Un festival loco loco

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

Photo : "Pelo Malo" de Mariano Rondon


Toulouse, Villeurbanne, Annecy : les festivals de cinéma latino ne manquent pas au printemps. Ojo Loco est donc le benjamin grenoblois de cette liste prestigieuse, puisqu'il n'en est qu'à sa deuxième édition. Pourtant, sa programmation n'a pas à rougir de la comparaison, au contraire… Dans ses filets, on trouve ainsi un florilège des meilleurs films espagnols et latino-américains sortis ces derniers temps (Gloria, Rêves d'or, No), des inédits à Grenoble (dont l'excellent Les Bruits de Recife) et des avant-premières fort excitantes.

Parmi elles, on pointera le vénézuelien Pelo malo, présenté en séance de clôture – en revanche, on ne conseillera Heli d'Amat Escalante, lauréat du dernier prix de la mise en scène à Cannes, qu'aux amateurs de cinéma misanthrope et complaisant. Autre événement à suivre de près : la projection de Con la pata quebrada, étonnant documentaire qui retrace la vision de la femme dans le cinéma espagnol à partir d'une centaine d'extraits de films.

D'ailleurs, le patrimoine cinématographique n'est pas oublié par le festival : ainsi de la version restaurée du Bourreau de Luis Garcia Berlanga, un des rares chefs-d'œuvre tournés en Espagne sous le franquisme, ou plus récent, l'inusable La Cité de Dieu, le film coup de poing qui révéla Fernando Meirelles. Ojo Loco propose aussi un focus sur le cinéma argentin, avec notamment les deux dernières œuvres de l'excellent Pablo Trapero, Carancho et Elefante blanco.

Et on reparlera en détails la semaine prochaine de la très belle nuit blanche consacrée à notre chouchou Alex De La Iglesia à la Cinémathèque, qui fait figure d'événement à l'intérieur de l'événement qu'est le festival…

Christophe Chabert

Festival Ojo Loco
Jusqu'au 30 mars, au cinéma le Mèliès

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Le Brésil à cor et à cri avec la nuit blanche du festival Ojo Loco

ECRANS | Rendez-vous vendredi 5 avril au cinéma Juliet-Berto pour le constater grâce à une programmation ambitieuse.

Damien Grimbert | Mardi 2 avril 2019

Le Brésil à cor et à cri avec la nuit blanche du festival Ojo Loco

Pour la troisième année consécutive, la nuit blanche d'Ojo Loco (festival, on le rappelle, dédié au cinéma ibérique et latino-américain) permettra aux spectateurs les plus curieux de découvrir un vaste panorama de films des années 1960 à nos jours oscillant entre action, horreur et érotisme. Centrée cette année autour du Brésil, la programmation réunira un film d’animation du cru inédit par chez nous (Até que a Sbórnia nos Separe, 2014) ; l’une des aventures originelles du fameux agent OSS 117 (Furia à Bahia pour OSS 117, 1965) à peu près aussi kitsch et datée qu’on pourrait l’imaginer ; un mystérieux film surprise « avec des sabres lasers » projeté à 4h du matin… Mais, surtout, deux œuvres majeures qui méritent amplement le déplacement à elles toutes seules. Succès phénoménal au Brésil et Ours d’Or à Berlin en 2008, Tropa de Elite aborde la lutte contre le trafic de drogue dans les favelas… du point de vue des forces d’él

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Ojo Loco : la folie des grandeurs (cinématographiques)

ECRANS | Zoom sur l'ambitieuse sixième édition du festival Ojo Loco, dédié au cinéma ibérique et latino-américain et piloté par l'association Fa Sol Latino.

