Divergente

ECRANS | De Neil Burger (ÉU, 2h19) avec Shailene Woodley, Theo James, Kate Winslet…

Christophe Chabert | Mardi 8 avril 2014

Comme le premier Hunger games, Divergente se veut un blockbuster qui expliquerait la lutte des classes aux adolescents. Dans un futur proche après une guerre dont on ne connaît ni l'ampleur ni le motif, Chicago, coupé du reste des États-Unis, a instauré la paix en divisant ses citoyens en cinq castes, le pouvoir étant délégué aux « altruistes », la police aux « audacieux », la science aux « érudits »… Leurs enfants doivent passer un test pour déterminer s'ils resteront dans leur clan ou pourront en incorporer un autre. Mais Beatrice, fille de dignitaires altruistes, est une « divergente », c'est-à-dire qu'elle possède les aptitudes pour les intégrer tous.

Le scénario lui fait faire un choix incompréhensible et surtout plombant pour sa portée politique : elle quitte les progressistes pour aller chez les fachos virils. C'est évidemment pour assurer le quota d'action à l'intérieur d'un film calibré et propret, en équilibre entre la série B inventive et la boursouflure numérique. Il manque un cinéaste derrière la caméra pour faire décoller l'ensemble, assurer un minimum de direction artistique ( le repère des « audacieux », avec ses pierres en crépi, est une mocheté indigne) et valoriser pleinement l'atout majeur de Divergente : son actrice, Shailene Woodley, qui se métamorphose physiquement en cours de film tout en gardant une singularité au milieu de ces jeunes gens échappés d'une pub pour parfums.

Il faut néanmoins reconnaître l'étrangeté du projet qui commue la révolte adolescente en révolution sociale – mais pas sexuelle, comme l'indique un passage d'un puritanisme hallucinant où une des plus grandes peurs de l'héroïne est de coucher avec son nouvel amoureux !

Christophe Chabert


Divergente

De Neil Burger (ÉU, 2h19) avec Shailene Woodley, Theo James...

De Neil Burger (ÉU, 2h19) avec Shailene Woodley, Theo James...

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Tris vit dans un monde post apocalyptique où la société est divisée en cinq clans (Audacieux, Erudits, Altruistes, Sincères, Fraternels). A 16 ans, elle doit choisir son appartenance pour le reste de sa vie. Cas rarissime, son test d’aptitudes n’est pas concluant ; elle est Divergente.


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"La Montagne entre nous" : cousu de fil blanc (comme neige)

ECRANS | de Hany Abu-Assad (E.-U., 1h47) avec Kate Winslet, Idris Elba, Beau Bridges…

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

Trop pressée pour attendre, une photojournaliste sur le point de se marier convainc un médecin d’affréter un avion de tourisme afin de rentrer au plus vite. Mais leur appareil s’écrabouille en altitude… Bonne nouvelle : après trois semaines à suer de la crasse dans la neige, à frôler la gangrène acétonobutylique et à manger des racines, Kate Winslet a des sous-vêtements immaculés, la peau lisse et le poil soyeux dans les bras de Mistre Freeze. Cela bien qu’elle souffre d’une sévère déshydratation – mais elle a quand même eu la veine de s’abîmer au milieu de nulle part avec un chirurgien célibataire à son goût, capable de fabriquer une perfusion à partir d’un vieux tuyau et d’un sac en plastique. Aventureux mixte de film catastrophe et de romance (deux catégories de films destinées à rapprocher les couples de spectateurs·trices dans les salles), La Montagne entre nous réussit sa séquence d’accident, particulièrement immersive. La suite est tellement cousue de fil blanc comme neige qu’on aimerait presque être surpris par une issue tragique. Malheureusement, tout se termine vraiment trop bien.

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"Snowden" d'Oliver Stone : pleurez, vous êtes fliqués

ECRANS | Suivant à la trace Laura Poitras, Oscar du documentaire en 2015 pour "Citizenfour", Oliver Stone s’intéresse à son tour au lanceur d’alerte Edward Snowden, et raconte son combat souterrain contre la NSA, en l’accommodant façon film d’espionnage. Didactique, classique, mais efficace.

