rapace, Isabelle Huppert...

Aurélien Martinez | Vendredi 29 mars 2013

Dead Man Down

Où vas-tu Colin Farrell ? Sur le déclin après avoir touché la grâce dans Miami Vice, l'acteur au regard d'enfant égaré s'est perdu. À nouveau en galère dans Dead Man Down, on se demande si ce n'est pas cuit pour lui à force d'enchaîner nanars et remakes balourds. Polar foireux débutant sur un thriller crypté avant de vite bifurquer sur un double récit de vengeance bien mal mené, Dead Man Dow ne tient aucune de ses promesses. Et ce n'est pas Niels Arden Oplev, auteur du déjà pas fameux Millenium suédois, qui sauve les meubles. L'auteur tente de donner un peu d'âme et d'espace à ses personnages (un immigré hongrois et une femme victime d'un accident réunis dans une quête vengeresse), mais là où devrait naître zones d'ombres et ambiguïtés, se multiplient les rebondissements patauds. Prisonnier d'un scénario sans latitudes et réduisant ses enjeux à la nullité de sa petite mécanique,  Dead Man Down débouche là où risque de finir la carrière de Farrell, dans l'indifférence tota

Continuer à lire

La Religieuse

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h54) avec Pauline Étienne, Louise Bourgoin, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mercredi 13 mars 2013

La Religieuse

Pour avoir beaucoup défendu Guillaume Nicloux dans ces colonnes, on sait aussi à quel point les échecs répétés (et souvent injustes) de ses films dans les salles l’ont rendu amer et méfiant. Cette nouvelle adaptation de La Religieuse montre en effet un cinéaste qui, sans mauvais jeu de mots, ne sait plus à quel saint se vouer pour séduire le public, et lorgne ouvertement vers le triomphe de Des hommes et des dieux. Comment expliquer autrement sa quasi-démission dans la mise en scène, qui confond austérité et académisme, à la lisière du téléfilm, embourbée dans l’uniforme grisaille des murs et des habits sacerdotaux, les chuchotements du cloître et le recto tono de la voix off ? Le problème, c’est que si Beauvois affichait une empathie (contestable) pour ses moines, Nicloux doit faire avec l’anticléricalisme du roman de Diderot, qu’il tente de désamorcer jusqu’au contresens. Il faut attendre l’arrivée d’Isabelle Huppert, d’une surprenante drôlerie, pour qu’un peu de folie entre dans le film. Trop tard, car l’encéphalogram

Continuer à lire

Paradis retrouvé

ECRANS | Le fiasco de La Porte du Paradis (1980) est resté comme une blessure profonde dans l’histoire hollywoodienne. C’est surtout la fin d’une utopie que cet (...)

Christophe Chabert | Vendredi 8 mars 2013

Paradis retrouvé

Le fiasco de La Porte du Paradis (1980) est resté comme une blessure profonde dans l’histoire hollywoodienne. C’est surtout la fin d’une utopie que cet échec entérine : le Nouvel Hollywood, dont Michael Cimino fut le temps d’un film (Voyage au bout de l’enfer) le héros, et dont il devint, à son corps défendant, le fossoyeur, accusé de mégalomanie dépensière et de perfectionnisme exagéré. Pourtant, l’ambition de Cimino n’a jamais été de malmener Hollywood, et La Porte du Paradis n’a rien d’un film d’auteur arrogant. Dans ce post-western, il n’y a ni cow-boy, ni indien, mais des immigrés récents venus d’Europe de l’Est pour s’installer en Amérique, et des immigrés plus anciens, qui se voient déjà comme les propriétaires de ce nouveau monde encore en jachère. Les seconds vont donc chercher à exterminer les premiers, payant des tueurs à gage et provoquant une guerre dont l’enjeu est bien celle de la fondation d’un territoire et de sa frontière. Comme pour Voyage au bout de l’enfer, Cimino choisit de raconter cet épisode réel en se concentrant sur des personnages éminemment romanesques, et en allant les chercher à l’aube des événements, à l’univers

Continuer à lire

L'amour à mort

ECRANS | Avec "Amour", palme d'or du dernier festival de Cannes, Michael Haneke filme le crépuscule d’un couple face à la maladie et l’approche de la mort. Mais son titre n’est pas trompeur : sans perdre ni sa lucidité, ni sa mise en scène au cordeau, Haneke a réalisé son film le plus simple, émouvant et humain, grâce notamment à ses deux acteurs, Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 18 octobre 2012