Aliénor Vinçotte | Lundi 19 mars 2018

Ojo Loco : la folie des grandeurs (cinématographiques)

Pas si fous que ça les Ojo Loco ! Pour composer leur programmation, les responsables du festival grenoblois de cinéma ibérique et latino-américain sont allés faire leur marché parmi les candidats aux Goya (les César espagnols), en y ressortant des films plébiscités comme Handía (sur l’histoire vraie d’un homme atteint de gigantisme au XIXe siècle, que le comédien Iñigo Aranburu viendra présenter en avant-première), El Autor, Une femme fantastique ou encore Été 93. Mais ils ont bien sûr élargi le tir, puisqu'ils proposent, dans la section "compétition fictions", onze films non distribués en France en lice pour recevoir le prix du public. Trois d'entre eux seront accompagnés à Grenoble par leur réalisateur : El Autor (lauréat de deux Goya donc) de Manuel Martín Cuenca, Cabros de Mierdas du Chilien Gonzalo Justiniano et Últimos Días en la Habana (photo) du Cubain Fernando Pérez. Ce dernier présentera aussi, lors d’une soirée "cinéma de patrimoine", deux de ses ré

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Ojo Loco, les yeux ouverts sur l’Espagne

ECRANS | Après trois ans d’existence, le festival Ojo Loco s’impose comme un des rendez-vous cinématographiques importants de la saison. Avec, au milieu d’une pléthore de films passionnants venus de Cuba, d’Argentine, du Brésil ou du Pérou, un cinéma espagnol en pleine forme créative malgré la crise. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

Ojo Loco, les yeux ouverts sur l’Espagne

Aux derniers Goya, l’équivalent espagnol de nos César, deux films se tiraient la bourre dans la course aux récompenses finales : La Isla Minima (qui sortira en France sous le titre Marshland) et La Niña de fuego. Deux films de genre, l’un tirant vers le cinéma criminel, l’autre vers le thriller. Cela fait longtemps qu’on loue dans nos colonnes la force des cinéastes espagnols lorsqu’ils s’attaquent à des territoires squattés par les productions anglo-saxonnes, mais cette reconnaissance par les professionnels – ainsi que par le public, les deux films ayant été de gros succès au box-office national – montre que, loin de s’être commué en académisme ou en opportunisme commercial, le cinéma de genre "made in Spain" est encore en pleine effervescence. Et ce malgré la crise qui a touché le pays et, par voie de conséquence, le financement de son industrie cinématographique ainsi que sa distribution – nombre de salles ont fermé leurs portes ces dernières années. "Marshland" : un thriller post-franquiste Tandis que La Niña de fuego sera présenté en avant-première au festival Ojo Loco, Marshland fera l’événement au cours de

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Pelo Malo

ECRANS | De Mariana Rondón (Venezuela, 1h33) avec Samantha Castillo, Samuel Lange Zambrano…

Christophe Chabert | Mardi 1 avril 2014

Pelo Malo

Présenté comme le Tomboy latino, Pelo Malo en est en définitive assez loin et se rapproche plutôt des chroniques de l’enfance qui inondent le world cinema. À Caracas, Junior vit seul avec sa mère, gardienne de sécurité instable et sexuellement très active ; il aime chanter et danser, mais surtout il est obsédé par ses cheveux, qu’il voudrait lisses alors qu’ils sont crépus. De ce simple détail découle tout le quiproquo qui sert de nœud dramatique au film : Junior est-il en voie de féminisation, au grand désarroi de sa mère ? Mariana Rondón s’applique donc à démontrer, séquence après séquence dans une rhétorique assez scolaire, à quel point le "genre" tient autant au regard des autres qu’à sa propre identité : ainsi, si Junior a des passions de filles, sa mère, à travers son métier et sa manière de consommer les amants, tend sans s’en rendre compte vers le masculin. Plus que cette ligne-là, mise en scène selon les canons du cinéma d’auteur mondialisé – caméra portée, silences qui en disent long et réalisme social – on retiendra surtout du film son regard

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De La Iglesia : l’Espagne à feu et à sang

ECRANS | Le festival de cinéma latino Ojo Loco se poursuit cette semaine, et trouvera un de ses points d’orgue au cours d’une nuit à la Cinémathèque consacrée au génial (...)