Vincent Raymond | Vendredi 28 octobre 2016

Affecté aux services de renseignements des États-Unis, un informaticien brillant et patriote découvre avec stupeur que les grosses compagnies liées aux télécommunications collectent et transmettent les données privées de leurs utilisateurs sans leur consentement. Ulcéré, il décide de dénoncer publiquement cet espionnage général infondé. Quitte à renoncer à sa liberté. Guerres, terrorisme, biopics de stars ou de personnalités politiques… Pareil à nombre de ses confrères, Oliver Stone a signé la majorité de ses films en réaction à des événements ayant dramatiquement marqué l’histoire immédiate et/ou la société américaine. Parallèlement, à chaque fois qu’il s’est octroyé une escapade vers une autre "contrée", il a donné l’impression de tourner un film par défaut, n’ayant pas eu à se mettre devant la caméra de sujet plus conforme à ses attentes – en témoignent le péplum Alexander (2004) et même la suite de Wall Street, L’Argent ne dort jamais (2010). Contrôles : halte + sup !

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"Steve Jobs" : Boyle et Sorkin réinventent le biopic

ECRANS | Après s’être notamment égaré en racontant les tribulations gore d’un randonneur se sciant le bras pour survivre (“127 heures”), Danny Boyle avait besoin de se rattraper. Il fait le job avec une évocation stylisée du patron d’Apple, première super-pop-star économique du XXIe siècle. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

« Penser “différent” »… Érigé en précepte par Steve Jobs lui-même, le slogan exhortant à la rupture créative et intellectuelle semble avoir guidé le scénariste Aaron Sorkin et le réalisateur Danny Boyle dans ce travail d'adaptation de la biographie (autorisée) du charismatique fondateur d’Apple : un pavé signé par Walter Isaacson détaillant par le menu l’existence de Jobs et listant les innovations à mettre à son actif. Plutôt que de se lancer dans une illustration chronologique standard, visant l’exhaustivité en suivant le sempiternel et prévisible « sa vie, son œuvre », l’un et l’autre ont emprunté un chemin de traverse. Jobs ayant été, au-delà de toutes les controverses, une manière de stratège imposant sa vision d’une réalité distordue (et finalement, modelant la réalité à ses désirs), Sorkin et Boyle lui ont donc taillé un écrin biographique hors norme. Pour le cinéaste, cela passait par l’abandon de marques de fabrique virant au tic, comme les effets de montage épileptoïdes ou le recours à une bande originale utilitaire, ma

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Les Jardins du Roi

ECRANS | De et avec Alan Rickman (Ang-Fr-ÉU, 1h57) avec Kate Winslet, Matthias Schoenaerts…

Christophe Chabert | Mardi 5 mai 2015

Les Jardins du Roi

Immense acteur, aussi mythique pour avoir joué les terroristes dans Piège de cristal que les patrons romantiques dans Love actually, Alan Rickman s’essaie ici à la mise en scène, et démontre que l’on ne s’improvise pas si facilement réalisateur. À travers la romance Louis XIV entre Le Nôtre et Madame de Barra, dont les idées audacieuses séduisent ce partisan du jardin à la Française, Rickman se contente d’aligner les clichés dans un académisme de tous les instants. Les personnages sont tellement brossés à gros traits, leurs conflits tellement insistants (le fantôme de l’enfant qui revient toutes les dix minutes à l’écran, franchement…) que l’on sait au bout d’une demi-heure où et comment tout cela va se terminer. Condamner à subir ce navet insignifiant, on a tout loisir de se poser quelques questions : pourquoi Matthias Schoenaerts et ses cheveux longs (perruque ?) s’enfonce-t-il à ce point dans l’inexpressivité ? Et surtout, pourquoi Rickman a-t-il choisi de diriger ses comédiens en leur faisant dire leurs répliques comme des escargots sous Lexomil, lenteur insupportable qui rallonge le film d’au moins vingt bonnes minutes ? Est-ce l’image qu’il a de