L'amour à mort

Au milieu du Ruban blanc, on voyait un des enfants de cette communauté rigide et protestante offrir à son pasteur de père un oiseau pour remplacer celui qui venait de mourir. C’était un acte d’amour, un instant sentimental dans une œuvre où, justement, le mal qui rongeait les personnages était alimenté par la répression de leurs émotions. C’est d’ailleurs ce qui se passait à l’écran : le père retenait des larmes que la caméra de Michael Haneke, à la bonne distance, ne manquait pas de laisser deviner. Le cinéaste est trop lucide et pessimiste sur la nature humaine pour faire croire au spectateur que ces larmes-là auraient changé la face du monde ; mais il n’y a aujourd’hui plus de doute à la vision d’Amour : cette pointe de pathos, aussi discrète soit-elle, a changé la face de son cinéma. L’inéluctable, ces ténèbres qui viennent engloutir les vies humaines, est ici atténué par quelque chose de plus grand et de plus fort qui va même, lors de la sidérante scène finale du film, résister à la mort : l’amour donc, regardé comme une réalité empirique, un fa

Continuer à lire

Pauline détective

ECRANS | De Marc Fitoussi (Fr, 1h41) avec Sandrine Kiberlain, Audrey Lamy…

Christophe Chabert | Mercredi 26 septembre 2012

Pauline détective

Sur les pas de Pascal Thomas période Agatha Christie, Marc Fitoussi (La Vie d’artiste, Copacabana : un bon auteur de comédie, donc) se vautre complètement avec ce Pauline détective qui sent vite l’impasse. Il faut dire qu’entre les déboires sentimentaux trop ordinaires de ladite Pauline, et ses vacances avec sa sœur et son beau-frère en Italie, pleines de clichés sur les Français à l’étranger, le fond de la sauce est déjà épais. Mais c’est bien dans le vrai-faux film policier que les choses virent au naufrage : que Pauline s’entête à voir du crime et du mystère partout, soit ; mais l’indifférence générale qui entoure ses velléités de détective, à commencer par celle de Fitoussi, trop occupé à dessiner un contexte pop à coups de couleurs acidulées et de dressing top tendance, ne permet aucune identification au personnage et aucun début d’intérêt pour l’intrigue. On comprend vite qu’on est face à une suite de fausses pistes traitées au deuxième degré et sans aucune rigueur, sacrifiant au passage la pauvre Sandrine Kiberlain, dont la carrière vivote depuis

Continuer à lire

L’Oiseau

ECRANS | D’Yves Caumon (Fr, 1h33) avec Sandrine Kiberlain, Clément Sibony, Bruno Todeschini…

François Cau | Jeudi 19 janvier 2012

L’Oiseau

Alors que partout ailleurs, le cinéma d’auteur semble prendre conscience que la radicalité formelle ne vaut rien si elle ne sert pas à intensifier les émotions (des personnages et des spectateurs), la France continue à délivrer des films «poissons-mort», beaux mais froids et l’œil vide. Oiseau-mort dans ce cas précis, puisque Yves Caumon fait de la brève existence du volatile, incrusté dans l’appartement d’une Sandrine Kiberlain qui, pour une fois, ne se retrouve pas à jouer les seconds rôles indignes de sa valeur d’actrice, la durée nécessaire de son retour à la vie. Le début, intrigant, ressemble à certains Polanski première période : le film observe une névrose depuis les craquements des murs, les ombres du dehors, les manies inexpliquées de l’héroïne… Quand il s’aventure hors de l’appartement, le film perd peu à peu toute étrangeté, mais surtout, Yves Caumon révèle trop tôt le pourquoi de ce comportement, ramenant le tout à un banal psychodrame. Ne reste plus alors que l’arrogance de longs plans méticuleusement composés et éclairés, un cinéma qui se regarde filmer et qui ne véhicule ni émotions, ni idées, juste des intentions. CC

Continuer à lire

"La Délicatesse" : de la guimauve fade de chez fade

ECRANS | De David et Stéphane Foenkinos (Fr, 1h48) avec Audrey Tautou, François Damiens…