Christophe Chabert | Mardi 25 mars 2014

De La Iglesia : l’Espagne à feu et à sang

Le festival de cinéma latino Ojo Loco se poursuit cette semaine, et trouvera un de ses points d’orgue au cours d’une nuit à la Cinémathèque consacrée au génial Álex De La Iglesia. C’est l’autre grand cinéaste espagnol contemporain avec Pedro Almodovar – qui fut le producteur de ses premiers films – mais aussi son pendant geek et mal peigné, un auteur à fleur de peau qui ne cesse de renvoyer son pays à ses vieux démons. Sa première œuvre, Action mutante, est une pochade gore et rigolarde où un commando composé de handicapés physiques et mentaux viennent terroriser des bourgeois réfugiés dans une station spatiale : on y trouve, en version brute de décoffrage, toute la virulence politique que l’on reverra ensuite dans la plupart de ses films ultérieurs. De La Iglesia attaque le consumérisme effréné et le culte de l’argent comme dans Le Crime farpait (photo), où une grande surface façon Galeries Lafayette madrilènes s’apparente aux cercles de l’enfer dans La Divine comédie et où un vendeur

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Elefante blanco

ECRANS | Sans atteindre les hauteurs de son précédent "Carancho", le nouveau film de Pablo Trapero confirme son ambition de créer un cinéma total, à la fois spectaculaire, engagé, personnel et stylisé, à travers un récit qui mélange foi, politique et désir. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 15 février 2013

Elefante blanco

Le prologue très Werner Herzog d’Elefante blanco semble avancer en territoire inconnu. Pour échapper à des guerilleros, Nicolas (Jérémie Rénier) se réfugie dans la jungle avant de dériver sur un fleuve. Entre l’urgence et le lyrisme, Pablo Trapero affirme son envie d’un film qui embrasserait tout ce que le cinéma peut offrir comme spectacle. Déjà, dans son précédent Carancho, il disait le désespoir social de l’Argentine à travers un récit codifié façon film noir, ponctué d’éclats de violence et de grandes envolées stylistiques. Elefante blanco tente de réitérer l’exploit — et y parvient presque. La patte Trapero Nicolas est en fait un prêtre missionnaire. Il est envoyé dans un bidonville de Buenos Aires où exerce son ami Julian (le toujours parfait Ricardo Darin), prêtre lui aussi, qui tente depuis des années de renouer un lien social en construisant un hôpital. Cachant la maladie qui le ronge, sentant sa fin approchée, il voit en Nicolas un successeur possible. Mais leurs tempéraments sont opposés : Julian est calme, raisonné, diplomate ;

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Carancho

ECRANS | A la fois sublime histoire d’amour et thriller oppressant à l’arrière-goût tenace de corruption sociale, le nouveau film de Pablo Trapero convainc sur tous les tableaux grâce à une sensibilité cinématographique rare. François Cau

François Cau | Mercredi 26 janvier 2011

Carancho

Sosa (Ricardo Darin, l’un des plus grands acteurs du monde, rappelons-le) est un avocat véreux à la solde de la “Fondation“, une structure simili-mafieuse spécialisée dans le détournement d’assurances d’accidentés de la route. C’est un “carancho“, un rapace, en quête de futurs clients dans les hôpitaux, les commissariats ou les rues de Buenos Aires. Une nuit, sa besogne lui fait croiser le chemin de Lujan (Martina Gusman, encore plus magnétique que dans Leonera), une urgentiste accro à la dope pour tenir sa cadence infernale. Fortuitement, les deux créatures de la nuit vont se rapprocher, se dévoiler leurs fêlures, succomber à leurs charmes respectifs et aspirer à de meilleurs lendemains, ce qui va s’avérer pour le moins délicat. A chaud, on serait tenté de décréter que la force de Carancho réside pour beaucoup dans sa montée en puissance finale - Pablo Trapero y déploie l’art de sa mise en scène dans une poignée de plans-séquences saisissants, qui vous retournent le cœur pour peu que vous vous soyez un minimum attaché aux personnages. Mais plus les jours passent, et plus le souvenir de l’œuvre s’imprime dans la mémoire avec une grande précision, au moins égale à l’émotion suscitée

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