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White bird

ECRANS | Gregg Araki continue son exploration des tourments adolescents avec ce conte vaporeux et mélancolique, entre bluette teen et mélodrame à la Douglas Sirk, où la nouvelle star Shailene Woodley confirme qu’elle est plus qu’un phénomène éphémère… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

White bird

Après avoir atteint une forme d’accomplissement créatif avec le sublime Mysterious skin, Gregg Araki souffle depuis le chaud et le froid sur son œuvre. La pochade défoncée Smiley face, la joyeuse apocalypse de Kaboom et aujourd’hui la douceur ouatée de White bird résument pourtant autant d’états d’une adolescence tiraillée entre ses désirs et la réalité, entre le spleen et l’insouciance, entre la jeunesse qui s’éloigne et la vie d’adulte qui approche à grands pas. C’est exactement ce que traverse Kat, l’héroïne de White bird : sa mère disparaît mystérieusement et la voilà seule avec un père bloqué entre douleur sourde et apathie inquiétante. Que faire ? Chercher la vérité ? Se laisser aller avec le beau voisin d’en face ? Traîner à la cave avec ses potes ? Préparer son départ pour l’université ? Ou rester dans la maison familiale hantée par ce fantôme encombrant ? Si Araki adapte ici un roman de Laura Kasischke, c’est surtout pour

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Last days of summer

ECRANS | De Jason Reitman (ÉU, 1h51) avec Kate Winslet, Josh Brolin…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Last days of summer

Chronique antidatée années 80 d’un jeune garçon qui voit sa mère, un peu dépressive, retrouver le goût de la vie et des tartes à la pêche en hébergeant un taulard en fuite, puis en tombant amoureuse de lui, Last days of summer tente un étrange croisement entre le mélo à oscars et la production Amblin / Spielberg, référence assumée dans les posters accrochés aux murs de l’ado. La greffe ne prend pas vraiment, notamment dans la laborieuse exposition du film, où tout semble factice et artificiel, à commencer par le brusque syndrome de Stockholm qui voit la maman succomber aux charmes du bad guy sexy qui la séquestrait une scène auparavant. La suite est plus intéressante, et Jason Reitman, cinéaste sans personnalité qui adapte son artisanat en fonction des scénarios qu’il illustre, réussit à attraper quelque chose de l’émoi adolescent et de ses troubles pulsions, ainsi qu’un petit parfum mélancolique qui ne sauve pas le film de l’anodin, mais l’empêche de sombrer dans l’ennui. Christophe Chabert

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The Descendants

ECRANS | À Hawaï, un architecte voit sa vie basculer après l’accident qui plonge sa femme dans le coma… Sur le fil de la tragédie et de la comédie, entre cinéma à sujet et chronique intimiste, Alexander Payne s’affirme comme un auteur brillant et George Clooney comme un immense comédien. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 19 janvier 2012

The Descendants

Matt King est de ces êtres dont la vie ne fait pas de vagues. Architecte prospère, mari ordinaire, père évanescent, il laisse les jours s’écouler dans un Hawaï bouffé par l’urbanité, tentant de trouver un compromis avec le reste de sa famille pour vendre les terres que lui ont transmises ses ancêtres (ce sont eux, les «descendants» du titre). Un Américain moyen dans tous les sens du terme, comme aime à en observer Alexander Payne dans ses films, de L’Arriviste à Sideways en passant par Monsieur Schmidt. Dans cette Amérique moyenne, Payne voit l’Amérique tout court ; et il suffit d’un drame (la femme de King tombe dans le coma après un accident de ski nautique) pour que l’inconscient d’un pays rejaillisse à la surface. Vies minuscules Le problème de Matt King, c’est qu’il ne se rend même plus compte de la lâcheté dans laquelle il a plongé son existence. Cette lâcheté lui revient comme un boomerang en pleine tronche : à vouloir sans cesse trouver des arrangements avec ses proches, ceux-ci se sont détournés de lui, sapant son autorité, sa virilité et même sa crédibilité professionnelle. Sa tiédeur, Alexander Payne la révèle grâce à un scénario virtuose, où chaque

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Le charme hargneux de la bourgeoisie