Christophe Chabert | Vendredi 16 décembre 2011

La France s’enfonce dans la sinistrose ? Rassurons-nous, nos gentils hommes à tout-faire de la culture veillent à lui redonner le moral à coups de "feel good movies" enrobés dans de la guimauve. Les frères Foenkinos transvasent donc le bouillasson littéraire de David en gentil mélodrame qui prend soin de ne fâcher personne. Son héroïne (Audrey Tautou) est gentille : après la mort de son aimé (et quelques saynètes à la Jeunet), elle se console avec son travail, compensant sa froideur intérieure par une efficacité productiviste. Jusqu’au jour où, dans un moment d’égarement, elle embrasse un collègue (François Damiens), pas très beau, plutôt transparent mais très gentil, qui en retour se sent pousser des ailes. Deux options s’offraient aux Foenkinos : la comédie amère à la Blier sur la beauté cachée des laids ; le drame social où la pression de l’entourage met en échec la possibilité de franchir la barrière de classe. La Délicatesse louvoie gentiment entre ses deux courants, et n’était le travail formidable de François Damiens pour faire exister son personnage, finirait par n’en traiter

Continuer à lire

Mon pire cauchemar

ECRANS | D’Anne Fontaine (Fr-Belg, 1h43) avec Isabelle Huppert, Benoît Poelvoorde…

François Cau | Vendredi 4 novembre 2011

Mon pire cauchemar

Démonstration que la comédie n’est pas genre aisé, Mon pire cauchemar pense que son pitch (une grande bourgeoise parisienne amatrice d’art contemporain doit supporter un plombier belge alcoolique et grossier) suffit à emporter le morceau. Et, plutôt que de laisser Huppert et Poelvoorde chercher, comme leurs personnages, un territoire commun à l’écran, Anne Fontaine les enferme dans leurs emplois respectifs, provoquant artificiellement le rapprochement par les grosses ficelles du scénario. Du coup, elle se contente d’enchaîner les situations attendues, gonflant l’affaire avec une sous-intrigue redondante entre le mari coincé et une salariée de pôle emploi branchée bio et nature (un tandem de cinéma pour le coup impossible entre la scolaire Virginie Éfira et le roué André Dussollier). Il n’y a ni rire, ni malaise là-dedans ; juste un regard cruel qui, dans le drame, provoquait parfois une petite fascination (Nettoyage à sec, Entre ses mains) mais qui ici fait plutôt penser au Chatiliez des mauvais jours. CC

Continuer à lire

Voyage au bout d'Huppert

SCENES | Quand la plus grande actrice de sa génération se confronte au rôle mythique de Blanche DuBois écrit par Tennessee William, le rendu est forcément explosif… mais néanmoins contestable. Qu’importe, l’ouragan Isabelle Huppert emporte tout sur son passage.

Aurélien Martinez | Jeudi 25 novembre 2010

Voyage au bout d'Huppert

Fin février dernier à Paris, au théâtre de l’Odéon. Après trois semaines de représentations se soldant par quelques huées (si l’on en croit les différents articles de presse de l’époque), la tension est retombée. La salle se fait attentive pour découvrir ce fameux Tramway dont on a tant parlé. Et surtout pour contempler Isabelle Huppert, artiste française à l’aura incroyable, comme on peut aisément le constater dès les premières minutes de la pièce. Une pièce entièrement centrée autour de son personnage : Huppert est de toutes les scènes, dominant le reste de la distribution de sa stature incontestable. Une différence de traitement et d’approche qui se matérialise crûment au moment du salut final : alors que l’ensemble des comédiens, tout sourire, se donne la main chaleureusement pour s’incliner devant le public, elle reste stoïque, au centre, sans se lier physiquement à ses partenaires. Cette attitude, entre détachement et condescendance, fait partie du mystère Huppert, actrice hypnotique difficilement cernable qui ne souhaite s’exprimer qu’à travers son art. Extraterrestre Isabelle Huppert est une héroï

Continuer à lire

Huppert-cut

SCENES | C’est le spectacle phare de cette saison théâtrale. Non pas que l’on ait à faire ici à un véritable chef-d’œuvre, mais le casting impressionnant et le fait (...)

François Cau | Jeudi 16 septembre 2010

Huppert-cut

C’est le spectacle phare de cette saison théâtrale. Non pas que l’on ait à faire ici à un véritable chef-d’œuvre, mais le casting impressionnant et le fait que cette coproduction MC2 ne tourne qu’à Grenoble (après sa présentation à Paris en février dernier) ajoutent à l’effervescence. Car cette adaptation d'Un Tramway nommé Désir de Tennessee Williams, au préalable immortalisé à l’écran par Elia Kazan, était un pari fou du metteur en scène prolifique et souvent percutant Krzysztof Warlikowski. Ajoutez Wajdi Mouawad à la dramaturgie, et Isabelle Huppert au jeu : vous avez votre buzz assuré. Pour finalement quel résultat ? Un spectacle appréciable, mais exclusivement centré autour du personnage d’Isabelle Huppert, qui livre une prestation impressionnante (quoiqu’un brin appuyée !) largement commentée. Le reste (l’intrigue, la relation entre Blanche et Stanley, la folie…) passant au second plan. Heureusement qu’Isabelle Huppert, sans doute la meilleure actrice de sa génération, a les épaules solides ! On vous en dira plus avant son passage par la MC2 début décembre, mais sachez déjà qu’il faudra avoir vu ce Tramway sous peine d’être catalogué has-been pour la nuit des temp

Continuer à lire

Mademoiselle Chambon

ECRANS | De Stéphane Brizé (Fr, 1h41) avec Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain…

François Cau | Samedi 10 octobre 2009

Mademoiselle Chambon

Jean tombe sous le charme de Mademoiselle Chambon, l’institutrice de son fils. Il s’improvise gauchement maçon du cœur et propose de réparer la fenêtre de son appartement. Pour le remercier, elle fait pleurer son violon dans l’austérité de son salon. Ils se recroisent, s’échangent des regards, se frôlent à grand peine. Jean fuit son épouse, Mademoiselle Chambon souffle le chaud mais surtout le froid. Déjà pas franchement survoltée, l’ambiance s’abîme dans les non-dits, les chastes silences, les œillades intéressées, le tout dans une dynamique à faire passer Les Regrets de Cédric Kahn pour Bad Boys 2. Stéphane Brizé choisit sciemment de se focaliser sur l’expression quotidienne de la passion, freinant systématiquement ses personnages dans leurs élans, quitte à en faire les représentations statufiées de l’indécision, d’une certaine idée de la transparence amoureuse. C’est quand ils finissent par quitter leur mécanique routine que le film prend son envol, dans des scènes où la réserve du film comme ses partis pris esthétiques finissent par prendre tout leur sens : Brizé soigne particulièrement ces séquences pudiques, où le talent des acteurs principaux brille de façon intense. Puis

Continuer à lire

Franz et François

ECRANS | François Damiens, acteur, star de la télé belge, découvert dans “Dikkenek“ et “OSS 117“, montre dans “Cowboy” qu'il est surtout un comédien subtil et émouvant. Christophe Chabert

Marlène Thomas | Mercredi 12 décembre 2007

Franz et François

En allant rencontrer François Damiens, on pensait passer un bon moment avec un acteur comique avec qui on allait bien se poiler. De fait, on a passé un bon moment, mais on a causé sérieusement avec un garçon intelligent et subtil, comédien en quête de profondeur découvrant enfin la richesse d'un métier qu'il a toujours voulu faire, mais dont il dit ne pas connaître grand chose. Damiens, pour beaucoup, c'est l'espion belge d'OSS 117 ou le photographe grande gueule de Dikkenek, auteur de cette réplique géniale lancée à la face de la starlette Mélanie Laurent : «Va chercher l'poney !» Pour les Belges, c'est surtout François L'Embrouille, piégeur de monsieur tout-le-monde et de quelques stars dans des caméras cachées qui tournent aujourd'hui en boucle sur Youtube. Pour ses deux Benoît de potes, Poelvoorde et Mariage, c'est juste "Franz", camarade de tournage et de tournée pour un film qui est une véritable fierté pour tous les trois : Cowboy. François L'Embrouille, mais pas trop «Chercher à faire rire pour faire rire, ça n'a aucun intérêt» lâche François Damiens. On se pince en réécoutant l'interview. Car Damiens

Continuer à lire