ECRANS | Huis clos à quatre personnages tiré de la pièce «Le Dieu du carnage» de Yasmina Reza, le nouveau film de Roman Polanski est une mécanique diabolique et très mordante, sur la violence masquée derrière les apparences sociales, avec un quatuor de comédiens au sommet de leur art. Critique et décorticage des racines du Carnage. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 2 décembre 2011

Le charme hargneux de la bourgeoisie

C’est un incident banal, une dispute entre gosses qui tourne mal : l’un d’entre eux en frappe un autre avec un bâton, lui brisant plusieurs dents et une partie de la mâchoire. Cette scène muette sert de générique à Carnage, et Polanski la filme de loin, en plein air, tandis que la musique guillerette d’Alexandre Desplat semble se moquer de la violence du geste. On devrait s’en tenir là. Et c’est peu ou prou ce qui se passe dans la scène suivante : les parents de la «victime», Penelope et Michael Longstreet (Jodie Foster et John C. Reilly) relisent devant eux la lettre d’excuses des époux Cowan (Kate Winslet et Christoph Waltz), père et mère du «coupable». Les deux couples peuvent alors se séparer à l’amiable, mais quelque chose cloche, comme une insatisfaction réciproque, la sensation d’un malentendu pas encore totalement dissipé. Alors qu’Alan et Nancy Cowan se dirigent vers l’ascenseur, Penelope, visiblement nerveuse, leur demande si c’est eux qui sont désolés ou leur enfant. Ça n’a l’air de rien, mais ce détail va déclencher une heure quinze de huis clos en temps réel où les quatre protagonistes se livreront à toutes les formes de mesquinerie, réglant leurs comptes avec une v

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Limitless

ECRANS | De Neil Burger (EU, 1h45) avec Bradley Cooper, Robert De Niro…

François Cau | Mercredi 1 juin 2011

Limitless

Un écrivain raté découvre une drogue miraculeuse, capable de solliciter 100% de l’activité cérébrale, et, pour assouvir ses nouvelles et mystérieuses ambitions, devient un trader génial et charismatique – du moins tant qu’il n’est pas en manque. De ce high concept gentiment racoleur, Neil Burger et la scénariste Leslie Dixon tirent un film-univers à la Hyper tension, où la surenchère est de mise grâce à une réinvention constante des règles en vigueur. Aussi ludique que vulgaire, le traitement de cette histoire sidère par son amoralité soutenue – peu importe ce que fait le héros, l’important est qu’il se shoote à nouveau ! Dans le paysage de plus en plus normalisé des séries B américaines, Limitless offre une respiration inattendue, tout en tendant à l’industrie hollywoodienne le reflet déformé de son irresponsabilité. Oui, carrément. FC

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Les Noces rebelles

ECRANS | de Sam Mendes (ÉU, 2h05) avec Leonardo Di Caprio, Kate Winslet…

François Cau | Lundi 19 janvier 2009

Les Noces rebelles

Ben Stiller a décidemment joué un mauvais tour au cinéma américain avec son dévastateur Tonnerre sous les tropiques. En voyant Les Noces rebelles, on pense sans arrêt à Satan’s alley, le faux film dont on voyait la vraie bande-annonce au début : du cinéma à oscars balisé, où clignote sans arrêt dans le coin du cadre «Attention sérieux», où les acteurs tirent en permanence la tronche sur une musique dramatique et dans une lumière chiadée. C’est très beau tout cela, mais aussi terriblement ennuyeux, surtout quand le propos du film, progressiste à souhait, vire constamment au pontifiant. Dans les années 50, un jeune couple veut casser la routine du "papa travaille pendant que maman brique la baraque" en partant pour l’Europe accomplir ses rêves de bohème. Mas le poids des conventions sera plus fort, et Les Noces rebelles tourne à la scène de ménage façon Qui a peur de Virginia Woolf. Théâtrale au possible, la mise en scène de Sam Mendes coule tout dans un béton infernal, à commencer par les deux comédiens principaux, en roue libre de grimaces et d’émotions surjouées. Pénible spectacle, mais qu’on prend l’habitude de voir en début

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